Allocution d'Emmanuel Macron: le débat entre Éric Woerth et Éric Coquerel, en intégralité
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Éric Wörth, député Renaissance de l'Oise, qui représente donc la majorité, et Emmanuel Macron ce soir, bonsoir Éric Wörth, merci d'être avec nous, bonsoir Éric Coquerel, député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Je vais prendre au mot à l'instant ce que disait Pablo Piovivien, puisqu'Emmanuel Macron dit, dans les mois qui viennent, notamment les trois mois qui viennent, les 100 jours qui viennent, il faudra une unité d'action, il faudra qu'on fasse ça tous ensemble, les grands chantiers qu'il a énumérés ce soir, la justice, le travail et le progrès. Pourquoi ne pas les voir à gauche, Éric Wörth ?
Non mais on peut aller voir avec toutes les personnes de bonne volonté, tous ceux qui partagent les thèmes qui ont été évoqués tout à l'heure par le Président de la République, ils sont larges, le travail c'est très large.
C'est un peu le reproche qu'on fait au Président, c'est que ce soit très large.
Oui mais c'est les sujets essentiels, l'école c'est un sujet essentiel, on voit bien qu'il y a une inégalité des chances qui se crée, et le Président a raison de vouloir réagir de façon puissante. La santé, je ne vais pas décrire le système des urgences aujourd'hui, et plus généralement du système de santé. Et c'est vrai qu'il y a beaucoup beaucoup de travail sur le travail. Il y a la nécessité non pas d'accompagner uniquement le texte sur la retraite, c'est de faire en sorte qu'on prenne en compte toutes les volontés, toutes les aspirations de la société sur le travail.
Vous pourriez travailler avec Éric Coquerel ?
Vous savez, à l'Assemblée, on est très opposés sur plein de sujets, mais on se respecte. Mais il y a des missions à l'Assemblée nationale qui sont des missions entre des gens de la majorité ou des LR et puis la France insoumise. Ce n'est pas beaucoup, mais il y a des missions qui se font, il y a parfois des approches évidemment très différentes selon les sujets, les sujets fiscaux par exemple.
Éric Coquerel, on pourrait travailler ?
Donc on peut travailler, ça ne veut pas dire qu'on décide de la même chose. Mais ça veut dire qu'à un moment donné, on se concerte, on comprend mieux la position de l'autre et on construit après une réforme. Après, le gouvernement gouverne.
Ce n'est pas l'EFI qui est le gouvernement, c'est pas l'EFI qui a été élu.
C'est ça le problème. C'est qu'Emmanuel Macron nous a refait le coup qu'il nous fait à chaque fois depuis quelques temps. C'est le jour sans fin, ça m'a fait penser à ça le film, où le héros revit la même journée. Avec Bill Murray. Alors, gilet jaune, on fait une refondation, refondation travail, éducation, santé, démocratie. Covid, on fait une refondation, éducation, santé, démocratie, etc. Et là, il nous refait la même chose. Et qui peut encore croire ce genre de fadèses quand on fait exactement l'inverse entre temps que ce qu'on a annoncé ? Et c'est bien là le problème. Au niveau du travail, il nous parle partage des richesses.
On est un pays depuis 5 ans où les richesses accumulent vers les détenteurs du capital et les plus riches. Il nous parle éducation et hôpital. Les budgets continuent à diminuer et ils vont continuer à diminuer si on ne change pas de gouvernement fin 2023, puisqu'on nous annonce des baisses de dépenses publiques, ne serait-ce que pour permettre de mettre 413 milliards d'euros sur les dépenses militaires. Donc, il y aura une baisse. La démocratie nous a fait le coup. Ce soir, j'ai entendu, il parle de consultation citoyenne. Mais que n'organise-t-il pas un référendum pour sortir de la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui ?
Que ne fait-il pas voter le Parlement quand il y a une loi où il se sait minoritaire ? Donc, cet écart, ce grand écart permanent entre ce qu'il annonce à chaque fois qu'il y a une crise et ce qu'il réalise ensuite, il prend les Français pour des poissons rouges, mais ils ont une mémoire. Et ça, ça ne marche plus.
Éric Wirt, qu'est-ce que vous répondez aux poissons rouges, Éric Coquerel ?
Ce n'est pas une mémoire de poissons rouges. D'abord, c'est très beau, un poisson rouge, mais ça ne fait pas de réforme des retraites. Et c'est des sujets trop importants. C'est des sujets fondamentaux. On est radicalement opposés sur la manière de traiter ces sujets, mais on est d'accord pour le modèle par répartition. Ce qui, en soi, est un peu curieux. C'est-à-dire que les Français, il y a beaucoup de Français, sûrement 90% ou 80% des Français sont d'accord sur l'idée d'un modèle par répartition. Mais ils ne sont jamais d'accord, au fond, sur la manière de le réformer. Et ça, c'est de la responsabilité du gouvernement.
Emmanuel Macron parle de consultations ce soir. Éric Coquerel dit « Bah, chiche, référendum ! »
Mais parce qu'un référendum sur les retraites, ça n'a pas de sens. Parce qu'il faudrait pouvoir poser les bonnes questions. Et on ne peut pas poser les bonnes questions. Il faudrait que ce soit quasiment inclusif.
Mais dans l'entre-de-tour de la présidentielle, Emmanuel Macron disait que c'était une possibilité. Vous faites un référendum sur le fait qu'on peut faire en travail des gens jusqu'à 64 ans, c'est simple. Dans la réforme, il n'y a pas de majorité. Deuxième référendum. On le voit, c'est une bonne façon de sortir des questions.
– Oui, mais Éric Coquerel, dans ce cas-là, il faut poser toutes les questions. Parce que vous ne pouvez pas laisser le système de retraite en l'État. Je pense que là, au moins, il y a un consensus qui s'est à peu près créé. – On ne peut pas laisser le… – Oui, ça, c'est votre vision des choses. On peut toujours avoir dans sa remorque des millions de baguettes magiques. Mais ça ne sert à rien parce que ça ne marche pas. – Non, non, je ne sais pas. – Il faut poser dans ce cas-là, dans un référendum, des questions à un peuple. Le peuple français, il est très adulte et très mature. Donc il faut lui poser les bonnes questions.
Est-ce que vous souhaitez qu'on réforme les régimes des retraites par l'augmentation des cotisations sociales, par la baisse des retraites ou par l'augmentation de l'âge ? Ou est-ce que vous souhaitez qu'on ne bouge pas du tout ? Mais à ce moment-là, on fait payer aux générations qui viennent un mur de réformes absolument infranchissable pour elles.
– Éric Wörth, je suis d'accord avec vous sur le fait que les Français sont sérieux et savent répondre à des questions y compris compliquées. Rappelez-vous le référendum sur le traité constitutionnel européen, qui à mon avis explique qu'il y a des grands schismes aujourd'hui entre les Français et leurs représentants, puisqu'on leur a remis par la fenêtre ce qu'ils avaient refusé par un référendum avec le traité Lisbonne. À l'époque, qu'est-ce qu'on disait ? On disait que ce n'est pas possible que ce soit un référendum parce que le taxe est très compliqué, les gens ne vont pas comprendre. Ils ont lu le texte, ils ont regardé en détail.
Donc oui, moi je vous dis, par rapport à la situation que nous avons aujourd'hui, 9 actifs sur 10 opposés à ce projet, les 10 syndicats sur 10, l'Assemblée, si on la faisait voter, très certainement opposée à ce projet, je pense que la solution d'un référendum, par exemple sur la proposition de loi, puisque la proposition de loi, ce n'est pas seulement la retraite à 64 ans, il y a étendre les 43 annuités de cotisation, il y a des propositions. – Mais vous comprenez bien que c'est mal parti cette histoire. – Je pense que oui, ça pourrait être une question de référendum.
– Mais en même temps, vous essayez aussi de faire qu'il y a une autre motion de censure, est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que vous préparez ? – On essaie de faire ce qu'on peut. On a une situation dans laquelle le chef de l'État avance, les yeux fermés, vers un mur, parce qu'en moi il est devant un mur. Là, il parle des 100 jours, il nous parle de coalition, pour l'instant il n'a plus de majorité à l'Assemblée pour voter quoi que ce soit. C'est ça, c'est son prochain jour. Donc c'est plutôt Waterloo que Sterling, c'est ce que je veux dire.
On a un chef de l'État qui est dans cette situation, donc à partir de là, il nous revient, nous, de faire tout ce que nous pouvons pour arrêter de faire mal au pays. Donc soutenir les syndicats, le 1er mai, avec la mobilisation faire lieu, et effectivement à l'Assemblée d'essayer de montrer qu'en réalité il y a une majorité qui n'est pas d'accord avec ça. – Et ça n'a pas marché, la motion censure, ça n'a pas marché jusqu'ici. Pourquoi ça marcherait maintenant ? – Mais attendez, je vais vous expliquer, j'ai proposé cette semaine au groupe Liot et au groupe de la NUPES de reposer la motion censure. Pourquoi ? La dernière fois, ça n'est pas passé à 9 voix près.
Dans les voix qui ont manqué, il y a des Républicains qui avaient accepté un compromis sur les carrières longues dans des articles qui ont été retoqués par le Conseil constitutionnel et dont on apprend aujourd'hui, avec une note du Conseil d'État, que le gouvernement savait très bien que ces articles allaient être retoqués à l'avance. Autrement dit, non seulement il y a une insincérité, mais on peut même dire qu'il y a quelque chose de déloyal vis-à-vis de la représentation nationale. Et moi, ce que j'espère, c'est qu'il y aura suffisamment de procès de Républicains pour dire qu'on ne peut plus continuer à être gouverné comme ça. – Et vous le dites ou pas ?
Est-ce qu'il y a plus de députés à l'heure qui vous disent « on n'est pas à voter » ? – J'espère, c'est ce qu'on est en train d'essayer de travailler avec les partis dont je vous ai parlé, parce que ce serait une motion de censure menée par Liot, avec la NUPES, et on est en train d'essayer de tester, parce que l'idée c'est de faire au moins aussi bien que la dernière fois, si c'est moins bien, c'est pas la peine, de voir si c'est une des solutions qui pourrait boucher. – Vous devez déjà savoir, Éric Coquerel. – Comment ? – Vous devez déjà savoir, parce que vous ne l'avez pas décidé. – Non, non, on est en train de travailler dessus, la proposition a deux jours. – Pour l'instant, M.
Courson l'a reçu fraîchement. – Non, non, ne parlez pas à la place de Charles de Courson. – Non, mais c'est ce que j'avais entendu, j'avais lu des déclarations, il est peut-être revenu sur ses premières déclarations. – Je l'ai lu au téléphone avec la France branchée. – Et il va voter avec vous la motion de censure ? – Ah ben, il l'a fait la dernière fois. – Non, mais je parle de la prochaine. – Non seulement l'idée, non seulement qu'il l'a votée, qu'il l'amène, et vous savez pourquoi ? Parce que Charles de Courson, il a une grande qualité. C'est un homme de résistance, et qui n'aime pas que quelque part, on passe au-dessus du Parlement comme on a passé.
Et je ne pense pas que sa colère se soit calmée.
– Il n'y a rien au-dessus du Parlement, il y a des institutions, et c'est ce qui est important. Et le Parlement, il a validé, il a adopté cette réforme, Éric Coquerel. Vous pouvez tourner ça tout le temps, vous pouvez pendant des années dire ça. – Expliquez-moi, il a voté quoi ? – En restez là, et vous aurez toujours un train de retard sur la réalité du pays. – Dites-moi quand il a voté cette réforme.
– Mais il l'a adopté ! – Dites-moi quand il a voté. – Là, j'ai repris que le chef de l'État s'est voté. – Il y a un problème pour le fait que les Français ne votent plus. – Mais vous n'avez pas réussi à avoir… – Éric Coquerel, vous avez beaucoup parlé.
– Vous avez beaucoup parlé. Je sais bien que vous êtes porte-parole de Charles de Courson, mais c'est quand même le monde à l'envers, il faut bien l'admettre. En tout cas, à l'Assemblée nationale, vous n'avez pas trouvé de majorité absolue pour repousser cela. Donc au fond, il n'y a pas de majorité absolue, ni pour dire oui, ni pour dire non. Et à un moment donné, il y a un gouvernement, le gouvernement y gouverne. Il a été désigné sous les formes parfaitement démocratiques, incontestables, légitimes. Et parfois, c'est très difficile, je le redis, je l'ai dit beaucoup, mais c'est ce que je crois profondément.
Parfois, on est obligé de faire des choses qui ne sont pas populaires, elles sont impopulaires. C'est aussi la grandeur. Aucun gouvernement n'a envie de le faire, j'aime autant vous le dire. Aucun n'a envie de le faire. Tout le monde va préférer faire des réformes populaires.
– Finalement, la question que pose l'allocution ce soir d'Emmanuel Macron, Rosine Bachelot, c'est de savoir si la page est tournée ou pas. Le président le souhaite, clairement, la page de cette séquence des retraites.
– C'est encore trop tôt pour le dire. Il y a un élément qui va être important, c'est d'analyser ce qui va se passer le 1er mai. Parce qu'on voit bien que les manifestations un petit peu comme ça, parcellaires, n'ont pas marché ce soir. Parce que chacun se concentre sur cette échéance. On va voir comment évolue le dialogue intersyndical. Est-ce que les choses qui ont été dites par Laurent Berger ce soir, c'est déjà de tirer un bord pour renouer les fils du dialogue ? Sans doute pas tout de suite. Qu'est-ce qui va se passer après ? Moi, je suis incapable de dire, je ne suis pas dans la tête ni de Laurent Berger, ni de la personne syndicale. Ce soir, ce n'est pas fini. Non, je ne pense pas.
Il faut attendre vraiment le 1er mai, les jours qui suivent. Et le 3 mai, il y aura le Conseil constitutionnel avec la proposition de RIP. J'ai une question pour Eric Wirt. Est-ce qu'elle sera moins longue que la précédente ? Elle sera très courte, vous allez voir. Est-ce que le problème, ce n'est pas sinon qu'au fond, Emmanuel Macron, par rapport à la promesse qu'il portait de révolution en 2017, sa jeunesse, toutes les nouvelles têtes qu'il a mises en avant, le renouvellement de l'Assemblée pendant le premier quinquennat, est-ce que le problème, c'est qu'au fond, il ne fait pas assez de réformes, en réalité ?
Et donc, quand il vient faire cette réforme, qui à mes yeux, je pense comme vous, sur la réforme des retraites, était nécessaire, était une espèce d'ajustement, au fond, pour s'adapter au nombre d'actifs, à l'âge, auquel on vit plus longtemps, etc. Il arrive avec cette réforme qui aurait pu passer, présenter différemment, dans un contexte différent, comme une espèce d'ajustement et d'adaptation. Ça devient l'alpha et l'oméga de la lutte sociale, de la lutte des classes, etc.
Parce que peut-être qu'en fait, de l'autre côté, tout le monde est un peu fatigué au sein de cette majorité qui n'en est pas une, en tout cas au sein du camp présidentiel, et qu'il y a seulement en même temps qui paralyse un peu l'ardeur réformatrice, où quand même, quand on réforme, il faut peut-être choisir, au fond, il faut peut-être à un moment donné, décider si on est de droite ou de gauche. Oui, oui, je ne vous ai pas le dire, mais on en est à fond.
En vérité, c'est vrai qu'on n'a pas de majorité absolue, on a une majorité relative, c'est compliqué. Il y a très peu de gouvernements qui ont été confrontés à ça, donc c'est compliqué d'en assurer la bonne marche. Le président de la République, il a fait plein d'autres réformes. La première des réformes, d'ailleurs, c'est l'impact aujourd'hui qu'il y a sur l'emploi. C'est-à-dire le fait qu'il y a plutôt une situation économique qui est plutôt bonne. Certains, parfois même, on s'en étonne, certains économistes s'en étonnent. On pourrait de temps en temps quand même le reconnaître et dire sur un front aussi essentiel que l'emploi et la situation économique, c'est absolument fondamental.
Mais moi, je ne suis pas là pour parler du passé. Ce qui m'intéresse ce soir, c'est qu'il a posé... Ce qui m'a intéressé, c'est que ce soir, il a posé... On peut toujours le critiquer, j'ai entendu le flot des critiques, mais ça, c'est le jeu français. Mais je vois quand même qu'il a posé les premiers jalons, une première étape où on renoue le fil, où on renoue le dialogue. Mais on ne le renoue pas uniquement avec des grands mots. On le renoue autour d'un certain nombre d'idées assez puissantes. Ce qui serait très original, ce serait de le faire. Ce serait que, par exemple, on n'attende plus au service d'urgence à partir de 2024, que tous les profs soient remplacés.
Enfin, honnêtement, si on arrive à faire ce genre de choses, même si on arrive à retrouver le sens du travail...
Au moment où elle a été nommée, elle proposait de mettre en place des majorités de projets. Là, peu ou prou, c'est ce que le président de la République a annoncé ce soir. Donc, est-ce qu'on est dans une histoire qui bégaye ? Puisque là, ça n'a pas fonctionné. Non, mais pourquoi pas ? On va reprendre ce qui s'était dit. On ne sait pas que c'est un échec, c'est que ça n'a pas marché. Pardon.
Regarde, il y a plein d'émissions que vous faites qui ne marchent pas, puis vous les reprenez, après ça marche.
Non, non, c'est vrai, c'est vrai.
C'est vrai, c'est vrai, mais en politique parfois aussi d'ailleurs. Non, non, ce que je veux dire, c'est que ce qui serait original, ce serait de le faire. C'est à un moment donné d'arriver... Original, ce serait de le faire, c'est-à-dire de trouver des majorités au fur et à mesure du temps, qui ne soient pas des majorités de circonstances, mais qui soient des majorités, alors peut-être pas avec un accord global, absolu, etc. Éric Woerth, vous pensez vraiment que, compte tenu de la faiblesse... Sur l'école, vous le pouvez, sur l'illégalité des chances, vous le pouvez, sur l'immigration, sur l'immigration, la lutte contre l'immigration illégale.
Éric Woerth, vous connaissez très bien la politique. Est-ce que vous pensez vraiment, aujourd'hui, compte tenu de l'état de faiblesse du président de la République, de sa majorité, les oppositions seraient prêtes à lui faire ce cadeau que d'aller vous aider majorité, texte par texte ? C'est le pari que vous avez fait sur les retraites ? Ça n'a pas marché ? Bah si, quand même. Ah bah non, si ça avait marché, il n'y aurait pas eu de 49.3. Il y aurait un vote à l'Assemblée. Si ça avait marché, il y aurait eu une motion de censure votée, il n'y aurait pas de taxe. Oui, mais, bien sûr. Je ne veux pas dire que le deal avec les Républicains a fonctionné.
Non, mais c'est autre chose. C'est-à-dire que Mélenchon ne soit pas d'accord, il est d'accord contre rien, il a théorisé la bordélisation de la société. Ça, c'est un autre sujet. Ça, c'est un autre sujet. Mais si vous attendez que l'extrême droite soit d'accord, ça ne marchera pas. Non, mais vous avez vu ce soir le mode d'emploi. Vous avez vu ce soir le mode d'emploi pour gouverner. Il y a une majorité qui se crée, j'espère que ce sera une majorité d'idées à un moment donné, selon les idées qui seront présentées. Ce n'est pas des idées d'eux en même temps. Parce que moi, je pense que les réformes, elles ne peuvent pas être d'eau tiède.
Si c'est une réforme d'eau tiède, ça ne sert à rien, au fond. Donc, il faut des réformes qui soient des réformes puissantes, qui permettent d'installer la mutation du pays. Alors, c'est difficile. Ça demande des efforts. Il faut bien les mesurer. Il faut justement les répartir. Et récompte la réformer.
Je crois qu'on regarde, là, depuis tout à l'heure, un petit peu la question par le petit bout de la lorgnette. C'est-à-dire l'idée, est-ce que Emmanuel Macron peut s'en sortir en allant chercher une partie des Républicains ? On sait que toute autre solution lui est impossible. Alors même qu'on a une triple crise, et que je ne vois pas comment il va tenir quatre ans par rapport à cette triple crise. Il y a une crise sociale, évidente. Le projet de réforme n'est toujours pas accepté.
Et on a beau avoir des explications qui sont données, les gens ont compris qu'on leur demandait de travailler plus, et ils ont marre que ce soit toujours les mêmes qui fassent des sacrifices, il y a une crise politique. Parce que, quoi qu'en dise Eric Wehrs, le 49-3 ne sera pas toujours possible, et il n'y a pas de majorité à l'Assemblée, mais il y a aussi une crise de régime. Je crois qu'il faut admettre que ce n'est plus acceptable que quelqu'un seul comme ça peut, à un moment donné, a imposé sa loi à tout un peuple et à une Assemblée.
Moi, j'ai discuté avec des parlementaires d'autres pays en Europe, mais ils sont hallucinés qu'on leur dit qu'on a des 49-3, qu'on peut sortir 11 fois, 10 fois pour faire passer le budget parce qu'on est minoritaire, une autre fois pour faire passer la réforme des retraites, qu'à côté de ça, on peut utiliser un procédé de projet de loi de finances rééquilificatives qui, normalement, sert uniquement à réformer un budget en cours – M. Coquerel, ils sont parfois aussi hallucinés quand ils voient que le fait de passer de 62 à 64 ans a créé autant de tourments par rapport au régime de retraite dans d'autres pays européens. – Oui, mais j'ai aussi discuté avec des parlementaires.
– Ils sont hallucinés, hallucinés du printemps du coup. – En Espagne, c'est la gauche et le gouvernement. – La question de la démocratie et de ce qui se passe actuellement dans ce pays est un blocage total. – Mais si demain, il y avait une dissolution, M. Coquerel, on serait dans une situation encore pire. – Mais la question… – Non, mais enfin, passons aux choses positives. – D'abord, il faudrait voir si on est dans une situation pire parce que si demain, il y avait une dissolution, je peux vous assurer une chose, c'est que je pense qu'il n'y aurait plus beaucoup de partisans de M. Macron dans l'Assemblée nationale. – Mais vous verriez…
– Parce que je crois qu'on ne se rend pas compte de ce qui se passe en pays. – Vous n'auriez pas la majorité pour autant. – Mais est-ce que vous avez écouté ce qu'a dit Laurent Berger ce soir ? – Je vous parle de quelque chose qui devrait vous inquiéter. – Quand on voit dans les études d'opinion – La crise d'origine, ça provoque à un moment donné le fait qu'il y a une distanciation de toujours plus grande et on la voit élection après élection des concitoyens par rapport à la politique.
Et ce n'est pas ce qui est en train de se passer dans le pays, c'est-à-dire où on impose une réforme contre leur volonté, contre la volonté de l'Assemblée nationale parce qu'un seul homme, quasiment l'a décidé que ça va améliorer les choses. Je pense qu'il faut réfléchir rapidement. Il parle de refondation. Nous, vous le savez, on est pour une sixième république, plus parlementaire, plus de démocratie sociale. Je crois qu'il serait temps justement de le faire de manière pacifique pour éviter à un moment donné que le pays explose en tension parce que c'est ça qui est en train de se passer.
– Vous êtes tout le temps en train de regretter de ne pas être au gouvernement. Désolé, ce n'est pas Mélenchon qui est président de la République. S'il était président de la République, j'aime autant vous dire qu'il n'y aurait pas beaucoup de démocratie. – Vous savez bien qu'il n'y aurait pas beaucoup de démocratie si Mélenchon était au pouvoir aujourd'hui.
– Non, avec Jean-Luc Mélenchon au pouvoir, on n'aurait pas une Assemblée nationale qui se voit imposée par le cadre de la République. – Les insoumis ont quand même voté. – Vous avez vu des signes. – L'Amérique, c'est un peu plus négligé. – L'article 7 n'a pas pu être voté parce que votre groupe, en l'occurrence, a décidé de ne pas aller au bout et que ça n'a même pas pu être discuté à l'Assemblée nationale. – Vous savez pourquoi l'article 7 n'a pas pu être voté ? Parce qu'on est passé par un projet de loi de finances rectificatives où on estimait qu'en 9 jours, il était normal que l'Assemblée nationale récive une réforme de l'Assemblée nationale.
– Les syndicats vous demandaient de retirer vos amendements pour aller à l'article 7. – C'est-à-dire que c'est-à-dire que c'est-à-dire que c'est-à-dire que c'est-à-dire – Mais le Sénat, vous remarquez, c'est-à-dire que c'est-à-dire que c'est-à-dire qu'il passe pour que le Sénat avance à nous dire un mot. – Donc si on est satisfait de la manière dont on traite l'Assemblée nationale et qu'on impose à un moment donné des réformes sans même oser faire voter l'Assemblée parce qu'on se fait minoritaire, moi j'appelle pas ça. – Vous êtes… – Vous êtes… – Il y a un vrai problème de démocratie.
– Si nous sommes minoritaires, vous êtes ultra minoritaire. – Mais là, c'est-à-dire que c'est-à-dire que c'est-à-dire que c'est-à-dire – C'est vous qui gouverne. – Si vous, qu'est-ce qui est passé des projets qui n'ont pas de majorité ? – Voilà, vous avez des propositions… – Nous on se retrouve dans la situation… – C'est pas celle que veulent les Français. – Et un gouvernement, il est là aussi de temps en temps pour faire des choses… – Parce que le retour à l'impressionnel, c'est le retour à l'imposition. – Et demain…
– Vous êtes tellement sûr de vous que c'est un gouvernement qui a réussi l'écroir. – Oui, mais je vais pas faire voter de vote de confiance. – On vous mettra pas d'accord en fait. – Je trouve quand même que les macronistes, cher Eric Wehrt, enterrent quand même un peu vite le fait que les Insoumis ont pris sur eux, et moi je trouve qu'ils ont eu beaucoup de mérite à le faire, pour voter Macron au deuxième tour de la présidentielle de 2022 contre Marine Le Pen.
Emmanuel Macron a quand même tout fait pour se retrouver contre Marine Le Pen au deuxième tour, ça a fonctionné, et il a fait un discours qui était d'ailleurs assez peu inspiré, finalement c'est une espèce de malédiction ce deuxième quinquennat, on sent qu'il y a quand même un problème de souffle, mais bon, peu importe. Il a fait un discours dans lequel il a dit « ce vote m'oblige, en gros je prendrai en compte le fait que des gens qui ne partagent pas du tout mes options ont voté pour moi ». Et là vous, ce que vous dites simplement c'est « les Insoumis, Mélenchon, vous n'êtes pas au pouvoir, donc en gros taisez-vous, attendez votre tour ».
Est-ce que quand même il ne faut pas un tout petit peu plus prendre en compte le fait que les gens qui ont voté Macron au second tour de 2022, ils l'ont fait pour d'autres raisons ? – Je n'ai pas du tout d'accord, je rappelle l'élection de François Mitterrand en 1981, il est élu avec 52% des voix, bien loin des 58% d'Emmanuel Macron, on sait parce que c'est parfaitement documenté historiquement, on sait qu'en fait il n'a été élu que parce que les voix des Chirakiens se sont portées sur lui pour éliminer Giscard d'Estaing, et que, pardon, je vais jusqu'au bout de mon explication, personne ensuite n'a contesté la légitimité de France.
– Pardon Éric Coquerel, n'ayez pas la tentation de Trotsky d'occuper tout l'espace de la parole, laissez-moi terminer jusqu'au bout. et personne ensuite n'a contesté la légitimité de François Mitterrand à mener ses réformes, y compris, et il a été combattu par les gens qui l'avaient mené au pouvoir.
– J'ai entendu ce soir, paroles négatives, les commentaires négatifs, j'ai entendu pas mal de paroles de gens censés qu'ils souhaitaient pouvoir sortir de la situation et pouvoir construire quelque chose. Quand j'entends Laurent Berger indiquer à un moment donné qu'il ne reviendra pas à la table des négociations mardi, c'est son choix, mais que sur des sujets, sur le travail, ils seront là, et ils seront là, évidemment, parce qu'on doit continuer à parler, on doit continuer à progresser. Et c'était ça le sens du second tour de l'élection présidentielle, continuer à faire progresser la France.
– Merci Éric Coquerel, merci d'avoir été avec nous. – Merci Éric Coquerel, merci d'avoir été avec nous.
Éric Coquerel