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interviewLCP (sur YouTube)· 26 octobre 2025 13 min

Ayda Hadizadeh, députée "Socialistes et apparentés" du Val-d'Oise | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Elle sait le prix à payer pour certains combats politiques. Née en Iran, elle a grandi en France où sa mère s'est réfugiée pour fuir le régime des Mollahs. Mais mon invitée s'est quand même engagée en politique et elle siège aujourd'hui au sein du groupe socialiste à l'Assemblée.

Générique Bonjour Ayda Hadizadeh. -Bonjour. -Alors on dit souvent qu'une image vaut mieux qu'un long discours, mais il y a des discours qui sont assez marquants.

C'était le 19 février 2025, à l'occasion d'une motion de censure contre François Bayrou. *-L'immigration ne doit pas être traitée *comme un fardeau, mais comme un défi à relever avec humanité et raison. *Et ce défi, la France, elle le relève tous les jours. *Et c'est moi qui vous le dis. *Moi qui suis née en Iran. *Moi dont la mère a fui l'obscurantisme. *Moi, je n'ai pas une goutte de sang français *dans les veines.

C'est toute la France *qui coule dans mes veines. *Applaudissements *La France, la France a fait de moi son enfant. *J'ai reçu l'amour de la France *sur les bancs de l'école de la République, *grâce à ses professeurs. -Alors il y a beaucoup de choses dans cet extrait de discours.

Il y a d'abord une belle déclaration d'amour à la France, et puis il y a aussi de la colère. -Oui, je m'adresse, là on ne le voit pas à l'écran, mais je m'adresse aux députés du RN qui commençaient à monter la voix sur leurs bancs. Et c'est vrai que c'était aussi mon premier discours à la tribune.

Donc c'était un moment important aussi, c'était notre motion de censure et je m'adressais à François Bayrou. Et la colère vient du fait que j'ai toujours pensé que j'aimais plus la France que l'extrême droite. -Vous l'avez dit dans une interview : "Je sais que dire dans les yeux à l'extrême : 'J'aime la France plus que vous.'" -Oui.

Et en fait, je pense que c'est la force des doubles cultures. C'est-à-dire qu'on a toujours cet apport qui nous est donné par une culture étrangère et qui nous permet de voir quelles sont les spécificités, les caractéristiques, les forces de la culture qui nous accueille. -On va revenir plus en détail sur votre histoire familiale.

Vous êtes née en Iran, mais vous n'avez pas connu ce pays, ou très peu, c'est ça ? -Oui. -Qu'est-ce qui a poussé votre mère à fuir l'Iran quand vous étiez petite ? -Ma mère était opposée à la dictature du Shah, on doit le rappeler, c'est une dictature, et qui a été renversée par la révolution iranienne, qui a été menée par toutes les forces de la révolution.

J'ai posté ça pour la fête des mères. -C'est votre mère avec vous, votre frère... -Il faut que je m'arrange pour qu'elle ne voit pas l'émission parce qu'elle déteste être mise en avant et je vais me faire engueuler.

Rires Et voilà. Elle était opposée au régime du Shah puis à la dictature des Mollahs qui était plus violente que le régime du Shah encore, si c'était possible, et donc elle a dû fuir l'Iran. -Elle était engagée politiquement ? -Elle n'était pas engagée dans un parti ni un mouvement, mais elle avait un engagement social très fort.

Elle était bibliothécaire dans le sud de Téhéran. Le sud de Téhéran, c'est les quartiers pauvres. Et avec des jeunes de 15, 16 ans, elle publiait un journal pour diffuser des idées progressistes, humanistes et révolutionnaires.

Et en ça, sa vie était en danger à partir d'un moment. -Vous racontez que quand vous étiez enfant et que vous viviez vers Paris, elle refusait que vous mettiez du sucre dans vos yaourts. Pourquoi ? -Elle ne refusait pas, mais c'était au début, quand on est arrivés en France, elle était persuadée qu'il y aurait une contre-révolution, que ce régime allait être renversé.

Et donc, elle nous a appris à parler persan, à l'écrire, et elle nous disait deux choses : apprenez ce qu'il y a de meilleur en France pour pouvoir le ramener en Iran pour pouvoir reconstruire l'Iran et ne vous habituez pas au luxe parce que dans les premiers temps, ça sera dur. Et en plus, que ça vient aussi du fait qu'en Iran, le yaourt, on le mange salé. Oui.

Et donc, pour elle, c'est un peu extravagant. Non, je préfère le yaourt salé encore aujourd'hui. -Comment est-ce que votre mère a vécu votre élection à l'Assemblée ? -Je pense qu'elle était très fière quand je lui ai fait visiter l'Assemblée.

Voilà, elle me l'a dit. Je l'ai fait visiter avec son association de retraite sportive. J'aime beaucoup cette photo.

Elle était très fière. Elle me l'a dit. Elle m'a écrit un très joli message ensuite, un très beau SMS... qui...

Je fais partie de ces familles où on est toujours un peu pudique sur les sentiments, on ne se dit pas les choses. Mais à la fois, si demain, je lui annonçais que je ne me représentais pas, elle serait très contente. Voilà.

Je pense que c'est une grande brûlée de la politique. Elle pense qu'il y a d'autres manières de s'engager pour améliorer la vie de ses concitoyens. Mais la politique, c'est un monde brutal, pas tendre.

Et c'est une maman, elle veut protéger sa fille et ça, je le comprends. -Grande brûlée de la politique, vous le dites. En raison de votre père, il a consacré sa vie aux Moudjahidin du peuple iranien, au point de délaisser sa famille pour aller vivre en Irak d'abord, puis en Albanie.

Expliquez-nous un peu. -Il est décédé cette année, De son point de vue, il n'a pas délaissé sa famille. Il a choisi, comme il nous le disait de temps en temps, d'aimer tous les enfants de l'Iran autant que ses propres enfants.

Pourquoi pas ? Et moi aussi, j'aime tous les enfants de la France autant que mes propres enfants, mais il ne me viendrait pas à l'esprit de les abandonner pour me consacrer à l'amour de tous les enfants de la France. C'est pourtant ce que son parti politique, qui s'apparente davantage à une secte politique qu'un parti, parce qu'il demande un engagement total et une soumission totale aux ordres du chef, donc pas d'esprit critique, pas de libre-arbitre, c'est pour ça que je le qualifie, moi, de parti sectaire, a demandé à ses militants de divorcer.

C'était un ordre donné, les divorces idéologiques... -Il s'est séparé de votre mère ? -Comme beaucoup de militants, à l'époque en Irak, il est venu en France demander le divorce à ma mère, puisque c'est ce que le chef demandait à ses membres.

Alors, je tiens à souligner, il le demandait à ses membres, mais il ne le s'est pas appliqué à lui-même. Voilà, c'est toujours la beauté de ces parties-là. Voilà, c'est...

Massoud Radjavi. -C'était lui le chef des Moudjahidin. -Et là, ma mère m'engueulerait à nouveau, il ne faut pas qu'elle voit l'émission, elle me dirait : "Il ne faut pas parler d'eux, c'est leur faire de la pub et ce n'est pas une bonne chose. -Ce que l'engagement politique de votre père vous a fait vivre à vous, à votre famille, ça aurait dû vous vacciner, vous, de la politique, de toute forme d'engagement personnel, politique ? -Oui, c'est vrai.

Ca aurait pu me vacciner. J'ai mis du temps à adhérer à un parti parce que j'avais le sentiment qu'adhérer à un parti, c'était quelque part rentrer dans un moule idéologique. Et à un moment, le parti allait vous dire : "Ecoute, ça, c'est vert.

Il faut que tu dises que c'est vert. Et vous étiez obligés de le dire, même si vous voyiez bien que c'était gris. -La peur d'être embrigadé. -Exactement.

Et pour moi, un parti voulait dire ça. -Alors vous êtes engagée au PS en 2007, je crois. Vous avez été ensuite adjointe au maire à Saint-Ouen-l'Aumône et puis vous êtes devenue députée.

Et alors à l'Assemblée, parmi tous vos combats, il y en a un plus personnel pour la protection de l'enfance. Où est-ce qu'il trouve ses origines ? -Alors, d'une rencontre avec Lyes Louffok, qui est un militant infatigable de la cause des enfants placés.

Ancien enfant placé lui-même. -Exactement, lui-même ancien enfant placé. J'ai énormément d'estime et d'admiration pour Lyes parce que c'est lui qui m'a ouvert les yeux sur la faillite de cette politique publique.

Et aujourd'hui, je le dis, je le dis peut-être pas assez, mais à chaque fois que je peux le dire, je le dis, c'est la politique publique française la plus défaillante, la plus catastrophiquement défaillante. -Mais qu'est-ce que vous reprochez concrètement ? -Elle est sous-dotée.

La doctrine même de cette politique de protection de l'enfance est à côté de la plaque. On pense l'enfant de manière isolée et pas l'enfant comme ayant des besoins affectifs primordiaux, alors que même pour nos enfants, nous voyons bien que si nous ne leur donnons pas un attachement solide à un environnement sain, protecteur, il ne pourra pas se développer. Les enfants, aujourd'hui, sont placés, déplacés, replacés, parce qu'au fond, c'est des enfants de personnes.

Et c'est ce que Lyes dit, qui est là pour porter leur parole ? Leurs parents ne sont plus là, les familles ne sont plus là. Ce sont des enfants qui sont confiés à l'Etat, qui dépendent entièrement de la puissance publique.

Et je le dis, l'Etat, qui est donc leur parent, est le parent le plus défaillant, le plus démissionnaire. -Vous répétez souvent cette phrase. "Quand on reçoit de l'amour, on le rend." C'est votre mantra en politique ? -Oui. -Oui, et je considère même que l'amour devrait redevenir un concept, une notion politique.

Aujourd'hui, quand on dit "amour", on pense juste à l'attirance et l'attraction physique entre deux personnes qui vont plus ou moins vivre longtemps ensemble. Les Grecs avaient trois mots pour qualifier l'amour. Il y avait cet amour-là qui était l'éros, mais il y avait un autre type d'amour qui était la philia, c'est-à-dire le fait d'être engagé auprès d'une personne et d'agir.

Agir, ce n'est pas juste un sentiment, pour contribuer à l'épanouissement de cette personne et aussi de soi-même. Cet amour-là, il est grandement manquant dans de nombreuses politiques, à commencer par celle de la protection de l'enfance, mais aussi toutes nos politiques sociales. Est-ce que nos politiques sociales agissent de manière résolue pour permettre l'épanouissement et le bien-être des personnes ?

J'ai travaillé dans l'administration. Je considère que l'administration n'est pas un lieu où on a l'amour de nos concitoyens comme valeur principale. En tant que député, on vous a vu très mobilisée pour soutenir les Iraniens quand ils se sont soulevés pour leur liberté.

Et en même temps, vous présidez le groupe d'amitié France-Iran. Et les groupes d'amitié, ils ont pour vocation d'entretenir des liens avec les parlementaires du pays en question et donc, d'une certaine façon avec le régime lui-même. On peut pleurer la mort des Iraniens, de Mahsa Amini notamment, et entretenir des liens avec le régime iranien à la fois ? -Alors, moi, je n'entretiens pas de lien avec le régime iranien.

Les groupes d'amitié, il faut le repréciser, c'est vrai que c'est compliqué parce que ça s'appelle groupe d'amitié avec les noms des deux pays. Ce sont des groupes d'amitié entre les peuples. Il y en a pour absolument tous les pays. -Mais qui doivent mettre en place une forme de diplomatie parlementaire avec les parlementaires du pays. -Tout à fait. -Donc, vous maintenez ces liens diplomatiques. -Alors, pour l'instant, tant que nous avons nos trois otages français, peut-être même quatre, détenus en Iran, il n'y a pas de lien diplomatique possible. -Il est mis en veille. -Oui.

Enfin, je ne l'ai pas mis en veille, je l'anime, mais la première réunion de notre groupe d'amitié, c'était de recevoir les familles des otages de Cécile Kohler et de Jacques Paris. Cécile Kohler a fêté son 41e anniversaire en prison, le 4e. Donc, tant qu'ils ne sont pas revenus, ce groupe d'amitié n'aura pas d'autres actions.

Nous n'allons pas entretenir des liens avec des parlementaires quand on a la famille de nos otages. Donc nous travaillons de concert avec le ministre des Affaires étrangères pour faire en sorte que ce groupe d'amitié puisse être au service de cette libération, bien modestement, évidemment. Nous n'avons pas des rêves de grandeur, mais nous ne voulons pas agir contre, mais agir pour cette libération.

Et après, j'espère pouvoir entamer d'autres travaux avec les membres de ce groupe. -On va terminer l'émission avec notre quiz, donc il va falloir que vous complétiez les phrases que je vais vous proposer. "Etre assise à côté de François Hollande dans l'hémicycle..." -Alors, moi je fais énormément de visites de l'Assemblée et je le dis toujours, je suis assise à côté de la star de l'hémicycle. -On vous voit en photo très souvent, du coup. -Oui, qu'on l'aime ou pas.

C'est un énorme avantage. Et je remercie mon groupe de m'avoir mis là, parce qu'à chaque fois que je rentre sur le terrain en circo, j'ai toujours un ou deux ou dix habitants qui me disent : "On vous a vu à la télé, en photo..." Et je dis : "Je sais, parce que je suis assise à côté de François Hollande." -"Si ça ne tenait qu'à moi, les téléphones portables..." -...Seraient interdits dans beaucoup de lieux.

A commencer par l'hémicycle. Des fois, je me dis qu'on a perdu notre capacité à nous concentrer dans des réunions et dès qu'on a 30 secondes, on se précipite sur nos téléphones pour pianoter. -Et vous voulez même les interdire aux moins de 15 ans.

Les ados ne vont pas vous aimer, là. -Oui. C'est ce que je dis quand je vais dans les classes.

L'idée, ce n'est pas d'interdire les portables, c'est d'interdire ceux que nous-mêmes, adultes, nous pouvons acheter. Ce qu'on souhaite, c'est que, demain, soient développés des téléphones adaptés aux enfants selon leur âge. Vous achetez un stylo, il y a sur l'emballage : "Ne convient pas aux enfants de trois ans." Quand vous allez acheter un téléphone, ce n'est pas écrit ça.

On confie des téléphones débridés à nos jeunes et on est pour développer un marché pour que les parents puissent mieux protéger leurs enfants. Il n'est pas normal qu'on confie les mêmes téléphones à nos enfants qu'à nous-mêmes. -"Avoir fait de la flûte traversière..." J'ai lu que vous en aviez fait. -Décidément, vous faites un travail de journaliste remarquable.

Rires Avoir fait de la fuite traversière, ma foi, c'est presque un regret, j'en ai fait pendant neuf ans. J'ai même mon diplôme. Alors, je n'avais aucune aptitude pour faire soliste ni quoi que ce soit.

Même dans un orchestre professionnel, c'était impossible. Oui, c'est des métiers très exigeants. Je n'avais pas une embouchure naturelle, me disait ma prof.

C'est des termes qu'on emploie. Mais j'avais une belle musicalité. Donc, je pense que ça m'a donné peut-être...

Pas seulement la fuite traversière, c'est une formation musicale, ça m'a donné le goût aussi de la musique classique et cette compréhension aussi de ce qui se joue quand on écoute des grands airs de musique. Ca m'a donné cette sensibilité-là. -Merci beaucoup, Ayda Hadizadeh, d'être venue dans "La politique et moi". -Merci à vous.

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