De Mélenchon à Glucksmann, la bataille des gauches est lancée
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France Culture France Culture, l'esprit public, Astrid De Vilaine
Mesdames, Messieurs, les sacrifices nous permettent d'être ici et dans ce pays de la 6ème République écologique et sociale.
Jean-Luc Mélenchon, dimanche 7 juin 2026 à Saint-Denis, en présence de 26 000 partisans revendiqués entre la Basilique des Rois de France et la mairie LFI, fraîchement remportés au premier tour par Bali Bagayoko, présents sur scène comme les écrivains Annie Ernaud et Éric Vuillard qui apportent leur concours à la 4ème candidature du Tribun. Une semaine plus tard, samedi 13 juin 2026, hier à Aubervilliers, autre commune de Seine-Saint-Denis en banlieue parisienne, Raphaël Glucksmann réunit 4000 personnes au doc de Paris selon les organisateurs.
Dans l'assistance au premier rang, le réalisateur Michel Azanavicius, la comédienne Bérénice Bégeot, l'ancienne ministre de François Hollande-Marisol Touraine et le cofondateur des Jeunes avec Macron, Sacha Houllier. De gauche irréconciliable, comme le prédisait déjà Manuel Valls, ministre du dernier président socialiste en 2016, c'était il y a 10 ans. « Nous c'est carré », répond le premier qui met en scène son duel avec le RN, reprenant y compris leurs slogans et expressions pour les retourner à sa sauce.
Dans le reste de la gauche qu'on peine encore à qualifier et qui a laissé s'installer les termes de gauche non-mélenchoniste pour se définir elle-même, ils sont désormais 14 à s'opposer à celui qui cumule le fait d'être la personnalité la plus rejetée des Français tout en étant la mieux placée à gauche dans les sondages, au point de parfois talonner Edouard Philippe. Que nous dit ce paradoxe ? Qui, pour incarner le leadership à gauche ? La primaire est-elle finie ? Et la gauche divisée peut-elle accéder au second tour ? Voici les questions posées à nos invités de cette seconde partie de l'Esprit Public.
Avec vous, Julien Jeannet, vous êtes constitutionnaliste, Anne-Sophie Moreau, rédactrice en chef chez Philosophie Magazine, Mathieu Souquier, essayiste et consultant, et Gaëlle Mack, directrice déléguée de la rédaction de Challenges. Un mot déjà sur ce qu'on vient d'entendre, le « on est chez nous », scandé par les partisans de Jean-Luc Mélenchon et par le candidat lui-même, comme dans les meetings de Marine Le Pen. Comment l'analysez-vous, Mathieu Souquier ?
Alors c'est très intéressant, mais une alerte préalable quand même. On fait souvent des raccourcis et des parallèles entre la gauche radicale et l'extrême-droite. On dit les extrêmes, on dit les populismes. On renvoie bien souvent Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon dos à dos. On peut faire des parallèles dans le rapport que l'extrême-droite et la gauche mélenchoniste entretiennent par exemple à la démocratie, par exemple aux médias, aux journalistes, etc. Ok, ces parallèles font sens.
Mais on ne peut pas imaginer en France, comme on a pu l'imaginer et même l'observer en Italie, une alliance par exemple de la gauche radicale, de la gauche qui s'auto-qualifiait de populiste et de l'extrême-droite. Ça a existé en Italie, ça ne saurait exister en France car il n'y a rien de commun entre le projet politique de la France insoumise et le projet politique du Rassemblement National. Et c'est bien d'ailleurs pour ça qu'ils s'auto-désignent mutuellement comme des ennemis respectifs. Donc attention, ce qui est néanmoins très intéressant là, c'est ce point de jonction autour d'un slogan commun.
Et si ce point de jonction existe, c'est parce que Jean-Luc Mélenchon accepte en réalité le combat que l'extrême-droite propose. Combat, bataille culturelle que l'extrême-droite propose depuis plusieurs décennies en ayant mis la question identitaire au cœur du débat politique. Pas seulement la question identitaire d'ailleurs. liant la question identitaire à la question migratoire et même à la question sécuritaire. Mais Jean-Luc Mélenchon accepte d'une certaine façon le duel en allant sur ce terrain identitaire et en faisant du judo, en retournant précisément le stigmate et en en faisant un élément de fierté.
Et ça pour le coup, je trouve ça en tout cas politiquement, stratégiquement, tactiquement intéressant.
Gaël Mac. Oui, alors on est chez nous. Je veux dire, c'est vrai, je suis d'accord, je suis tout à fait d'accord avec Mathieu Soukert sur le fait que ce n'est pas le même programme politique, le programme du Rassemblement national et de la France insoumise. Mais quand même, on voit que Jean-Luc Mélenchon prend un malin plaisir à utiliser, à faire un peu de triangulation en reprenant des termes du Rassemblement national et en les réutilisant à sa sauce, notamment, il utilise carrément le terme de grand remplacement.
Il dit que oui, voilà, et que les générations en France, ben oui, on a un quart de grands-parents qui sont d'origine immigrée et on doit en être fiers et la créolisation et le brassage culturel et etc. Et c'est vrai que lui aussi décrit maintenant cette France, la nouvelle France, sa nouvelle France, par clivage, c'est-à-dire qu'en gros, c'est un décalque de la France du Rassemblement national qui est celle de ces mâles blancs, français de souche, ruraux, voilà, conservateurs avec sa nouvelle France qui serait plutôt les urbains des quartiers, les gens racisés, on va dire, les femmes, les jeunes, les abstentionnistes, voilà.
Donc lui aussi oppose sur un plan d'essentialisation, je veux dire, identitaire de France. Donc je trouve qu'il joue quand même ce jeu pour installer, en fait, et pour invisibiliser tous les autres partis politiques et toute la question, voilà. Mais en tout cas, je remarque qu'il n'est plus sur la question, tellement sur la question sociale, mais plus sur une question presque raciale, voilà. Julien Jeannet ?
Alors je suis parfaitement d'accord, c'est un slogan qui a émergé, je crois, lors de la victoire de Jean-Marie Lechevalier à Toulon en 1995, qui était, si je me souviens bien, la première ville de plus de 100 000 habitants qui était gagnée par le RN, et depuis lors le RN, enfin le FN à l'époque devenu RN, utilise ce slogan. On a toujours l'impression que Jean-Luc Mélenchon essaye de jouer avec les lignes rouges pour essayer, dans un sens ou dans l'autre, de choquer, de faire parler de lui, ça marche, nous en parlons ce matin. Et en même temps, dans des conditions qui posent évidemment problème.
Anne-Sophie Moreau, pourtant, l'exécutif, y compris actuel, est très impressionné par Jean-Luc Mélenchon, nous apprend, l'express, c'est hyper malin d'inverser ce slogan horrible, cela traduit le contre-modèle qu'ils opposent au RN, disait, dans un confidentiel, un ministre.
Bien sûr, oui, alors c'est très habile, le fait de reprendre ce slogan, de dire on est chez nous, effectivement, c'est une manière de retourner l'idéologie RN, avec ce on qui est très vague, qui permet de ne pas savoir exactement de quoi on parle, mais en même temps, tout le monde sait de quoi on parle. Alors, on peut considérer ça comme habile, parce que c'est une manière aussi de se poser d'emblée comme étant l'adversaire légitime au deuxième tour du candidat RN.
Il me semble que c'est néanmoins un jeu dangereux, c'est ce que les tenants du fameux printemps républicain, qui se voulait être une nouvelle gauche non-racialiste, appelaient la fameuse tenaille identitaire, c'est-à-dire que c'est une manière de mettre les lecteurs entre un choix, de le contraindre à faire un choix binaire entre cette France blanche, des Français de souche d'une part, et une France de l'immigration en face. Et je trouve que c'est un jeu dangereux, parce que nous sommes aussi dans un contexte de très grande polarisation, de très grande...
voilà, on est tout de même dans une société qui va aussi vers une certaine violence, alors peut-être pas en France pour l'instant, mais quand on regarde par exemple ce qui se passe à Belfast, là, récemment, il y a des émeutes et des agressions de migrants ou d'étrangers, ou de personnes d'origine étrangère, suite à l'agression absolument atroce d'un homme en pleine rue par un migrant soudanais, je crois, qui a tout de même tenté de le décapiter en pleine rue, donc ça se cas énormément choqué de l'autre côté de la Manche.
Et je trouve qu'en polarisant le débat sur cette question raciale, véritablement, eh bien on prend tout de même le risque aussi d'attiser l'opinion et de la conduire aussi peu à peu dans une ambiance de guerre civile potentielle, et moi ça m'inquiète beaucoup.
Je ne comprends pas pourquoi on met en avant, en fait, cette dimension raciale. D'abord, encore une fois, je ne suis pas d'accord avec ce que disait Gaël Mack tout à l'heure, il n'y a pas de triangulation. Le « on est chez nous » de Jean-Luc Mélenchon n'a rien à voir avec le « on est chez nous » de l'extrême droite. Le « on est chez nous » de l'extrême droite est excluant. Le « on est chez nous » de Jean-Luc Mélenchon n'est pas excluant, il est intégrateur. Et il est censément vecteur de fierté d'une France populaire, d'une France populaire et d'une France diverse.
On pourrait se dire qu'il y a une question identitaire un peu fantasmée du côté de l'extrême droite et la revendication en face de la part de la France insoumise, que je ne cherche pas à défendre spécialement dans cette affaire, mais en tout cas une ambition de la part de la France insoumise, que de revendiquer, encore une fois, une identité bien plus réelle, bien plus conforme à la réalité sociale, sociologique de notre pays, et une forme d'identité diverse, apaisée, presque heureuse. Et les images d'ailleurs, de ce point de vue du meeting de la semaine dernière, donnaient à voir une France rassemblée, une France populaire, et une France plutôt joyeuse.
Et encore une fois, quand on parle des femmes, des jeunes, des étudiants, des habitants des quartiers populaires, qui ne sont pas tous d'origine étrangère et donc avec la peau foncée, on voit bien que l'ambition de Jean-Luc Mélenchon, c'est d'essayer de s'adresser à la France la plus large possible, quand même, la plus métissée possible, la plus représentative de ce qu'est aujourd'hui la composition de la société française. Je ne sais pas s'il y arrivera, mais en tout état de cause, j'ai le sentiment que l'ambition affichée est bien celle-ci.
En tout cas, pour reprendre vos arguments à l'une et à l'autre, Anne-Sophie Moreau et Gaël Mack, y compris le RN ne se dit pas, comme vous venez de le décrire pour la France blanche, il n'a pas que des blancs dans son électorat, et y compris d'ailleurs de l'autre côté, Jean-Luc Mélenchon ne se considère pas comme racialiste, il rejette totalement d'ailleurs cette appellation dans son programme de la Nouvelle France. Pour avancer un petit peu dans ce débat, et surtout sur les stratégies politiques, puisque c'est aussi ce qui nous intéresse, est-ce qu'il y a de la place pour toute cette gauche ?
Et comment analysez-vous Julien Jeannet, ses 14 candidatures, c'est la Tribune Dimanche qui les a comptées aujourd'hui dans le journal, pour contrer Jean-Luc Mélenchon ? Est-ce qu'il y a de la place pour tout le monde ? Est-ce qu'il faut une primaire ? Est-ce que cette primaire n'aura pas lieu ? Que doit faire le Parti Socialiste ? J'aimerais vous entendre tous les quatre sur ce dernier point, avant de passer à vos coups de cœur.
Alors tout d'abord, la multiplication des petits candidats peut être conçue comme l'effet de l'affaiblissement des partis traditionnels, qui avaient tendance à remplir une fonction de sélection, évidemment de promotion d'un candidat ou d'une candidate à un moment choisi, et c'est une première observation.
Deuxième observation, attention, tout cela n'est pas nouveau, c'est-à-dire lorsque l'on regarde les candidats à gauche lors des dernières élections présidentielles, et pas les pré-candidats comme ceux que l'on observe aujourd'hui, mais ceux qui sont officiellement candidats, on est frappé par le fait que depuis 2002, ils sont 8 en 2002, 7 en 2007, 5 en 2012, 6 en 2022, que donc il y a quand même beaucoup de candidats de gauche, certains petits candidats de gauche, mais que la multiplication n'est pas une nouveauté.
En tout cas, pour accéder au second tour, ça peut parfois les empêcher.
Alors tout à fait, dans le cas de 2002, évidemment, c'est quelque chose qui a été frappant pour l'Union Jostrande.
2017 et 2022 aussi.
Absolument. Alors, l'opposition, deuxième observation, entre deux parties, là aussi, au sein de la gauche, entre LFI et un candidat qui émergera peut-être au centre-gauche, n'est pas nouvelle. L'histoire de la gauche est faite d'opposition entre Jules Guedde et Jean Jaurès, le marxiste orthodoxe révolutionnaire d'un côté, le socialiste réformiste républicain et humaniste de l'autre, entre Marceau-Pivert, la gauche révolutionnaire et Léon Blum dans les années 30 au sein de la SFIO.
Jacques Julliard, dans un ouvrage sur les gauches françaises, montre bien qu'il n'y a jamais eu une seule gauche, qu'il y a toujours eu une tension entre plusieurs, en tout cas entre deux pôles au sein de la gauche. Et c'est quelque chose de particulièrement frappant et ça continue aujourd'hui. Et ça n'est pas étonnant. Quant à la primaire, qui est la question que vous posiez là, il faut noter un certain nombre de choses. Tout d'abord, première observation, la Ve République est agnostique quant à la possibilité d'organiser ou non des primaires.
Ce qui est important, c'est qu'à un moment, un candidat ou une candidate se présente seul face aux Français, mais soit il se présente seul parce qu'il a été choisi pour aller seul se présenter, soit parce qu'au terme d'un processus de mise en opposition au sein des partis, la primaire, on a fini par voir émerger un candidat ou une candidate. La primaire, elle répond en général à une absence de leadership et c'est typiquement ce que nous observons aujourd'hui, c'est-à-dire que lorsqu'il y a un candidat naturel, c'est notamment le cas, sauf pour François Hollande, lorsqu'il y a un président sortant. Normalement, un président sortant est le leader naturel qui a vocation à se porter candidat.
Donc, en France, comme aux États-Unis, d'ailleurs, avec le processus des primaires, on n'organise pas en général de telles primaires. L'idée de la primaire, c'est qu'elle n'a de sens, je pense, que si elle permet d'embrasser une large part du spectre politique. L'idée générale, c'est que si vous organisez une primaire pour une toute petite partie de l'électorat, eh bien, l'effet de la primaire est tout à fait limité. Et là, le risque avec ce que propose le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, c'est-à-dire d'organiser plusieurs PS en cercle concentrique pour élargir progressivement... Plusieurs primaires ? Plusieurs primaires, tout à fait.
C'est que ça ne produise pas cet effet de rassemblement. Le risque, en l'occurrence, c'est qu'on attende janvier et que ce soit les sondages qui conduisent à faire une forme de primaire indirecte, c'est-à-dire qu'en voyant qui sont les candidats ou qui est le candidat le plus susceptible de battre un candidat du RN au second tour, eh bien, assez naturellement, les forces de gauche et du centre-gauche se concentreront en soutien de cette personne.
Gaël Mac ? Oui, mais c'est parce qu'il n'y a pas de candidat qui s'impose qu'il y a une multitude de candidats et c'est un peu le syndrome « pourquoi pas moi » qui a été validé par l'élection d'Emmanuel Macron en 2017. C'est-à-dire que, finalement, quelqu'un qui n'appartenait pas à un parti, qui n'avait pas été un politique de terrain depuis des années, qui n'avait pas de troupe particulièrement, tout à coup a pu, par un alignement des planètes et en passant par un trou de souris, se faire élire. Donc, finalement, des gens comme Karim Bouhamran ou Mathieu Pigasse qui peuvent se dire « finalement, c'est possible ».
Voilà, je pense que cette multitude de candidats qui est vraiment un aveu de faiblesse de la gauche qui se dit « non-mélenchoniste », ce qui est déjà un aveu de faiblesse de se qualifier ainsi, fait vraiment les affaires de Jean-Luc Mélenchon. D'ailleurs, il l'a carrément dit lui-même dans un interview assez intéressant au Nouvelle Obs où il l'a dit « le petit bourgeois sans colonne vertébrale politique votera insoumis, si c'est à la mode dans le Nouvelle Obs ou Libération, trois jours avant l'élection ».
C'est-à-dire qu'en gros, il se dit « la puissance du réflexe antifasciste chez l'électorat de gauche, y compris social-démocrate, fera que même si j'ai des excès et si en fait on n'est pas d'accord avec moi, le peuple social-démocrate votera quand même pour moi ».
Mathieu Saukier. La gauche est incontestablement sur la première marche du podium en termes de division. Pour autant, elle n'en a pas le monopole. Enfin, je veux dire, on passe nos journées à commenter la rivalité entre Jordan Bardella et Marine Le Pen. Actualité judiciaire oblige. Mais je dirais même que chez Reconquête, on évoque la rivalité entre Éric Zemmour et sa compagne, Sarah Knafow. Et quand on prend le camp présidentiel, on voit bien qu'il y a une petite course de petits chevaux là aussi qui s'orchestrent entre Édouard Philippe, Gabriel Attal, potentiellement Gérald Darmanin et d'autres. Donc en fait, la gauche n'a pas le monopole de ça.
Le problème de la gauche à un an de la présidentielle est triple. Et il est majeur. Elle est faible. Elle est faible comme jamais. Le premier problème de la gauche, c'est sa faiblesse. En réalité, François Hollande, et c'est son très grand talent, l'Aïc a son plus haut niveau historique sous la Ve République en 2012. Son autre talent est de l'avoir laissé en 2017, cinq ans plus tard, à son plus bas niveau historique. Et le problème, c'est que depuis 2017, en dépit des dix années passées dans l'opposition, elle n'a en aucune façon reconstitué ses forces. Elle est au même niveau, au même niveau médiocre aujourd'hui qu'en 2017.
Deuxième dimension, elle est aujourd'hui incarnée, dominée par une figure qui est devenue la figure la plus répulsive sur l'échiquier politique. Pendant très longtemps, l'extrême droite caracolait en tête en termes d'impopularité et d'incarnation d'un danger pour la démocratie. Désormais, c'est Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon, il y a cinq ans, était encore tout à fait populaire. Aujourd'hui, il est l'homme politique le plus détesté, le plus rejeté, considéré comme le plus dangereux. Et c'est celui qui, à ce stade en tout cas, domine la gauche. Donc la gauche est faible, et elle est par ailleurs dominée, incarnée par la figure la plus répulsive qui soit.
Troisième dimension, la gauche n'est pas du tout en ordre de bataille, et nous ne sommes qu'à un an d'une élection présidentielle qui, pour la première fois, pour la première fois pour de vrai, peut être remportée par l'extrême droite. Alors, on n'est pas du tout sûr que Jordan Bardella ou Marine Le Pen, si elle est sauvée par les juges, sera à l'Elysée l'année prochaine. Mais tout de même, quand on regarde les chiffres qui concernent Jordan Bardella, ils cumulent le fait d'avoir un très haut niveau de popularité. Ça, c'est nouveau. Ça, c'est inédit. Très haut niveau de popularité.
Et deuxième dimension, tous les sondages le donnent comme un finaliste assuré, avec une avance sur tous ses rivaux, qui est là aussi inédite. Inédite. Son score est au minimum le double de celui qui arrive en deuxième position. Et troisième élément, dans tous les sondages, au deuxième tour, il est un possible vainqueur. Non pas un vainqueur garanti, mais quel que soit son adversaire, et y compris Edouard Philippe, désormais, il peut être à l'Elysée.
Et donc, la responsabilité historique de la gauche, qui est faible, et qui est mal incarnée, je mets des guillemets, sa responsabilité historique, est de savoir avec quelle méthode elle combat le plus efficacement possible, à un an de la présidentielle, l'extrême droite, qui est son ennemi irréductible.
Anne-Sophie Moreau, j'aimerais votre regard sur la radicalité qu'on sent poindre chez les Français, qui, en effet, se disent de plus en plus convaincus par ces deux forces politiques, RN et LFI. Comment l'observez-vous ?
Alors, radicalité, oui, dans les sondages, les deux forces politiques, effectivement, sont en augmentation. En tout cas, voilà, Jean-Luc Mélenchon prend des points chaque jour. Mais en même temps, lorsqu'on demande aux Français quel type de figure ils souhaitent comme président de la République, il y a tout de même aussi une demande de cohésion sociale, de représentativité, de capacité à faire des compromis, encore et toujours. Donc, je ne suis pas sûre qu'il y ait à la fois la séduction de certaines idées, mais en même temps, aussi, une demande de stabilité.
Je pense que les Français ont conscience aussi du fait que nous sommes dans un monde qui est, par exemple, sur le plan géopolitique très complexe. Donc, voilà, c'est une vraie question. En fait, la vraie question qui se pose derrière, lorsqu'on parle de Jordan Bardella, c'est, est-ce que les Français le considèrent encore comme une personnalité radicale ? Je ne suis pas sûre. Quelqu'un comme Sarah Knafow est considéré comme une personne radicale, par exemple. Est-ce que c'est encore le cas de Jean-Luc Mélenchon ? Je suis loin d'en être sûre. Gaël Mack,
pourquoi François Hollande, qui est considéré, en effet, comme sur le plan international, l'un des anciens présidents qui pourrait jouer un rôle parmi cette quinzaine de candidats non-mélenchonistes, attend-il si longtemps, à vos yeux ? Je pense que c'est quand même un grand brûlé, François Hollande. Je crois que c'est le seul président de la Vème République qui a été amené à ne pas se représenter après son premier mandat parce qu'il se disait d'avance que ça allait être la catastrophe. Donc, je pense que ça l'a quand même rendu très prudent.
Donc, il est assez content et c'est quand même ce qu'il a su faire pendant toutes ces années où il était premier secrétaire du Parti Socialiste, de faire un peu des manigances en coulisses, de s'exprimer, de faire des petites piques dans les médias. Bon, il ne lui a pas échappé quand même qu'il y avait une concurrence très très forte. Donc, je pense qu'il fait un peu comme le matou, il attend son heure. Mais voilà. Et il se dit, et il a peut-être raison de ne pas se précipiter parce que c'est vrai que pour le moment, on ne connaît même pas un peu les modalités de choix de cette personnalité de la gauche non-mélenchoniste. Donc, il n'a peut-être pas tort d'être lent.
Que doit faire le Parti Socialiste à votre avis, Mathieu Soukir ? Soutenir Raphaël Glucksmann ou défendre une primaire coûte que coûte ?
Premier élément, effectivement, le Parti Socialiste a une bataille à mener pour qu'au sein de la gauche, au sein des gauches, la gauche de gouvernement, la gauche sociale-démocrate, peu importe, en fait, gagne le rapport de force. Aujourd'hui, effectivement, on a deux candidats potentiellement qui ont, si on en croit, les sondages, en tout cas, peuvent avoir un score à deux chiffres. Ce sont Jean-Luc Mélenchon d'une part et Raphaël Glucksmann d'autre part. Alors, Raphaël Glucksmann a défaut d'autre chose pour ce qui est de cet espace politique-là.
Et donc, la question est effectivement de savoir comment le Parti Socialiste s'organise pour, dans ce duel entre deux gauches, une gauche de gouvernement et une gauche radicale, la gauche de gouvernement reprend l'ascendant sur la gauche radicale. C'est le premier élément de sa question. Deuxième élément, encore une fois, je reviens à ce que je disais tout à l'heure, on a le sentiment qu'à ce stade, Jean-Luc Mélenchon reste un candidat de premier tour redoutablement efficace. La question est de savoir s'il peut encore aujourd'hui incarner une forme de vote utile comme ce fut le cas en 2022.
Rappelons que son score de 22% en 2022 était lié au fait qu'une partie des électeurs socialistes considéraient qu'il était encore un rempart utile et efficace contre l'extrême droite. Un rempart de premier tour en l'occurrence. Voter Jean-Luc Mélenchon, c'était s'éviter potentiellement Marine Le Pen au deuxième tour. Là où il était un rempart il y a cinq ans, la question est de savoir dans quelle mesure il est aujourd'hui un accélérateur de l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir car beaucoup considèrent, beaucoup d'analystes, beaucoup d'observateurs et beaucoup d'acteurs considèrent aujourd'hui que Jean-Luc Mélenchon au deuxième tour, c'est Jordan Bardella à l'Elysée.
Merci à tous les quatre d'avoir participé à cet esprit public. Nous sommes en direct. Il est l'heure de votre coup de cœur. Julien Jeannet, constitutionnaliste contre la proportionnelle, c'est votre tract chez Gallimard.
Mon coup de cœur est un petit ouvrage de Christophe Jamin intitulé L'ILEE Fantôme publié chez Grasset en mai 2026 donc édité avant la rupture chez Grasset. Petit livre signé par un professeur de droit spécialiste de droit civil qui est aussi un romancier délicat. L'ILEE Fantôme ça renvoie à Lee Miller vous savez cette mannequin de vogue photographe correspondante de guerre qui a aussi été lamente de Man Ray. Dans cet ouvrage dans ce récit il y a une sorte de perspective croisée entre la famille du narrateur sur fond de souvenirs de la seconde guerre mondiale et de réflexion sur Lee Miller un portrait de femme magnifique qui fascine.
C'est une plongée dans le monde des surréalistes dans le monde parisien dans un monde familial une réflexion sur la seconde guerre mondiale je recommande.
Anne-Sophie Moreau rédactrice en chef chez Philosophie Magazine Fermentation c'est publié au Seuil. Oui
un rendez-vous demain soir aura lieu le bac philo des humoristes c'est une recommandation un peu intéressée puisque j'aurai l'honneur de réagir aux sketchs qui seront proposés par des humoristes que vous connaissez peut-être qui sont formidables qui passent sur nos ondes Mao Drama Alexis Lerossignol Thomas Wiesel pour ne citer qu'eux On peut suivre où ? C'est au Théâtre Bobineau à Paris demain soir lundi soir et en général les éditions précédentes étaient excellentes et c'est l'occasion de se rendre compte que la vérité peut affleurer aussi à l'occasion d'un éclat de rire
Gaëlle Mack directrice déléguée de la rédaction de Challenges votre recommandation pour nos auditeurs et auditrices Je suis une énorme fan de séries et je vous en conseille une qui est en ce moment disponible gratuitement sur Arte qui s'appelle The Hack qui est une mini-série britannique écrite par Jack Thorne à qui on doit l'énorme série Adolescence qui était excellente et elle retrace l'enquête du journaliste du Guardian contre les pratiques très sulfureuses d'un tabloïd appartenant à Robert Murdoch qui s'appelle News of the World qui avait piraté les répondeurs de centaines de personnalités et d'hommes politiques britanniques je pense que le monologue final de cette série est fantastique sur le journalisme et ce qu'il représente pour la démocratie qui est menacé par l'ambition et la brutalité de grands patrons ce qui résonne aussi avec ce qui peut se passer en France dans la presse aujourd'hui Mathias Lecaire vous êtes essayiste et consultant votre dernier livre aux éditions de l'Aube
un de dimanche en France pardon le livre dont je vais vous parler en fait est sorti il y a déjà un an et je ne sais pas si on peut parler de beaucoup de coeur
vous êtes tout pardonné
mais je pense que c'est une lecture impérative dans le contexte qui est le nôtre et dans la continuité du débat que nous venons d'avoir l'auteur s'appelle Pierre-Yves Boquet le titre c'est la révolution nationale en son jour et comment l'éviter c'est chez Gallimard dans la collection Tract que Julien Jeannet connait bien pour y avoir publié très simplement c'est l'analyse de la proposition de loi portée par le RN qui de façon très édulcorée s'appelle appelle à un référendum sur l'immigration il ne s'agit en réalité pas du tout d'un référendum sur l'immigration mais d'une révolution constitutionnelle majeure
il faudra le lire merci beaucoup Mathieu Soukir merci à vous quatre et merci à vous de nous avoir suivis comme tous les dimanches on se retrouve la semaine prochaine en direct on parlera de Marc Bloch du G7 à Evian et des 10 ans du Brexit très bel après-midi à l'écoute de France Culture et des 10 ans du Brexit
et des 10 ans du Brexit et des 10 ans du Brexit
Jean-Luc Mélenchon