Paris/Alger : les "Influenceurs" et la crise - C dans l’air - 23.01.2025
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Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue dans C'est dans l'air. C'est une tension qui s'accroît de jour en jour. Depuis six mois, la France et l'Algérie sont à couteau tiré. Dernier épisode en date, l'interpellation hier d'un septième influenceur algérien qui appelait sur les réseaux sociaux à des actes violents sur le territoire. Le ministre de l'Intérieur en a fait son combat, lui qui a dû encaisser récemment le refus d'Alger de récupérer un de ses ressortissants. C'était la semaine dernière, remis dans l'avion, direction Paris, le jour même. Depuis la reconnaissance en réalité de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental cet été, le torchon brûle entre les deux pays.
Et comme point de rupture, l'arrestation de l'écrivain franco-algérien Boilem Sansal, Emmanuel Macron estimant même récemment que l'Algérie, je cite, « se déshonore en ne le libérant pas ». Ce qui est sûr, c'est qu'ici à Paris, dans un pays d'une manière générale où les Algériens sont la première communauté, le sujet est surveillé de très près et divise la classe politique. Paris-Alger, les influenceurs et la crise, c'est le titre de cette émission. Avec nous pour en parler ce soir, Anthony Bélanger, vous êtes éditorialiste à France Info Télé, spécialiste des questions internationales.
Asni Abidi, vous êtes politologue, vous êtes directeur du centre d'études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen. Citons votre étude scientifique dans la revue Ramsès de l'IFRI intitulée « Algérie sur tous les fronts entre immobilité interne et défis externes ». Rachel Binas est avec nous, vous êtes journaliste à Marianne, je renvoie à votre dossier qui fait la une cette semaine, « Algérie, le chantage, ça suffit, derrière la haine de la France, un régime aux abois ». Nous allons largement en parler ce soir. Enfin, Audrey Goutard, vous êtes grand reporter à France Télévisions, spécialiste des faits de société. Bonsoir à tous les quatre. Bonsoir.
Merci de participer à ce « C'est dans l'air en direct ». On va refaire le film, j'allais dire, à l'envers. Avec vous ce soir, je voudrais qu'on parte de cette crispation, de cette montée en tension autour de ces sept influenceurs qui ont été interpellés par la France. Qui sont ces influenceurs ? Anthony Bélanger. Alors, ce sont d'abord des gens qui communiquent sur TikTok ou sur les réseaux sociaux et qui ont l'heure d'avoir beaucoup d'abonnés. Leur lieu commun d'entre eux, c'est qu'ils ont entre 500 000 et 100 000 abonnés. Et donc, quand ils communiquent, ils sont suivis par 500 000 personnes qui appartiennent généralement à la diaspora algérienne.
Donc, en fait, ils s'adressent à la diaspora algérienne en France. Et c'est vrai que depuis un mois, un mois et demi, il y a un tir groupé de ces influenceurs algériens ou franco-algériens s'en prenant à ceux qui s'en prennent au régime algérien. Et en appelant à la violence ? Alors, en appelant à la violence pour une partie d'entre eux, et pour d'autres qui sont moins stupides, non, simplement en disant qu'il n'y a pas de raison de critiquer le régime algérien, que tous ceux qui critiquent le régime algérien sont des... je ne sais pas si vous voulez rajouter ce que vous voulez au bout. D'accord.
Donc, en fait, c'est vraiment une attaque groupée de gens qui veulent défendre le régime algérien. Il faut comprendre juste une petite chose. C'est que ça correspond à un contexte très particulier. Oui, bien sûr. Et qu'il faut... que personne n'a jamais souligné jusqu'à présent et qui est très important. Depuis fin décembre, il y a une campagne qui s'appelle Manich Radhi, en Algérie, un hashtag, et qui dit « je suis mécontent ».
C'est une campagne orchestrée sur les réseaux sociaux, qui part de la France, mais qui s'est rejoint aussi l'Algérie, qui ensuite s'est déportée dans d'autres pays, dans d'autres régions où se trouve la diaspora algérienne, et qui s'en prend bille en tête au régime algérien. Or, le régime algérien a tout simplement très peur de ce type d'emballement sur les réseaux sociaux. Pourquoi ? Parce que le mouvement Hilak, en 2019, a commencé comme ça. Et a jeté ensuite... Ce serait un contre-feu, c'est ça que vous voulez nous dire ? C'est exactement ça. En fait, en partie, un contre-feu.
D'ailleurs, le Figaro l'a très bien montré en publiant une vidéo que tout le monde peut avoir sur les réseaux sociaux, montrant que c'est effectivement une peur du régime et un contre-feu à ces maladroits, je dois bien dire. – Rachel Binas, sur ces influenceurs, on a un ministre de l'Intérieur qui, dès le début, a frappé assez fort. Parce qu'il y avait des appels à la violence. – Il y avait des appels à la violence, et plus qu'à la violence. Il y avait des appels aux attentats, avec des scénarios proposés, notamment par certains influenceurs.
Et puis des appels aussi à lyncher jusqu'à la mort, pour traduire littéralement, certaines personnes qui soutenaient, par exemple, le mouvement qu'on peut traduire par « Je suis mécontent » ou « Je ne suis pas satisfait ». Très vite, souvenez-vous, c'est un influenceur lui-même, un activiste, en fait, plus précisément, Chaufki Benzera, qui apostrophe les autorités françaises en disant « Mais regardez ce qui se passe depuis des semaines, pour ne pas dire des mois, sur votre sol ».
Parce que ce qu'il faut bien comprendre, c'est que ces influenceurs qui, pour ceux dont on parle, ceux qui sont actuellement sous le coup de poursuite, pour la plupart, sont en situation irrégulière, avec un sentiment d'impunité assez fort, font tout ça de France. C'est-à-dire qu'en menaçant même une partie des Algériens qui se trouvent de l'autre côté de la Méditerranée. Avec l'idée aussi, on l'a dit, et ça je voudrais revenir dessus, parce que c'est vraiment très important, en s'adressant à ce qu'on appelle, nous, la communauté algérienne, mais qui est en fait un leurre. On présente les choses comme si c'était un groupe homogène. Oui, c'était un bloc, bien sûr. Du tout.
Parmi eux, il y a des francophones, pas que des arabophones, des musulmans, des non-musulmans, des berbères, des shawis, des kabiles. Et il faut bien comprendre que l'idée comme ça, de s'adresser à une communauté, ne veut pas dire que cette communauté dans l'ensemble entend aussi et passe à l'acte loin de là. Et j'ajoute, et je finirai là-dessus, que ça a pu même émouvoir des Algériens en Algérie même. Notamment des kabiles, qui ne comprenaient pas pourquoi ils étaient autant pris à partie par des Algériens qui avaient fait le choix de la France.
Oui, avec ce point de tension ultime, quand le ministre de l'Intérieur décide de renvoyer en Algérie un de ses influenceurs, et que là, Alger lui dit, non, merci, vous le reprenez, direction Paris. Avec un sentiment d'humiliation pour le ministre de l'Intérieur. Et d'ailleurs, effectivement, le ministre de l'Intérieur a dit, a expliqué clairement que, selon lui, Alger avait voulu humilier la France, lorsque le 9 janvier, Alger a décidé, effectivement, de renvoyer son ressortissant algérien. Le ministre de l'Intérieur français dit, c'est un ressortissant algérien en situation irrégulière, le gouvernement algérien aurait dû l'accepter.
Le gouvernement algérien prend une parade qui n'est pas complètement inintéressante. Il était prévu qu'il soit jugé. Vous auriez dû aller au bout de la procédure judiciaire. Et à ce moment-là, on l'aurait renvoyé. Juste pour ajouter un petit point par rapport au profil de ces... J'en ai parlé, justement, j'en ai discuté avec les services de police qui enquêtent sur le profil de ces tiktokers, si je puis dire. Ce qui est intéressant, c'est de voir quand même que ce ne sont pas des militants, à la base, en tout cas dans leur expression sur les réseaux sociaux. Ce sont généralement, on voit plutôt des belles voitures, des types qui... Il y a un DJ, ils sont là, ils sont là.
C'est plutôt des gens assez légers. Et puis tout à coup, à un jour J, ils se sont tous adressés, effectivement, et ils ont menacé. Donc, comme on sent l'opération concernée... En tout cas, c'est ce que les services de police avec lesquels j'ai discuté, sont toujours en enquête. Mais ils me disent, franchement, ils n'ont pas le profil d'activiste habituel, en tout cas pour la majorité d'entre eux. Ils ont plutôt un profil, comme il y en a un, je vous dis, le dernier, il est DJ, quoi. Et quand on regarde, j'ai regardé son profil. Ce ne sont pas des idéologues, c'est ça que vous laissez entendre.
Non, mais en revanche, effectivement, à l'instant T, ils sont tous intervenus, ils ont attaqué directement et frontalement via des vidéos où ils s'adressaient à un nombre important d'adhérents. Et c'est ça qui inquiète le plus. Vous faites le lien, je vais vous donner la parole dans un instant, je vais avoir votre regard de chercheur sur ce qu'on est en train de commenter là. Mais vous faites le lien, les uns et les autres, avec la crise, où est-ce qu'on pourrait imaginer que cette offensive organisée soit uniquement liée à des problèmes internes et des craintes internes du régime ? Un peu des deux, mon capitaine. D'accord.
Des problèmes internes, on l'a vu avec ce mouvement qui est très grande de l'ampleur, avec cette compétition des hashtags en Algérie, et surtout la parano qui a pris le régime algérien, qui a pensé que ça s'organisait depuis la France. Parce que ce que font ces TikTokers, vous avez raison de les appeler comme ça, qui n'ont absolument rien à voir avec la choucroute, franchement, eh bien, c'est des menaces. Ils menacent, en fait. Oui, bien sûr, les menaces sont sérieuses. Ce sont des menaces très violentes contre les Français ou les Franco-Algériens, cette communauté qui aurait pu servir de caisse de résonance à ce fameux hashtag Manichradi, c'est-à-dire je suis...
C'est aussi la France qui est visée, quand même. Oui, c'est... Quand ce sont des attentats... Oui, c'est... Même si c'est du billard à 15 ans... Franchement, ce sont un peu les idioties du régime. Le regard de la Sniabidi, sur ce qu'on commente là, et on va beaucoup parler de cette crise, de l'origine de cette crise, naturellement, qui revient cet été avec la question du Sahara occidental, on va refaire un peu l'histoire compliquée de la relation entre nos deux pays, mais sur cet épisode-là des influenceurs et cette montée en tension que ça suscite, du côté du ministère de l'Intérieur et du côté du ministère de la Justice. Ça a été un peu tendu hier sur ce sujet-là. Quel est votre regard ?
C'est un épisode qui a permis l'éruption du politique dans une affaire qui aurait pu être traitée par la justice. Nous avons en France un magnifique outil, c'est le pôle national de lutte contre la haine en ligne, qui déjà enquête et il a commencé depuis plusieurs semaines. Et nous avons aussi la justice qui a été saisie par ces affaires. Vous voulez dire qu'il y a une instrumentalisation de la part de Bruno Retailleau ? Allons-y vraiment ? C'est ça que vous dites ? Il y a un usage politique, ce n'est pas tout à fait inédit, parce que la question algérienne a toujours été un enjeu de politique nationale française.
C'était un carburant de plusieurs parties, notamment les parties d'extrême droite. Et on aurait pu finalement gérer cette crise comme on a géré d'autres crises. La France avait une crise très importante. De manière diplomatique aussi ? De manière diplomatique, et évidemment, le renvoi pose une question juridique. C'est-à-dire à l'Algérie, demandez à n'importe quel policier à la PAF. Vous savez, vous avez tous les jours des Algériens qui sont refoulés, mais il y a toujours une règle.
Et quand on connaît le système, le fonctionnement du système politique algérien qui attache presque un attachement dogmatique à tout ce qui est formel, le formalisme, c'est-à-dire passer par le consulat, demander à un sauve-conduit, etc. C'est comme ça que ça fonctionne. Donc je trouve que cette crise d'influenceurs est venue s'ajouter à une série de tensions. Mais dire que finalement il y a un tir groupé, ou une guerre hybride contre l'Algérie, il faut laisser d'abord les enquêtes. Il y a des enquêtes, et je pense qu'il était maladroit de donner une dimension politique qui va finalement compliquer la page. Ça a été effectivement vu comme une menace de la part du ministère de l'Intérieur.
On va le dire, on est dans un contexte, évidemment, avec une alerte attentat qui demeure sur le territoire français. Ça a été vraiment perçu comme une menace. On peut juste souligner cette petite mise en garde du ministère français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud, qui lui dit, c'est bien au Quai d'Orsay et sous l'autorité du président de la République que se forge la politique étrangère de la France. C'est l'éternel débat, c'est l'éternel opposition entre le ministère en Trois-le-Quai d'Orsay, qui considère de manière traditionnelle que lui ne fait pas de la politique, qu'il est au-dessus de cela, qu'il n'a pas de consignes à recevoir.
Et puis le ministère de l'Intérieur, qui lui s'occuperait de tout ce qui est quotidien, mais qui serait éloigné de la diplomatie, des idées, etc. A force est de constater que tous les gestes diplomatiques qui ont été faits depuis le mandat Emmanuel Macron n'ont jamais fonctionné. Les mains tendues n'ont jamais été saisies. On va beaucoup en parler ce soir. C'est vrai que ça avait commencé avec une bonne intention de la part d'Emmanuel Macron. Plusieurs bonnes intentions et une main qui n'a jamais été saisie. Notons aussi que si l'Algérie a sa souveraineté, la France également l'a.
Et à partir du moment où ces personnes sont en situation irrégulière sur le territoire, dotées d'un passeport biométrique valable, c'est-à-dire pas besoin de laisser passer consulaire, le fameux Cézanne, normalement elles peuvent rentrer sur le territoire. Alors regardez, il y a une question pour vous justement sur cet aspect-là. Il y a pas mal d'incompréhension ce soir. Comment un pays peut-il refuser d'accueillir l'un de ses ressortissants ? Il ne peut pas. Normalement il ne peut pas. En tout cas il viole s'il le fait. Il peut le faire. En fait concrètement, je vais vous expliquer de manière très courte. Ça se fait. Ce n'est pas la première fois que ça a eu lieu.
Normalement en effet, de par les conventions internationales et européennes, les ressortissants doivent pouvoir rentrer et sortir à partir du moment où ils sont en règle, leur propre territoire. Des pays ne l'ont pas toujours fait. L'URSS ne le faisait pas par exemple. Ne l'autorisait pas. Là l'Algérie contrevient en effet aux règles, conventions de Chicago, déclaration européenne des droits de l'homme, etc. Elle contrevient à ces règles-là.
Ce qui se passe concrètement, c'est que vous arrivez, vous êtes l'escorte policière, vous arrivez avec la personne sous le coup d'une OQTF ou une ITF, vous voulez descendre de l'avion avec lui, on vous dit, les autorités vous disent, non, non, vous le reprenez, nous ne le prenons pas. Si vous insistez, il y a menace de mettre l'escorte policière en prison. Donc de l'autre côté, les autorités françaises disent très bien, ramenez-le, vous n'allez pas prendre le risque. C'est pas comme ça parce qu'il ne part pas faire du shopping à Alger, il est renvoyé. C'est l'objet d'une expulsion.
Il y a une expulsion, il faut que les autorités policières de son pays d'origine soient là, puisque évidemment, premier élément, alors que le contact n'a pas été fait. C'est une formalité. Elle est comme ça. Vous voulez le faire pour que ça se passe par un... Oui, dans le contexte, on voit bien qu'il ne voulait pas faciliter... Oui, puisqu'on parle de la loi, etc. Deuxième élément, je ne connais pas cet influenceur. J'ai pris sa connaissance après, justement, la médianisation de cette affaire. Je ne pense pas qu'il est vraiment pignon sur rue, parce qu'on n'a pas vu les Algériens manifester pour dire nous voulons le retour de cet influenceur.
Donc je pense que ce qu'il pèse, c'est vraiment très, très, très... Mais qu'est-ce que ça veut dire de la part de l'Algérie ? Dans un contexte d'extrême tension, de dire on ne le prend pas. Il est ressortissant algérien, vous nous le renvoyez parce qu'il a menacé votre pays d'attaques terroristes ou de violences, et on ne le reprend pas. Je pense que le regard d'Algérie, alors, ce n'est pas du tout une humiliation, ni pour le ministre de l'Intérieur, ni pour la France. Les relations sont extrêmement intéressantes et profondes pour tout de même répondre à cette expulsion. Ce que veut dire, à mon avis, un mensonge algérien, c'est de dire qu'il faut nous respecter.
On ne peut pas tout de même accepter... Bon, on va en reparler, on va en reparler. Je ne veux pas que vous n'êtes pas d'accord, mais on va en reparler. Il faut que ça soit à l'objet d'un accord métier. S'il vous plaît, je voudrais juste qu'on aille voir, justement, ces propos qui ont été tenus par ces influenceurs, et voyons ce premier reportage. En tout cas, c'est le septième TikToker algérien arrêté depuis un peu plus d'un mois. Hier encore, Bruno Retailleau s'est donc empressé d'annoncer l'interpellation d'un homme qui appelait sur les réseaux sociaux à commettre des actes violents sur le territoire français.
Dernier épisode d'une crise qui s'envenime, on l'a bien compris, entre nos deux pays, Juliette Vallon et Michel Bouilly. Sur TikTok, DJ Rafik est suivi par plus de 300 000 personnes. Rafik Méziane, de son vrai nom, influenceur algérien, a été interpellé hier à Paris. Et c'est le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, qui s'empresse de l'annoncer sur Twitter.
L'influenceur algérien Rafik Méziane, qui a appelé à commettre des actes violents sur le territoire français sur TikTok, a été interpellé ce matin. Ne rien laissait passer. Une annonce peu appréciée par le parquet de Paris qui, fait rarissime, recadre le ministre de l'Intérieur dans un communiqué. Il est rappelé que seule l'autorité judiciaire est légitime à communiquer sur une affaire judiciaire en cours et qu'une personne qui n'est pas jugée est présumée innocente.
Un influenceur de plus dans le collimateur de la place Beauvau, le septième arrêté depuis le début du mois. Dans leurs vidéos, des propos haineux et violents contre des personnes susceptibles de s'opposer au régime algérien, comme cet homme de 25 ans qui appelait à commettre des attaques au nouvel an.
Hier au Sénat, Bruno Retailleau affirme qu'il ne lâchera rien.
Je vous rappelle que la teneur de ces propos, c'est l'appel au meurtre, l'appel au viol, l'appel à la torture, des propos parfois aussi antisémites. Donc nous ne céderons rien.
Une affaire en particulier avait fait monter la tension entre Paris et Alger. Le 5 janvier dernier, l'influenceur Doualem, n'âgé de 59 ans, est arrêté à Montpellier puis expulsé direction l'Algérie. Mais à son arrivée, l'homme est refoulé par les autorités locales et renvoyé vers Paris. Colère du ministre de l'Intérieur. Je veux dire ma supéfaction. Et je pense qu'on a atteint avec l'Algérie un seuil extrêmement inquiétant. On voit bien que l'Algérie cherche à humilier la France. Une escalade dénoncée par l'ancien patron du Quai d'Orsay, Dominique de Villepin.
Nous ne sommes pas aujourd'hui à devoir nous faire plaisir en réglant des comptes, quels qu'ils soient. Ce n'est pas l'esprit de la relation entre la France et l'Algérie. Nous avons payé à travers l'histoire suffisamment chère pour apprendre qu'il n'y a qu'un chemin. C'est celui de l'amitié, c'est celui du respect, et je l'espère très fortement, de la réconciliation.
Mais le ministre de l'Intérieur va plus loin. Dans une longue interview avant-hier, Bruno Retailleau évoque la remise en cause de l'accord franco-algérien de 68 qui facilite l'entrée en France des ressortissants algériens.
On est pâché avec tout le monde, et comme ça ne suffisait pas, ils trouvent encore le moyen qu'on aille se pâcher avec l'Algérie. Nous ne voulons pas la guerre avec l'Algérie. C'est clair, ce sont nos frères, nos sœurs, nos tantes, nos grands-parents, nos amis.
À l'origine de la crise, la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le territoire du Sahara occidental, conflit qui dure depuis près de 50 ans entre Rabat et Alger. Sur le site du ministère des Affaires étrangères, la zone disputée est aujourd'hui représentée comme unie à l'ensemble du royaume. Lors de son discours à la nation le 29 décembre dernier, le président algérien accuse la France d'ingérence.
L'idée d'autonomie est une idée française, pas marocaine, et nous le savons depuis des décennies. Laissez les Sahraouis s'exprimer, s'autodéterminer, ne lui imposer rien.
Début janvier, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud a tenté d'apaiser les esprits et d'envoyer un signal positif en se disant prêt à se rendre à Alger. Il profite, nous étions en débat pendant ce reportage. Ça passionne l'Algérie. Oui, mais sur le fait, ça suscite pas mal de réactions et d'incompréhensions ce soir sur, effectivement, le fait que l'Algérie refuse de reprendre un de ses ressortissants qui appelait à la violence, alors que c'est une décision administrative. C'est ce que vous nous expliquez. Pour l'Algérie, tout est politique, c'est très simple.
Donc, en fait, ils ont considéré que c'était un coup de force politique du ministère de l'Intérieur français, quelles que soient les raisons pour savoir s'il y avait un sauf-conduit, pas un sauf-conduit, une OQTF, une OQTF, et ils n'ont pas voulu laisser passer ce qu'ils considéraient comme une prise de position politique. Et ils n'ont pas tort, parce qu'il y a une névrose française vis-à-vis de l'Algérie. Alors, ça, ça date depuis longtemps, et on va beaucoup en parler ce soir.
Juste, on a entendu parler rapidement dans ce reportage du ministre de l'Intérieur qui dit « Dans ces conditions et dans les conditions générales en matière d'immigration, nous voulons une remise en cause de l'accord migratoire de 1968. » Il n'y a plus rien dans l'accord de 1968. Alors, cet accord de 1968 a été révisé trois fois. D'accord. Qu'est-ce qu'il dit, cet accord ? Alors, cet accord, il fait partie de la suite des accords d'Ivian. Il faut saluer, parce que bientôt, au mois de mars, on a signé les accords, la France a signé les accords d'Ivian pour mettre fin à cette guerre d'Algérie. Deux choses. Le premier objectif, c'est mettre fin à la guerre, l'indépendance de pays.
Le deuxième, c'est quand même gérer le… vivre ensemble, en quelque sorte, des milliers de Français qui sont en Algérie. Le deuxième objectif n'a pas réussi, puisque des centaines de milliers de Français n'ont pas voulu rester, parce qu'il y avait quand même une grande tension. En 1968, il y a plusieurs autres accords, est venu pour régler, pour gérer le séjour, la mobilité et l'emploi d'Algérie en France. Il fait suite à quoi ? À d'autres facilités, d'autres accords. Par exemple, la France, après l'indépendance, les gens ne le savent pas, bénéficier de l'usage de Marcel Kbir, du port militaire à l'Orani, bénéficier aussi, il aura fait aussi des essais nucléaires dans le sud algérien.
Ça lui a été réproché récemment, mais on va y revenir. Absolument. Et aussi la question pétrolière, l'indépendance. Donc ça veut dire cet accord, il a été révisé, il a été vidé de tout son sens. Mais aujourd'hui, quand il dit ça, le ministre de l'Intérieur, quelles mesures en particulier il vise pour qu'on sorte d'une force de facilitation, d'installation des Algériens en France ? C'est ça le sujet. Mais quelles sont les mesures qu'ils visent ? Aujourd'hui, les Algériens ont quand même un avantage par rapport à n'importe quel autre pays, c'est-à-dire qu'ils ont une possibilité de circuler très librement entre la France et l'Algérie.
On a le certificat de résidence qui donne cette possibilité. Il y a 200 000 certificats qui sont donnés chaque année et qui permettent aux Algériens... Ça a toujours fonctionné comme ça et ça a toujours posé des problèmes à une certaine partie de la droite. D'ailleurs, je vous rappelle qu'Edouard Philippe avait essayé de casser cette relation et il n'y est pas parvenu parce que pour casser un accord, il faut que les deux parties soient d'accord pour négocier. Si l'Algérie ne veut absolument pas négocier le fait de briser cet accord, c'est compliqué de mettre en place une évolution. Mais juste pardonnez-moi pour être sûr de bien comprendre.
Ça ressort aujourd'hui parce que nos deux pays sont en crise diplomatique ou est-ce que c'est dans le débat depuis longtemps ? C'est dans le débat depuis longtemps. Et surtout, c'est un levier qui est toujours ressorti lorsqu'on parle effectivement des expulsions. On dit que ce n'est pas normal, il y a 2 000 laissés-passés consulaires remis par l'Algérie chaque année pour permettre les expulsions alors qu'on donne 200 000 possibilités aux Algériens de chaque année pouvoir venir en France. Donc voilà, ce déséquilibre-là est remis en question à chaque fois.
Achel Bina, dans la continuité de ce que dit Audrey Goutard en termes d'illustration de ce que peut contenir justement ces accords, il y a par exemple des facilités en termes d'installation, d'accès en l'emploi pour les étudiants algériens. S'ils veulent notamment ouvrir un commerce dans l'entrepreneuriat qui leur est facilité. Des facilités dont ne disposent pas, par exemple, les Marocains ou les Sénégalais. Après 5 ans de résidence, il y a aussi des conditions plus faciles et qui sont plus faciles que pour les autres. Il y a, et le dernier point par exemple, une immigration familiale qui est facilitée puisque c'est 12 mois et non 18 mois d'attente.
En réalité, l'aspect est surtout symbolique et c'est là-dessus qu'à la fois l'Algérie tient, puisque l'Algérie ne veut pas, on dit que ça ne compte pas, mais le gouvernement algérien ne veut pas que cet accord-là soit cassé. Et puis, il y a d'un point de vue français, une espèce aussi de symbole en disant, à partir du moment où on fait des gestes et que la main tendue n'est pas saisie, et bien de notre côté, les contreparties vont devoir prendre... C'est vrai que le niveau de langage est montré très fort quand même. On a vu passer tout à l'heure la une de l'Express. Rien ne donne à l'Algérie le droit d'offenser la France. Ça, c'est ce que dit le ministre de l'Intérieur.
Objectivement, entre 30 ans de carrière, je n'avais jamais connu un tel niveau de tension. Il y a toujours eu des moments difficiles. On va en parler, on va revenir un peu dans l'histoire. Et là, je dois dire que je suis quand même assez estomaqué à la fois de la prise en otage d'accords qui datent de 1968, c'est-à-dire qui sont pratiquement aussi âgés que moi, et qui, en fait, sont, vous l'avez souligné, ont une grande partie vidé de leur substance et qui ne sont plus que symbole. Il y a d'autres accords. Le passeport diplomatique algérien, exemple, d'Edvisa.
On a entendu Gérald de Darmanin, ministre de la Justice, il y a quelques jours dire, il faut supprimer cette facilité, et toucher les dirigeants, cela me paraît plus intelligent, plus efficace, et cela peut se faire très rapidement. De quoi s'agit-il ? Qu'est-ce qu'il veut faire ? C'est très simple. Il y a pour la nomenclature algérienne, aussi bien intellectuelle que militaire, que gouvernementale, bref, tous ceux qui en Algérie participent du régime, une facilité pour venir en France, soit parce que, tout simplement, ils ont des appartements ici, des enfants ici, de la famille ici. Ils sont dispensés de visa. Et ils sont dispensés de visa.
Donc, en fait, ça, c'est par contre un bon argument. C'est-à-dire qu'il n'y a aucune raison de s'en prendre aux accords de 68, qui, au fond, facilitent la vie à des centaines de milliers de franco-algériens ou d'algériens qui ont de bonnes raisons de venir en France, parce que, encore une fois, nos deux pays sont intimement liés, leurs populations sont intimement liées, et parce que leur histoire aussi, malheureuse par ailleurs, mais leur histoire aussi est intimement liée. C'est reproductif parce qu'on gère cette relation avec des menaces.
Parce que, quand vous réfléchissez sur cet accord, ils dispensent les porteurs de ce qu'on appelle des passeports de service et des passeports diplomatiques. Et, évidemment, les Algériens vont faire de même, la réciprocité. Et on va punir encore les diplomates français de ce mouvement-là. Ce n'est pas la bonne solution. C'est quoi la bonne solution, alors ? C'est ce que dit Dominique de Villepin ? C'est de faire baisser Danton, de se parler ? Laissez le quai d'Orsay. Laissez les affaires étrangères. C'est très important. Ils ont des outils. C'est-à-dire que l'éruption, d'abord, ça donne un paysage un petit peu de cacophonie, de désordre au sein du gouvernement français.
Pourquoi vous voyez du désordre ? Tout le monde va dans l'idée qu'il faut quand même muscler, en tout cas, du côté de la justice et du côté de l'intérieur. Pas toujours la même ligne. Il y en a qui veulent vraiment aller vers la rupture totale, d'autres qui tempèrent. Le ministre des Affaires étrangères, il montre sa disponibilité d'aller à Alger. Et même le ministre de l'Intérieur, hier, il avait dit que la page était tournée. Moi, je pense que le vide laissé par le président français, ça a toujours été le cas depuis De Gaulle.
C'est-à-dire, le domaine de l'Algérie, Charles Pasqua, l'ancien ministre de l'Intérieur, disait toujours que le ministère de l'Intérieur est le ministère de l'Algérie et de le Maroc et de la Tunisie. Pour dire l'importance. Bien sûr. C'est parce que le président ne s'en occupe pas que le ministre de l'Intérieur s'en occupe ? Il y a un vide, parce que pour une première fois, on a un président qui est évidemment en position délégate, et c'est pour ça qu'il ne veut pas ouvrir un autre processus. Et on va voir pourquoi ça s'est crispé. En tout cas, on a encore un ambassadeur là-bas, en Algérie ? Oui, mais il n'a plus aucun contact avec personne.
Ce qui est intéressant, parce qu'on parle de diplomatie, mais aujourd'hui, on est bien dans un dialogue qui n'est pas diplomatique, parce que, juste un petit point, on est vraiment sur la thématique uniquement sécuritaire. La seule personnalité française qui a été en Algérie, là, le 13 janvier, c'est le patron de la DGSE, Nicolas Lerner. Et ce n'est que lui, et lui seul, qui aujourd'hui parle avec le gouvernement algérien. Il faut là aussi raconter ce qui s'est passé. Il y a eu un documentaire qui a été diffusé en Algérie, à la télé algérienne, accusant la France, la DGSE, les services français, de barbouzerie, d'avoir organisé une déstabilisation du régime algérien.
Donc, il y a des accusations de part et d'autre. On imagine que ça n'a pas amusé le patron de la DGSE en France. Et d'ailleurs, c'est pour ça qu'il a été faire ce passage, justement, en Algérie, qui a duré exact 5 heures. Donc, aller-retour, rapide, mais pour refaire le point. Et puis, parce que nous travaillons énormément avec l'Algérie sur le problème des islamistes et du terrorisme. Encore aujourd'hui ? Oui, bien sûr. Malgré les tensions ? Mais bien sûr, ça, c'est les tuyaux. Mais comme on travaille avec la Russie, toujours. C'est-à-dire que ce sont des tuyaux qui ne s'assèchent jamais. De cette sécurité-là, tout le monde a besoin de cela. Et donc, ça ne s'assèche jamais.
D'où la retenue du ministre de la Défense, d'ailleurs. C'est pas dans le même sens. Voilà. Et pour ce qui est de cette accusation de barbouzerie par les Algériens, c'est sur la foi du témoignage d'un ancien de Daesh. On peut imaginer qu'effectivement, son témoignage est sujet à caution ou pas, je ne sais pas. Mais bon, c'est quand même un témoignage un peu particulier, qui a expliqué qu'il avait été pris en otage et approché par la DGSE pour espionner le gouvernement et commettre des attentats en Algérie. Allez-y, allez-y.
52 minutes qui a été diffusée sur la chaîne nationale algérienne en décembre dernier, si je ne vous dis pas de bêtises, qui a été énormément vue avec une espèce de mise en scène complètement baroque, pour ne pas dire folklorique ou délirante. Et qui, hélas, fait partie de cet ensemble à la fois très dommageable, très triste et aussi inquiétant de ce régime qui prête à la France des actions, des accusations extrêmement lourdes. N'oublions pas que dans le cadre, par exemple, de l'arrestation de Boilem Sansal, le premier communiqué du gouvernement algérien qualifiait la France de gouvernement macronito-sioniste.
Ça en dit long aussi sur ce virage pris par un régime algérien qui tend après à se marginaliser sur la scène internationale. Aujourd'hui, à part la Russie et la Chine, rares sont ces soutiens. L'échec auprès des BRICS en est la parfaite illustration. Alors, il y a effectivement une paranoïa au sein du régime algérien. Il y a par exemple une instrumentalisation de la France. Mais je voudrais souligner une chose importante. Il y a eu, il n'y a pas si longtemps que ça, une presse algérienne qui était relativement libre. Kamel Daoud pouvait écrire son problème dans des journaux algériens et d'autres d'ailleurs.
Et que, moi, qui est ensuite un ancien courrier international, on pouvait lire à peu près... Ce n'est plus le cas. Ce n'est absolument plus le cas. Ce n'est plus le cas. Il y a une mise en coupe réglée de la presse algérienne, une mise en prison de ceux qui... ou du moins, une mise en danger de ceux qui veulent écrire librement en Algérie ou alors qui sont tout simplement renvoyés en France et obtiennent le statut de réfugiés politiques. C'est donc... Il y a bien une tension extrême en ce moment, depuis probablement le mouvement Irak, mais qui va crescendo avec le vieillissement et l'affaiblissement du régime. Tension et parano du régime. Je ne suis pas psychologue, mais la question...
Est-ce que l'Algérie est en isolement ? Hier, il y avait une grande réunion entre les Américains et les Algériens. L'Algérie a des... Les relations avec Moscou ne sont pas toujours bonnes à cause, justement, de l'interventionnisme russe dans les pays du Sahel, considérée comme la sécurité nationale. Le premier client de l'Algérie, c'est bien l'Europe. L'Italie est devenu un hub pour le gaz et l'Algérie, pour le gaz et le pétrole. Les relations avec l'Espagne sont très importantes, donc je ne vois pas vraiment factuellement où se trouve l'isolement. Et même pour la France, je peux vous dire que... Vous savez, il y a trois, quatre consulats.
Les lycées français en Algérie, les listes d'attente dépassent toutes les listes d'attente des lycées français. Tout va bien, Asti Abedi. Non, pas tout va bien. Pour vous dire, c'est-à-dire qu'il n'y a ni sentiment anti-français, ni question d'isolement. On a une crise qui, finalement, n'est pas le propre de la période Théboune-Macron, mais qui a toujours existé, sauf que cette fois-ci, elle a pris une dimension dimesurée avec l'éviction, le départ de politique, et on n'a laissé que le sécuritaire avec un langage un petit peu apprécié par l'extrême droite parce que nous sommes dans une phase politique française qui peut être le réclame. Et alors, vous avez raison, Asti Abedi.
Et d'ailleurs, on va faire le point sur les relations entre la France et l'Algérie qui ont toujours été houleuses. Le travail de mémoire depuis l'indépendance est souvent, d'ailleurs, aussi une source, on va en parler, de tensions. Retour sur les 70 ans de Je t'aime, moi non plus. Théoman Val avec Ariane Morrison. Aux racines du mal de la relation franco-algérienne, 130 ans de colonisation qui vacille en 1954, au début de la guerre d'Algérie.
L'Algérie, c'est la France. Et la France ne reconnaîtra pas chez elle d'autres autorités que la sienne.
Naouf Elbrahimi Elmili s'est plongée dans six décennies d'histoire entre nos deux pays.
Le drame politique de la guerre d'Algérie, c'est la 4ème République. La 4ème République n'envisageait pas de traiter le problème politiquement. Donc ils ont traité le problème militairement.
Huit ans de conflits, un bilan estimé à 500 000 morts et après le cessez-le-feu, des relations d'intérêt maintenues côté français.
La perspective qui s'ouvre sur l'avènement d'une Algérie indépendante, coopérant étroitement avec nous, satisfont la raison de la France. La mémoire était un non-sujet. On était dans l'immédiateté. En échange de l'envoi d'enseignants, d'instructeurs en Algérie, De Gaulle obtient l'exploitation par des entreprises françaises de gisements d'hydrocarbures et de sites pour ses essais nucléaires. Pendant ce temps, des milliers d'Algériens émigrent dans l'Hexagone, en plein boom des Trente Glorieuses. Il y avait une demande de main-d'œuvre. Et la main-d'œuvre la moins chère était la main-d'œuvre algérienne.
Qui s'entasse dans des bidonvilles. Pour encadrer la libre circulation des Algériens en France,
permise depuis la fin de la guerre, un accord est signé en 1968, qui met en place des quotas d'entrée. L'Algérie, économiquement, n'était pas en puissance de force. La France l'était. C'était endogamique. Je prends, je fais travailler et je renvoie. Ça a continué comme ça, jusqu'au moment Giscard d'Esslin. VGE, qui provoque un coup de froid. en tentant de refermer les portes, avec un programme de retour. Contre 10 000 francs, le travailleur rentre avec sa famille, s'il est en famille, sans famille, voilà. C'est prendre 10 000 balles et casse-toi. Est-ce que ça a marché ? Ça n'a pas marché. C'était plus compliqué que ça. Diplomatiquement aussi, les choses se tendent.
Premier président français à se rendre à Alger depuis l'indépendance, Valéry Giscard d'Estaing y tient un discours aux accents nostalgiques. La France historique salue l'Algérie indépendante. Dans les années 90, c'est la décennie noire qui tente encore plus la relation. En pleine guerre civile algérienne, le groupe islamique armé mène plusieurs attentats sur le sol français. Prise d'otage du vol Air France, attentat du RERB. Il faudra attendre Jacques Chirac et le début des années 2000 pour connaître un nouveau départ, avec la reconnaissance de massacres commis par la France pendant la guerre. Oui, il y a eu une détente. Sur le poids de la guerre, il a fait des premiers petits pas.
Il ne pouvait pas aller au-delà, il était muselé par sa majorité, la preuve. Février 2005, l'Assemblée nationale française vote cette loi qui reconnaît les bienfaits du colonialisme. L'alternance entre discours d'ouverture et espoir doucher, c'est aussi la marque de la période actuelle. Alors candidat à sa première présidentielle, Emmanuel Macron prononce ses mots en 2017 à la télévision algérienne. La colonisation fait partie de l'histoire française. C'est un crime. C'est un crime contre l'humanité. C'est une vraie barbarie. Il a été qualifié par les officiels algériens et non des moindres, Emmanuel Macron, ami de l'Algérie. Ça a suscité un élan.
Le président ouvre ensuite ses chantiers mémoriels. Mais le rapport commandé à l'historien Benjamin Stora est mal reçu en Algérie. Emmanuel Macron dénonce alors la rente mémorielle sur laquelle vivrait le pouvoir algérien, avant de lui tourner le dos sur la question brûlante du Sahara occidental. Pour la France, le présent et l'avenir de ce territoire s'inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine. C'est la France qui s'est imposée cette relation triangulaire. On n'a pas cherché à réfléchir sur deux relations bilatérales parallèles. On a fait cette triangulation, donc on bascule d'un côté ou de l'autre.
Symbole de relation aujourd'hui au point mort, Alger n'a plus d'ambassadeur en France depuis bientôt six mois. On va valider le plan d'autonomie quand même de Rabat. Alors on va revenir sur ce tournant de l'été dans la diplomatie française. Marilyn en Lozère nous pose cette question. Mon père a fait la guerre en Algérie bien malgré lui. Jusqu'à quand nous sentirons-nous coupables de ce qui s'est passé ? Jusqu'à la fin de la Vème République puisque la Vème République est née avec la guerre d'Algérie. L'ensemble de nos institutions sont nées avec la guerre d'Algérie.
Quand vous voulez comprendre l'histoire de France de ces 60 dernières années, y compris des hommes qui l'ont et des femmes qui l'ont incarnée, c'est l'Algérie, l'Algérie, l'Algérie, l'Algérie, l'Algérie. Pourquoi vous dites ça ? Sur la Vème République ? Vous reprenez par exemple les candidats à l'élection présidentielle de 2017 ou 2022. Vous aviez Eric Zemmour, rapatrier d'Algérie, Madame Le Pen, fille de tortionnaire. Mélenchon, rapatrié du Maroc, Darmanin, dont le grand-père est un héros, résistant, et Harky. Vous pouvez multiplier les exemples par des dizaines.
Madame Pécresse, dont le grand-père était le psychiatre de tout ce que l'Algérie française comptait de traumatiser la guerre d'Algérie. Non, il n'y a pas moyen. Mais 1958, la naissance de la Vème République, la guerre d'Algérie, 1962, juste après l'attentat du petit Clamart, au moment où le général de Gaulle décide que son poste de président de la République sera issu du suffrage universel. Tous les moments clés de l'histoire de la France, de ces institutions, de la manière dont nous fonctionnons, y compris des grandes majorités, pour s'opposer à ce que la Vème République pouvait avoir de précaire, et qui n'a pas su gérer la guerre d'Algérie, tout ça est issu de la guerre d'Algérie.
Donc, il y a une prégnance historique absolument abyssale. Il faut que les gens le sentent, et ça en tête. La question, c'est qu'on voit la complexité de nos relations. C'était très bien raconté dans ce reportage. Emmanuel Macron, il marque une rupture, et ça aussi, en tout cas, quand il arrive, il fait le choix, clairement, de l'Algérie. Sans succès ? Alors, ce n'est pas vraiment sans succès, parce que, peut-être, l'échec est provisoire, toujours. Emmanuel Macron n'est pas concerné par la guerre d'Algérie, d'abord. Il est né à... Il le dit, d'ailleurs. Absolument. Le président Tebow, lui aussi, n'a pas fait la guerre de libération. Il dit, c'est une autre génération. Absolument.
Il ne vit pas par la rente mémoriale. D'ailleurs, il ne parle pas de légitimité révolutionnaire, parce qu'il n'a pas fait la révolution algérienne. Il y avait cette approche, c'est vrai, du président Macron, qui est graduelle, en quelque sorte. Mais, elle a buté sur un élément de base, cette reconnaissance. Pas reconnaissance de président Macron, pas de la France d'aujourd'hui, pas de celle qui vous a écrit un SMS, mais de système colonialiste français. La reconnaissance des actes de guerre, des crimes commis en Algérie. Mais il l'a fait ça pendant la campagne. Il le dit pendant la campagne. Non, non, ce n'est pas comme ça. Alors, aujourd'hui, on a commis. C'est jamais assez bien pour les...
Je vous parle, je vous dis comment l'Algérie a voulu voir, finalement, l'histoire. Non, mais c'est pour ça que votre regard, il est important. Mais c'est vrai qu'on a eu l'encentiment, et on l'a bien vu dans ce reportage, que pendant ça lui a été reproché, que pendant la campagne, Emmanuel Macron est allé assez loin, le plus loin qu'on ne soit jamais allé dans la responsabilité et la repentance par rapport aux autres. Regardez ce que dit Bruno Retailleau. On est toujours dans cette histoire-là. Il dit « Nous avons posé un regard culpabilisant, la repentance qui a fini par atteindre cette fierté française. Il faut reconstruire cette fierté française.
» Car, en euros, jamais le mot « repentance » ou « payer » n'a été prononcé. Vous savez, jusqu'à récemment, on ne parlait pas de la guerre d'Algérie, on parlait des événements d'Algérie. C'est récent. Et ça, c'est important pour l'histoire des deux pays. Nous avons... Vous avez parlé de l'Algérie, elle est omniprésente. Vous avez 5 millions environ, 5 millions de Français qui ont une relation directe ou indirecte avec l'Algérie. Et c'est pourquoi elle s'invite finalement dans le débat français. Rachadine. Non, oui, je suis assez de mal à l'aise avec ce chiffre qui, en effet, circule beaucoup. C'est de Benjamin Stora qui le dit. Non, mais l'INSEE dit 2 millions.
Entre 2,4 et 2,7 millions, et on va dire 2,5 millions, quand on regarde d'individus appartenant à la diaspora. Donc, deuxième génération, troisième génération. Non, on parle de Français qui ont quitté l'Algérie en 1972. Et ensuite... Oui, vous ne parlez pas de la même chose, ce n'est pas le même chiffre. 850 000, on a 850 000 immigrés, c'est-à-dire algériens, c'est-à-dire, selon les définitions de l'INSEE, nés étrangers à l'étranger. La technique qui consiste à grossir les chiffres de ce qui serait la diaspora, avec une méthodologie qui reste assez, jusque-là, énigmatique, n'est certainement pas la bonne.
Et l'idée de prendre à chaque fois, encore une fois, ce groupe comme une espèce de bloc monolithique, n'oublions pas que depuis au moins 1962, la France est aussi une terre-refuge des opposants. Messaliadj, on parlait de l'Irak, les opposants au régime, c'est aussi une terre-refuge... Qu'est-ce que vous voulez dire, Rachel Gélias, par rapport à notre discussion sur cette difficulté à concilier nos mémoires ? Je ne sais pas quelle est la bonne expression. Je crois que, parce que souvent la question est posée, c'est « mais à quoi ça sert de faire tous ces gestes ? » Si, en échange, la main n'est pas tendue, déjà, il faut être plutôt fier de faire ce travail.
Même si la main n'est pas saisie derrière, c'est tout à notre honneur que de vouloir analyser, lire et digérer une histoire. Tant pis si, en face, on reste bloqué pour des raisons, parfois, de politique intérieure, parce que, quelque part, ça permet d'expliquer tous les mots, même les mots qui sont de la pure cuisine de politique interne. Ensuite, en effet, bien avant, le reportage en est le parfait exemple, bien avant, en réalité, les tensions de l'été dernier autour du Sahara et du Maroc, on sentait bien qu'il y avait des difficultés entre Macron et Théboune. Théboune qui, à plusieurs reprises, a repoussé jusqu'à annuler sa visite en France, bien avant la question du Maroc.
Donc, en effet, ce sont des mains tendues qui ne sont pas saisies. Et ensuite, c'est la question, en effet, diplomatique, qu'est-ce qu'on fait de cela ? Qu'est-ce qu'on fait de cela ? Est-ce qu'on continue ou pas à avancer dans cette voie-là ? Pour quelle politique ? Mais toujours est-il qu'il faut un capitaine, il faut un capitaine à bord, et savoir, ensuite, dans quelle direction... Et puisqu'on parlait beaucoup de Bruno Retailleau, ce soir, qui s'est exprimé longuement dans cette interview accordée à L'Express, et il dit « Aucune douleur de l'histoire n'autorise un pays à offenser la France ». On voit que c'est très vif comme manière de s'exprimer sur...
Il appartient à une tradition de la droite française qui n'a jamais pu admettre que l'Algérie ait pris son indépendance et qu'on ne lui ait pas donné. L'Algérie a fait une révolution en 1962, elle a pris son indépendance, elle a dit non à la France. Et cette partie de la droite française qui n'a jamais accepté que l'Algérie, dans laquelle les militaires français et l'establishment français avaient placé tant d'espoir et dit non à la France, s'exprime encore par Bruno Retailleau. Je tiens tout de même à s'il n'y ait une deuxième chose, c'est ici, en France, que se publient les livres, que se publient les livres, pas en Algérie.
Et on va en parler, on va parler de Boilem Sansal et de Kamel Daoud. Dans un instant, naturellement, nous allons y revenir parce qu'en plus il y a une décision très importante européenne sur le sujet. Vous vouliez ajouter quelque chose ? Oui, je voulais juste dire que l'approche graduelle de Président Macron, elle est très intéressante. Elle est même saluée par les Algériens, la preuve, par certains Algériens. Il y a une commission parallèle à la commission Benjamin Stora qui a été initiée justement par le Président, dirigée par un historien, par le directeur des archives, pour travailler avec ses pères en France. Et Benjamin Stora s'est rendu en Algérie à plusieurs reprises.
Qu'est-ce qu'ils attendent ? Quels mots ils attendent, les Algériens ? Non, je pense qu'il faut donner du temps, il ne faut pas être pressé. Il y a un problème du bien qui est dans l'Algérie. L'Algérie, elle est pressée. Je pense qu'il faut être patiente avec ce travail de réconciliation des mémoires. Et l'erreur commise par Paris-Alger, c'est de politiser ce travail de mémoire. Cette réconciliation, pas de la mémoire, mais des plusieurs mémoires. On ne peut pas avoir une seule mémoire commune, plusieurs mémoires. Et vouloir les politiser, l'utiliser dans les relations bilatérales, ça nuit à l'histoire et ça nuit à la réconciliation. Il y a quelque chose qu'on n'a pas bien fait.
Quand vous regardez ce sondage qui a été publié par l'IFOP, je suis sûre que vous l'avez vu, la relation difficile entre la France et l'Algérie. Trois quarts des Français ont une mauvaise image de l'Algérie. Deux Français sur trois ont une bonne image du Maroc. Oui, parce que quand vous regardez certains chefs... C'est lié à notre histoire. Quand vous regardez CNews, etc., vous avez l'impression que les Algériens sont d'autres médias, c'est vrai. Il y a une caricature qui fait peur. Qui fait peur, c'est-à-dire que l'Algérie qui humilie la France, on n'a pas vu l'humiliation, et Guerre hybride, un bras de fer, mais on n'a jamais...
Ce n'est pas lié au traitement de certains médias, c'est historique. Entre autres, entre autres, quitte à l'importer. On n'a jamais vu autant d'emballements. Écoutez, je vous dis un exemple. La France a connu une crise importante au sommet. Le président Macron, écouté par un système de logiciel Pegasus par le Maroc. Aucun ministre n'avait le droit de parler. Et je trouve bien, la France et le Maroc ont réglé cette question. C'est vrai que c'était une grosse crise diplomatique. Pas seulement le président, mais aussi des ministres et des médias. Je voudrais qu'on parle de l'économie. Allez-y. Un mot simplement parce que les Français ne sont pas... On ne va pas insulter les Français.
Les Français, ce ne sont pas les marionnettes de CNews. Les Français, il ne suffit pas pour eux de regarder des chaînes de télé pour, comme ça, digérer sans esprit critique et recracher ce qu'ils entendent. On n'est pas là pour faire le procès de nos confrères, des chaînes de télé. Là, je vous livrais un sondage qui raconte les relations compliquées en ce moment de pays.
Et je crois surtout que les Français observent aussi un régime qui est plutôt autoritaire, on l'a dit, qui est autoritaire à l'égard de ses frontières, qui aujourd'hui opère une répression à l'égard de ses journalistes, qui ferme au moins sept titres dans le quotidien Liberté, qui décide aussi d'avoir une politique répétive à l'égard des éditions transparentes. Asni Abidi ne dit pas le contraire. Le directeur général, je vais mal croire, Il y a un dérouillage des libertés publiques et privées qui est très inquiétant. On peut parler d'économie, il y a la mémoire, il y a les relations diplomatiques et il y a le business.
Dans les relations entre la France et l'Algérie, vous avez dit tout à l'heure que ce sont des partenaires commerciaux, est-ce que cette crise-là affecte le quotidien des entreprises françaises qui sont installées en Algérie ? 6 000 entreprises françaises sont installées actuellement en Algérie. Elles sont tenues soit par des Français, soit par des binationaux franco-algériens, ce sont des entreprises qui sont dynamiques et qui aujourd'hui voient les marchés complètement bloqués. C'est-à-dire qu'on voit bien que les contrats ne sont pas réalisés, tout est compliqué, puisque en Algérie, l'administration a un poids énorme.
Donc tout passe par ces structures-là et rien ne se fait sans le poids administratif et sans la possibilité de négocier avec les différents patrons de régions, et avec les grosses administrations. Donc effectivement, c'est extrêmement bloqué et ça, c'est tout à fait préjudiciable pour nous, parce que c'est une manne pour la France que cette économie et ces échanges qui sont dynamiques depuis des années. L'Algérie est une économie administrée et c'est une économie de la rente. C'est-à-dire que grosso modo, elle exporte du gaz et du pétrole et ne produit rien. Donc elle importe une énorme partie de ses ressources alimentaires.
On voit là les importateurs du gaz algérien, la Turquie, la France, l'Espagne, l'Italie. Oui, voilà. Donc on n'est même pas parmi les premiers clients de l'Algérie. La France est le troisième million. Mais l'Algérie est capable, parce que c'est un pays administré, et pour chez qui tout est politique. Encore une fois, quand on parle des Algériens ou de l'Algérie... Oui, oui, c'est ce que vous disiez tout à l'heure. C'est un euphémisme pour parler du régime algérien. Donc quand on dit... Je vais vous donner un très court exemple.
L'Algérie est tellement fâchée avec le Maroc qu'elle a coupé le gaz pendant très longtemps qui circulait au travers du territoire marocain et qui allait ensuite se vendre en Espagne. Elle a préféré se priver de milliards de dollars de gaz que lui achetait l'Espagne pour ne pas avoir à payer des droits de passage côté marocain. Si vous voulez, il y a un côté... J'allais presque dire qu'il y a presque une russification du régime algérien dans la façon dont elle gère et ses voisinages et son économie, qui est une économie largement administrative. L'Algérie a remplacé le gaz russe, excusez-moi. C'est très important parce qu'il y avait un moment donné de panique dans les marchés.
Il y avait une délégation de ministres français à ce moment-là pour aller négocier du gaz algérien. La moitié du gouvernement français sous les abattes-bordes s'est déplacée à l'Algérie. Je crois que les deux dossiers qui sont importants, il ne faut pas les cliver, il ne faut pas les lier à la politique, sur le dossier sécuritaire, l'échange d'informations est déterminante.
Mais ce que vous disiez tout à l'heure, qui perdure malgré la crise.
À la fois sur le Sahel et sur aussi les djihadistes en Syrie. On parlait des auteurs, des écrivains. Naturellement, quand on parle de l'Algérie, vient très vite ce sujet-là. Le Parlement européen a voté aujourd'hui une résolution
pour condamner l'arrestation et la détention de Boilem Sansal, l'écrivain franco-algérien qui a été interpellé le 16 novembre à l'aéroport d'Alger,
accusé selon le régime d'avoir porté atteinte à la sûreté de l'État. Depuis en France, la mobilisation s'organise. Juliette Perrault et Christophe Roquet. Emprisonné pour avoir critiqué le pouvoir en place dans son pays. Cela fait maintenant plus de deux mois que Boilem Sansal est incarcéré en Algérie. Officiellement pour atteinte à la sûreté de l'État, plus probablement pour ses prises de position publiques et répétées contre le régime algérien, comme ici en 2018 à Paris.
Je reviens vers vous, mesdames et messieurs, pour vous dire quelques mots sur la laïcité.
Je ne suis pas particulièrement qualifié pour le faire,
étant né et vivant dans un pays qui ne connaît pas la démocratie, ni même le plus simple État de droit.
Intervention après intervention, livre après livre, l'écrivain dénonce ce qu'il nomme le totalitarisme islamiste et s'alarme du radicalisme religieux qui menacerait les démocraties, dont la France.
Il y a une vingtaine d'années, des filles en voile, c'était inimaginable.
On voyait une, ça faisait l'événement. C'est banal, c'est courant. Les barbus, c'est courant. Les commerces halales, c'est courant.
Des mises en garde qui lui valent notamment le soutien de médias de droite et d'extrême droite. C'est dans l'un d'entre eux, justement, que Boilem Sansal déclare il y a plusieurs semaines
qu'une partie du territoire marocain aurait été tronquée au profit de l'Algérie, sous la colonisation française. Quand la France colonise l'Algérie, elle s'installe comme protectorat au Maroc et décide comme ça, arbitrairement, de rattacher tout l'est du Maroc à l'Algérie. Un mois plus tard, alors qu'il est de retour dans son pays, l'écrivain est arrêté à l'aéroport d'Alger.
Sur place, la télévision publique traite l'affaire à sa manière, sur des images prétextes, avec un message pour la France.
La France, qui légifiait à tour de bras sur les lois mémorielles,
surtout quand il s'agit de révisionnisme anti-juif, ne devrait-elle pas plutôt condamner Sansal pour sa tentative de nier l'existence même de la nation algérienne ?
Le gouvernement joue la prudence. 12 jours après l'arrestation de Boilem Sansal, la ministre de la Culture, Rachida Dati, sort du silence. « Je rappelle l'attachement indéfectible de la France à la liberté de création, à celle des écrivains et des intellectuels. La détention sans fondement sérieux d'un écrivain n'est jamais acceptable. » Le monde littéraire s'indigne, porté par la voix de Kamel Daoud, visé lui-même par deux plaintes déposées en Algérie pour son prix Goncourt, interdit dans le pays.
« Ce qu'on reproche à Boilem sur les frontières, sur quoi que ce soit, c'est sa liberté d'opinion. C'est un homme qui a exprimé une opinion, on lui répond par une opinion, pas par de la prison. La même semaine où Boilem a été arrêté, c'est la semaine où on a innocenté un chef terroriste algérien de la région de Buira et ses acolytes. Ils ont été innocentés. » L'avocat de Boilem Sansal, de son côté, appelle à ne pas trop politiser l'affaire.
« Dans le contexte ultra sensible où on voudrait faire de cette incarcération un moment dans une rivalité ou dans une querelle franco-algérienne ou algéro-française dans laquelle le Maroc a aussi son rôle, je pense que Boilem Sansal aurait tout à perdre d'une implication visible et directe des autorités françaises. Donc ce n'est pas le desservir que de se taire. »
Quelques jours plus tard, fin décembre, le président algérien s'exprime.
« Vous m'envoyez aujourd'hui un imposteur qui ne connaît pas son identité, qui ne connaît pas son père et qui vient me dire que la moitié de l'Algérie appartient à un autre État. » L'affaire prend une tournure diplomatique.
Emmanuel Macron prend la parole pour la première fois sur le sujet et demande la libération immédiate de Boilem Sansal.
« L'Algérie que nous aimons tant et avec laquelle nous partageons tant d'enfants et tant d'histoires, entre dans une histoire qui la déshonore à empêcher un homme gravement malade de se soigner. Et ce n'est pas à la hauteur de ce qu'elle est. »
Réponse du tac au tac le lendemain du ministère algérien des Affaires étrangères.
« Ces propos ne peuvent être que réprouvés, rejetés et condamnés pour ce qu'ils sont. Une émission éhontée et inacceptable dans une affaire interne algérienne. » Une passe d'armes qui n'a guère fait avancer le cas de l'écrivain. Hospitalisé à plusieurs reprises depuis son arrestation, Boilem Sansal a été transféré dans une unité de soins en Algérie. Cet après-midi, les députés européens ont voté une résolution pour demander sa libération. Ses proches s'inquiètent de le voir mourir en prison.
Juste la question que je voulais vous poser après ce reportage. Que peut changer la décision européenne sur Boilem Sansal ? Oui. La résolution, vous voulez dire, qui a été votée aujourd'hui. Qui a été votée, oui. Très largement et d'ailleurs au-delà des clivages partisans et des pays qui l'ont adopté à une large majorité. Il y a donc la demande de la libération, la demande à ce qu'une équipe, une mission médicale puisse aller le voir puisqu'il a 80 ans et qu'il est très malade. Alors il alterne entre séjour à l'hôpital et séjour dans l'aile pénitentiaire de l'hôpital où il est suivi et séjour à la prison.
Et ensuite, c'est le gel des négociations, des renégociations de ce qu'on appelle les accords d'association. On va dire que c'est des accords commerciaux entre l'Algérie et l'Union européenne. L'Algérie trouvait qu'ils étaient trop défavorables pour elle. Donc elle a demandé à ce que l'Union européenne puisse les revoir et les renégocier à partir de février. La demande qui est faite, c'est donc la suspension de ces renégociations. Alors vous disiez, votez par tout le monde. Il y a des élus, notamment de la France, des élus européens qui n'ont pas voté ces résolutions. Ça fait quand même beaucoup. L'Algérie a été rejetée des briques, par exemple. Elle a présenté sa candidature.
Les briques l'ont, avec un certain mépris d'ailleurs, expliqué qu'elle n'était pas au niveau. L'Algérie qui n'a pour allié qu'un pays, la Russie, qui a abandonné son autre principal allié au long de la Méditerranée, c'est-à-dire Bachar el-Assad, qui d'ailleurs a vu un régime arabe tomber récemment justement parce que ses alliés principaux, la Chine, enfin, en l'Iran bien entendu, la Chine et la Russie, ne l'appuyaient plus, n'étaient plus pas venus à son secours. Or, les seuls véritables alliés de l'Algérie sont la Russie et la Chine. L'Algérie qui, comment dire, qui donc perd avec Sansal son honneur quasiment diplomatique.
Je rappelle quand même que c'est un grand pays des non-alignés des années 60 et 70. L'Algérie, c'est là où le monde entier se retrouvait, de France Fanon jusqu'au noir américain des droits civiques. Ce pays-là, aujourd'hui, est en train de retient comme un petit Poutine du Moyen-Orient, comme une satrapie, un homme de 75 ans, 80 ans, pardonnez-moi, qui a eu l'heure de ne pas prononcer la phrase qu'il ne fallait pas. Par ailleurs, ce n'est pas le seul... Mais cette question que je vous la pose, mais la liberté d'expression est-elle complètement bafouée en Algérie ? Vous venez d'y répondre. Kavel Daoud, par exemple, qui, comme M.
Sansal, avait l'habitude, effectivement, de faire des allers-retours entre l'Algérie. Aujourd'hui, il n'y mettra plus les pieds avant longtemps, tout simplement parce qu'il sait qu'il serait arrêté là-bas. Donc, il y a une crispation, en ce moment, de l'Algérie qui, à mon avis, est liée à un problème de génération. C'est-à-dire qu'il faut bien comprendre aussi que quand Emmanuel Macron, 45 ans, 50 ans, parle au régime algérien, 80 ans, en moyenne, pour la plupart de ses dirigeants, il parle à une autre génération qui a en tête une autre histoire. Et donc, cette espèce de distance entre les deux générations pose un problème. Et par ailleurs, pose un problème en Algérie même.
L'Algérie a besoin de passer la main. Ce régime algérien a besoin de passer la main à un plus jeune. C'est donc un moment très délicat que vit l'Algérie en ce moment, de transition, qui rend les choses difficiles. Il faut aussi comprendre la crispation de l'Algérie. Vous avez commencé par ça, à l'émission, en expliquant qu'il y avait avant tout, on parlait des influenceurs, vous nous avez expliqué qu'il y avait aussi un problème de fragilité du régime. Vous avez une jeunesse qui s'exprime sur les réseaux sociaux. L'Algérie à 20 ans est dirigée par des gens qui n'ont que 75 à 80 ans. La crispation, je veux dire, ce n'est pas une approche politique.
Quand il y avait le hérac populaire, et très peu de pays ne voient rien, même la France d'ailleurs, le président Macron, et même le ministre des Affaires étrangères, à l'époque l'Udrian, avait dit que c'est une affaire algérienne, on n'intervient pas. Mais ça, c'est normal. Oui, mais personne n'a soutenu ceux qui sont sortis dans la rue pour demander le départ de Bouteflika. Ça aurait été une ingérence de la part de la France. Sur le cinquième mandat. Aujourd'hui, les algériens disent, mais pourquoi la France aujourd'hui ?
Pourquoi vous parlez aujourd'hui d'un système, d'un régime politique qui, sur le départ, je vous cite un petit peu l'atmosphère, parlait de critiquer un régime politique, alors que finalement, pour l'Algérie, de l'affaire de Madame Sonsal, elle a commencé par cette interview à ce média d'extrême-droite-frontière. C'est une affaire algérienne, c'est ça ? Qu'ils veulent nous dire ? Oui, quand il a parlé, l'Algérie était un bout de l'histoire, facile à coloniser, et ensuite, bien sûr, l'atteinte à ce qu'on appelle l'intégrité territoriale. Quoi qu'il ait dit, il est un auteur en prison. Quoi qu'il ait dit, la place d'un auteur, d'un journaliste, d'un remorcier, n'est pas dans une prison.
Elle l'est d'or dans une bibliothèque, chez lui, à l'université. Ça, on est d'accord. C'est très important. Ce n'est pas une raison. Il n'y a aucune raison qui justifie la détention d'un auteur. Et ce qui s'est passé au Parlement, c'est très important. Au Parlement européen ? Au Parlement européen. C'est un message adressé aux Algériens pour dire, attention, ce n'est pas une histoire franco-algérienne. C'est une histoire de liberté. C'est un auteur qui prêche. On est d'accord avec lui ou on n'est pas d'accord. Mais il a le droit de le dire. Il a le droit de s'exprimer. Et ça, c'est un élément qui est intéressant. Là, Algérie se justifie par le respect de sa loi, de ce code pénal.
Et je crois qu'il est très important, vu son âge et son état de santé, à ce qu'il bénéficie des soins d'abord, d'une protection... Et de la liberté, surtout. Et surtout, et de la liberté, c'est important. André Boutin ? Si on s'interroge de savoir si l'action de l'Europe ou les propos d'Emmanuel Macron peuvent avoir une efficacité, on est quand même dans une période, aujourd'hui, je ne remonterai pas jusqu'au Trumpiste, mais où certains pays considèrent qu'effectivement, s'affronter à nos dogmes, ce qu'ils considèrent comme des dogmes démocratiques, à nos propos, ce qu'ils considèrent comme des leçons données à leur pays, etc., est insupportable.
Et ça peut avoir aussi un effet contraire, c'est-à-dire retenir cet homme en prison afin de défier, justement, le pouvoir européen, afin de défier toutes ces bonnes consciences qui attaquent aujourd'hui un pays qui se sent souverain. Et ça, il faut l'entendre parce qu'on voit bien que dans de nombreuses situations, aujourd'hui, l'Europe n'arrive pas à se faire entendre et à faire entendre toutes les paroles que vous venez de donner. Audrey, vous parlez d'or parce que c'est ça qu'il faut faire. Il faut faire baisser l'attention absolument. Il faut arrêter les petites phrases, celles de M. Darmanin, celles de M. Retailleau.
Il faut arrêter peut-être aussi les commentaires un peu improvisés du président de la République. Il faut, de l'autre côté, côté algérien, arrêter de prendre la France pour un putting ball et en faire une... Mais il faut surtout, en fait, reprendre un peu de temps.
On va faire baisser dans tout. Le dialogue. Ça me va bien. Le dialogue.
Ça va bien, c'est dans l'air. Et le dialogue aussi, ça va bien, c'est dans l'air. Et merci pour tout ça et pour toutes ces explications. On revient à vos questions. Cette question d'Emma, en Isère, dans ce contexte de tension entre les deux pays, ces influenceurs ont-ils un lien avec le pouvoir algérien ? C'est vrai que c'est une bonne question. Est-ce qu'il y a un lien ou pas ? Alors, il faut faire attention et ne pas céder, justement, à ce qui pourrait être une forme, exactement, de paranoïa ou de complotisme. Rien n'indique qu'ils aient, en tout cas pour la plupart d'entre eux, des liens.
Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas des influenceurs, au sens large du terme, des réseaux algériens qui, en effet, bénéficient notamment dans le monde des affaires. On les connaît. Il y a eu pas mal d'articles là-dessus et qui se font le relais. Néanmoins, ce sont des gens qui sont apparemment extrêmement poreux au discours dit anti-France. Un mot, simplement, pour le relativiser parce qu'on entend beaucoup que, de l'autre côté de la Méditerranée, le discours anti-France, haine de la France, est très fort. Il faut, encore une fois, faire la distinction. C'est très important entre le régime et la population. N'oublions pas un seul chiffre, une chose.
2024, la première nationalité à prendre la mer de la Méditerranée pour rejoindre notamment l'Espagne et la France ensuite. 63 %, ce sont les Algériens, loin devant les Marocains, à 22 %. Donc, cette terre... Oui, ça reste une terre d'accueil. Ça reste, en tout cas, une terre peut-être qui rejoint... C'est une continuité. La France et l'Algérie, c'est une relation très forte. Nous avons des milliers. Et c'est ça qui est très inquiétant, Caroline. C'est-à-dire qu'à cause de ces influenceurs, il y a une partie de ces Français d'origine algérienne qui se sont stigmatisés.
Et ça, c'est vraiment difficile à vivre pour eux parce que réduire la relation entre deux pays, entre deux histoires à cinq influenceurs, leur place, c'est vraiment devant la justice, le droit commun, c'est quand même triste et injuste. C'est un peu ce qu'on a essayé de faire ce soir. Ils sont devenus les idiots utiles du régime parce que d'un côté, ils vont avoir des ennuis pour la Monde Algérie, et de l'autre côté, ils vont avoir des ennuis avec la France. Allez, est-il normal qu'un pays comme l'Algérie puisse refouler ses propres ressortissants ? Vous avez un petit peu répondu tout à l'heure. Bruno, l'international n'est-il pas le domaine du président ?
Quand Macron va-t-il donc remettre les pendules à l'heure avec l'Algérie ? Je suis d'accord 100%. Il est très important. C'est à lui de s'exprimer. Est-ce que le président de la République un peu revienne, mette de l'ordre et puisque la Constitution d'abord lui confère tous ces pouvoirs-là de concert avec le ministre des Affaires étrangères parce que le dialogue et les négociations sont dans le domaine des diplomates ? Pourquoi la France soutient-elle le Maroc sur le dossier du Sahara occidental ? C'est vrai ça, tiens ? Pourquoi est-ce que au mois de juillet ils ont changé d'avis ? C'est une affaire de grosse désillusion.
Je pense que ça faisait 4 ans que le président de la République a tout tenté de rapprochement avec encore une fois une génération qui ne voulait pas l'écouter. La génération aujourd'hui qui a 80 ans en Algérie il est allé au plus loin possible y compris à se fâcher d'ailleurs avec les Marocains qui ne cessent de donner des gages justement à la France à l'inverse de l'Algérie qui n'en donnent aucun. À un moment il a fallu trancher dans le vif. Virginie en Haute-Savoie irons-nous un jour de l'avant ? Ne pourrions-nous pas vivre sans le poids du passé ? Il va falloir que cette génération meure. Il va falloir... Ah bah disons c'est violent quoi ! C'est violent !
Que ces hommes qui a 80 ans passent. Non, il y a une transmission. Mais la mémoire demeure la mémoire demeure au-delà même de ceux qui l'ont vécu. C'est pas une affaire de génération il va falloir qu'elle meure. Il y a une transmission c'est récent en 1960 dans l'indépendance de l'Algérie il faut laisser le temps aux historiens pour faire ce travail de mémoire. Si la relation entre les deux pays continue à se détériorer lequel a le plus à perdre ? Les deux. Les deux ? Peut-être pas de la même manière. L'Algérie est-elle une amie de la France ? C'est pas une ennemie. Ok.
Écoutez, il ne faut pas oublier que l'Algérie ça reste quand même un pays à 350 milliards de PIB c'est-à-dire un pays 10 fois moins riche que la France. Donc il y a un moment aussi Qui n'a pas de dette. Qui n'a pas de dette. Ça ne veut rien dire de ne pas avoir de dette quand on a un PIB si petit et une population si importante à nourrir. Donc il y a un vrai problème économique et que ce n'est certainement pas en se fâchant avec les pays avec lesquels on pourrait avoir le plus de relations économiques qu'on arrange les choses. Merci à vous tous et la fin de cette émission il est l'heure
de retrouver Anne-Elisabeth Lemoyne et toute l'équipe de CETAVOU. Bonsoir Anne-Elisabeth. Bonsoir Caroline. Dans CETAVOU ce soir l'appel au secours de la patronne du Louvre le musée le plus visité au monde victime de son succès et dans un état de délabrement inquiétant le témoignage bouleversant d'une jeune femme de 32 ans atteinte de la maladie de Charcot Elon Musk qui s'en prend maintenant à Wikipédia et Donald Trump qui déclare la guerre à l'Europe on en parle avec notre invité l'eurodéputé et coprésident de Place Publique Raphaël Glucksmann. Bonne émission à vous
Demain vous retrouvez à 17h30 Axel de Tarlet et puis je vous rappelle que vous pouvez retrouver C'est dans l'air quand vous le souhaitez en replay et en podcast car C'est dans l'air vous le savez est une émission qui s'écoute et l'an dernier vous étiez 27 millions oui 27 millions à écouter C'est dans l'air en podcast donc merci à vous et continuez belle soirée. Sous-titrage ST' 501
Bruno Retailleau