Mettre en place une écologie punitive avec les riches - Mathilde Panot est l’invitée des 4 vérités du 4 novembre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est l'heure du rendez-vous politique désormais. Mathilde Panot, députée du Val de Marne et présidente du groupe LFI-NFP à l'Assemblée Nationale, et l'invité de Jeff Wittenberg. Ce sont les 4 V. Bonjour et bienvenue. Bonjour Mathilde Panot. Bonjour. Merci d'être avec vous ce matin. Ce sujet, effectivement, on va en parler avec d'abord une phrase que j'ai trouvée sur les réseaux sociaux, sur vos réseaux sociaux, reprenant celle du sociologue écologiste Clément Sénéchal. Il faut une écologie punitive avec les riches, ce sont des mots que vous avez repris.
Il parle évidemment de ce qui se passe aujourd'hui, notamment en Espagne, avec des inondations qui ne sont pas le résultat du changement climatique pour lui, plutôt donc aussi pour vous, puisque vous reprenez ces mots, mais des conséquences politiques, dit-il. S'il y avait plus d'impôts sur ceux qui ont une grosse taxe carbone, il y aurait moins de catastrophes. C'est aussi votre avis ?
En tout cas, ce qui est sûr, c'est que ce sont les riches qui aujourd'hui détruisent la planète, que c'est le capitalisme qui est responsable de la destruction du seul écosystème qui est compatible avec la vie humaine et l'ensemble des espèces. Et j'invite toutes celles et ceux que ça intéresse à lire l'excellent livre que Clément Sénéchal a écrit, qui s'appelle « Pourquoi l'écologie perd toujours ? » qui nous appelle à l'action et notamment à rompre drastiquement avec le modèle de consommation et de production que nous avons aujourd'hui.
Mais faire payer des riches parce qu'ils ont cette empreinte carbone plus importante, ça va mécaniquement, vous pensez, ralentir le changement climatique ?
Bien, c'est prouvé qu'une société est plus résiliente en termes écologiques lorsqu'il y a plus de justice sociale parce que justement, une société se tient plus ensemble. Et donc, oui, il est impératif de faire en sorte que les riches payent pour que nous ayons une atténuation du dérèglement climatique, mais aussi une adaptation. Et c'est ce qu'on voit malheureusement en Espagne avec plus de 200 morts.
Alors que les riches payent, je reprends ce qui a été dit juste avant notre interview, Luc Besson, vous allez lui demander d'adhérer à la France insoumise puisqu'il dit, lui, qu'il veut payer plus d'impôts, qu'il demande halte aux riches héritiers qui s'accrochent à leur magot.
Qu'est-ce que vous dites de ces propos ? Je crois qu'il a raison. En janvier 2024, il y avait déjà 260 millionnaires et milliardaires qui avaient eux aussi dit qu'ils étaient prêts à payer plus pour contribuer à la solidarité. Je rappelle que l'impôt qu'Emmanuel Macron a supprimé dès le début de son mandat s'appelle l'impôt de solidarité sur la fortune. Et c'est justement le fait de dire que chacun doit contribuer à l'effort national, d'autant plus dans un moment où il y a 9 millions de personnes sous le seuil de pauvreté dans notre pays et une situation dramatique. Et ça veut dire en quelque sorte que tous les riches ne sont pas égoïstes et ne veulent pas vivre dans un océan de malheur.
Vous allez, vous, plus loin, puisque vous avez fait voter par l'Assemblée la taxe dite Zuckman, du nom de cet économiste qu'il a imaginé, qui consisterait donc à faire payer les milliardaires les plus grosses fortunes. Et selon Éric Coquerel, votre ami et collègue, ça rapporterait 13 milliards d'euros. Mais est-ce que vous n'avez pas l'impression que cette mesure, très coercitive pour les plus riches, elle risque d'être retoquée ? Et ou par le Sénat ou par le Conseil constitutionnel ?
On parle de 157 personnes qui seraient taxées à hauteur de 2% de leur patrimoine lorsqu'ils ont plus d'un milliard de patrimoine. Donc on parle de faire peser l'effort sur les plus riches. Qu'est-ce qui se passe actuellement ? Le gouvernement essaye de trouver 60 milliards d'économies qui correspondent peu ou prou au manque de recettes par an qu'a fait Emmanuel Macron depuis qu'il est arrivé au pouvoir, qui est surtout dû aux cadeaux faits aux plus riches et aux multinationales. Eh bien, nous le disons, ce n'est pas au peuple de payer pour les cadeaux faits aux plus riches et aux multinationales.
Et nous avons, nous, trouvé 60 milliards de recettes qui ne sont pas sur le peuple, avec la taxe sur l'électricité, la non-indexation des pensions de retraite, avec des postes de professeurs qui sont supprimés, etc., mais qui pèsent sur les plus riches qui, je le rappelle, ont multiplié par deux leur patrimoine depuis 2017, avec des dividendes qui, eux aussi, ont été multipliés par deux depuis 2017.
Est-ce que vous donnez acte au gouvernement de ne pas vouloir, au moins pour l'instant, actionner l'article 49.3, la première lecture du budget ira jusqu'au bout. Est-ce que c'est satisfait pour vous, même s'il y aura le Sénat dont, je le disais, une deuxième lecture plus tard ?
Nous risquons pour que tout le monde comprenne. La partie 1 va être rejetée puisque la Macronie est minoritaire. Donc la partie 1, celle qui est sur les recettes, va être rejetée. Donc nous n'examinerons pas la partie dépense, ce qui est très problématique, même si nous avons eu beaucoup de victoires en commission. Ensuite, ça ira au Sénat. Et ensuite, quand ça reviendra à l'Assemblée nationale, eh bien là, il sera obligé d'actionner l'article 49.3, qui est une violence démocratique. Et nous, à ce moment-là, nous ferons une motion de censure pour faire tomber ce gouvernement Barnier.
Pourquoi n'avez-vous pas voté l'abrogation de la réforme des retraites proposée par le Rassemblement national le 31 octobre, alors que vous vous apprêtez à proposer peu ou prou la même chose dans votre propre niche parlementaire, dans quelques semaines, le 28 novembre ?
Eh bien le 31 octobre, ce n'était pas l'abrogation de la réforme des retraites sur laquelle nous avons voté. Parce qu'en plus d'être une arnaque, le Rassemblement national n'a pas voté la censure contre le gouvernement Barnier, a voté contre la destitution d'Emmanuel Macron, et maintenant se retrouve à avoir voté quatre fois contre l'abrogation de la réforme des retraites quand nous l'avons présentée dans le budget et dans le budget de la Sécurité sociale. Eh bien ce n'était pas l'abrogation de la réforme des retraites, c'était exactement trois rapports qui se battaient en duel qui restaient dans ce texte, donc des rapports demandés au gouvernement, notamment sur la natalité.
Donc ce n'était pas l'abrogation de la réforme des retraites. Donc en plus d'être une arnaque, eh bien ils sont incompétents. Mais vous n'avez qu'à regarder le texte. Tout le monde peut regarder le texte.
Mais le jour où vous allez la proposer, vous souhaitez que le RN vote avec vous. Donc est-ce qu'il n'y a pas un paradoxe ?
Chacun prendra ses responsabilités sur l'abrogation de la réforme des retraites puisque nous, nous réussirons à faire que ce texte arrive dans l'hémicycle et puisse passer ensuite le 23 janvier au Sénat, puis le 6 février de nouveau à l'Assemblée. Ce sera le 28 novembre dans notre niche parlementaire. Mais je veux juste dire à tous ceux qui ne cessent de dire que nous demandons les voix du Rassemblement national, je ne sais combien de fois, moi j'ai regardé les votes qu'il y a eu dans le budget. Savez-vous, sur le pourcentage de votes en commun, entre RN et EPR, combien il y en a ? 55%. Entre RN et Nouveau Front populaire, il n'y en a que 8%.
Donc ceux qui tiennent aujourd'hui, eh bien chacun prendra ses responsabilités encore une fois. Et je le redis, aujourd'hui le gouvernement Barnier tient uniquement par l'abstention du Rassemblement national et donc par le fait de Marine Le Pen.
Un autre sujet brûlant, Mme Panot, la succession des règlements de comptes, des fusillades meurtrières dans plusieurs villes françaises liées au trafic de drogue. Alors Bruno Rotailleau évoque une mexicanisation du pays. Son collègue Laurent Saint-Martin, ministre du Budget, dit que les consommateurs, ce sont eux qui ont une responsabilité finale dans ce développement du fléau. Vous me voyez venir, il y a une affaire, celle de votre collègue député, Andy Kerbrat, qui a été arrêté alors qu'il était en train d'acheter des produits stupéfiants. Est-ce qu'un député ne doit pas donner l'exemple ? Pourquoi M. Kerbrat est-il encore député et ne démissionne-t-il pas ?
Alors là, il y a beaucoup de choses dans votre question. Donc je vais d'abord dire que j'adresse toutes mes condoléances à la mère du jeune homme qui a été tué à Poitiers, qui avait seulement 15 ans, je le rappelle, ainsi qu'à toutes les familles qui sont touchées par ces drames. Et je veux dire que je trouve irresponsable qu'un ministre aille jeter de l'huile sur le feu en parlant de mexicanisation, en mentant en plus, en disant qu'il y aurait 400 à 600 jeunes qui seraient impliqués, alors que le procureur de la République dit lui-même qu'il y avait 40 à 60 jeunes présents. Et il faut remettre des moyens dans la police judiciaire pour démanteler les réseaux.
Et ma question sur votre collègue député ? Quant à la deuxième chose sur Andy Kerbrat, Andy Kerbrat a fait un communiqué que chacun et chacune peut lire, dans lequel il explique qu'il va aller se soigner d'une addiction qu'il a. Et je vais vous dire que si l'ensemble des personnes impliquées en politique qui ont des problèmes d'addiction devaient démissionner, eh bien il y aurait, je crois, beaucoup de démissions.
Mais les consommateurs ont-ils, oui ou non, une responsabilité dans l'explosion du trafic, Mme Pameau ?
Eh bien, 40 ans de politique qui a été faite justement sur les consommateurs, qui fait qu'aujourd'hui seulement 10% des affaires en justice concernent les réseaux et les trafiquants, mènent à une politique où à la fin, l'Europe, la France, pardon, et le pays qui en Europe consomme le plus de drogue. Donc c'est un échec patenté. Et ce qu'il faut faire, c'est remettre des moyens pour la police judiciaire, pour pouvoir démanteler les réseaux, pour aller chercher l'argent sale, qui n'est pas au Mexique, mais dans les paradis fiscaux.
Vous allez sur, évidemment, les élections américaines, votre favorite, c'est Mme Harris, c'est votre gauche, Kamala Harris ?
Non, enfin, en tout cas, moi, ce que je veux dire sur les élections américaines, c'est d'abord, c'est évidemment le peuple états-unien qui choisit. Ce serait une très mauvaise nouvelle que Trump revienne au pouvoir pour toutes celles et ceux qui luttent contre l'extrême droite. Et je dois dire que je suis assez effarée de voir une campagne qui se fait à base d'insultes et qui n'est pas une campagne très digne, je crois.
Merci beaucoup Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale. C'est la suite de Télémata. Merci à tous les deux. Merci à Annick Motin également pour la traduction en langue des signes.
Mathilde Panot