Gabriel Attal : "On va faire campagne projet contre projet, choix de société contre choix de société"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
...son score par rapport au premier tour de 2017. Donc gratitude pour ceux qui ont voté pour nous, que je remercie évidemment. Puis humilité aussi, parce que cette élection, il va falloir aller la chercher. Parce que rien n'est joué. Il n'y a pas de Français qu'on va devoir convaincre des Français qui n'ont pas voté pour Emmanuel Macron au premier tour, qui parfois ne partagent pas du tout notre projet, mais ça va être l'enjeu de cet entre-deux-tours.
Vous dites qu'il y a une nouvelle phase qui commence ce matin, c'est ça ? Une nouvelle campagne ?
Je crois oui que c'est une nouvelle campagne qui démarre. Projet contre projet, valeur contre valeur aussi, je le crois profondément. Et donc ça va être un travail de conviction. Le Président de la République, candidat, est sur le terrain dès aujourd'hui. Vous l'avez indiqué dans vos journaux, à Denain, à Carvin, à Lens.
Vous pensez que rien n'est gagné ? Édouard Philippe disait il y a deux jours, oui Marine Le Pen peut gagner. Vous le pensez aussi ?
Moi je crois que rien n'est gagné et que cette victoire, il va falloir aller la chercher avec un travail de conviction, en rappelant quel est notre projet, en dénonçant et en démasquant aussi celui du Rassemblement National de l'extrême droite. Et c'est ce que je suis venu faire ce matin.
Emmanuel Macron a lui-même reconnu qu'il n'a pas tellement fait campagne, on va dire ça, une campagne minimale avant le premier tour. Alors est-ce qu'il va s'y mettre là ? Est-ce qu'il va mettre la première ? Est-ce qu'il va davantage faire campagne ? Et peut-être aussi davantage prendre de risques, Gabriel Attal ?
D'abord je trouve qu'on a parfois un peu la mémoire courte. Il y a deux mois, on était au pic de la cinquième vague. Il y a à peine un mois et demi, les premières bombes tombaient sur Kiev. Donc ce qui est certain, c'est qu'on a pu moins faire campagne pour ce premier tour que les autres. Marine Le Pen, ça fait deux ans qu'elle a déclaré sa candidature. On a pu démarrer notre campagne qu'il y a quelques semaines, parce que notre candidat est aussi président de la République, dans un contexte où les Français attendent qu'il continue à agir.
Mais il l'a dit lui-même, il a regretté lui-même de ne pas avoir fait grâce à ses campagnes.
Bien sûr, on aurait aimé évidemment pouvoir faire davantage campagne plus tôt. Force est de constater qu'il y a des crises et que le président est au rendez-vous de ses responsabilités. Maintenant, ce qui est certain, c'est qu'il y a un choix clair dans ce deuxième tour, qu'il y aura une campagne projet contre projet, qu'on aura la possibilité de déployer davantage, d'expliquer davantage quel est notre projet, et de rappeler celui de l'extrême droite, qui est un projet qui allie l'abjecte et l'injuste.
L'abjecte contre nos concitoyens musulmans et juifs, parce qu'ils expliquent dans leur projet qu'il y aurait des sous-citoyens, qu'il y aurait ceux qui pourraient s'habiller, qui pourraient manger comme ils le veulent, et puis les autres. Et puis injuste, parce que c'est un projet profondément injuste. C'est un projet qui vise à dire que le riche propriétaire parisien qui a 10 appartements, on va lui supprimer son impôt sur la fortune immobilière. Par contre, le petit entrepreneur du Nord qui a travaillé toute sa vie, on va se remettre à lui taxer le fruit de son travail.
C'est un projet qui consiste à dire que le jeune start-upper parisien de moins de 30 ans, on va lui supprimer son impôt sur le revenu, alors que la mère de famille célibataire de 32, 33, 34 ans, rien pour elle. Voilà ce que c'est la réalité du projet de l'extrême droite.
Mais le nopassaran, le attention, on ne pactise pas avec l'extrême droite, est-ce que ça va être suffisant cette fois, Gabriel Attal ? Est-ce que vous ne pensez pas que c'est un peu court tout de même ?
Mais bien sûr que si, et c'est pour ça que je vous parle ici projet contre projet, et qu'on va parler choix de société contre choix de société. La réalité, c'est que vous avez un président de la République, candidat à sa réélection, qui a mis en place une politique qui nous a permis d'atteindre le taux de chômage le plus bas depuis 15 ans, le taux de chômage des jeunes le plus bas depuis 40 ans, et qu'on veut continuer à agir pour l'emploi. La réalité, c'est que nous avons un certain nombre de mesures dans le programme, et quand j'en parle avec des Français, quand je me déplace, je reçois une très large adhésion sur ces mesures. Peut-être qu'on n'a pas pu suffisamment les mettre en avant.
Parlez de la retraite à 65 ans ?
Je parle de la solidarité à la source, qui va permettre de verser les aides sociales auxquelles les Français ont droit, automatiquement pour lutter contre le non-recours. Je parle de le fait de conditionner le salaire des dirigeants des grandes entreprises au respect des objectifs environnementaux par ces entreprises. Je parle du leasing à moins de 100 euros qu'on met en place pour une voiture électrique, pour tous les Français qui ont besoin d'une voiture pour aller travailler.
J'entends, mais comment vous arrivez à convaincre les 22% des lecteurs de Jean-Luc Mélenchon qui sont radicalement contre la retraite à 65 ans, le RSA sous condition, ou le fait de payer les profs au mérite, comment vous arrivez à les convaincre de voter Emmanuel Macron dans 15 jours ? Ces points-là, qui sont les points qui ont le plus marqué dans la campagne de premier tour, Adrien Quatennens, qui était à votre place là tout à l'heure il y a 10 minutes, les a retenus en disant, voilà, pour nous Macron c'est ça, c'est la retraite à 65 ans, c'est le RSA sous condition. Vous dites quoi là ce matin à tous ceux qui nous entendent et qui ont voté Mélenchon qui hésitent à y aller ?
D'abord on va continuer à expliquer notre projet et à montrer que, oui, nous demandons aux Français de travailler globalement plus longtemps, mais qu'évidemment on tiendra compte de la pénibilité des carrières longues, ce qu'on n'a peut-être pas suffisamment pu faire dans ce premier tour. Et puis ensuite, un message clair, ce qui est certain c'est qu'avec une partie des Français, ceux qui, peut-être certains qui nous écoutent, on ne se rassemblera pas sur l'intégralité, mais on peut se retrouver sur l'essentiel.
Parce que je crois profondément que s'agissant de la protection des droits des femmes, là où vous avez une extrême droite qui s'en est toujours pris aux droits des femmes, là où vous avez Marine Le Pen, qui a toujours fait part de son opposition à l'interruption volontaire de grossesse, qui a encore quelques mois été avec les gouvernements polonais et hongrois, qui se battent contre l'accès à l'IVG. Il y a encore quelques mois, elle était en train de défendre la Hongrie, la Pologne, qui remettent en cause l'IVG. Elle veut supprimer le ministère des droits des femmes. Je veux dire, c'est quand même extrêmement clair.
Oui, mais sur l'IVG, elle n'est pas contre l'IVG.
Vous savez, il y a encore quelques mois, quelques années, elle parlait d'IVG de confort, elle était pour le déremboursement. Est-ce qu'elle a soutenu la PMA pour toutes, comme on l'a mis en place dans ce quinquennat ? La réponse est non. Donc la réalité, c'est que l'extrême droite, on le voit. On le voit au Brésil avec Bolsonaro, on l'a vu avec Trump, on le voit avec Orban.
Je répète la question de Léa. Comment allez-vous convaincre les 20% d'électeurs de Jean-Luc Mélenchon, pour lesquels je redis les mots de Léa ? La retraite à 65 ans, c'est non. Le RSA sous condition, c'est non. Les profs payés au mérite, c'est non. Ce qui sont les trois grandes mesures qui ont émergé de la campagne de premier tour d'Emmanuel Macron. C'est non, non, non. Je viens de le dire. Vous allez leur dire autre chose. Gardez ces trois points, c'est ça.
Je pense qu'on aura la possibilité dans cette campagne d'entre-deux-tours de montrer que ces mesures que vous évoquez, évidemment qu'elles tiennent compte des parcours, des carrières longues, des métiers pénibles, et qu'évidemment qu'on en tiendra compte dans la mise en place de ces mesures. Je pense que c'est attendu, même pour certains qui s'y opposent. Deuxièmement, je pense qu'il y a des mesures dont on n'a pas suffisamment pu parler dans ce premier tour. J'en évoquais un certain nombre, purement social, le versement à la source, et un certain nombre d'autres mesures.
Et troisièmement, je pense encore une fois que pour un certain nombre d'électeurs, moi je le dis, je suis lucide, il y a des électeurs qui ne se retrouvent pas derrière notre projet. Mais que tout oppose, tout oppose au Rassemblement National et à l'extrême droite.
Alors justement, Adrien Quatennens disait également cette chose, il y a dix minutes, il disait votre responsabilité, la responsabilité d'Emmanuel Macron dans la montée de l'extrême droite, en citant notamment l'émission de France 2 où Gérald Darmanin a dit à Marine Le Pen qu'elle était trop molle, en citant aussi l'amitié affichée d'Emmanuel Macron avec Philippe Devilliers. Vous entendez ce reproche qu'on vous fait ?
Moi je suis prêt à tout entendre, mais je pense qu'il faut aussi que chacun regarde ce qu'il a fait ou ce qu'il n'a pas fait, à la fois ces cinq dernières années ou ces cinq dernières semaines, qui on a entendu, parmi les autres candidats à la présidentielle, dénoncer l'extrême droite, le Rassemblement National ces dernières semaines. On les entendait beaucoup critiquer le Président de la République. Mais je veux dire, encore une fois, nous on a toujours été très clairs dans notre combat contre l'extrême droite, contre le Rassemblement National, que ce soit Marine Le Pen ou Éric Zemmour, on a toujours été très clairs depuis cinq ans.
Maintenant, ce qui est certain, c'est qu'il y a des fractures dans notre pays, qu'elles alimentent un vote à l'extrême droite. On a beaucoup fait depuis cinq ans pour réduire ces fractures. La fracture entre les Français qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas. Encore une fois, taux de chômage le plus bas depuis 15 ans. La fracture entre les territoires ruraux et les territoires urbains, avec le renforcement des services publics. 2000 maisons France Service. Est-ce qu'on a réussi à résorber l'intégralité des fractures dans notre pays ? La réponse est non, évidemment. C'est pour ça qu'on veut continuer à agir pendant les cinq prochaines années.
Si on compare les choses au premier tour de 2017, vos réserves de voix sont bien moins importantes. 2017, pour mémoire, LR faisait 20% des voix. François Fillon appelait à voter pour Emmanuel Macron. Le PS était un peu moins de 7%. Benoît Hamon appelait à voter Macron. Elles sont où, vos réserves de voix ?
Je vais vous dire, les réserves de voix, elles sont chez tous les Français qui ne veulent pas sortir de l'Union Européenne, mais qui veulent continuer à renforcer l'Union Européenne parce qu'ils sont convaincus que notre pays sera plus fort et plus indépendant dans une Europe plus forte. Marine Le Pen, elle fait croire qu'elle ne veut plus sortir de l'Union Européenne. Elle a un projet de sortie méthodique de l'Union Européenne. Elle veut qu'on arrête de payer notre contribution à l'Union Européenne. Elle veut qu'on sorte de tous les traités fondateurs de l'Union Européenne. Les réserves de voix, elles sont chez ceux qui sont attachés à la question des droits des femmes.
Encore une fois, j'y tiens. Elle veut supprimer le ministère des droits des femmes. Elle défend les pays qui organisent des reculs sur l'IVG. Nous voulons continuer à faire progresser les droits des femmes. Les réserves de voix, elles sont chez ceux qui veulent continuer à lutter contre le réchauffement climatique. Marine Le Pen, son seul projet pour l'environnement, c'est de démonter les éoliennes qui existent dans notre pays et donc de contribuer à importer encore davantage d'énergie fossile. Il n'y a absolument rien, zéro, sur la question de l'environnement. On a réduit les émissions de CO2 dans le quinquennat qui vient de s'écouler de 12%.
C'est deux fois plus que dans le quinquennat précédent et on veut continuer à aller plus loin.
Gabriel Attal, si on regarde la sociologie de votre vote hier, des 27% qui ont voté pour vous, il y a une nette évolution en 5 ans. Les jeunes ont clairement choisi Mélenchon et pas Macron cette fois-ci. Ce sont les retraités, les plus âgés et les plus aisés, qui ont voté pour vous, en gros, l'électorat traditionnel de la droite. Emmanuel Macron a-t-il désormais la sociologie classique électorale d'un parti de droite ?
Écoutez, non. Moi, je connais beaucoup de jeunes et je vois beaucoup de jeunes sur le terrain qui soutiennent Emmanuel Macron. Maintenant, c'est vrai, il y a des jeunes, beaucoup de jeunes, je l'ai vu aussi, qui ont fait le choix de Jean-Luc Mélenchon. Aussi, pour envoyer un message, pour montrer leur attachement à la question de la lutte contre le réchauffement climatique, de la lutte contre les discriminations, de l'égalité entre les femmes et les hommes. A nous de leur montrer que ces objectifs se retrouvent dans le programme d'Emmanuel Macron. Ce qu'on sait, c'est qu'ils ne se retrouvent absolument pas dans le programme du Rassemblement National.
Dernière question. Hier, Emmanuel Macron a dit une phrase qui n'est pas claire. Peut-être que vous pouvez nous l'éclaircir ce matin. Il s'est dit prêt à, je cite, peut-être inventer quelque chose de nouveau pour rassembler. C'est quoi ce quelque chose de nouveau ?
C'est permettre à tous ceux qui ont envie de construire, de contribuer à la réussite de notre pays, de le faire. Voilà. On voit bien qu'il y a... Ça veut dire quoi concrètement ?
C'est des places au gouvernement, une alliance pour les législatives ?
Ça veut dire quoi ? Ça sera au candidat précédent de le dire. Oui, mais... Mais ça veut dire que vous avez des responsables politiques...
C'est quoi qu'est-ce qui pourrait être nouveau par rapport à ce qui s'est passé ces cinq premières années ?
Ça veut dire que vous avez des responsables politiques qui probablement ont envie d'apporter des idées, d'apporter des propositions, et qu'elles puissent être mises en œuvre quand bien même leur projet n'a pas été choisi par les Français au premier tour de l'élection présidentielle. C'est ça que ça veut dire.
On a toujours été, nous, pour le dépassement en politique, pour rassembler des personnes qui viennent d'horizons différents et qui sont prêtes à travailler ensemble, peut-être pas sur tout, peut-être pas d'accord sur l'intégralité, mais qui peuvent se retrouver sur l'essentiel et sur des grandes priorités, encore une fois, dans un contexte de crise, crise climatique, crise géopolitique, crise sanitaire. On peut travailler ensemble avec des Français et des responsables politiques de bonne volonté. Merci, Gabriel Attal.
Vous nous confirmez le meeting d'Emmanuel Macron à Marseille ce samedi ?
Je ne confirme rien. Ce qui est certain, c'est qu'on va continuer à se déplacer beaucoup sur le terrain, à les convaincre les Français. Il y aura des meetings, il y aura des interventions dans les médias, il y aura beaucoup de déplacements, comme aujourd'hui, à Denain, à Carvin et à Lens.
Vous avez croisé Jordan Bardellat qui entre dans ce jour. Voilà, qui est notre prochain invité. Merci, Gabriel Attal. Forte parole du gouvernement. Il est 8h34.
Gabriel Attal