La chronique de Corinne Lepage du 22/06/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Merci de votre fidélité ce matin. Elle nous a rejoint en studio, Corinne Lepage. Bonjour Corinne.
Bonjour Ilana, bonjour à toutes et à tous.
Notre experte de l'environnement qui n'est pas ravie, j'imagine, de ce qui se passe aujourd'hui. Aujourd'hui, une journée qui s'annonce exceptionnelle avec des températures au niveau des records de chaleur sur quasiment tout le pays. Entre 38 à 43 degrés dans l'Hexagone et ça va durer malheureusement. Corinne, de quoi la canicule est-elle le signe ?
Ilana, je ne pouvais pas passer à côté de la canicule, même si parfois je vous parle d'autre chose que d'environnement. C'est d'abord le signe du dérèglement climatique et d'une importance attendue. Pour les plus anciens, la première canicule c'est 76. Moi je l'ai vécu, c'était un truc exceptionnel. Tout à fait. Ensuite il y a eu 2003, puis ensuite il y en a eu. Et il faut se rappeler que chaque année, quasiment, c'est l'année la plus chaude de toutes celles que nous avons vécues, même sans des épisodes caniculaires comme celui tout à fait exceptionnel que nous vivons, qui n'est pas si exceptionnel que ça. Donc c'était attendu. Donc voilà, on est dedans. On est dedans. On est dedans.
Mais ce qui est le plus important, ce n'est pas ça. Je pense que le plus important, c'est notre réaction qui révèle à la fois une forme de déni et une forme d'impuissance. Une forme de déni parce que, comme je viens de le dire, ce n'est pas nouveau. Mais on a fait comme si. On a fait comme s'il y avait d'autres choses plus importantes. Or on se rend compte que la question climatique, elle impacte toute notre vie. Toute notre vie. De notre santé à notre alimentation, en passant par notre travail et nos déplacements. Donc c'est toute notre vie. Donc c'est premier.
Donc une forme de déni et une forme d'impuissance parce que chaque fois qu'il y a un épisode caniculaire, on dit « Ah ouais, ouais, il va falloir faire quelque chose ». Mais en fait, on est toujours dans la réaction et jamais dans la prévention. Donc je crois que là, cette fois-ci, il y a une véritable prise de conscience qui se fait parce que les gens se rendent tous compte de ce qui est en train de se passer. Et je pense donc qu'on va pouvoir entrer dans les choses sérieuses. Alors nous avons un plan d'adaptation des règlements climatiques. Nous avons même une trajectoire dans notre droit. Mais les moyens ne sont pas mis en face.
Et en réalité, les moyens contre le dérèglement climatique, pour l'adaptation, etc., c'est toujours la variable d'ajustement des budgets. Donc on rogne sans cesse.
Alors conséquence de cette jaleur, on sait que 845 écoles ferment leurs portes aujourd'hui. Le maire de Paris a déclaré qu'il livrerait un climatiseur par école dans certaines écoles de Paris, ce qui peut paraître quand même risible. Votre réaction, vous, justement ?
On n'est pas prêts, c'est tout. On n'a pas fait les investissements qu'il fallait. On a des... Moi, je ne fais pas du tout partie de ceux qui hurlent contre la climatisation. Je pense que c'est une solution dans l'urgence parce qu'on ne peut pas laisser les gens dans la situation dans laquelle ils sont. Mais que ce n'est pas ça qui va résoudre. Ça va nous permettre de survivre. Mais ce n'est pas ce qu'il faut. Ce qu'il faut, c'est une transformation des villes. C'est une transformation des villes. Ça veut dire beaucoup plus de végétalisation. Ça veut dire probablement casser du macadam pour remettre de la terre et des arbres et de la végétation.
Faire des espaces verts, beaucoup plus que ce que nous avons. Parce qu'il faut des îlots de fraîcheur dans les villes pour ne pas succomber.
En plus d'action, moins de réaction.
En plus d'action, moins de... Oui, et puis il faut des investissements sur la durée. On dit que ça coûte cher, mais on se rend compte de ce que ça coûte. Un épisode comme celui-là, c'est équivaut à une journée, deux journées de grève. C'est X% de notre PIB. Donc, ça sera beaucoup mieux d'investir.
Alors, en conclusion, Corinne, qu'est-ce qu'on peut dire ? Que faire ? Qu'est-ce que vous nous conseillez ?
Écoutez, d'abord, regardez la situation en face. C'est comme quand on est malade. Si on veut guérir, il faut regarder la situation en face. Ensuite, il faut accepter de s'adapter. C'est vrai au niveau individuel et c'est vrai au niveau collectif. Au niveau individuel, nous... Enfin, peut-être pas vous, parce que vous avez des horaires fixes, mais beaucoup adaptent leurs horaires, adaptent leur manière de faire, adaptent leur nourriture.
Après, ça adapte aussi la journée. C'est-à-dire, quand il fait trop chaud, on ne peut pas faire certaines choses, etc.
Exactement. Et puis ensuite, c'est une adaptation au niveau collectif. C'est-à-dire qu'il faut revoir toutes nos politiques. Comme l'a dit Mme Masson-Delmotte-Four, justement, toutes nos infrastructures ont été pensées pour un climat qui n'existe plus.
Eh bien, merci beaucoup, Corinne Lepage.
Ce n'est pas très encourageant, mais il faut faire avec.
Absolument. Et vous avez raison. Il faut qu'on prenne les choses en main. Il fait trop chaud à Paris. On n'en peut plus. J'espère que vous avez la clim chez vous, Corinne. Au bureau, oui. Au bureau, oui. Mais chez moi, non. Donc, vous souffrez aussi, comme nous tous. Comme tout le monde. Bon courage, en tout cas. Et bon courage à vous également. Cette canicule qui devrait durer au moins jusqu'à la fin du mois de juin. On fera le point, évidemment, avec Corinne de ces épisodes. Merci de votre fidélité. Tout de suite, la santé avec le docteur Serge Raffal. Sous-titrage ST' 501
Corinne Lepage