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interviewRadio J — L'interview politique· 12 mai 2026 13 min

Philippe Juvin - L'interview politique du 12/05/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Bonjour Philippe Jubin, vous êtes député des Hauts-de-Seine, président de la fédération LR du département, rapporteur général de la commission des finances et donc du budget, mais vous êtes aussi médecin de formation, professeur de médecine, on va commencer par là, et une question sur le antivirus, trois morts, neuf cas confirmés, y a-t-il selon vous un risque d'expansion rapide de la maladie ?

0:31
Philippe Juvin

D'abord, je ne sais pas lire dans l'avenir et ça dépendra d'un certain nombre de choses. D'abord sur notre capacité à casser les chaînes de contamination, et en particulier, ça signifie d'isoler tous les cas contacts, après les avoir identifiés, donc première condition, et évidemment les patients.

Deuxièmement, à condition que la voie de transmission reste bien celle qui est actuellement présentée comme prioritaire, à savoir contact étroit et prolongé, avec toutefois quand même une donnée qu'il faut avoir en tête, c'est que dans un papier du New England de 2020 qui rapportait une épidémie dans l'Argentine en 2018, il y avait probablement un certain nombre de cas qui étaient des cas par peut-être aérosolisation, peut-être par gouttelettes, donc on a un petit doute là-dessus.

Et enfin, évidemment, aujourd'hui on dit que les patients peuvent transmettre contagieux que quand ils sont symptomatiques, c'est-à-dire quand ils ne sont plus dans la phase d'incubation, c'est évidemment très important, parce que s'il y avait une possibilité de transmission quand vous êtes asymptomatique, là le risque est évidemment plus grand. Donc, a priori, le risque de pandémie existe-t-il ? Tout le monde s'accorde à dire qu'il est faible, mais à ces conditions-là, et la première des conditions, c'est d'être très sérieux, de ne pas faire n'importe quoi sur les chaînes de contamination.

1:47
Présentateur

Et pourtant, aérosol, gouttelettes, ça nous rappelle évidemment de mauvais souvenirs ceux du Covid.

1:51
Philippe Juvin

Oui, mais dans le fameux papier de New England dont je vous parle, c'est une transmission qui est minoritaire, c'est-à-dire que la grande majorité des patients ont attrapé la maladie par contact étroit avec le cas zéro, et quelques cas minoritaires qui étaient à distance. On trouvera dans le papier de New England en 2020 un schéma qui montre qu'il y a les tables, tout ça, ça s'est passé à une fête d'anniversaire où il y avait une centaine de personnes, et le patient zéro est installé à une table, et on voit que quelqu'un va être contaminé alors qu'il est à 2,50 m du patient zéro. Donc, on voit bien qu'il y a peut-être autre chose qu'un contact prolongé.

2:32
Présentateur

Affaire à suivre avec attention, évidemment. Un mot sur la situation au Moyen-Orient, le conflit dont on ne voit pas du tout aujourd'hui la porte de sortie. Est-ce que vous craignez les conséquences économiques pour les Français du choc pétrolier en cours ? Je rappelle que le ministre de l'économie, Roland Lescure, avait utilisé ce terme, puis rétropédalé, mais on peut bien utiliser ce terme. Le prix à la pompe, bientôt la once, la hausse des coûts de production, l'inflation, la baisse du pouvoir d'achat, le cercle vicieux est engagé, non ?

3:00
Philippe Juvin

Peut-il y avoir des effets économiques ? Oui, il y en a d'abord déjà. Pourquoi ? Il faut que les Français comprennent que quand on vote le budget, au début de l'année, on le vote avec des hypothèses. Parmi les hypothèses, il y avait une inflation qui était moins de 1%. Elle va être proche de 2%. Parmi les hypothèses, il y avait un baril de pétrole à 65 dollars, le baril, et on voit qu'on l'a évidemment dépassé. Et parmi les hypothèses qui nous ont permis de construire le budget et de l'adopter, il y avait des taux d'intérêt qui ne dépassaient pas une certaine valeur, qui atteignaient une certaine valeur en fin d'année, et la valeur est déjà atteinte.

Donc oui, il y a un risque que la situation que nous connaissons, qui connaît déjà une dégradation, qui a déjà causé une dégradation des finances publiques, ne s'accélère. C'est pour ça que je suis très favorable à des mesures très fermes d'annulation de crédit. C'est-à-dire qu'il faut d'ores et déjà qu'on décide de dépenser moins que ce qui était prévu de dépenser.

3:57
Présentateur

Alors le gouvernement a annoncé que 6 milliards d'euros de dépenses seraient stoppés dans ce contexte. Vous, vous estimez qu'il faut une baisse globale des dépenses de 2% sur le budget de l'État ?

4:05
Philippe Juvin

Alors le gouvernement a effectivement dit, bon, écoutez, la situation est grave, donc on va baisser la dépense de 6 milliards. Les gens qui nous écoutent ne voient pas très bien ce que les 6 milliards font, représentent dans un budget qui est un budget considérable. Moi, j'ai pris une position un peu plus dure en disant qu'il fallait probablement qu'on vise plutôt 8 milliards, et c'est peut-être même peut-être 10. Pourquoi ? Parce que la crise est loin d'être terminée. Et même si le détroit d'Ormus se réouvrait aujourd'hui, ce qui n'est évidemment pas le cas, il faudrait probablement plusieurs mois avant que les choses ne s'équilibrent.

Donc là-dessus, c'est vrai, la situation des finances publiques est ce que vous savez, quelle est la solution ? Dépensez moins, dépensez mieux et travaillez plus pour produire plus de richesses. Pour dépenser moins, pour dépenser mieux, il faut commencer évidemment par le train de vie de l'État. C'est pour ça que j'avais proposé une baisse de 2% des crédits de l'État, tout en sachant que ça, ça ne rapporte que 6 à 9 milliards. Le vrai sujet sur la dépense, c'est où sont les marges de manœuvre sur la dépense publique ? La première dépense de l'État, ce sont les retraites, et la deuxième dépense de l'État, c'est la maladie.

Donc si vous n'avez pas dans votre programme quelque chose sur la retraite, quelque chose sur la maladie, forcément, vous n'arriverez pas à baisser la dépense publique, or il faut la baisser.

5:16
Présentateur

Là-dessus, vous venez de déclarer, il faut faire de 2027 une heure de vérité, c'est-à-dire que le prochain budget doit être un révélateur, selon vous, de la détermination des candidats à redresser les comptes.

5:27
Philippe Juvin

Bien sûr, on va avoir un budget qu'il va falloir voter à l'automne, et certains nous disent, ce budget, de toute façon, il y a les présidentielles derrière, donc ça ne sert à rien, on va faire un budget un peu neutre, je ne sais pas très bien ce que ça veut dire d'ailleurs, et puis on attendra la présidentielle, et le président fera ce qu'il voudra, le nouveau président. Moi, je crois tout à fait l'inverse.

Je pense qu'il faut que nous présentions, et que le gouvernement présente, et que, en tout cas moi, je le ferai en tant que rapporteur général, un budget ou des dispositions budgétaires qui soient vertueuses, qui ouvrent la voie vers un rétablissement des comptes publics, encore une fois, dépenser moins, dépenser mieux, produire plus de richesses, et ensuite, chacun des présidentiables nous dira clairement comment il se positionne. Si vous voulez, j'aurais du mal à croire, quelqu'un qui m'expliquera que, juré craché, quand il sera président de la République au mois de juin, il fera ça, ça et ça, si au mois de novembre, il n'est pas capable de soutenir les mêmes mesures.

Donc, moi, je suis très, très décidé à mettre sur la table des propositions et dire aux candidats à la présidentielle, ben, chiche, est-ce que c'est vraiment ça que vous allez faire ?

6:30
Présentateur

Alors, vous venez de proposer également un plan choc pour les salaires, suppression des cotisations salariales, santé, retraite, chômage, qui pèsent sur le salaire des Français. Il s'agit de leur rendre 106 milliards d'euros de pouvoir d'achat.

6:43
Philippe Juvin

Mais quel est le problème ? En France, on a 5 millions de chômeurs, et je ne connais pas une seule PME, une seule PMI, un seul artisan, une seule collectivité locale, un seul hôpital qui ne me dise pas la même chose. Nous n'arrivons pas à embaucher. 5 millions de chômeurs et en même temps, on cherche à embaucher partout. C'est quand même assez paradoxal. Pourquoi les Français ne travaillent pas ? Parce qu'ils sont paresseux ? Pas du tout. Parce qu'ils sont fatigables ? Pas du tout. Ils ne travaillent pas parce qu'ils sont intelligents. Ils ont compris que travailler, en fait, ça ne rapportait pas. Ça ne valait pas le coup. Et donc, ce qu'il faut, c'est rendre le travail plus attractif.

C'est pour ça que je propose un choc qui va permettre de redéployer les cotisations sociales salariales en salaire. Le brut égale le net. Je veux que vous ayez dans votre poche, en fait, votre brut, hors CSG, CRDS. Et comment on fait ? Je l'ai exposé en plusieurs endroits. C'est une mesure qui a été étudiée par les experts qui m'entourent en tant que rapporteur général du budget. Et ça trouve un équilibre économique en cinq années. Parce qu'en fait, quand vous redistribuez du pouvoir d'achat, forcément, vous avez de la consommation avec de la TVA. Forcément, vous avez d'impôts sur le revenu qui entre. Forcément, vous avez de la création d'emplois. Et donc, on équilibre le truc en cinq ans.

Et encore une fois, le rétablissement des comptes publics, c'est à la fois dépenser moins, mais c'est aussi travailler plus. Et c'est la mesure que je propose pour que les Français travaillent plus.

8:07
Présentateur

Il y a quinze jours, une majorité de vos collègues ont voté pour la publication du rapport sur l'audiovisuel public qui est rédigé par le rapporteur de la commission d'enquête Charles Aloncle. Il a été rendu public la semaine dernière. Qu'est-ce que vous avez pensé à la fois de la commission et des conclusions de son travail ?

8:22
Philippe Juvin

J'avoue que je n'ai pas bien compris l'écrit d'orfraie de gens qui disaient, oui, c'est épouvantable cette commission. C'est une commission d'enquête. Elle est prévue par la loi, par la Constitution. Et donc, le rapporteur et le président ont fait leur travail. Il y a des propositions qui sont sur la table. Dire que tout ça est acheté à la poubelle est évidemment absurde. Il y a sûrement des économies à faire. Et moi, je vais regarder, en tant que rapporteur général du budget, toutes les propositions de cette commission d'enquête, mais aussi d'autres, et je vais vous en parler dans une minute, qui proposent de faire des économies. Par exemple ?

Par exemple, Radio France a supprimé un certain nombre de chaînes. Est-ce qu'il ne faut pas que Radio France continue à diminuer ses dépenses, y compris en diminuant des chaînes ? C'est une des propositions. En fait, ce qui est frappant, si vous voulez, c'est que la Cour des comptes d'un côté, les commissions d'enquête de l'autre, les groupes de travail, etc., tout le monde travaille dans son coin, et tout le monde fait des propositions de baisse de la dépense publique. C'est formidable ! Sauf que la plupart de ces propositions, on ne les retrouve jamais dans le budget. C'est le drame de la politique.

Les gens font du commentaire, font des propositions, mais quand il faut passer à l'acte, on ne le fait pas. Donc, je vous annonce, qu'en tant que rapporteur général du budget, au prochain budget, je vais reprendre toute une série de rapports de la Cour des comptes et de commissions d'enquête de l'Assemblée et du Sénat, et voir quel substantifique moelle je peux tirer de ces travaux pour trouver des voies d'économie.

9:55
Présentateur

Alors, parlons un peu de 2027, puisque l'élection présidentielle est dans un an, presque jour pour jour. À droite, Bruno Retailleau a été désigné candidat à la présidentielle par les adhérents de LR. Mais il y a encore pas mal de concurrents de ce côté-là de l'échiquier, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, David Lissnard, Michel Barnier, et peut-être d'autres. Est-ce que, pour vous, Bruno Retailleau est aujourd'hui le candidat incontesté ou est-ce qu'il va encore avoir à régler des concurrences dans son propre camp ?

10:19
Philippe Juvin

Alors, j'ai voté Retailleau, moi, à la tête du parti, parce que c'est un homme bien, c'est un homme droit, c'est un homme qui a des convictions. Et c'est le candidat, aujourd'hui, des Républicains. Voilà, il n'y a pas deux candidats, il n'y en a qu'un, c'est Bruno Retailleau. La vraie question, c'est, est-ce qu'il y aura plusieurs candidats dans la sphère, on va dire, de la droite dans laquelle nous sommes, et du centre droit ? S'il y a plusieurs candidats, c'est quoi la conséquence ? C'est que forcément, ils vont se diluer, se dissoudre, et chacun partir avec un petit peu de notre patrimoine électoral, on va le dire comme ça, et on ne sera pas au second tour. C'est ça, seulement, le sujet.

10:58
Présentateur

Donc, il faut un rapprochement entre le candidat du centre droit et de LR ?

11:02
Philippe Juvin

Je ne sais pas si ça s'appelle un rapprochement, mais en tout cas, si vous en avez plusieurs, vous n'en aurez aucun au second tour.

11:06
Présentateur

Comment vous faites alors, par exemple, pour décider si ce sera Édouard Philippe, si c'est lui, puisque ce n'est pas encore le cas, et Bruno Retailleau ?

11:12
Philippe Juvin

Mais je veux dire, il n'y a pas de solution idéale. Un certain nombre de gens disent, oui, les sondages vont départager si X est à 50% et l'autre sera à 20%, celui qui est à 20% se retirera. Bon, d'abord, personne n'est à 50%, c'est un problème. Et deuxièmement, l'expérience montre qu'il y a toujours un dégât de l'équipe qui va vous dire, non, mais vous ne m'avez jamais vu en campagne, vous allez voir, la remonte Tadak, je vais faire. Et c'est vrai que Hollande, un an avant son élection à la présidence, il est dans les choux, et que François Fillon, quelques semaines avant d'être choisi à la primaire de la droite, est derrière Juppé et Sarkozy. Et pourtant, il y arrive.

Donc, ma crainte, elle est là. C'est que, en fait, naturellement, la sélection ne se fasse pas. Donc, j'ai proposé pendant plusieurs mois qu'on refasse une grande primaire de la droite comme en 2017. De Philippe Artaillot. Voilà, exactement. Je suis conscient des difficultés de cette affaire. Pourquoi ? Parce que vous allez demander à des supporters de Bruno Retaillot, je prends l'exemple de Bruno, encore une fois, qui est mon candidat. Et on va leur dire, brutalement, finalement, ce n'est plus Bruno Retaillot que vous allez soutenir, c'est X ou Y. Par exemple, Édouard Philippe, ils vont vous dire, non, mais on ne s'est pas engagé pour ça. Et on aura de la perte en ligne.

Donc, on voit bien qu'il n'y a pas de solution idéale. Je pense que, regardons les choses au jour le jour, Bruno Retaillot est notre candidat. Donc, on va accélérer, on va mettre la surmultiplier. Et il va falloir qu'il s'impose d'une manière évidente au reste de la classe politique. C'est ça le job. Après, on verra à la fin de l'année la situation.

12:46
Présentateur

La fin de l'année, c'est le calendrier. C'est en mois de novembre, décembre. Il faut décider lequel sera le mieux placé.

12:51
Philippe Juvin

Idéalement, Valérie Pécresse, qui a une expérience d'une campagne électorale, nous a dit une chose très juste. Elle nous a dit, il faudrait le désigner maintenant. La réalité, c'est qu'on ne peut pas. Donc, le plus tôt possible. Mais il faut qu'on joue notre carte avec Bruno Retaillot et on va la jouer.

13:03
Présentateur

Merci, Philippe. Je viens d'avoir répondu aux questions de Radio-G. Très bonne journée à vous. Merci beaucoup, David. Demain, votre invité sera Bruno Gauterès, politologue, chercheur au Cevipof.