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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 9 septembre 2023 18 min

Macron sifflé au Stade de France, interdiction de l'abaya à l'école, lutte contre le trafic de drogue... le "8h30 franceinfo" d'Alexis Corbière

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Alexis Corbière. Près de 300 morts dans un puissant séisme au Maroc cette nuit. Ce bilan est évidemment provisoire. L'ambassade de France sur place a ouvert une cellule de crise. Peut-être un premier mot sur cette actualité dramatique ?

0:16
Alexis Corbière

Évidemment de solidarité. Je crois que tous les Français sont attachés. Quand des peuples souffrent dans le monde, il y a une empathie. Mais les Marocains, c'est un peuple frère. Et je crois qu'on a tous le cœur un peu avec une pensée. Et puis j'espère qu'évidemment le nombre de morts s'est limité. Et puis si la France peut aider. Je crois qu'en 1960, il y avait un grand tremblement de terre, je me souviens. Enfin je me souviens, je n'étais pas encore né. Mais très important auquel la France avait apporté une aide très très très importante également à Agadir. Et là, bon voilà. Solidarité avec nos amis marocains.

Et je crois qu'il est de notre devoir autant que possible d'apporter une aide matérielle.

0:52
Présentateur

L'actualité, c'est évidemment aussi le sport. Hier soir, le rugby. Il me semble que c'est un sport que vous appréciez. 27-13 pour les Bleus, ça démarre bien. Est-ce que ça a été entaché par, par exemple, des sifflets du président de la République juste avant la rencontre ?

1:08
Alexis Corbière

Ça n'a pas été entaché. Ça a été magnifié par ça. C'était beau.

1:12
Présentateur

C'est ça l'esprit du sport, pardonnez-moi ?

1:14
Alexis Corbière

Là, ce n'est pas le sport. Il ne me semble pas qu'Emmanuel Macron soit un sportif. C'est peut-être un boxeur contre le peuple français. Non, mais je veux dire franchement, pour quelle raison cette prise de parole et cette mise en avant ? Sitôt que le président de la République se monte face aux Français, il essuie les résultats de ce qu'il a semé. Voilà, c'est tout. Le sport, c'est magnifique. Il a cherché par ailleurs, une fois de plus, on connaît le personnage, à essayer de capter pour en faire une opération de communication. Il a récolté ce qu'il a semé. Mais après, la Coupe du Monde, c'est un bel événement. Les Français commencent bien. Moi, j'adore le rugby.

Je ne vais pas en développer. Je pense à Julien Marchand, qui est un beau joueur. Et je n'aimerais pas qu'il ne fasse que 10 minutes de cette Coupe du Monde. Il a été des sorties blessées. Et puis, tous ces peuples du monde qui se retrouvent, enfin tous, quelques-uns. J'ai une pensée pour mes amis chiliens. Ils ont une équipe engagée. C'est l'équipe peut-être la plus modeste. Mais c'est ça aussi qui a de formidable. Et puis le Chili aussi, c'est un pays qui m'est cher. On est juste à 50 ans du coup d'état d'Allende, du coup d'état de Pinochet contre Allende. Et puis, j'organise un événement ce soir à Bagnolet en concert. Venez parce que ça aussi, toute cette amitié entre les peuples.

Non, mais ça peut être l'occasion de se retrouver. Moi, j'ai aimé hier soir ces supporters qui s'embrassent. C'est l'esprit rugby. Alors, c'est un peu cliché de dire ça. Mais c'est une réalité que les Néo-Zélandais, les Français, les Anglais, etc., sur le terrain, jouent et fermement. Mais après, font la fête ensemble. Ça sert à ça, le sport. Pas à faire des discours présidentiels pour récupérer la couverture à soi.

2:34
Présentateur

On a compris ce que vous pensiez. Alexis Corbière, face au règlement de compte ultra-violent qui se multiplie, Gérald Darmanin, dans Le Parisien, annonce la création d'une unité d'investigation nationale pour combattre le trafic de drogue. Trafic de drogue qui compare à la bataille de Stalingrad. Ce sont les bons mots et la bonne stratégie pour vous ?

2:53
Alexis Corbière

Est-il le chef de l'armée rouge ? On va découvrir ça. À moins qu'il ne se place pas dans l'autre camp. Non, mais moi, j'ai l'impression qu'on est en partie... Il y a un sujet. Moi, je suis élu de Seine-Saint-Denis. Il y a un gros sujet. Il faut que la police ait les moyens. Elle ne les a pas toujours. Des capacités de remonter des filières de nature internationale.

3:12
Présentateur

Donc, c'est le but, justement, de cette...

3:13
Alexis Corbière

Mais je suis étonné que ce même gouvernement supprime chaque année 350 postes de douaniers, qu'il y a eu plusieurs milliers de postes, et que les douanes aussi, c'est le moyen qui permet que souvent, la drogue, évidemment, qui est produite à l'étranger, rentre moins facilement. Les armes aussi. Je sais qu'à Marseille, c'était une préoccupation. Et je trouve que de la part de M. Darmanin, on a bien vu en cette rentrée que toute une série, je ne vais pas les nommer, de personnages du gouvernement qui ont quelques prétentions présidentielles font beaucoup de communication. Alors, lui, il y en a certains...

3:39
Présentateur

Donc, ça, c'est encore de la communication, selon vous ?

3:40
Alexis Corbière

C'est-à-dire que j'aimerais, en termes de moyens réels sur le terrain... Moi, je suis, une fois de plus, élu de Bagnolet et de Montreuil. À Bagnolet, il y a des endroits qui sont des... On appelle ça des fours, communément. Et pour discuter régulièrement avec le commissaire qui travaille là-dessus, ils font du travail sur le terrain, mais il manque de moyens, indiscutablement, des moyens d'investigation. Et puis aussi, la lutte contre la drogue. De quelle drogue parle-t-on ? Pour ma part, je pense qu'il faut être ferme et intraitable vis-à-vis de certaines drogues.

Je pense qu'on peut entamer, par contre, des politiques publiques sur la consommation du cannabis, par exemple, et ne pas être dans un tout répressif qui ne marche pas.

4:12
Présentateur

Légaliser le cannabis ?

4:13
Alexis Corbière

Oui, légaliser.

4:14
Présentateur

J'ai maintenant l'exclué parce qu'il dit que le marché légal ne remplace jamais le marché illégal. Pour vous, c'est une recette miracle ?

4:19
Alexis Corbière

Eh bien, il devrait s'inspirer de ce qui se passe dans d'autres pays. On a aujourd'hui un paradoxe en France, on a un nombre très important de consommateurs, avec des produits qui sont de très mauvaise qualité. Évidemment, consommer du cannabis n'est pas bon pour la santé en soi, en particulier pour les adolescents, ou même avant 23 ans, ce n'est pas très bon, mais l'alcool non plus. Donc, il faut avoir des politiques publiques de prévention, et souvent, nos forces de police perdent du temps là-dedans, alors qu'elles devraient être en tout entière tendues sur des drogues beaucoup plus dangereuses.

Et il y a aussi, je répète, toute cette filière internationale, et je répète que, notamment, quand un gouvernement dit qu'il va mettre les moyens, mais qu'il accepte que 350 postes de douanés sont supprimés chaque année, il y a de la communication, mais il y a peu d'actes concrets.

5:00
Présentateur

Alexis Corbière, l'alimentation, les fournitures scolaires, le carburant, tout augmente pour les Français. Que proposent les insoumis ?

5:06
Alexis Corbière

Le blocage des prix des produits de première nécessité, en particulier des produits scolaires. Je crois que les différentes fédérations de parents estiment que c'est une inflation de près de 11% sur les matériels scolaires. Donc, il y a des mairies très engagées qui font des choses très bien.

5:20
Présentateur

Mais le blocage des prix, dans certains pays, on a constaté que pour compenser les producteurs, les distributeurs, augmenter le prix d'autres produits dont les prix n'étaient pas bloqués. Par ailleurs, le blocage des prix, ça va bénéficier à tout le monde, même aux plus riches, à ceux qui ont les moyens de supporter l'investissement.

5:33
Alexis Corbière

Vous avez quelque chose pour combler ça, éventuellement. Si vous êtes inquiète de la situation qu'éventuellement, les plus riches soient trop favorisés, c'est l'impôt. Mais que les choses soient claires, il y a des mesures, à un moment donné, qui arrivent, qui sont là, qui font que, y compris, je reprends comme une fois les vides ce matin, mais sur le fait qu'on a quand même de la grande distribution dont on a vu, les prix montés, puis certaines études nous ont démontré qu'il y avait une boucle inflation et profit, que ce n'est pas si simple. On a mis sur le dos.

5:58
Présentateur

C'était plutôt lié d'ailleurs aux producteurs, en l'occurrence, et aux grandes firmes, notamment américaines et autres étrangères.

6:04
Alexis Corbière

On peut discuter, mais on avait entamé la discussion il y a un an, en disant la guerre en Ukraine, etc., qui a des effets, mais qui a bon dos sur beaucoup de sujets. Il y a aussi un effet d'aubaine qui n'est pas acceptable. Vous m'avez évoqué le prix du carburant, par exemple.

6:17
Présentateur

Il faut faire une restourne ?

6:19
Alexis Corbière

Non, alors, le problème, moi, ce que je souhaite, c'est comment on est, et c'est ce qu'on avait proposé, ce que Jean-Luc Lenchant avait proposé, d'ailleurs, à la campagne présidentielle, que nous continuons à porter, que le gouvernement fixe le prix qui est momentanément bloqué. Parce que vous avez à la fois le prix de la pompe qui augmente, 1,89 pour ce qui est du 100 pompes 95, enfin, je veux dire, on est à des prix même plus importants, et vous avez Total qui a fait des surprofits jamais vus. Donc, je veux dire, pourquoi accepter que des groupes fassent des marges de plus en plus importantes ?

Je crois que c'est 20 milliards pour ce qui est de l'exercice 2023, une part qui part aux actionnaires, et chacun d'entre nous, le contribuable, lui, il doit payer plus cher, mais ce n'est pas non plus à la puissance publique, à la puissance publique de compenser pour que les groupes privés puissent faire des profits face à cela. Donc là, il y a quelque chose sur lequel la puissance publique, nous l'avons déjà fait, doit dire non, stop, on bloque, on fixe des prix, et cela permet à ce que le coût de l'inflation soit moins fort.

7:08
Présentateur

Alexis Curbien, on retrouve dans un instant, juste après le Fil Info avec Sophie Echen. L'ambassade de France au Maroc a ouvert une cellule de crise ce matin, quelques heures après un séisme de magnitude 6,8 au sud-ouest de Marrakech, ressenti dans plusieurs villes dont Rabat, Agadir, Ouarzazate ou encore Issaouira. Un premier bilan encore très provisoire fait état de près de 300 morts et plus de 150 blessés. Au Japon, c'est une tempête tropicale qui a provoqué des pluies diluviennes dans la région de Tokyo, les plus importantes depuis près de 50 ans. Elles ont entraîné une centaine de glissements de terrain.

Dans ce contexte, le président brésilien Lula déclare que le monde est confronté à une urgence climatique sans précédent. Il s'exprimait en ouverture du sommet du G20 qui démarre aujourd'hui en Inde à New Delhi. Les présidents russes et chinois n'y participent pas. La Croix-Rouge se mobilise aujourd'hui à l'occasion de la journée mondiale des premiers secours. Des bénévoles seront disponibles partout en France pour vous apprendre les gestes qui sauvent. Seulement 40% des Français sont formés à l'heure actuelle.

Toujours avec Alexis Corbière, député insoumis de Seine-Saint-Denis, à Clermont-Ferrand, le père d'une jeune fille qui s'était vu refuser l'accès au lycée en Abaïa sera jugé fin octobre pour avoir menacé de mort le proviseur. Il est soupçonné en tout cas de l'avoir menacé de mort. Est-ce que ce n'est pas la preuve que certaines personnes peuvent venir défier la République et la laïcité, comme l'a dit le président, pour justifier cette interdiction de l'Abaïa ?

8:35
Alexis Corbière

Non mais attendez, premièrement c'est inacceptable que quiconque menace un enseignant, un proviseur, tout ce que vous voulez, c'est intolérable et la justice va s'en mêler. J'observe que le monsieur dit qu'il n'a pas dit ça mais qu'il s'est énervé. Mais de toute manière, le message doit être clair, il est hors de question qu'un fonctionnaire, n'importe quel citoyen, puisqu'on parle du sujet, se voit menacé avec des mots qui sont intolérables, qui sont effrayants. Ça c'est une chose. Bon, ceci dit, de grâce à l'amalgame, si je puis dire, entre un sujet et le fait que si on n'est pas ferme, on va se faire égorger, là me semble être pas acceptable.

9:08
Présentateur

Le raccourci qu'Emmanuel Macron avait notamment formulé entre l'Abaïa et Samuel Paty.

9:14
Alexis Corbière

Il faut discuter mais n'allons pas trop loin dans ce qui me semble être des propos qui compliquent tout.

9:21
Présentateur

Mais pourtant, Alexis Corbière, pardon, mais ce sont certains insoumis qui taxent cette interdiction d'islamophobie. Samuel Paty aussi avec l'accusé d'islamophobie.

9:30
Alexis Corbière

Quand vous faites une conversation là-dessus, alors que le sujet de la rentrée est quand même sur d'autres préoccupations, on va en dire deux mots, je n'ai pas parlé d'enseignement.

9:36
Présentateur

Est-ce que vous êtes d'accord avec ces mots ? Est-ce que vous dites que cette interdiction, elle est islamophobe et raciste ?

9:40
Alexis Corbière

Elle veut faire une conversation sur la rentrée qui concerne 12 millions d'élèves, sur quelque chose de très particulier qui concerne des élèves d'une certaine confession. Et ça, ça me pose un problème. Parce que je sais très bien l'état politique du pays et de considérer que le service public, l'école, revenons à l'essentiel, l'école c'est la base de tout. Qu'est-ce que nous voulons ? Nous voulons lutter contre la ségrégation scolaire, ce que j'appelle même le séparatisme scolaire. Le fait que dans ce pays, selon l'établissement scolaire où vous mettez vos enfants, il n'est pas vrai qu'il a le même accès à l'éducation, même dans le public.

Et en plus la concurrence du privé confessionnel qui concerne 18% des élèves, d'accord ? Avec une situation où les riches mettent leurs enfants dans le même établissement. Ce que vous évoquez, la question des tenues des enfants, est souvent l'effet d'une concentration de certaines personnes, notamment issues d'immigration dans les mêmes établissements. Donc si vous voulez lutter contre cet effet de ségrégation, il faut s'en prendre, comment dirais-je, monnaie des politiques de fond, de défense du service public, ce qui n'a pas lieu.

Dans ma circonscription encore, dans un collège, par exemple, de 550 élèves, le collège travaille à Bagnolet, il manque une assistante sociale, une infirmière scolaire, les élèves depuis deux ans n'ont aucune visite médicale. Bon, ça c'est un sujet.

10:42
Présentateur

Ça veut dire que le séparatisme scolaire que vous dénoncez prime, par exemple, au séparatisme, à la lutte contre le séparatisme communautaire, communautariste, que le gouvernement dénonce régulièrement.

10:52
Alexis Corbière

J'utilise le terme de séparatisme parce que le gouvernement, terme confus par ailleurs, mais oui, il y a une réalité que les plus riches ne mettent pas leurs enfants dans les mêmes établissements que les plus modestes. Voilà, ils contournent, ils contournent la carte scolaire, ils vont vers le privé. Et là-dessus, rien n'est fait. Privé confessionnel. Et donc c'est une diversion, cela. À partir de là, ça c'est le sujet majeur. Sujet majeur pour un pays. Parce que si on laisse faire ça, des études du CNRS nous montrent que l'indice de positionnement social. Les riches, les établissements privés accueillent de plus en plus les familles les plus aisées.

Si on veut lutter contre ça, pas pour faire mal aux gens, mais pour dire en République, il faut qu'il y ait de la mixité sociale, que nos enfants soient assis sur les mêmes bancs. Pas que parce que je suis de telle ou telle origine, je ne fréquenterai jamais telle personne. Si on veut travailler à ça, je suis candidat à aider à ça. Si par contre on ne fait rien, on laisse se creuser ce type de politique. Et d'un seul coup, on montre du doigt des gens en tordant la loi de 1905. Parce qu'on rentre dans autre chose. Moi aussi, je suis défenseur de la loi, non seulement de 1905, mais de celle de 2004.

11:44
Présentateur

Le Conseil d'État dit que cette interdiction est conforme à la loi de 2004.

11:48
Alexis Corbière

Le Conseil d'État qui m'avait fortement déçu à l'occasion de la bataille sur les retêtes et qui nous avait refusé qu'on puisse seulement faire un homme d'initiative partagée, je l'ai lu, le prononcé du Conseil d'État. Il est quand même bizarre parce qu'il ne va pas dans le détail de pourquoi une abaya et un camis sont en signe religieux. Il dit, selon le ministre. Moi, je sais ce qu'est un signe religieux. Une kippa, une croix, un foulard qui cache les cheveux. Ça, c'est un signe religieux.

12:09
Présentateur

Vous ne pensez pas qu'en 2004, si l'abaya avait été utilisé régulièrement, ce serait rentré dans le cadre de cette loi ?

12:15
Alexis Corbière

Non, parce que dans la commission Stasi, notamment, qui a discuté de ça, l'affaire des vêtements avait été évoquée. Et il est clair qu'à ce moment-là, il n'avait pas souhaité aller dans cette direction. Je connais parfaitement ce débat.

12:23
Présentateur

Mais la jurisprudence évolue. Aujourd'hui, le Conseil d'État dit que le port de l'abaya s'inscrit dans une logique d'affirmation religieuse.

12:28
Alexis Corbière

Ça se discute.

12:30
Présentateur

Pour vous, c'est étayé par des témoignages de jeunes filles qui disent qu'elles portent l'abaya en vue de s'affirmer religieusement.

12:37
Alexis Corbière

Mais, comment dirais-je ? Qu'il y a des signes où le culturel se mélange au cultuel. Ça, c'est une évidence. Maintenant, ça s'arrête où, tout ça ? Si une jeune fille se présente demain à l'établissement, parce qu'elle était à une fête le week-end, et qu'elle a du VNS sur les mains, c'est quoi ? On va lui demander de nettoyer les mains ?

12:53
Présentateur

Aujourd'hui, c'est le port d'abaya, le port de tenue religieuse qui a explosé de 150% en deux ans. Et donc, la question se pose.

13:01
Alexis Corbière

Moi, j'ai le sentiment qu'on ne combat rien. Vous savez, en 1905, le débat avait eu lieu, notamment Aristide Briand disait « Le prestige de la religion n'est pas dû à l'uniforme ». Et on lui reprochait des gens très, très laïcs, qui étaient sans doute, à mes yeux, très sympathiques, mais il disait « Vous ne parlez pas du costume religieux, il voulait interdire la soutane ». Et Aristide Briand, le grand défenseur de la laïcité, disait « L'habileté conjuguée des tailleurs et des prêtres aura taufé, si vous supprimez la soutane, de trouver un autre costume ». Moi, ce que je veux convaincre, c'est le refus de l'obscurantisme.

Je ne veux pas, je respecte la foi, mais je ne veux pas que des gens apportent des réponses simplistes à des questions complexes.

13:34
Présentateur

Ce que vous dénoncez, c'est exactement la même chose. C'est-à-dire que les vêtements religieux évoluent, les symboles religieux évoluent aussi par une forme de jurisprudence et par une forme de cache-cache avec la loi. Et si nous voulons lutter contre la religion,

13:45
Alexis Corbière

il faut amener l'éducation... Moi, je ne lutte pas contre la religion. Ma formule est extrêmement maladroite. Je ne cherche pas à lutter contre la religion. La République et la laïcité garantissent la liberté de conscience et donc la liberté de croire. Mais s'il y a une forme d'obscurantisme, qu'est-ce que c'est que je ne veux pas ? Moi, je suis enseignant avant d'être député. Je n'accepterai jamais qu'un élève dise au professeur « Je ne vous écoute pas au nom de telle ou telle croyance religieuse ». Ça, impossible.

Par contre, à partir du moment où il n'y a pas de signe religieux établi, qu'il y ait ce flou entre le culturel et le culturel, mais en quoi c'est fondamentalement problématique ? Là, je crois qu'on a une conversation qui est engagée par M. le ministre dans une volonté, je le répète, de faire, selon moi, de ne pas aborder les vrais problèmes. Quand c'est rentré, il n'y a pas des professeurs devant tous les élèves. Vous m'avez... Bon, il fallait aller vite, mais dans ma circonscription, M. le ministre, si vous m'écoutez, 550 gamins, 100 infirmières et 100 médecins scolaires, ça suffit. Ils ne font aucune visite médicale.

Hier encore, j'étais en délégation avec les parents pour avoir une réponse et nous ne l'avons pas obtenue. On ferme des classes. Le ministre se prévaut du fait que ses 24 élèves, notamment en maternelle, ils viennent de fermer une classe chez moi, il y aura 28 élèves, notamment dans une école, etc., etc. Je peux continuer les sujets. Ça, c'est du lourd, c'est du concret.

14:48
Présentateur

Vous avez envoyé votre passage.

14:49
Alexis Corbière

Mais par contre, je veux dire, je suis un peu lassé qu'on ait une conversation. Et peut-être allez-vous m'interroger sur autre chose, c'est que, puisqu'on parle du religieux, et c'est vous qui l'avez annoncé, je suis stupéfait de découvrir qu'à l'occasion de la visite du pape, le pape est le bienvenu en France, évidemment, de la personnalité, il vient à Marseille, le calendrier parlementaire est modifié en raison de la venue d'une autorité religieuse.

15:12
Présentateur

Le gouvernement décale légèrement la loi sur la fin de vie pour éviter qu'elle ne survienne à la veille de la vie du pape.

15:17
Alexis Corbière

Ne pas irriter le pape. Vous écoutez, ceux qui m'écoutent, acceptez-vous l'idée que le calendrier parlementaire est modifié en raison de la venue d'une autorité religieuse en France parce que nous ne voulons pas froisser cette autorité religieuse ? Mais ça, c'est contraire à la laïcité. La laïcité, c'est la séparation de l'Église et de l'État.

15:33
Présentateur

Mais la baïa, non. D'accord. On a bien retenu votre métal.

15:36
Alexis Corbière

La baïa, c'est une torsion de l'utilisation de la laïcité. Vous m'avez compris, que les choses soient claires. Pas de signe religieux à l'école. Mais quand on commence à rentrer dans un vêtement, là, on est dans une pente sans fin. Mais si le même qui donne la leçon dit que les députés ne peuvent pas discuter d'un texte avant qu'une autorité religieuse vienne, parce qu'il est possible que cela déplaise à cette autorité religieuse, je dis que c'est de la laïcité à géométrie variable. Et ça, c'est de la fausse laïcité.

16:00
Présentateur

En parlant d'Emmanuel Macron, il a écrit une lettre aux oppositions suite à son long huis clos avec les chefs de parti. Il n'exclut pas aujourd'hui d'élargir le champ du référendum à l'immigration en cas d'accord sur une réforme constitutionnelle. Est-ce que c'est une ligne rouge, ça, pour vous ?

16:13
Alexis Corbière

Merci d'aborder la discussion comme ça. Parce que, bon, c'est une lettre assez fourre-tout et assez vague. Mais par contre, sur l'histoire du référendum, c'est-à-dire, je ne veux pas être trop aidant, mais l'article 11 de la Constitution. En fait, c'est la question des pouvoirs du Président. Aujourd'hui, en Ve République, celui qui peut convoquer un référendum, c'est le Président. Et le paradoxe, c'est que cette réunion qui a eu lieu, que je trouve détestable dans son idée, parce que c'est vraiment les États généraux, le roi qui convoque les gens, c'est vraiment contraire, selon moi, à l'esprit de la République.

Après l'utilisation du 49-3, de la brutalisation du parlement, de la concentration de pouvoir aujourd'hui entre les mains du Président, ce que dit le Président dans sa lettre, c'est qu'il est prêt à discuter, en fait, de l'élargissement des champs du référendum et de ses pouvoirs personnels, en vérité. Je me fais comprendre, c'est-à-dire, aujourd'hui, c'est assez cadré les thèmes sur lesquels un Président peut convoquer des référendums, mais M. Macron considère qu'après avoir fait quelques heures de réunion, on va discuter du fait que lui a encore plus de champs pour convoquer un référendum en faisant le choix, lui, de la question.

17:06
Présentateur

Mais les Français sont majoritairement favorables à ce référendum, et notamment les électeurs de gauche.

17:10
Alexis Corbière

Vous ne voulez pas leur poser la question ? Non, mais ne parlez pas. Les Français, ils étaient contre la réforme des retraites. Mais ça ne peut pas... Mais là, on parle d'un référendum sur l'immigration. Écoutez-moi, attendez, attendez. Notre pays souffre d'un mal qui est un poison politique. Le présidentialisme. Et là aussi, pour faire un peu spécieux, ce qu'on appelle en France le bonapartisme. La concentration de pouvoir sur un homme qui a affronté le pays. D'ailleurs, hier soir, il a été sifflé à cause de ça en imposant une réforme que les Français ne voulaient pas. Dans ce cadre-là, le problème du référendum, c'est qu'un seul homme peut le convoquer, le Président de la République.

Et évidemment, il le fait sur les sujets que lui, il veut. Lui, il a la maîtrise de la conversation. Et donc, évidemment, il ruse. Et là, il veut amener la conversation sur un sujet... Enfin, d'ailleurs, je ne sais pas où ça finira. Et pour dire éventuellement sur l'immigration. D'ailleurs, c'est quoi la question ? Comment, sur un sujet aussi complexe, on peut de manière binaire dire oui ou non ? C'est une manœuvre politique pour ne pas parler sociale, pas parler démocratie, pas parler écologie. Là, c'est détestable. Et je pense que les forces politiques devraient dire, au terme de cette première réunion où le tour de piste a eu lieu...

18:03
Présentateur

Vous y retourneriez d'ailleurs, juste ?

18:04
Alexis Corbière

Moi, je pense qu'il faut arrêter. Il faut dénoncer aux yeux des Français qu'en République, il n'y a pas un homme qui convoque les gens, qui mène une discussion, qui choisit, etc. Ça ne peut pas fonctionner comme ça. Il y a un endroit où les forces politiques se parlent, ça s'appelle le Parlement.

18:16
Présentateur

Merci beaucoup Alexis Corbière, député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Merci beaucoup d'être venu réagir ce matin à l'actualité sur le plateau de France Info. Merci Agathe. On se retrouve demain. Sous-titrage Société Radio-Canada

Macron sifflé au Stade de France, interdiction de l'abaya à l'école, lutte contre le trafic de drogue... le "8h30 franceinfo" d'Alexis Corbière — Alexis Corbière · Pourquijevote