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interviewRadio J — L'interview politique· 13 octobre 2025 14 min

Rachid Temal - L'interview politique du 09/10/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Locuteur non identifié

7h45 sur Radio-J, bon réveil, alors que l'actualité politique en France est très agitée. Place à l'invité politique du jour, Rachid Temal, le sénateur PS du Val-d'Oise, est au micro de David Rovodallon. Bonjour.

0:22
Rachid Temal

Bonjour Rachid Temal. Bonjour. Vous êtes donc sénateur PS du Val-d'Oise, conseiller régional d'Ile-de-France. En 2017 et 2018, vous aviez assuré l'intérim de la direction du Parti Socialiste que vous connaissez sur le bout des doigts. On va bien sûr essayer de comprendre cette situation politique folle que nous vivons depuis quelques semaines et quelques jours en particulier. Mais d'abord un mot sur le Proche-Orient. Après le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas entré en vigueur vendredi, 7 otages viennent d'être remis à la Croix-Rouge. Les autres devraient l'être également aujourd'hui, avant 11h. C'est la fin du cauchemar, Rachid Temal ?

1:05
Présentateur

C'est un vrai soulagement, je crois, pour les familles et pour Israël en son ensemble. Et je formule des vœux d'abord d'espoir et dire qu'il y a enfin une perspective. D'abord que les 48 otages, les 20 supposés vivants, puissent retrouver leur famille. Je crois qu'il faut pouvoir refermer cette douloureuse parenthèse. Et donc, encore une fois, que les familles, que l'ensemble du pays puissent se reconstruire. Parce que je crois qu'après ce qui s'est passé cet octobre, ces actes terroristes horribles, je crois qu'il faudra du temps pour que les individus eux-mêmes, les familles et l'ensemble de l'appuiation puissent se reconstruire et être dépassés ce moment tragique.

1:45
Rachid Temal

On a vu que le Hamas réglait déjà des comptes dans la bande de Gaza, tentait de reprendre le contrôle sur le terrain et qu'il, visiblement, renaclait à rendre ses armes. Est-ce que vous êtes confiant sur la suite des opérations et la poursuite du processus de paix ?

2:01
Présentateur

Confiant, non. À ce stade, d'abord, il faut, je crois, qu'on se dise tous que le Hamas est une relation théoriste et qu'il faut qu'elle disparaisse et qu'elle ne peut pas, effectivement, jouer de rôle dans la prochaine étape. Et donc, nous devons condamner les actes qu'elle commet aujourd'hui. Et je crois qu'une force internationale d'interposition pourrait, justement, permettre de faire sortir le Hamas de cette situation, parce que sinon, rien ne sera possible. Je crois que maintenant, il faut avancer vers ce plan de paix. La première étape, c'est, effectivement, que tous les otages puissent rentrer. C'est ce style feu.

Et après, la construction de deux États, avec chacun, bien sûr, sa capacité à vivre en sécurité, en paix et en prospérité.

2:43
Rachid Temal

Alors, passons à la situation politique en France. Le gouvernement Le Cornu 2 a été annoncé, dévoilé hier soir. 35 ministres, un mélange de sociétés civiles, de hauts fonctionnaires, de macronistes et de LR, qui d'ailleurs ont été tous exclus, Manu Militari, dès leur nomination. Une première appréciation. Qu'est-ce que vous pensez de cette équipe Le Cornu 2 ?

3:07
Présentateur

Moi, je l'ai dit depuis le début, la question n'est pas le qui, mais surtout le pourquoi faire. Nous, les socialistes, nous avons décidé de ne pas être dans ce gouvernement, parce que nous ne sommes pas en accord avec la Macronie. Donc, j'ai envie de dire, c'est le problème du président et de son Premier ministre, Sébastien Le Cornu. Il a fait ses choix. Je peux un individuel évoquer les uns les autres, mais je crois que ce n'est pas très intéressant pour vos auditeurs. La question, c'est, quelle sera la feuille de route de ce gouvernement ?

Et comment on pourra au Parlement, je veux pleinement notre rôle, en construisant un budget qui, pour les socialistes, doit être utile aux Français, utile au pays, utile à ses entreprises, utile aux collectivités locales ?

3:42
Rachid Temal

Alors, le Rassemblement National et la France Insoumise ont d'ores et déjà annoncé qu'ils déposeraient chacun leur motion de censure aujourd'hui. Éclairez-nous un petit peu sur ce que le PS va faire. Est-ce qu'il va censurer ce gouvernement ? Parce que c'est vous qui détenez les clés, finalement, de la survie du Premier ministre.

4:03
Présentateur

Vous avez raison, c'est le PS qui, aujourd'hui, tient, non pas les clés, mais en tout cas, est un agent de stabilité. Parce que, d'un mot, quand même, ces derniers jours, qu'est-ce qu'on a vu ? On a vu, finalement, les agents du chaos, les vecteurs du chaos, c'était d'abord la Macronie. Et le socle dit commun, puisque vous avez un Premier ministre qui démissionne, qui envoie des tweets, certains anciens premiers ministres qui demandent la tête du président de la République. Enfin, c'était un peu le chaos. Et puis, vous avez les deux extrêmes, l'extrême droite et l'extrême gauche, qui, eux, ont sait leur statut depuis le début.

Finalement, c'est les socialistes qui, depuis le début, disent quoi ? Nous avons proposé un budget, nous avons proposé des mesures concrètes pour les Français, en termes de justice sociale, en termes de revenus, en termes de retraite, etc. Je ne vais pas vous les détailler. Et puis, on dit, nous, ce qu'on veut, en tant que parlementaires, c'est notre job, c'est de faire la loi. Donc, il faut que le budget, il y ait des mesures qui soient annoncées dès la déclaration de politique générale, qui sera, je crois, mardi ou mercredi cette semaine, et qu'on puisse, dans le cadre du débat, porter cela.

Et c'est à l'aune, nous, de ce que proposera le Premier ministre, qu'il intégrera de nos demandes, nos demandes pour les Français, qu'on aura une décision à prendre dans le cadre de nos instances, qui est le Bureau national du Parti socialiste.

5:12
Rachid Temal

Donc, vous attendez de voir, enfin, d'écouter plutôt la déclaration de politique générale dans un ou deux jours. On sent quand même qu'il avait fait, dans les derniers jours, des concessions. Sébastien Lecornu, il avait renoncé à l'usage du 49-3. Il s'était dit ouvert à un débat sur la fiscalité au Parlement. Et puis, sur la réforme des retraites, il avait dit, je cite, il faudra trouver un chemin pour que le débat ait lieu. Ça sent quand même les ouvertures, ça. Est-ce que vous pourriez conclure ?

5:42
Présentateur

– Je veux dire, vous savez, c'est comme vous parliez de ça, c'est dans l'amour, il y a les preuves d'amour. Donc, on a eu des déclarations à l'époque d'un Premier ministre qui était démissionnaire, souvenez-vous, sur France 2. Bon. Nous, nous souhaitons faire les choses simplement, et je vous le redis, nous sommes la seule force politique, nous les socialistes, qui pensons, je crois, dans ce moment, à l'intérêt général. Donc, ce que nous disons, c'est qu'il faut faire ça, il faut être respectueux de nos institutions et respectueux des Français. Il y a, à un moment donné, ce sera la déclaration, puisque c'est là qu'on va connaître les intentions réelles du Premier ministre.

Puis, il y aura le budget qui sera déposé, et il faut qu'on puisse débattre de tout. Et je ne veux pas rentrer là dans la mécanique, mais il y a différents articles qui pourraient nous empêcher, si ce n'était pas le gouvernement qui propose ces thématiques-là. Je pense notamment à la retraite. Donc, s'il y a les messages qui conviennent bien, les mesures pour les Français, dans le texte qui sera prononcé par le Premier ministre, et si on peut débattre de tout, effectivement, nous aurons, nous, les socialistes, en tout cas, moi, je plaiderais pour qu'on puisse aller jusqu'au bout de la procédure parlementaire et qu'on mène le combat, parce que c'est ça, la démocratie.

Aujourd'hui, personne n'est majoritaire seul au Parlement, au Parlement étant Assemblée et Sénat. Alors, il faut construire des majorités d'idées, des majorités de propositions, et donc, c'est ça, le débat qui doit être devant nous. Et je crois qu'il faut que la politique se grandirait. Rachid Temal, soyons très clairs.

7:03
Rachid Temal

Si d'aventure, il n'y a pas de suspension de la réforme des retraites, pas de mesures de pouvoir d'achat et pas de mesures fiscales sur la fiscalité des plus riches, ça veut dire que le PS censure le gouvernement ?

7:16
Présentateur

Oui, nous l'avons dit, mais je crois que sur les points que vous venez d'évoquer, les trois points, je crois que le Premier ministre avait dit qu'il ferait des bougées. Donc, moi, je ne vais pas donner le sentiment ce matin que le PS ait surinvesti une censure. Le Parti Socialiste veut des mesures concrètes pour améliorer la vie des Français. Je crois que c'est ce cas, moi, quand je parle avec mes concitoyens, comme chacun, ce qu'ils se disent, c'est qu'ils n'arrivent pas à joindre les deux bouts. Ils n'arrivent pas à se dire, là, est-ce que je paye la quantité de mon gamin ou est-ce que je mets mon chauffage alors que le froid va commencer à arriver ?

C'est des choses comme ça qu'il faut répondre. Il faut répondre, comment se fait-il que je ne peux pas me soigner parce que soit je n'ai plus de médecin à proximité, soit il me coûte trop cher. Et je pourrais comme ça multiplier les exemples. Mais d'un mot également sur la situation globale pour le pays. Vous voyez, les Français sont très inquiets de la situation internationale. On évoquait le Proche-Orient, on pourrait parler de l'Ukraine. Moi, je suis aujourd'hui à une réunion de l'OTAN et j'ai pu mesurer, déjà dès hier, l'inquiétude de nos partenaires européens sur la situation en France.

Je sais également que les collectivités doivent mener leur budget parce qu'il faut qu'il y ait des budgets pour les communes, pour les régions et les départements qui agissent auprès des Français. Je sais aussi que les entreprises veulent un budget puisque, derrière ça, il y a aussi des commandes. Donc, je mesure bien tout cela. Et je dis au Premier ministre, c'est votre responsabilité, aujourd'hui, maintenant, de répondre aux demandes des Français, notamment celles que nous portons, parce que vous avez vu que celles que nous portons ont été plébiscitées par les Français.

Donc, les socialistes font preuve de respect, font des propositions, souhaitent débattre, aller jusqu'au bout du débat parlementaire. Il faut maintenant que le Premier ministre réponde concrètement par des mesures et par des propositions pour que les Français vivent mieux.

8:55
Rachid Temal

– Justement, vous évoquiez la situation internationale et économique. Est-ce que ça serait bien raisonnable pour le parti de gouvernement, qu'est le parti socialiste, de voter une censure, alors que les drones russes survolent l'Europe ? Vous le disiez, vous êtes à une réunion de l'OTAN. Que la guerre est à nos portes et que la situation budgétaire de la France est catastrophique.

9:12
Présentateur

– Mais vous avez noté qu'encore une fois, le parti socialiste, lui, n'est pas parti bien en tête. Je rappelle que ceux qui ont fait imploser, il faut que chacun soit lucide sur ce qui s'est passé. D'abord, un président de la pluie qui décide seul une dissolution en 2024 qui emmène ce chaos. Et puis, ces dernières semaines, qu'est-ce qui se passe ? M. Edouard Philippe, ancien Premier ministre, dit qu'il faut que le président de la République s'en aille. Vous avez M. Attal, ancien Premier ministre, qui dit que finalement, il ne comprend plus le président de la République. Vous avez M. Retailleau qui, lui, fait un tweet et fait imploser également ce socle commun.

Ceux qui sont les plus responsables, je le redis, ce sont les socialistes. Mais les socialistes disent qu'il faut qu'il y ait des mesures pour les Français. Donc, nous, nous sommes responsables. Et je crois que l'irresponsabilité que vous évoquez, elle n'est pas du côté de la gauche, mais plutôt du côté de la droite et du centre.

9:57
Rachid Temal

– Alors, la secrétaire nationale des écologistes, Marine Tondelier, votre alliée, a estimé, je cite, qu'une dissolution ne résoudrait pas grand-chose. Vous êtes d'accord ?

10:09
Présentateur

– Moi, je ne suis pas favorable à une dissolution. D'abord, une dissolution, ça veut dire décaler le budget, et avec tout ce que je vous ai dit sur les besoins du budget, de plusieurs mois, 5, 6 mois. Premier point. Deuxième point, il y a une extrême droite aujourd'hui qui est entre 36 et 40 %. Je ne souhaite pas, pour ceux que je connaisse, ceux que je connais, ma famille, mes amis, mes voisins, etc., pour mon pays, que l'extrême droite revienne au pouvoir. Donc, moi, je ferai tout pour éviter la dissolution. Mais aujourd'hui, nous n'avons pas, nous, les socialistes, les manettes, puisque le président a refusé de nommer un socialiste. Il a nommé M. Lecornu.

C'est aujourd'hui la seule responsabilité, je le redis, c'est vraiment celle de M. Lecornu, et moi, je sais qu'il entendra. Et comme je l'ai entendu sur France 2, j'espère qu'il ira cette fois-ci au bout. C'est-à-dire que le Premier ministre démissionnaire aura bien éménement plus influencé le nouveau Premier ministre.

11:01
Rachid Temal

Alors, on a bien compris que vous n'étiez pas sur ce scénario, mais faisons un peu de politique fiction. En cas de dissolution, est-ce que vous seriez pour reconduire l'alliance avec les insoumis, un NFP Nouvelle Formule, ou est-ce que le PS doit y aller seul, pardon, au risque d'y perdre des plumes ? Parce qu'on sait que pour affronter le scrutin uninominal majoritaire à deux tours des législatives, il vaut mieux y aller unis, sinon ça risque d'être la Bérésina.

11:28
Présentateur

D'abord, je vais répondre d'un point de vue personnel. Tout le monde connaît, en tout cas, je ne sais pas si vos éditeurs le savent, mais j'ai toujours été, à titre personnel, Rachid Temal, opposé à toute alliance avec les filles. Je ne partage pas leur projet de société, je ne partage pas leur vision. Donc moi, j'ai toujours été opposé à l'alliance avec les filles. Et le Partialiste, aujourd'hui, par la voix de son premier secrétaire, d'ailleurs, il l'a dit, il n'y aura pas d'alliance en cas de dissolution avec la France insoumise.

11:54
Rachid Temal

Pas d'alliance, y compris au risque, comme je le disais, d'y perdre des plumes sur le plan électoral ?

12:01
Présentateur

Je crois que, vous savez, quelqu'un a dit un jour que d'abord les valeurs, ensuite les valeurs, et surtout les valeurs. Je crois qu'il est important que nous ayons ça bien en tête, et que je suis persuadé que quand on regarde aujourd'hui les sondages, les socialistes remontent parce que, justement, ils sont clairs sur leur position. C'est d'ailleurs le cas aussi de M. Glucksmann, quand vous avez vu le sondage sur la présidentielle. Je crois que ce qu'attendent les Français, ce sont des socialistes qui s'assument, qui s'affirment, qui ont des propositions, et qui les portent.

Bien sûr, avec des alliances, avec les écolos, avec les communistes, avec Place Publique, avec les radicaux de gauche, il y a de quoi faire. Mais je crois que la France insoumise ne peut pas être dans notre alliance.

12:38
Rachid Temal

Alors, des socialistes qui s'affirment, disiez-vous, si d'aventure, je continue dans la politique fiction, mais qui n'est pas tant de la fiction que ça, au vu de ce qui s'est passé ces derniers jours, si Sébastien Lecornu démissionnait à nouveau, est-ce que votre parti réclamerait toujours Matignon ?

12:54
Présentateur

Oui, nous réclamons Matignon, parce que finalement, d'abord, moi je ne souhaite pas la démission de qui que ce soit, que les choses soient bien claires, mais je rappelle que depuis 2024, je l'ai évoqué, la dissolution malheureuse. Le président de la République a nommé d'abord un républicain, M. Barnier, qui a été balié. Puis un modem, M. Bayrou, et enfin un renaissance, M. Lecornu. Finalement, le seul qui n'a pas essayé, c'est bien la gauche, et notamment les socialistes. Nous sommes la première force de gauche dans le pays, par les territoires, par les départements, les régions, etc. Nous avons plus de 100 parlementaires au Sénat et à l'Assemblée.

Je crois que nous sommes habilités à pouvoir, aujourd'hui, diriger le pays. Donc, si M. Lecornu décidait de démissionner, j'appellerais le président public à nommer un socialiste à Matignon, et nous ferons, nous, la démonstration que nous sommes capables de construire des majorités, texte par texte, à l'Assemblée et au Sénat.

13:48
Rachid Temal

Merci, Rachid Temal, et à très bientôt sur Radio-G.

13:51
Locuteur non identifié

Merci à tous les deux. Et jeudi, David Ravaud-Dallon, vous recevrez le sénateur des Hauts-de-Seine, Hervé Marseille.