Corinne Lhaïk : "Emmanuel Macron est pris entre son intelligence qui lui commande de changer et son caractère"
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Questions et réponses
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Corinne Laïc, est-ce qu'il fait exprès de prendre tout son temps ou est-ce son éternelle difficulté à trancher ?
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Emmanuel Macron va-t-il devoir sortir de l'ambiguïté ?
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Premier ministre avec une fibre écolo, une figure de droite, un techno ou quelqu'un plus marqué à gauche ?
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Corinne Laïc, sur la question de la femme et des femmes en Macronie, il y a un problème ?
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Croyez-vous à cette réinvention d'Emmanuel Macron ?
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Cette plasticité idéologique est-elle un des fondamentaux du macronisme ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il aime bien prendre le temps, il ne veut pas être prisonnier des horloges médiatiques. »
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« C'est la première fois qu'un président est réélu hors cohabitation. »
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« Il y a peut-être une interrogation à l'Elysée sur le fait de savoir faut-il continuer comme dans l'entre-deux-tours à envoyer un message marqué à l'électorat de gauche. »
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« Ce n'est jamais arrivé dans l'histoire de la Vème République que le Premier ministre soit nommé aussi tard. »
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« Le Premier ministre ne sera pas le chef de guerre aux législatives. »
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« Son gouvernement est paritaire et le groupe LREM à l'Assemblée Nationale est paritaire aussi. »
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« On jugera sur pièce. »
- 9:25InvitéFait
« Emmanuel Macron a promis d'appeler tous les candidats qui n'avaient pas franchi la barre du second tour. Il ne l'a pas fait. »
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« Normalement, les législatives, c'est une formalité pour un président dans la Ve République. »
Temps de parole
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Table ronde ou table tournante dans l'attente de la nomination de là ou du nouveau Premier ministre et du futur gouvernement. Nous recevons avec Léa Salamé trois invités dans le grand entretien. Le politologue Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion à l'IFOP. Corinne Laïc, journaliste au quotidien L'Opinion, auteur du Président Cambrioleur, co-auteur de La nuit tombe deux fois tous deux chez Fayard. Et Vincent Martigny, professeur de sciences politiques à l'université de Nice, à l'école polytechnique, chercheur associé au CEVIPOV. Bonjour à tous les trois. Bonjour.
On vous a donc invité pour parler de ce drôle de moment politique, cette phase d'apesanteur où la campagne des législatives n'a pas vraiment commencé et où on attend donc toujours la nomination de la nouvelle ou du nouveau Premier ministre. Qu'est-ce qui se passe ? Le second tour de la présidentielle était-il il y a trois semaines ? Est-ce que ça tarde ou au fond est-ce normal de prendre ainsi son temps ? Corinne Laïc, vous qui parlez de Macron dans le texte, est-ce qu'il fait exprès de prendre tout son temps ou est-ce son éternelle difficulté à trancher et à faire des choix dont on voit le résultat en ce moment ?
Les deux, mon capitaine, je dirais. C'est-à-dire qu'il aime bien prendre le temps, il ne veut pas être prisonnier des horloges médiatiques et en même temps, c'est le cas de le dire, il a du mal à trouver son Premier ministre qui sera une Première ministre, c'est à peu près la certitude qu'on peut avoir. C'est la seule certitude qu'on ait ce matin, c'est que ça devrait être une femme. Cela dit, il faut voir qu'on est dans une situation un peu historiquement exceptionnelle puisque c'est la première fois qu'un président est réélu hors cohabitation. Donc on manque de comparatifs pour savoir s'il prend beaucoup de temps ou pas.
Mais je rappelle quand même la succession de Gérard Collomb en octobre 2018 qui a duré 15 jours, qui a obligé Edouard Philippe à devenir ministre de l'Intérieur intérimaire, qui a beaucoup agité et je rappelle aussi que Jean Castex était à ce moment-là pressenti pour être ministre de l'Intérieur qu'il y a eu une levée de bouclier de la Macronie à la suite de quoi Emmanuel Macron a été obligé de ranger le nom de Jean Castex pour le ressortir deux ans plus tard comme Premier ministre. Emmanuel Macron, alors vous le dites Corinne Laïc, on sait à peu près, la seule certitude c'est que c'est une femme. En revanche, c'est le grand flou sur l'orientation politique de son prochain quinquennat.
Est-ce qu'il va choisir, est-ce que ce sera le Macron de gauche et écolo qu'on a entendu dans l'entre-deux-tours et notamment dans ce fameux discours de Marseille ou le Macron libéral qui veut faire passer au plus vite sa réforme des retraites ? Le choix du Premier ministre en un sens sera-t-il une clarification ? Jérôme Fourquet, Emmanuel Macron va-t-il devoir sortir de l'ambiguïté ? Alors je pense qu'il aimerait ne pas sortir, mais il faudrait trouver le profil idoine. Effectivement, la nomination d'un ou d'une Première ministre et la coloration qui sera la sienne sera abondamment commentée ici et ailleurs et tout ça ne sera pas sans incidence sur le résultat des élections législatives.
Ah vous pensez que ça comptera dans les résultats ? Notamment les commentaires qui seront faits si on a une personnalité un peu marquée. Et je pense que pour rebondir sur ce que disait Corinne Laïque, le fait que Jean-Luc Mélenchon ait réussi son coup politique autour de cette alliance n'était pas forcément prévu à l'Elysée et explique peut-être pourquoi le nom met un petit peu plus de temps prévu à sortir du chapeau ?
Parce qu'il y a peut-être une interrogation à l'Elysée sur le fait de savoir faut-il continuer comme dans l'entre-deux-tours à envoyer un message marqué à l'électorat de gauche pour quelque part faire pièce à cette dynamique ou peut-être que d'autres voix disent mais non on a un autre agenda. Il faut assumer le centre-droit. Et donc c'est peut-être ce qui n'était sans doute pas anticipé qui fait que ça dure un peu plus.
Donc là ça commence à se compliquer sérieusement Vincent Martigny pour prolonger la question de Léa. Premier ministre avec une fibre écolo, une figure de la droite pour ne pas perdre sa base électorale, un techno peu identifiable comme l'était Jean Castex au départ ou quelqu'un plus marqué à gauche considérant ce qu'a fait Jean-Luc Mélenchon ces dernières semaines. Qu'en dites-vous ?
J'en dis qu'à mon avis ça ne changera pas grand-chose contrairement à ce que disait Jérôme Fourquet, je ne suis pas totalement d'accord, dans la perspective des législatives. Je pense que ce que consacre le temps qu'on a attendu, qui est un temps historique, puisque ce n'est jamais arrivé dans l'histoire de la Vème République que le Premier ministre soit nommé aussi tard, eh bien ça veut dire que le Premier ministre ne sera pas le chef de guerre aux législatives. Ça veut dire qu'il n'aura pas le temps matériellement de diriger une majorité éventuelle dont on ne connaît pas encore les contours.
Ça c'est le deuxième élément de votre réponse, c'est que s'il nomme quelqu'un qui viendrait de la gauche sociale-démocrate, on ne parlait pas d'Audrey Azoulay, Marisol Touraine par exemple, eh bien elle devra composer avec une base a priori de députés qui n'est pas de sa couleur politique, et surtout qu'elle ne connaît pas. Et on sait que s'il ne faut pas sous-estimer cette dimension, quand vous ne connaissez pas les gens, c'est très difficile d'avoir des rapports avec eux. La politique c'est aussi des rapports qu'on tisse depuis très longtemps.
S'il nomme quelqu'un qui vient plutôt de la base électorale de la droite, le problème c'est qu'il risque de s'aliéner une partie des sociodémocrates qui aurait pu être tentée de voter pour ensemble par hostilité, crainte de la coalition NUP dirigée par une France insoumise, et en même temps, elle n'aura pas le temps, encore une fois, matériellement de pouvoir conduire cette campagne. Donc là plus que jamais... Oui mais symboliquement elle sera, d'une certaine manière, ce n'est pas pour aller dans le sens de Jérôme Fourquet, mais elle devra quand même donner ce nouvel élan vers les législatives. Ce signal. Ce signal vous dites, oui.
Alors absolument, et là à ce titre, le choix est comme une forme de clarification. C'est-à-dire que s'il nomme quelqu'un une personnalité de centre droit, ce sera la troisième personnalité de centre droit qu'il nomme depuis son élection en 2017, bon ben voilà, les choses seront claires, il y aura une coalition de gauche face à une coalition qui correspondra plus ou moins au centre droit, donc les choses seront assez claires. S'il continue à faire du en même temps, encore une fois, vous avez raison, il devra le faire, mais ça sera dans des conditions plus difficiles pour la personnalité nommée.
On va parler des législatives, mais encore une question, Corinne Laïc, vous qui étudiez Emmanuel Macron depuis longtemps, depuis dix ans vous me disiez, sur la question de la femme, et des femmes en Macronie. Il a la réputation de travailler dans un boys club, la plupart des membres de son cabinet sont des hommes. En octobre dernier, pour organiser la présidentielle, il avait fait un dîner où il n'y avait que des hommes, Alexis Colleur, Jean Castex, Thierry Solaire, Christophe Castaner, que des hommes. Même chose pour préparer les législatives, on a appris qu'il a fait un dîner avec que des hommes.
Et puis on voit cette photo, pour lancer son nouveau parti Ensemble et Renaissance, tout ça, avec quatre hommes, François Bayrou, Édouard Philippe, Stanislas Guérini et Richard Ferrand. Il y a un problème. En politique en général, en Macronie en particulier avec les femmes. Emmanuel Macron, je crois, ne fait pas tellement attention au sexe des gens qui l'entourent, si j'ose dire. Il se trouve que par son parcours, il a été entouré par des hommes qui aiment bien être entre hommes. Et il n'a jamais cherché à faire de discrimination positive, c'est-à-dire à s'entourer de femmes, malgré ce qu'il a dit et malgré le fait que, effectivement, son gouvernement est paritaire.
Et le groupe LREM à l'Assemblée Nationale est paritaire aussi. Vous faites allusion au dîner politique et c'est peut-être le cœur du système de la Macronie. C'est dîner politique. Voilà, quand il s'agit de choses sérieuses. Il y a très très peu de femmes. Il y en avait une qui est malheureusement décédée, qui est Marielle de Sarnez. C'était la seule femme. Mais c'est vrai que toute la Macronie, tous ceux qui exercent un réel pouvoir, je ne parle pas des ministres régaliens, tous ceux qui exercent un réel pouvoir sont des hommes. Là, je pense qu'il a voulu rompre avec cette pratique, d'où le fait qu'il cherche une femme.
Et le risque qu'il a, c'est que cette recherche confine un peu à la gadgetisation. C'est-à-dire qu'on est dans le chercher la femme. Il y a beaucoup de noms qui ont circulé ces derniers temps, qui sont des noms qui sont nés d'une espèce d'auto-intoxication du système. Alors qu'en réalité, il y a deux noms de femmes qui sont... Sérieusement sur la table. C'est Catherine Votrin et Elisabeth Votrin. L'une plutôt centre-gauche et l'autre plutôt centre-trois. Et on a un peu l'impression d'une course à chercher la femme qui dispense de regarder les choix politiques et les équilibres politiques sur le fond.
Au soir de sa victoire, Emmanuel Macron avait promis une méthode refondée, moins verticale, plus participative. Une autre manière de gouverner, Jérôme Fourquet. Le soir de sa victoire, c'était il y a trois semaines. Trois semaines plus tard, croyez-vous à cette réinvention d'Emmanuel Macron ?
Écoutez, on jugera sur pièce. Ce n'est pas le premier homme politique qui nous entonne le refrain « j'ai changé ». Et vous savez que dans la vie, comme en politique, arriver à un certain âge, c'est quand même assez compliqué de changer. Et donc là, si on regarde les choses avec... C'est les jeunes encore. Oui, oui, oui, c'est le plus jeune, il peut changer. Mais si on regarde les choses avec un peu de distance, on voit bien que, ce que vous indiquiez aussi, tout est quand même extrêmement concentré. Il se dit que les choix d'investiture, circonscription par circonscription, ont été validés, comme on dit, au plus haut sommet de l'État, c'est-à-dire par Emmanuel Macron lui-même.
Donc, peut-être que la nomination d'une première ministre et les premiers jours de ce nouveau mandat donneront des signes d'un changement. Pour l'instant, on a en revanche le sentiment qu'on est plutôt dans la continuité, dans la poursuite d'un exercice assez jupitérien, nonobstant quelques gadgets qui sont envoyés à l'opinion sur une femme, sur tel ou tel équilibre politique, mais que, sur le cœur du dispositif, on reste quand même sur quelque chose qu'on a déjà connu. Oui, je voulais juste dire une première chose qui va dans le sens de Jérôme Fourquet, c'est qu'après le premier tour, Emmanuel Macron a promis d'appeler tous les candidats qui n'avaient pas franchi la barre du second tour.
Il ne l'a pas fait. Donc, c'est la première promesse qui n'a pas été remplie. Et par ailleurs, il veut bouleverser aussi complètement l'organisation de l'Élysée, qu'il trouve trop verticale, changer complètement de système. Or, le secrétaire général actuel, Alexis Colère, devrait rester en place. Et Emmanuel Macron est pris, comme pour tous ses choix, entre son intelligence et son caractère. Son intelligence lui commande de changer. Son caractère l'incite à regarder d'abord son confort personnel. C'est tout le dilemme de cette promesse d'une nouvelle méthode du nouveau quinquennat.
Voilà, alors justement, nouvelle méthode, capacité à se réinventer. Vincent Martini, dans une interview à l'Obs, vous disiez que le secret de la longévité d'Emmanuel Macron, l'explication de sa réélection, réside donc, selon vous, avant tout dans sa grande plasticité idéologique. Ses dogmes évoluent avec les circonstances. Cette plasticité, ce que vous appelez aussi par ailleurs son donjuanisme, c'est finalement un des fondamentaux du macronisme. Vous pensez, vous, qu'il y a capacité à changer ?
Alors, il y a deux choses. Il y a le plan des idées et il y a le plan du caractère. C'est ce que vous disiez tout à l'heure, Corinne Laïc. Sur le plan des idées, je pense, en effet, que Mme Macron n'a pas beaucoup de dogmes très affirmés, hormis le soutien sans faille à l'Union européenne, qui, je crois, est vraiment la base de son corpus idéologique, ou en tout cas intellectuel. Il croit profondément à l'Europe. Mais si on enlève ça, je pense qu'en effet, en fonction des circonstances, il peut faire quoi qu'il en coûte, ou la réforme plutôt libérale de l'État, ou la réforme des retraites, par exemple. Et je pense que pour lui, ça n'a pas d'importance.
Il considère que, puisque la période, de toute manière, est une réorientation, un réalignement politique, il faut, en fait, nager en fonction des circonstances. S'agissant de la méthode, là, je serais beaucoup plus circonspect. C'est ce que vous disiez, je suis complètement d'accord, Corinne Laïc. C'est-à-dire qu'on ne change pas forcément de caractère. Je crois que c'est un homme d'autorité, voire un homme autoritaire. C'est un homme d'ordre, en général. Il avait un éthos de droite. C'est lui qui le disait. C'est peut-être lui qui le disait, d'accord. Mais en tous les cas, je pense qu'il n'y a pas de...
Ce n'est pas quelqu'un qui va changer parce que c'est très difficile de changer politiquement lorsque, encore une fois, vous êtes entouré par les mêmes. Et lorsque, finalement, ça vous a plutôt pas mal réussi. Vous êtes réélu, même dans des circonstances qu'on connaît, c'est-à-dire avec le soutien de la gauche. A priori, il n'y a pas vraiment de raison. Vous entendez un message, comme souvent, avec les gilets jaunes, Emmanuel Macron, déjà, avait dit « Je me rends compte que j'ai peut-être plus froissé les Français. » C'est la fameuse interview sur TF1 en décembre. Trois semaines plus tard, il veut emmerder les non-vaccinés. C'est-à-dire, en gros, c'est quand même plus fort que lui.
Alors, parlons des législatives. Il n'y a pas qu'Emmanuel Macron. Il y a aussi ces élections qui arrivent. La campagne n'a pas vraiment commencé. Mais tout de même, elle ne ressemble à aucune autre puisque c'est la première fois qu'un président est réélu hors cohabitation. Normalement, les législatives, c'est une formalité. Pour un président dans la Ve République, il a la majorité à l'Assemblée nationale. Mais cette année, Jean-Luc Mélenchon espère faire de ses législatives un troisième tour de la présidentielle. Ça n'existe pas, le troisième tour, répond Emmanuel Macron. Ça n'existe pas. C'est vrai, dans l'histoire, ça n'existe pas, le troisième tour pour les législatives.
Mais est-ce que cette fois-ci, il y a peut-être un risque de changement ? Tout n'est pas écrit. Alors, on a dit tout à l'heure que Jean-Luc Mélenchon avait marqué des points à réussir une initiative politique forte avec ce slogan « Élisez-moi Premier ministre ». Puis la capacité, en une dizaine de jours, à fédérer toutes les formations de gauche autour de lui. Une fois qu'on a dit ça, si on fait le total des sièges détenus aujourd'hui par l'ensemble des formations qui se sont ralliées à ce qu'on appelle la NUPES maintenant, c'est une soixantaine de sièges. Donc la majorité absolue, c'est 290, 289. Donc on voit que la marche est quand même très très haute.
Donc ce qu'on peut penser, c'est qu'il y aura une dynamique et que ça sera une bonne opération pour les différentes formations de gauche qui sont rentrées dans cette alliance. Je pense notamment aux écologistes qui n'ont pas de groupe et quasiment pas de sièges aujourd'hui. Mais encore une fois, de là à atteindre le 290 sièges, tout cela est compliqué. Alors, sauf à ce qu'on ait un message très à droite qui soit envoyé par Emmanuel Macron en disant dans les trois prochaines semaines, on va faire la retraite à 65 ans. Je nomme un Premier ministre ou une Première ministre de combat pour faire ça. Et là, on a une surmobilisation de la gauche.
Mais ce n'est pas forcément ce qui se dessine aujourd'hui. Vincent Martigny ? Non, moi je pense plutôt qu'à gauche, il va y avoir plus de mobilisation qu'en 2017. Rappelons quand même que l'abstention en 2017 est de 51% au premier tour, 58% quasiment au second tour. Donc là, je crois qu'à gauche, c'est colossal. C'est surtout 8 points de plus d'abstention qu'en 2012. Donc il y a vraiment un décrochat d'abstention. Non pas, comme on le dit souvent, en 2000. Non, ça se joue vraiment entre 2012 et 2017. Pourquoi à l'époque ? Parce que la victoire d'Emmanuel Macron a été écrasante. La gauche est en lambeaux. Donc l'électorat de gauche se dit que ce n'est pas utile d'aller voter.
Là, je pense qu'au contraire, il y a une possibilité que cet électorat aille se rendre aux urnes. On attend surtout une abstention du côté du Rassemblement National, qui d'ailleurs fait à peine campagne, a plus ou moins baissé les bras à l'avance, puisque Marine Le Pen a déjà considéré qu'il n'y avait aucune chance pour elle d'avoir au-delà de ce qui serait un groupe parlementaire, c'est-à-dire environ 15 députés, deux fois plus. Non, elle vise 60 députés, elle l'a dit en fin de semaine dernière. Mais Jordan Bardella avait dit, en même temps, si on a un groupe parlementaire, c'est déjà pas mal. Donc en réalité, oui, il y a un peu un hiatus entre...
Pour vous, elle a renoncé Marine Le Pen à la campagne ? Ça ne l'intéresse plus ? Ça peut l'intéresser, mais ils savent que c'est très compliqué de se faire élire dans ces circonscriptions, puisque, on le rappelle, il faut 12,5% des inscrits pour être au deuxième tour, donc avec une abstention à 50%, ça fait un ticket, si je puis dire, à 25%. Et donc, on n'aura que des duels. En 2017, il y a eu une seule triangulaire. Et en duel, sauf exception dans les quelques circonscriptions où le RN est très implanté, il y a toujours ce fameux plafond de verre qu'on a encore vu à la présidentielle.
Et donc, Marine Le Pen ne veut pas survendre un nombre de sièges trop importants que vous ne manqueriez pas de lui faire rappeler le lendemain du deuxième tour en disant que c'est encore raté, qu'il n'y a qu'une quinzaine ou une vingtaine de sièges. Donc, il joue modestement, je pense. Corinne Laïc ? Oui, la question, c'est de savoir qui va être le premier groupe d'opposition à l'Assemblée nationale.
Et nous publions ce matin dans l'Opinion une enquête très intéressante de ma consoeur Caroline Vigoureux qui montre à quel point, si c'est la NUPES ou LFI, parce que la NUPES sera un intergroupe, ils peuvent jouer des leviers du règlement et du fonctionnement de l'Assemblée nationale qu'ils l'ont déjà fait sous ce quinquennat, bien qu'il n'était que 17. Que par exemple, Clémentine Autain, membre du bureau de l'Assemblée, tweetait en direct les débats qui se déroulaient dans le huis clos, ce qui n'est pas interdit, mais ce qui n'est pas conforme aux usages. Ils ont déposé 20 000 amendements pour la réforme des retraites, ce qui a obligé Édouard Philippe à dégainer le 49.3.
Donc les députés LFI en particulier sont des militants aguerris, bien formés, qui peuvent transformer, comme l'a dit Marine Le Pen, l'Assemblée nationale, en ZAD, en utilisant les moyens légaux et réglementaires à leur disposition. La grande crainte vient aussi de savoir qui va présider la Commission des Finances. Depuis 2008, Nicolas Sarkozy, c'est quelqu'un qui vient du groupe, le premier groupe d'opposition. Si c'est quelqu'un de la France insoumise, il faut savoir que cela permet d'aller à Bercy, de se faire communiquer les dossiers fiscaux, et il y a un soupçon au sein de l'actuelle majorité que ce soit utilisé à des fins de dénonciation politique.
Mais cette alliance de la gauche derrière Jean-Luc Mélenchon, qui suscite d'ailleurs des attaques conjointes de Marine Le Pen et d'Emmanuel Macron, c'est, à votre sens, c'est quoi ? C'est une alliance de circonstances pour les législatives, et ça va exploser le lendemain des législatives, où c'est une véritable prémisse de gouvernement. Mais en même temps, comment peuvent-ils gouverner ensemble, alors qu'ils ne sont d'accord sur à peu près rien, ni sur le nucléaire, ni sur l'Europe, ni même sur la retraite à 60 ans, même s'ils signent des textes ? Alors quoi ? Alors, tout va dépendre du résultat des législatives.
C'est-à-dire, je ne parle même pas de victoire, je pense que Jérôme Fourquet a résumé à peu près l'état d'esprit ambiant, c'est-à-dire a priori quand même la marche est très haute, pour passer de 60 à 289 sièges pour faire une majorité absolue. Mais en revanche, si la NUP est un succès, ou NUPES est un succès, c'est-à-dire qu'on va, on va dire, bien au-delà des 60 députés qui représentent la coalition des différents partis. Un succès, ce serait quoi ? Qu'ils obtiennent au-delà de 120 députés ? Oui, au-delà de 120, on va dire le double. À partir du double, on considère quand même que là, il y a vraiment une valeur ajoutée de l'Union.
À ce moment-là, vous pouvez être dans l'opposition, et être très efficace, parce que vous pouvez être aussi radicaux que vous voulez dans l'opposition, puisque ça n'a pas d'importance, puisque, comme vous le savez, le Parlement, sous la Vème République, n'a pas vraiment de pouvoir, déjà, lorsque la majorité est au pouvoir. Alors, quand on est dans l'opposition, elle en a encore moins. Certes, on a la présidence de la Commission des Finances, qui n'est pas rien, mais pour autant, vous ne pouvez pas mettre en œuvre une quelconque politique. Vous pouvez à peine inférer des politiques qui sont mises en œuvre par le gouvernement.
Donc, si la NUP réussit son alliance électorale, à mon avis, c'est une alliance électorale comme toutes les alliances, ce n'est pas très grave, je ne vois pas en quoi il faudrait qu'on soit d'accord sur tout pour pouvoir se mettre ensemble dans une coalition législative. Ça ne me choque pas, je ne crois pas qu'en 72 ou en 74, pour les élections, il y a eu, en 73, pardon, il y a eu à l'époque, une grande alliance intellectuelle entre les communistes et les socialistes. Même la gauche plurielle, lorsque vous observez ce que dit Lionel Jospin de l'alliance de la gauche plurielle en 97, c'est tout sauf une union intellectuelle parfaite.
Il y a des désaccords absolument majeurs entre eux, notamment sur l'Europe à l'époque déjà, et pourtant, on se met d'accord sur une alliance électorale. Sauf que pour la première fois, le pôle majoritaire, c'est le pôle de la gauche radicale, c'est pas le pôle de la gauche modérée. C'est pour ça que si, à mon avis, ce n'était pas un succès, c'est-à-dire si on était en dessous des 120 députés, il y aurait probablement une remise en cause assez rapide de la prééminence de la France insoumise. Jérôme Forquet ?
Juste oui, effectivement, au-delà de cette alliance et de ses éventuels effets à l'Assemblée, il y a quand même le changement de passage de relais avec une hégémonie qui est maintenant celle des insoumis. Et on voit que chez les écologistes, c'est plutôt la tendance de Sandrine Rousseau qui était à la manœuvre pour cet accord. On voit comment aussi ce qui reste du Parti Socialiste est complètement tiraillé par cet accord. Et donc cet accord passe aussi par le fait qu'il y a un changement de génération. On le voit au PS. Donc tout ça va laisser des traces. Et c'est une étape supplémentaire dans la décomposition-recomposition de la vie politique, notamment à gauche.
Allez, on passe au standard. Bonjour Jean-Pierre, bienvenue. Oui, bonjour.
Merci pour vos émissions, toujours intéressantes. Je voulais revenir sur ce que vous avez dit tout à l'heure. On manquait de bases de comparaisons pour apprécier le délai de nomination du Premier ministre. Or, moi, il me semble qu'on a une base de comparaisons. C'est la réélection du général de Gaulle en 1965. Il s'est succédé à lui-même et M. Pompidou a été confirmé très vite. Voilà, je voulais juste faire part de cela. C'est le savoir ce que vos invités entendent.
Les invités, hochez la tête pendant que vous parliez, Jean-Pierre. Donc je vais leur donner la parole maintenant. Oui, allez-y, Corinne Laïc. Merci, Jean-Pierre, pour votre intervention.
Il y a une petite différence, c'est que c'était une réélection pour le général de Gaulle, mais une première élection au suffrage universel. Donc si on en s'en tient, une stricte comparaison, ce n'est pas tout à fait pareil. Et que ça s'est passé quand même il y a presque 60 ans. Enfin, la vie politique et les pratiques institutionnelles ont beaucoup évolué depuis. Et le temps politique aussi, Vincent Martin. Surtout, il y a une pratique qui est très différente, c'est que le général de Gaulle ne se prenait pas pour le président et pour le Premier ministre à la fois.
C'est-à-dire que le général de Gaulle, au contraire, il considère qu'il préside et que le Premier ministre gouverne, article 20, 21 de la Constitution. Ce qui n'est plus tout le cas depuis, d'abord Nicolas Sarkozy. Enfin, il y a eu trois étapes, Valéry Giscard d'Estaing, Nicolas Sarkozy, aujourd'hui Emmanuel Macron, qui ne font que renforcer un peu cette mainmise sur le Parlement. Donc, il est vrai que ce temps, on l'a dit tout à l'heure, qui est passé à choisir le Premier ministre, c'est aussi une façon de le rabaisser institutionnellement dans son rôle de chef de la majorité, qui, je le rappelle, est un des piliers de notre Constitution.
Ou peut-être juste que personne ne s'impose, en fait, non ? Non, je crois que le président de la République a totalement la possibilité de faire émerger qui on veut. On se rappelle que Jean-Pierre Raffarin a été nommé en 2002. C'était à l'époque quelqu'un de totalement inconnu, un île local. Et ça n'a pas empêché d'être un Premier ministre respecté. On a parlé d'Emmanuel Macron et de son groupe, de la NUPES, de la gauche, d'un peu de Marine Le Pen, la droite, la droite qui a fait son pire score au présidentiel. Valérie Pécresse a rassemblé moins de 5% des suffrages. LR peut-il espérer faire de la résistance aux législatives ? On rappelle que dans la législature sortante, ils ont 101 députés.
Ils vont devoir quoi ? Diviser par deux le score ? Qu'est-ce que vous voyez, Gérard ? On a du mal à voir pour l'instant. On a d'abord une partie de ces députés sortants qui peut-être vont être tentés par les sirènes du macronisme et qui peuvent se rallier à cette nouvelle majorité présidentielle, notamment en répondant à l'appel d'Edouard Philippe et d'Horizon qui essaient de débaucher. On a aussi en tête les résultats tout à fait spectaculaires d'Emmanuel Macron au premier tour dans très nombreuses circonscriptions de droite qui indiquent que toute une partie de l'électorat de droite est passée avec armes et bagages du côté de la majorité présidentielle.
Ce réflexe un petit peu de vote utile peut être amplifié par la dynamique autour du Jean-Luc Mélenchon avec justement l'inquiétude pour de nombreux électeurs de droite de dire qu'il ne manquerait plus que Mélenchon soit à Matignon ou la présidente de la commission des finances, etc. Donc c'est très compliqué à jouer pour la droite et comme le disait Corinne Laïque, ce qui se joue là, c'est le statut de première force d'opposition à l'Assemblée et donc c'est quelque part un des derniers bastions qui restait à la droite qui peut peut-être lui échapper dans quelques semaines.
Si c'est la même majorité, le même type d'Assemblée nationale qu'on découvre après ces législatives, le même type d'Assemblée que la sortante, peut-on craindre que la conséstation se fasse dans la rue, qu'il y ait retour de mouvements sociaux type Gilets jaunes ? Qu'en pensez-vous Vincent Martigny ?
Je pense que si, comme on sait que l'élection présidentielle n'a pas tranché un certain nombre de différents dans la société française, si en plus les législatives, par le biais du scrutin majoritaire et de nominale à deux tours, donnent une majorité écrasante au président de la République, il ne faut même pas lui citer à lui probablement parce que ça empêche tout simplement l'expression d'opposition. Donc si ça ne s'exprime pas dans le système parlementaire ou présidentiel classique, ça s'exprime ailleurs. Corinne Laïc, le mot de la fin.
Il y a eu un communiqué qui est passé inaperçu de la CGT le 11 mai après la réunion de son comité confédéral national qui appelle à soutenir le bloc progressiste et à amplifier le mouvement dans la rue. CQFD.
Merci à tous les trois, Jérôme Fourquet, Corinne Laïc, Vincent Martigny. Merci beaucoup d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Il est 8h46.
Merci à tous les deux. Merci à tous les deux. Merci à tous les deux.