Colère sociale : Philippe Martinez invité de BFMTV - 30/10
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 25 %Attaque 55 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:45OuverteRéponse directe
Est-ce que vous êtes ce soir un homme inquiet ?
- 2:27OuverteRéponse directe
Philippe Martinez, on s'inquiète ou pas ce soir ? Est-ce que vous considérez que Laurent Nunez en fait trop ?
- 2:35OuverteRéponse directe
Ou est-ce que vous aussi, vous estimez qu'une frange radicale liée à l'ultra-gauche ou des casseurs peuvent casser le mouvement demain ?
- 6:51OuverteRéponse directe
Comment vous lutteriez contre les casseurs ?
- 10:15OuverteRéponse directe
Sur l'une des réponses proposées par le gouvernement : la loi casseur-payeur. Vous en pensez quoi ?
- 13:37OuverteRéponse directe
Les dernières statistiques de l'économie française ont été publiées ce matin. Pas folichon. Qu'en pensez-vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:46Invité politiqueFait
« Je suis toujours inquiet quand les mobilisations légitimes et les revendications légitimes sont mal rapportées parce qu'il s'est passé autre chose que l'écoute des revendications dans les manifestations. »
- 4:16Invité politiqueFait
« C'est comment on fait en sorte que la police encadre les manifestations et s'occupe de ce qui se passe à l'extérieur des manifestations. »
- 7:15Invité politiqueFait
« Il y a effectivement des personnes qui viennent habillées normalement et qui d'un seul coup, il y a des techniques, on soulève un drap et quand le drap se baisse, ils ne sont plus du tout habillés de la même façon. »
- 8:50Invité politiqueFait
« Ces personnes qui n'étaient pas venues là pour manifester se confrontaient directement aux manifestants, et pas à la police d'ailleurs. »
- 12:34Invité politiqueFait
« C'est une loi qui veut dissuader de manifester, en gros. Parce que tous ceux qui seront dans la rue au moment où il y a des problèmes seront considérés comme complices de ceux qui ont fait les problèmes. »
- 15:16Invité politiqueFait
« On l'a vu pour les gilets jaunes, on l'a vu au moment de la réforme des retraites, où, je le rappelle, quand tous les syndicats disent « ça ne va pas », c'est suffisamment rare en France pour qu'il y ait un petit truc qui connecte dans la tête. »
- 17:55Invité politiqueFait
« C'est le fruit d'abord du travail des salariés. Après, c'est cet argent, à qui il va servir et à quoi il va servir ? »
- 20:31Invité politiqueFait
« On l'a fait, on commence à essayer de le faire pour les GAFA par exemple. »
Temps de parole
- Invité politique39 %
- Invité35 %
- Présentateur14 %
- ?8 %
- Intervenant4 %
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Je vous laisse nous rejoindre sur ce plateau et Philippe Martinez, qui en a connu quelques-unes des manifestations en tant qu'ancien secrétaire de la CGT, syndicat qu'il a dirigé pendant 8 ans, de 2015 à 2023, et qui nous rejoint ce soir pour un Face à Alain Doamel. Bonsoir cher Alain, comment allez-vous ? Bonsoir. Ravi de vous retrouver. Bonsoir Philippe Martinez. Bonsoir. Soyez le bienvenu. Merci.
Vincent
Vantiguem, petit rappel simplement ce soir pour tous ceux qui nous font l'amitié de nous rejoindre sur BFM TV. Mais le gouvernement isse le drapeau rouge avant cette nouvelle journée de manifestation. Demain, ce n
'est
pas le drapeau rouge,
c'est une
image. C'est original comme image. Le drapeau rouge, attention aux violences urbaines, ça Laurent Nunez le dit depuis 24 heures. Le ministère de l'Intérieur dit même aujourd'hui, il faut s'attendre peut-être à des épisodes de violences comparables à ceux du 17 octobre.
Exactement. Le ministre de l'Intérieur, les autorités au sens large, anticipe, prévoit et redoute, j'ai envie de dire, trois phases dans la journée qui nous attend demain. Une phase de manifestation sans doute demain matin, parce qu'on parle beaucoup de la manifestation parisienne, mais il
y
a 150 cortèges prévus dans toute la France, beaucoup demain matin. Des manifestations déclarées, autorisées, qui selon les autorités, devraient, pourraient bien se passer. Mais ensuite, on a deux craintes. La première, c'est la crainte de manifestations ou de cortèges sauvages dans les villes où ça a été interdit, dans l'après-midi, avec des scènes, évidemment, éventuellement de casses, de pillages. C'est l'une des craintes des autorités.
Et puis surtout, demain soir, la soirée Halloween, j'ai envie de l'appeler comme ça, parce que le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, y fait directement référence en disant qu'il y a de nombreux appels sur les réseaux sociaux à profiter de la fête d'Halloween pour venir déguiser, masquer et commettre des exactions. Et ça, c'est une véritable inquiétude pour les forces de l'ordre demain qui seront mobilisées.
Alain Demel, est-ce que vous êtes ce soir un homme inquiet
?
Je suis attentif et circonspect,
parce
qu'on sait bien que dans des circonstances de ce genre, il y a forcément des risques de débordement qui ne sont pas souhaités au départ par des organisateurs. Mais c'est vrai que l'addition de deux types, Halloween d'un côté et de revendications sociales de l'autre,
c
'est toujours un peu plus difficile à gérer que quand il y a un seul des deux. C'est une banalité, mais c'est une réalité. Et c'est encore une nouveauté, parce qu
'en
d'autres époques, Halloween, ça n'existait
même
pas en France. Philippe Martinez, on s'inquiète ou pas ce soir ? Est-ce que vous considérez que Laurent Nunez en fait trop et qu'il vaut mieux en faire trop que pas assez ? Ou est-ce que vous aussi, vous estimez qu'une frange radicale liée à l'ultra-gauche ou des casseurs peuvent casser le mouvement demain ?
Je
suis toujours inquiet quand les mobilisations légitimes et les revendications légitimes sont mal rapportées parce qu'il s'est passé autre chose que l'écoute des revendications dans les manifestations.
Alors,
moi, on a connu,
j
'écoutais votre plateau précédent, ces problèmes dans les manifestations depuis 2016. C'était un autre gouvernement, un autre président de la République, et on a commencé à voir phénomène de black bloc. Donc, rappelez-vous, M. Duhamel, vous devez vous en rappeler, une mobilisation en 2016, c'était contre la loi travail, où les black blocs s'avaient bardé, notamment à l'hôpital Necker, et le premier ministre de l'époque, Manuel Valls, avez-vous déjà voulu interdire
une
manifestation, mettant la responsabilité
des
problèmes sur les manifestants et non pas sur ce qui se passait à l'extérieur des manifestations ? Donc,
je
pense que depuis 2016, et les ministres qui se sont succédés, M. Nunez a été ministre délégué du premier ministre de l'intérieur de l'ère, Emmanuel Macron, qui s'appelait Christophe Castaner. Donc, lui aussi, ce n
'est
pas un bleu, si je puis dire. Eh bien, c'est comment on fait en sorte que la police
encadre les
manifestations et s'occupe de ce qui se passe à l'extérieur des manifestations. Et depuis, je vous le dis,
2016,
et j'ai eu l'occasion d'en discuter, on n'a pas réglé ce problème. Ils n'ont pas réglé ce problème. Parce que les manifestants viennent toujours avec des pancartes, avec des banderoles, avec des drapeaux, jamais avec autre chose que ce qu'on fait traditionnellement pour les manifestations.
Donc, il y a des
additifs
par rapport... Je
termine juste en disant que le problème, comme on l'évoque beaucoup depuis tout à l'heure, ce n
'est
pas le parcours des manifestations, c'est comment on a une politique de maintien de l'ordre
pour
encadrer les manifestations et pour qu'elles se passent bien.
C
'est le parcours, mais c'est aussi la composition de la manifestation.
Non, non.
Ben, attendez. Oui, oui. Je
vous
attends.
Attendez. Le problème, ce n'est pas la CGT qu'on met en cause dans ces cas-là. Parce que la CGT, elle est organisée... Pas vous. Ben, pas moi, en tout cas. D'autres
le font.
D'autres le font. Oui, mais il y a toujours...
En
tout cas, à mes yeux, le problème, ce n
'est
pas la CGT. Mais en revanche, il y a des ajouts d'organisation, ou quelquefois même pas d'organisation spontanée, qui viennent là avec d'autres intentions que celles de simplement défiler, exprimer des revendications et tenter, ce qui d'ailleurs est tout à fait légitime, un rapport de force avec un gouvernement en espérant obtenir quelque chose. Mais il y en a d'autres qui viennent pour casser, pour faire du bruit, pour montrer qu'ils sont capables d'affronter la police, pour jouer contre la police, etc. Et la difficulté, ce ne sont pas les premiers, ce sont les seconds.
–
Oui,
oui,
oui,
oui.
Mais vous dites, à juste titre, que ce n
'est
pas de la responsabilité, je mettrais des organisations syndicales en général, qui savent quand même organiser les manifestations, quel que soit le parcours. Par contre, il y a un problème de maintien de l'ordre.
C
'est-à
-dire
ceux qui donnent les consignes aux forces de l'ordre, vous savez, ils sont dans un petit bureau Place Beauvau, ils regardent des caméras. Moi, j'ai un peu d'expérience, vous aussi certainement, des manifestations. – Quelques-uns. – Et ces dernières années, j'étais devant. Parce que le carré de tête, on l'indique, c'est qu'on voit qu'entre ce qu'on vit dans les manifestations et ce qu'on peut voir devant des écrans Place Beauvau, ce n
'est
pas tout à fait la
même chose. – Ah non, mais
vous, ministre de l'Intérieur… –
Non, non, ça, je n'ai jamais envisagé… – Je mets une virgule.
–
Vous,
ministre de l'Intérieur, virgule, cas d'école, exemple, comment vous lutteriez contre les casseurs
? –
Non, non, mais je ne
suis
pas ministre de l'Intérieur.
– Vous avez une connaissance des cortèges que je n'ai pas, qu'Alain n'a sans doute pas.
Comment vous luttez contre des
miniers de
casseurs ?
–
Moi, je vous explique ce que j'ai vu pendant des années en étant devant. Il y a effectivement des personnes qui viennent habillées normalement et qui d'un seul coup,
il
y a des techniques, on soulève un drap et quand le drap se baisse, ils ne sont plus du tout habillés de la même façon. Si moi je les vois et si des dizaines de manifestants les voient,
pourquoi
ceux qui sont devant leurs écrans ou les relais qu'ils peuvent avoir ne les voient pas
?
Voilà, et comment on fait en sorte que ces personnes ne viennent pas perturber la manifestation ? Parce qu'après, une fois que les hostilités sont lancées, je peux vous dire que la police, elle a des ordres, les politions ont des ordres et ça tape dans tous les sens. Et
on voit aujourd'hui.
– On sait très bien que le problème, ce n
'est
pas vous. Le problème, ce ne sont pas les syndicats,
le problème, ce n'est pas la CDT.
La police a ses ordres, on peut toujours contester les ordres qui sont donnés et trouver qu'ils ne donnent pas la même bonne réponse au bon moment, au bon endroit. On a tout à fait le droit de critiquer. Mais il y a aussi ceux qui viennent avec d'autres intentions que des militants syndicalistes, qui ont envie de la bagarre, de pousser leur mot d'ordre quand ils en ont, quelquefois pour des raisons idéologiques, d'autres pour le plaisir de se bagarrer, de provoquer, et quand ils peuvent, de tâcher d'en profiter pour piller au passage, et que ce ne sont pas les mêmes populations.
–
Je viens de vous le dire. – Je
viens de
vous décrire des situations. Moi, je me rappelle d'une manifestation, toujours en 2016, parce que c'est là où il y a, je pense, eu la bascule, où ces personnes qui n'étaient pas venues là pour manifester se confrontaient directement aux manifestants, et pas à la police d'ailleurs. Moi, j'ai l'image d'une manifestation nationale qui se terminait dans Paris, où les cas, c'est une manifestation nationale, donc des gens étaient venus en car, j'ai des photos, où les cars ont été aspergés de…
– Ça s'est passé plus d'une fois, ça.
– Je vous
dirais,
le virage,
c'était en 2016. – Je ne suis pas… – De notre temps, si je puis
dire, en général, les problèmes se passaient en fin de cortège.
–
La fin, je suis d
'accord.
– Le
17 octobre, ça a commencé,
avant même la manifestation présidente
de la République. – J'y étais, j
'ai vu. – On sent très bien que, de toute façon, on est dans une période éruptive. On sent très bien d'abord qu'il y a un grand mécontentement, donc que ça crée un terrain, et que sur ce terrain, il y a des organisations radicales, des partis politiques, etc., qui essayent de jouer leur rôle,
en
particulier s'ils sont d'opposition, évidemment. Mais il y a aussi des ajouts et des apports avec d'autres intentions. Ce n
'est
pas la première fois de ma vie que je vois ça. – Et vous non plus.
–
Non, non, je vous l
'ai
dit. – Mais en plus, moi, je le vois souvent sous mes fenêtres. Et on voit très bien les différences entre les uns et les autres. Parce qu'il y a façon et façon de défiler. Et le début du défilé et la fin du défilé, ça se ressemble rarement.
– Alors justement, Alain Domel-Philippe Martel, je voudrais vous entendre tous les deux sur l'une des réponses proposées en ce moment par le gouvernement et par la majorité pour répondre à cette problématique des casseurs. C'est la loi casseur-payeur qui est en cours d'examen en ce moment même au Sénat, qui fait rire, non pas le Sénat, mais la loi Philippe Martinez.
–
Non,
ça ne me fait pas rire. –
Loi qui propose de sanctionner collectivement ceux qui participent à un attroupement pendant lequel des dégâts sont commis. C'est-à-dire si vous, Alain Domel, vous cassez l'écran plasma qui se trouve derrière vous, mais que moi, je
suis
resté à côté de vous et que malgré les deux sommations des forces de l
'ordre, je suis resté,
je serais condamné à payer l'écran que vous avez cassé à BFM.
–
Absolument. – Est-ce que vous trouvez que c'est juste ? Est-ce que vous trouvez que… – Je vais vous dire, c 'est une vienne lune.
Ce
n'est pas la première fois que j'entends ça, de dire les casseurs doivent être les payeurs. –
Et là,
c'est les amis des casseurs
sont les payeurs aussi. – Oui, mais
bien sûr, les amis, les parents, les conjoints et les petits copains. Bon, ça n'a jamais marché. Si ça fonctionnait, on le saurait. Donc, ce n
'est
pas ça, je ne suis pas en train de vous dire que le maintien de l'ordre, c'est facile. Et
dans
des périodes de ce genre, c'est compliqué.
Alors, c
'est en plus particulièrement compliqué, ce qui n'est pas le cas théoriquement demain, mais c'est particulièrement compliqué quand il s'agit d'étudiants et de lycéens, c'est-à-dire d'adolescents. Là, il faut vraiment faire particulièrement attention. Mais pour le reste, oui, c'est quelque chose qui revient régulièrement, sporadiquement. – Mais ce
que vous dites, c'est que ça
ne marche pas, ça ne dissuadera
personne.
– Non, je
crois que ça ne
marche
pas. Enfin, à l'expérience, ça ne marche pas. Et,
comme
toujours, il y a ce genre de manifestation avec une volonté,
un
peu d'affrontement réciproque. Selon le climat général du moment, ça se passe différemment.
Il
y a des moments qui sont des moments de grande tension où, pour le coup, les chocs peuvent déraper, être dangereux, mal se terminer. Et puis, il
y
a d'autres moments où je vous dis, ce n
'est
jamais une partie de plaisir, mais où les choses se passent, bon, paisiblement n'est pas le bon mot, mais sans accroc. Là, on est dans la première hypothèse et pas dans la deuxième, en tout cas, à mon avis.
– Philippe Martinez, peut-être d'abord sur la loi Casseur
-Payeur ?
–
Oui, parce que c'est stupide. En fait, c'est une loi qui veut dissuader de manifester, en gros. Parce que tous ceux qui seront dans la rue au moment où il y a des problèmes seront considérés comme complices de ceux qui ont fait les problèmes. – Après deux sommations,
c'est ce que dit la loi. Après deux sommations.
–
D'accord.
–
Je vous redis ce qu
'il
y
a
dans
la loi.
Quand vous êtes dans un cortège 100 mètres ou 200 mètres derrière, vous voyez, vous n'entendez pas forcément le gars casqué qui vous dit la fin de la manif. Bon, ceci dit, moi,
ce
que je
vous
fais confiance, vous voyez, ce que je vous disais au début, on parle depuis 10 minutes de quoi ? Des raisons de la mobilisation
ou
des problèmes dans les manifestations. On parle des problèmes dans les manifestations. Je vous assure que la meilleure façon de calmer le jeu, c'est de répondre aux revendications. Vous voyez la problématique qu'on a aujourd'hui. Et le responsable, là, il est tout désigné. C'est le président de la République.
–
À condition, bien entendu, que les revendications soient possibles à satisfaire.
–
Alors justement, il ne vous a pas échappé que les dernières statistiques de l'économie française ont été publiées pas plus tard que ce matin. Pas folichonne.
– Non, elles ne sont pas folichonne, elles sont
pitoyables. – Une croissance qui n
'est
même plus à l'arrêt, qui est en recul. Moins 0,1% pour le PIB de l'économie française au troisième trimestre. Les deux trimestres précédents étaient tout aussi mauvais, ce qui fait dire au ministre de l'Économie, Roland Lescure, que l'économie française est à l'arrêt. Alain Demel, le gouvernement a les mains vides, de toute façon. Quoi qu'il veuille faire, aujourd'hui, il ne pourrait pas. –
Le
gouvernement, il est dans une situation de faiblesse.
Bon, on
sait très bien d'abord qu'il est en fin de parcours, qu'il y aura un grand changement politique de toute façon l'année prochaine, que c'est un gouvernement,
je
ne dis pas d'expédition des affaires courantes, mais ça n'en est pas très loin,
et
que,
en
plus, c'est un gouvernement sans ressources financières. C'est un gouvernement fauché,
et
que, dans ces conditions, ça ne peut pas bien se passer.
–
Premièrement, le président de la République, ça va faire dix ans qu'il est là.
Et
donc, le cumul de sa façon de gouverner depuis ces dix dernières années fait en sorte qu'on en arrive là. Ça, c
'est
la première chose. Parce que, vous voyez…
–
Au bout de
dix ans, c'est toujours comme ça, même avec De Gaulle.
–
J'ai moins connu.
–
Ah ben, moi,
j
'ai
bien connu.
– D'accord, chacun a son expérience, M. Duhamel. Ceci dit, vous voyez, à force de considérer que ceux qui revendiquent, ceux qui se mobilisent ont tort, et que lui seul a raison, on l'a vu pour les gilets jaunes, on l'a vu au
moment
de la réforme des retraites, où, je le rappelle, quand tous les syndicats disent « ça ne va pas », c'est suffisamment rare en France pour qu'il y
ait
un petit truc qui connecte dans la tête, pour dire « oula, on va peut-être regarder le 5 novembre », c'est-à-dire la journée de grève et de mobilisation de l'ensemble des organisations syndicales, on est dans cette… Et en face, on a quelqu'un qui dit «
j
'ai raison, je vais vous expliquer, et si vous ne comprenez pas ce que vous explique, je vais vous le réexpliquer en ne rien changeant ». Par contre, plus précisément sur la situation de la France, oui, il y
a
un problème.
Mais
il n
'y a
pas un problème pour tout le monde. Il y a des entreprises qui font des bénéfices colossaux. On parle beaucoup de Total, mais ce n
'est
pas les seuls. Donc la question qui est posée, c'est quels choix politiques on fait,
et
pas en attendant l'homme providentiel ou la femme providentielle dans six mois, quels choix politiques on fait pour faire rentrer plus d'argent, peut-être certaines dépenses,
en
faire un peu moins. On parle beaucoup des aides aux entreprises, voilà un sujet qui mériterait qu'on
s'y
attache plus longuement.
–
Non, vous êtes en train de dire qu'à la fois,
on
ne demande pas assez aux entreprises et qu'on donne trop aux entreprises.
– Non,
non, ce n'est pas ce que j'ai dit. – C'est-à-dire
que…
– Ben
si, ben si… –
Alors j'ai du mal m'exprimer, parce que normalement vous comprenez bien.
–
Vous vous exprimez très bien, mais vous dites, les entreprises
ont
des avantages, on les aide, il y a des aides financières aux entreprises.
–
Oui, sans contrepartie. – Oui, mais je ne
dis
pas le contraire, mais je dis, c'est ce que vous avez dit.
–
Oui. – D'une part,
et
d'autre part, qu'il y a des entreprises qui font des profits importants, etc., etc.
– Les grandes entreprises. –
Ce qui n'est pas forcément mal en soi, de faire des profits, ça dépend en échange de quoi, en échange de quoi et au bénéfice de qui. –
Exactement, exactement. –
Les
bénéfices, c'est une bonne nouvelle pour une entreprise. – Une entreprise qui gagne de l'argent, évidemment que c'est une bonne nouvelle. Ça veut dire que les salariés ont bien travaillé. – Donc, les
7 milliards, puisque vous y avez fait référence tout à l'heure, mettons les pieds dans le
tas de Total et de M. Brionnet, 7 milliards
et demi, ou dans le flac d'essence, 7 milliards et demi de bénéfices au troisième trimestre pour Total, la première réaction de Philippe Partinez, c'est de dire, youpi, c'est bon pour un géant français, pour l'économie
française, pour l'office. – J'aime bien quand vous parlez à ma place. – C'est une question, j'ai mis le point d'interrogation à la main. – D'accord, parce que
je ne vois pas la
ponctuation quand vous parlez. –
C'est une bonne nouvelle
pour Philippe Partinez
? C'est le fruit d'abord du travail des salariés. Après, c'est cet argent,
à
qui il va servir et à quoi il va servir ? Est-ce qu
'il
va servir aux actionnaires
? Les
actionnaires de Total sont ravis. Ou est-ce qu'il va servir aux salaires ? On va en parler, aux investissements, à l'amélioration des conditions de travail, et à tout le monde, c'est-à-dire que les entreprises payent des impôts
à
la hauteur
de
leurs résultats. – Alain Dommel.
– Alors, d'abord, je pense que c'est normal qu'ils paient des impôts importants, a fortiori quand il y
a
des profits importants. Cela dit, les profits en question, ce qui est intéressant, c'est de savoir comment ils sont utilisés. C'est-à-dire, est-ce qu'ils sont utilisés en investissement, ce qui peut être une très bonne chose à commencer pour les salariés ? Est-ce que les salariés en bénéficient ? Sauf erreur de ma part, je crois qu'il y
a
eu en tout cas un geste, c'est total en faveur des salariés, alors j'imagine que…
– À la hauteur des actionnaires. – Oui, oui,
non,
non,
mais je ne dis pas le contraire.
– Ah d'accord, non, mais c'est
bien de le dire.
– C
'est honnête de le dire, parce que ça ne se passe pas toujours comme ça.
– C'est quand même
les actionnaires qui sont le mieux servis. – Oui, mais ça ne se passe quand même pas comme ça dans toutes les entreprises quand elles se portent bien. Bon, là, au moins, il y
a
eu un geste. Bon, et pour le reste, ce qui est évidemment le plus important, c'est de savoir si les bénéfices en question sont réinvestis intelligemment pour le bénéfice de… –
Et si l'entreprise paye les impôts…
–
Qu'elle doit payer. – Qu'elle doit payer proportionnellement. Or, vous le savez très bien, parce que vous avez un peu d'expérience, avec ce qu'on appelle non pas l'évasion fiscale, mais l'optimisation fiscale.
Les
entreprises se débrouillent par le biais de filiales et des histoires de comptes pour
diminuer… – En ayant par exemple leur siège en Irlande ou en Hollande.
–
En
Hollande ou
en
Suisse
ou ailleurs. – Oui, mais
spécialement dans ces
deux-là… – Mais pas uniquement,
si vous ne permettez pas uniquement le siège de l'entreprise, par le biais de création de holdings où l
'argent circule et qui
permet de ne pas déclarer aux impôts ce qu'elle devrait normalement payer. – Ça,
ça
mériterait qu'on… – Il y a des discussions sans arrêt là-dessus.
–
Sans arrêt, mais il faudrait arrêter et puis agir.
– Arrêter ou agir, c'est difficile par exemple d'interdire à une entreprise d'avoir telle ou telle organisation financière en Irlande ou en Hollande.
– On pourrait prendre des mesures pour leur dire non, il faut… –
À condition que tout le monde le prenne, c'est-à-dire que les autres pays européens en fassent autant au même moment.
– On l'a fait, on commence à essayer de le faire pour les GAFA par exemple. –
Un petit
peu. – Un petit peu, pas assez. –
Un petit
peu et c'est un mouvement européen quand même,
une réaction européenne, pas
une réaction franco-française. – Ce que je veux vous dire, c'est que c'est bien des décisions politiques qui font que,
et donc vous voyez,
qu'on peut trouver de l'argent.
–
Vous parlez de l'Europe, Alain Dehamel, je voudrais vous parler de la Banque Centrale Européenne ou de celle qui la préside aujourd'hui encore, Christine Lagarde, qui a annoncé un peu à la surprise générale hier qu'elle allait rendre son tablier patronne de la BCE en février prochain. –
On avance,
six mois d'avance. – Six,
sept
mois d'avance sur ce qui était prévu et février 2027, il n'aurait échappé à personne en tout cas sur ce plateau, que c'est deux mois avant l'élection présidentielle. Christine Lagarde ajoute à tout cela que si elle part plus tôt que prévu, c'est pour reprendre sa liberté de parole politique, je ne
vais
pas vous dire, et si c'était elle, avec un point d'interrogation, Alain Dehamel, mais puisque le bloc central est en pleine hésitation entre Edouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et j'en oublie d'autres, est-ce qu'elle peut être la solution entre Jean-Luc
Mélenchon
et Marine Le Pen
?
– Alors moi je n'y crois pas beaucoup, même je n'y crois pas du tout, parce que je pense que se présenter à la présidence en étant la plus grande banquière française, je ne
suis
pas sûr que ce serait le plus mobilisateur pour les électeurs, même les électeurs de droite.
– Les Français n'éliront pas
une banquière
? – Le
fait d'être une banquière et d'être le symbole de la banquière, qui en plus est connu quand même pour son statut, qui est quand même très particulier, parce que c'est quand même la première, la femme française qui de ce point de vue a le plus de poids d'influence, quand on dit d'influence, ce n
'est
pas simplement d'influence française, c'est d'influence à l'échelle européenne. Bon, en même temps c'est quelqu'un, si elle a envie, ce qui est très possible, de retrouver, elle peut avoir l'objectif aussi d'autres fonctions, mais si elle a envie, comme je le crois en tout cas, de retrouver sa libre parole en n'étant plus simplement la porte-parole de ses fonctions, mais porte-parole d'elle-même, Christine Lagarde c'est quelqu'un qui a des choses intéressantes à dire dans cette période où sur le plan économique on a besoin de bons conseils et de quelques solutions. Est-ce qu'elles seront bonnes ? Je n'en sais rien, il faut l'entendre. Mais en tout cas, c'est une voix intéressante.
– Philippe Partine. – Une voix VOIX.
–
Oui.
–
Je n'ai pas dit VOIE.
– Christine Lagarde à l'Élysée, vous faites quoi ? – C
'est un débat qui ne m'intéresse pas,
quoi. Enfin,
je veux dire, on a l'impression, enfin déjà on la connaît,
il
me semble qu'elle a été ministre déjà.
– De l'économie, quelques années,
oui.
–
Bon, donc on la connaît. Et tous ces débats
très
politiciens qui consistent à dire qui pourrait être l'homme ou la femme providentiel pour… Je pense que je ne
suis
pas le seul à ne pas être intéressé. Quelle réponse immédiate on donne à ceux qui défilent aujourd'hui ? Les jeunes, voilà, c'est l'avenir. Comment ça se fait qu'on ne s'occupe pas d'eux ? Ceux qui travaillent, qui n'ont que leur travail pour essayer de vivre, parfois survivre ? Voilà, c'est ça. Le reste, c
'est
des débats politiciens, à mon avis. Mais je ne suis pas autant spécialiste qu'Alain Duhamel sur la politique de la France depuis quelques décennies.
–
Oui, quelques siècles.
–
Mais en ce qui concerne Christine Lagarde, en tout cas, c'est une voix intéressante parce que d'abord, elle a une expérience internationale pratiquement incomparable pour un Français ou une Française et que si elle a envie d'exprimer quelque chose en ce moment et de créer des débats, y compris avec vous d'ailleurs,
je trouve. – Si elle a des choses à dire, évidemment, on a le droit de les dire. – Non, non, elle
en a forcément.
–
Oui, oui. – Oui, parce que quand on a l'expérience qu'elle a, on a des choses
à dire. – Oui, oui, d'autres ont des
expériences. –
Non, mais je ne suis
pas…
– Ceux qui sont dans la rue, ils ont aussi une expérience, vous voyez. – Mais non, mais je ne suis
pas du tout en train de vous dire
qu
'elle est la seule à avoir quelque chose à dire. Mais je vous dis, je pense qu'elle a quelque chose d
'original. – Elle a sûrement des choses à dire, d'original, je ne suis pas sûr, mais ça, c'est mon point de vue. Mais ceux qui sont dans la rue aujourd'hui, ils ont aussi une expérience. Et c'est concret, leur expérience. C
'est
comment je boucle mes fins de mois. Comment j'ai un avenir avec les études et mes études qui se font dans des conditions déplorables. Ça, c'est une expérience. Et ce qui manque aujourd'hui, depuis quelques temps, c'est ne pas s'appuyer sur ces expériences du quotidien. Alors certains vont dire, ça ne vole pas haut. Mais c'est la réalité. Et là aussi, vous savez, il me semble qu'on a un ancien banquier à l'Elysée.
–
Oui, je ne
suis
pas
sûr. – On peut faire son bilan et voir
si l'expérience d'un banquier est vraiment intéressante.
– Je ne
suis pas sûr que ce soit la clé de la situation.
– Il faut choisir
les banquiers alors.
– Non, non, il faut
choisir les moments. Et par exemple, puisque là, on sait qu'on a des échéances à court terme susceptibles d'entraîner des changements, et bien c'est à cette occasion-là, on a six mois pour ça, où il faut proposer des solutions et qu
'elles soient
exposées.
– Moi, je n'ai aucune ambition, mais je vous ai proposé quelques solutions. – C'est
qu'on puisse comparer,
comparer
et
évoluer,
pas ça, évaluer. – Moi, je n'ai aucune ambition et
j'ai des propositions. – Oui, bien sûr que j'ai des
idées, heureusement, j'ai un avis.
– C'est
d'ailleurs pour ça que vous
êtes là.
–
Exactement.
– Je ne
sais
pas. – Merci beaucoup,
Philippe Martinet.
– Merci. – Merci à
vous Alain Dommel.