Arthur Delaporte, député PS du Calvados | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-Ce n'est pas le député le plus suivi sur TikTok, mais c'est sans doute celui que les influenceurs redoutent le plus, car dans ce domaine comme dans les autres, mon invité a appliqué sa propre méthode avec sérieux et application. Générique ...
Bonjour, Arthur Delaporte. -Bonjour. -Dans les portraits qu'on lit sur vous, des formules reviennent : "Elève modèle", "Tête bien faite", "Brillant".
Il y a cette expression employée par Laurence Dumont, la députée socialiste sortante, qui vous a un peu transmis sa circonscription, on va en parler. Elle vous a qualifié de "Gendre idéal". Comment est-ce que vous le prenez ?
Est-ce que c'est un compliment, ou ça vous agace ? -Venant de Laurence, c'est toujours positif, car c'est quelqu'un que j'apprécie. -Dans cette expression, il y a l'idée d'un jeune homme trop parfait, qui offre très peu d'aspérités, du coup, qu'on a un peu du mal à saisir, à cerner, alors j'ai envie de dire : Arthur Delaporte, aidez-moi, qui êtes-vous ? -Qui suis-je ? -"Répondez !" -Qui suis-je ?
Je suis député de la deuxième circonscription du Calvados depuis six mois, mais avant, j'étais chercheur, chercheur en sciences politiques. -C'est ce qui vous convenait ? -C'est l'expression d'une forme de curiosité permanente sur tout, sur le monde, et la volonté de sortir du discours préconçu, ou de ce qu'on impose au réel pour analyser des phénomènes, analyser les choses, prendre du recul par rapport à une image de façade qui serait parfois trompeuse. -Si je précise que vos deux parents étaient instituteurs, que vos quatre grands-parents étaient instituteurs, est-ce que ça aide à répondre à cette question ?
Est-ce que quelque chose qui a été déterminant, pour vous ? -Disons que j'ai grandi dans un milieu où l'éducation, au sens large, était importante. C'est une éducation populaire, à la citoyenneté, une éducation au monde qui nous entoure, et toujours cette idée de la curiosité, et on va dire à une certaine forme d'optimisme par rapport aux choses.
C'était une éducation qui était aussi sur les nouvelles méthodes pédagogiques. C'est pas le coté devoirs, leçons. C'est : les expériences, mener des projets, et on apprend aussi par la découverte. -Vous parents n'avaient pas d'engagement politique, mais tous les étés, ils vous emmenaient dans les campings de la MAIF, façon kibboutz, on va dire.
Vous avez aussi fait votre première manif à l'âge de quatre ans. Il y a même un article, on le voit ici. Le bonhomme à côté de la poussette, c'est vous.
Plus tard, vous êtes devenu un peu le GO du lycée, vous avez été le président du foyer, vous avez créé une radio, vous avez créé, aussi, un journal. Est-ce que vous faites le lien entre tout ça et votre engagement politique ? -C'est sûr que quand on est amené à s'engager, on va dire, dans la vie de la cité par différentes formes, de toujours essayer d'animer un collectif, on finit aussi par se dire : "Qu'est-ce que je peux apporter ?" Quand on voit la politique, - j'ai toujours été intéressé par la politique - je me suis dit : "C'est peut-être l'une des étapes qui arrive "quand on a dynamisé des collectifs toute sa jeunesse." Ce que j'ai pris beaucoup de plaisir à faire, car c'était toujours un esprit de solidarité, comment on va vers les autres, il y a cette dimension-là. -Il y a votre éveil à la politique, votre conscientisation qui s'est faite très jeune.
A l'âge de 10 ans, vous avez épluché les professions de foi des candidats à la présidentielle et vous avez voté pour Taubira. -A l'époque, c'était un choix un peu marginal. Ca l'est peut-être un peu resté.
J'avais regardé les différentes professions de foi, et son programme était celui qui me parlait le plus. Après, j'étais évidemment triste, déçu et traumatisé par la défaite de Lionel Jospin, c'est resté comme quelque chose d'extrêmement marquant. -Mais aussi jeune, quoi. -Oui, après, on parlait toujours de politique, autour de moi.
Ce qu'on appelle le milieu partisan du Parti Socialiste en sociologie politique, c'est des enseignants, qui sont investis dans l'éducation populaire, et qui vont en camping l'été, notamment dans des campings où on élit les responsables de camp, qui sont propriété de la collectivité. -Si on regarde votre trajectoire, ça ressemble presque à un parcours sans faute. Du côté des études, vous avez fait Normale Sup, à Lyon, en même temps que Sciences Po à Paris, et vous êtes agrégé d'histoire.
Et puis, dans votre trajectoire politique, vous avez été collaborateur de député, puis collaborateur de la présidente du groupe PS Valérie Rabault, ensuite, patron de la fédération PS du Calvados, puis, enfin, député, et porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Ca donne l'impression de quelque chose de très méthodique, très rationnel, dans votre ascension politique, comme si vous aviez fixé des marches à gravir une par une. -Je sais pas si c'est des marches à gravir, parce qu'il y a aussi des histoires de rencontres.
Quand je me suis engagé au Parti Socialiste, j'ai pris ma carte en 2013, au moment du mariage pour tous, Taubira. Je me suis dit : "Je vais m'engager pour lutter contre l'extrême droite, "contre cette droitisation du débat public "et mener la bataille." En même temps, j'ai cherché à faire un stage, et c'est après un refus de Laurence Dumont, qui me connaissait pas, c'est Yann Galut, député du Cher, qui a accepté de me prendre avec lui.
On était engagés dans un collectif qui s'appelait La Gauche forte. L'idée était de dénoncer et d'être fiers de se dire : "Je défends des valeurs, "je dénonce le Rassemblement National." Ca a été le facteur de mon engagement.
Après, on fait des rencontres. -Il y a quand même ce côté méthodique et sérieux qui ressort. -C'est ce qui peut en ressortir derrière.
Je dirais pas que je suis pas sérieux, mais je pense que la politique, on peut prendre de la distance par rapport à ça. C'est sérieux, mais on peut ne pas l'être dans son rapport aux gens. -Vous laissez la place au hasard ? -Il y avait du hasard.
J'étais pas sûr de ce qui allait se passer. C'est juste que de fil en aiguille, Galut connaît quelqu'un, me dit : "Elle aimerait te prendre comme collaborateur." Du coup, je bosse, on se rencontre, je rencontre Valérie Rabault.
C'est une affaire de rencontres. -Votre formation de chercheur en histoire, vous l'avez aussi méthodiquement associée à votre engagement politique. Quand j'ai découvert vos sujets de recherches, je me suis mis à sourire.
Vous avez fait un mémoire consacré au voyage de Mitterrand à Sofia, vous avez fait une thèse consacrée à la recomposition des courants au sein du PS, vous avez étudié la façon dont la série "Baron noir", consacrée au PS, a été perçue par les militants, les responsables du Parti Socialiste. Vous évoquiez Yann Galut, vous avez dirigé sa campagne aux législatives. Quand vous avez pris ces fonctions, vous avez fait un travail de recherches sur la fédération PS dans le département.
Ca veut dire quoi ? -Ca veut dire que finalement, la politique, c'est quelque chose qui est chronophage. Moi, j'aimais aussi beaucoup la recherche.
J'avais un matériau sous les yeux qui était passionnant. Le Parti Socialiste me questionnait à la fois en tant que militant, mais aussi en tant que chercheur. C'était des moments de recomposition.
Quand je suis arrivé, je ne comprenais pas tout, j'avais pas les codes. Faire de la recherche était un moyen de comprendre cette histoire, cette culture, et un moyen de gagner du temps pour faire de la recherche et en même temps de la politique. Quand j'étais avec Yann Galut, j'étais sans cesse sur les routes, mais le midi, je m'arrêtais chez un militant, je faisais un entretien, je passais le soir au siège du Parti Socialiste, j'explorais les archives de la fédération.
Ca permettait de faire les deux : d'être à la fois militant le jour ou la nuit, et puis chercheur le jour ou la nuit, voilà. -On va évoquer votre activité en tant que député. Je sais pas si Maeva Ghennam, Nabilla ou Seb La Frite regardent LCP, mais il y a un député dont ils connaissent le nom, c'est vous.
Vous êtes à l'origine d'une loi qui a donné des sueurs froides aux influenceurs. Regardez. *-Hello, guys ! *-On va vous raconter ce qu'il s'est passé à l'Assemblée nationale. *-L'Assemblée nationale, guys. *-Vu ma tête et mes expressions du visage, vous vous doutez bien que ça ne s'est pas bien passé pour moi.
Ils m'ont demandé si j'avais déjà fait des placements de produits pour les paris sportifs. *-OUI. *-Pour la chirurgie esthétique. *-OUI. *-Crypto, trading. *-OUI. *-Je me suis sentie tellement honteuse. *-Désolée, je me sens pas concernée. *-On aurait dit que les députés, c'était mes pères. -C'était Mélanight, elle a 1 million d'abonnés sur Instagram, que vous avez reçue à l'Assemblée, dans le cadre de cette proposition de loi, que vous aviez portée avec Stéphane Vojetta, qui a été adoptée, proposition de loi sur les influenceurs.
Vous l'avez traumatisée, cette pauvre Mélanight. -Après, je peux vous dire qu'on n'a pas été méchants. On voulait comprendre, donc de discuter avec des influenceuses, ça fait partie du parcours de la loi.
Quand on a dit : "Cette dérive-là, ça vous est arrivé ?" Elle a dit : "Oui... "Je suis une repentie." Tant mieux, c'est bien qu'elle ait pris conscience que ses actes avaient conduit à des dérives, que des influenceurs s'en sont mis plein les poches.
Ces influenceurs sont minoritaires mais ont fait n'importe quoi. L'idée de la loi était d'arrêter avec l'absence de cadre, et de remettre un peu d'ordre là-dedans. Je pense qu'on va y arriver.
Il y a une prise de conscience chez Mélanight, mais pas seulement. Maeva Ghennam, par exemple, elle a fait une story où elle montre qu'elle découvre l'amende qui est faite, jusqu'à 300 000 euros d'amende, et là, elle fait : "Oh !" Elle a un mouvement de recul.
Bah oui, c'est vrai, il faut arrêter de faire n'importe quoi. -Cette loi, vous l'avez co-écrite avec le député Renaissance Stéphane Vojetta. Le début de cette législature a été marquée par des tensions entre les députés.
Vous, vous faites copain-copain avec un député de la majorité, pour faire voter une loi à l'unanimité, quand même, dans cet hémicycle très tendu. C'est votre côté GO du lycée qui ressort ? -Je peux vous dire que c'est pas fini, les tensions.
Aujourd'hui encore, on a des tensions. Je m'oppose au gouvernement et à sa politique d'atrophisation du débat démocratique. Ce qu'on a voulu montrer, c'est qu'une autre méthode était possible, où le Parlement se saisissait des sujets.
J'ai commencé, j'ai déposé mon texte fin décembre. J'ai été contacté, notamment par Stéphane Vojetta, qui m'a dit : "Je travaille sur le sujet." -Vous avez uni vos forces. -Le gouvernement soutenait Stéphane Vojetta.
On avait envie de montrer qu'on pouvait travailler majorité comme opposition, sans partir du même point de départ, mais qu'on pouvait converger par le respect mutuel. -On va passer à notre quiz, à présent. Vous avez droit à un quiz spécial, où vous allez dresser un palmarès des meilleurs influenceurs de l'Assemblée.
Il s'agit de juger les prestations des députés sur les réseaux sociaux. On commence avec la catégorie "Boss de la punchline". Le ou la députée qui vous impressionne sur les réseaux sociaux ? -Celui qui a les meilleures punchlines à l'Assemblée et qui devrait être plus fort sur les réseaux, c'est Boris Vallaud, le président de mon groupe.
Il a un sens de la formule... -Oh, c'est facile ! -En même temps, il est capable de sortir des punchlines, 10 à la minutes. -C'est sur les réseaux sociaux ? -Il faut qu'il continue à travailler un peu plus. -On a ensuite la catégorie "Roi ou reine du LOL".
L'humour est important, en politique. -Celui qui rigole beaucoup sur les réseaux, c'est Hadrien Clouet, un député insoumis. Il fait souvent des petites vidéos.
Il a une capacité à prendre de la distance par rapport au quotidien et à faire rire les gens qui est assez forte. -Enfin, "The doc of TikTok". Le ou la députée le plus pédago, si on peut dire ?
C'est important, la pédagogie, en politique. -J'aime beaucoup ma collègue écologique Marie-Charlotte Garin. Elle fait des vidéos sur TikTok qui sont très pédago. -Vous vous y êtes essayé. -J'en fais aussi.
TikTok est un média super intéressant pour aller vers les jeunes et leur montrer l'Assemblée dans les coulisses, de derrière, et déconstruire un peu les idées reçues, tout en valorisant l'institution au sens large, car c'est un bel objet démocratique qui est malheureusement trop dévoyé. -Merci, Arthur Delaporte. -Merci.
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
Arthur Delaporte