Prise de parole de Jean-Luc Mélenchon à Sainte-Geneviève-des-Bois
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
On n'a pas osé demander. Donc, on va dans le bureau de vote, il y a une série de bulletins, on prend tous les bulletins pour que personne ne sache qu'on va faire. Ensuite, on rentre dans le machin, on tire le rideau, on choisit le bulletin. Le plus intéressant, c'est celui où on voit le... Faites voir avec les mains. Voilà. V, votez, victoire. Après, on ne se rappelle pas toujours du nom des candidats, c'est pas grave. Après, on se rappellera du nom du député, parce que si vous en élisez de notre bord, en général, on s'en souvient après. Ça, ça va se passer là. Ensuite, il va nommer un Premier ministre.
Et dans toutes les nations civilisées, là où il y a une démocratie, après une élection, on nomme comme Premier ministre le responsable de la coalition majoritaire. Alors, nous autres, les communistes, les insoumis, les écolos, les socialistes et les gens qui sont d'accord mais qui n'ont pas de parti, ils ont décidé que celui qui serait Premier ministre, c'est moi, Jean-Luc Mélenchon. Ils se sont dit, c'est le plus vieux, il doit avoir un peu d'expérience, il pourrait nous tirer d'embarras si ça venait à se compliquer. Et en effet, j'ai assez d'expérience pour me marrer quand j'entends le Président de la République, M. Macron, dire que personne ne peut lui imposer un nom.
Alors, il fait comme il veut, hein, mais personne n'a parlé de lui imposer. Je veux juste vous dire, M. le Président, c'est pas compliqué. Vous ne pouvez pas accepter que les élections où vous gagnez. Il faut aussi accepter les élections où vous perdez. C'est le principe même de la démocratie. Et vous devez désigner le responsable de la coalition. Quand le Président Mitterrand a vu M. Chirac arriver en majorité à l'Assemblée, ben, ça ne lui a pas fait plaisir, à nous non plus d'ailleurs. Ben, il l'a nommé. C'était lui le responsable et qu'a fait M. Chirac que des bêtises. Des trucs de droite, tout privatisé, etc. Après, pouf, ça change. C'était M. Chirac.
Et le voilà, et qu'il se retrouve avec M. Jospin en face de lui. Il ne l'aimait pas du tout, mais il l'a quand même nommé. Ça se passe comme ça dans toutes les démocraties du monde. Par conséquent, si M. Macron pense que comme dans la Constitution, il n'est pas marqué « Vous devez être un démocrate », et que donc, il pense qu'il peut nous faire un caprice, et qu'il va nommer quelqu'un qui va trouver à son machin-là, la République En Marche, qui a changé de nom deux fois, qui s'appelle Renaissance, Ensemble, je ne sais pas quoi, et qu'il va le nommer. Mais ce n'est pas raisonnable, M.
le Président, parce que celui-là ou celle-là, quand vous allez nous l'envoyer à l'Assemblée nationale, ben, on ne lui votera pas la confiance. Donc vous recommencerez. Est-ce qu'on est obligé de s'infliger une crise de cette nature en ce moment ? Non. Gagnons du temps, abrégez vos souffrances, nommez-moi du premier coup. Et là, les gens, moi, je me dis comment j'ai réussi à aller me fourrer dans une histoire pareille. Parce que vous avez tous vu où on en est. L'hôpital, ça ne marche plus. J'ai discuté avec les soignants pour dire, écoutez, vous avez déjà fait beaucoup, mais où est-ce qu'on peut grignoter pour que ça marche ? Parce qu'on ne peut pas rester avec 120 services d'urgence fermés.
Qu'est-ce qu'on devient, nous, si on a besoin des urgences ? Et on va aux urgences, pourquoi ? Pas parce que ça nous fait plaisir, hein ? On y va parce que c'est pas où aller ailleurs, vu qu'il n'y a pas de tout-bib. Et notamment dans la région parisienne. Et on n'y va pas parce que ça nous fait plaisir, parce que s'ils ne décident pas de vous hospitaliser, vous devez donner 18 euros. Ça, c'est une invention de Mme Borne et des autres gens qui méprisent le peuple. C'est eux qui ont inventé ça. Vous allez aux urgences, vous n'êtes pas hospitalisés, quick, 18 euros. Genre, tu n'as qu'à rester chez toi. Alors, qu'est-ce que vous faites quand vous le savez ? Ben, vous restez chez vous.
Et si vous avez mal, vous vous dites, ben, je ne m'écoute pas, ça va passer, je vais encore prendre 3-4 cachets, et puis ça va de plus en plus mal. Et pour finir, vous allez quand même aux urgences. Mais là, ça ne s'est pas amélioré, donc c'est pire qu'avant. Et tout est comme ça. Ça, ça arrive cet été. Cet été, arrive la grande sécheresse. À quoi ils ont pensé ? À rien. Qu'est-ce qui est organisé ? Rien. La sécheresse, première conséquence sur le bétail. Il n'y a plus ni à boire, ni à manger. Deuxième conséquence, c'est l'alimentation en eau. Vous ne pouvez pas vous passer d'eau. À 2%, vous avez soif. À 10%, vous délirez. J'en déduis qu'il y en a qui feraient bien de boire.
Et à 12%, vous êtes morts. Par conséquent, personne ne peut se passer d'eau. Ce n'est pas un luxe. Ce n'est pas un supplément d'âme. Il nous faut tous de l'eau à boire et pour notre hygiène. Et puisque je suis à parler de ça, je fais une petite parenthèse pour m'adresser à ce qu'il y a de meilleur en vous tous, en chacun de vous, le sentiment humain. Tous, vous savez que quand il fait froid et que les gens sont dans la rue, ça va mal tourner. Ils vont souffrir affreusement. Tous, vous avez vu ça. Tous, vous savez qu'il y a 2000 personnes par an qui meurent de la rue. Mais vous savez, quand il fait très chaud, ce n'est pas mieux.
Parce que quand il fait très chaud, on a soif et il n'y a pas de fontaine. Parce que quand il fait très chaud, on salit plus vite son corps et il n'y a pas d'endroit où se laver. Donc, les gens, vous autres tous, organisez-vous cet été pour tendre la main à ceux qui vont mal, pour pouvoir les aider à se laver, à boire de l'eau et à avoir un abri. Et, pensez-y, si c'est nous qui gouvernons, je vous donne ma parole, que peut-être l'un ou l'autre des un ou deuxièmes aux commissaires que nous nommerons sera chargé du sans-abris. C'est-à-dire des plus pauvres, des plus humiliés, des plus abandonnés d'entre nous.
Et là, quand on arrive, avec ce style aussi que vous voyez, ou bien un autre, si je l'ai perdu entre-temps, je signerai le décret parce que la première tâche qui m'occupe, c'est que vous n'ayez pas à périr au milieu des difficultés dans lesquelles vous êtes. Et pour ça, il faut que vous ayez les moyens de vivre. Il faut donc pour ça que vous ayez de meilleurs salaires. C'est la raison pour laquelle, à peine arrivé, je signe le décret sur le seul salaire que le gouvernement peut augmenter, le SMIC. Il sera à 1 500 euros. Qu'on vienne pas me dire que c'est pas possible. Parce que les Allemands, ils viennent de décider de passer leur SMIC à 12 euros horaire. Nous, on est à 10.
Le SMIC, il va passer à 12 euros horaire en Allemagne en octobre. C'est une augmentation de 25%. Alors d'habitude, on dit, le modèle allemand, le modèle allemand. Eh bien, allez, on va les imiter cette fois-ci. Envoyez la monnaie. Les Espagnols ont augmenté de 30%. Le SMIC. Donc, ce n'est pas une mesure qui nous a pris un jour d'enthousiasme entre nous. C'est parce que nous réfléchissons. Et nous savons que si vous avez de meilleures payes, vous vivrez mieux. Et vous mettrez en mouvement la machine économique. Parce que vous autres, quand vous avez une paye correcte, vous n'achetez pas des actions ou des lingots d'or avec. Vous allez acheter tout ce qui vous a manqué.
Le manger pour la famille, les habits, les choses de tous les jours. Et donc, vous dépensez tout. Et je vous dis, bravo. Parce que si vous dépensez tout, vous faites travailler ceux qui produisent ce que vous avez acheté. Le commerce, l'industrie, etc. Donner de l'argent pour vivre mieux, c'est tous vivre mieux. Et ça met en route la machine économique. Je vous promets que je ne vais pas vous saouler encore avec de l'économie politique. Je vous résume notre projet. On va mettre 250 milliards dans l'économie. Les 250 milliards, ils partent. On paye. Ils partent en machine qu'on achète. Ils partent ici, là. Je donne au maire. Le maire, il donne à ses services. Oui, mais promis.
Et qu'est-ce qui se passe ? Vous allez dépenser votre paye. Évidemment que quand vous allez acheter, vous payez la TVA. Écoutez pas ceux qui disent, les pauvres ne payent pas d'impôts aussi. Ils payent plus d'impôts que les autres. Parce qu'ils payent les mêmes que les autres, mais ils n'ont pas les mêmes revenus. D'accord ? Il ne faut jamais l'oublier. Ça remonte, c'est de la taxe. Si vous avez une meilleure paye, vous avez des cotisations sociales plus importantes. Donc, ça permet de gérer la caisse de la sécurité sociale, etc. Nous, on a mis tous les chiffres de ce qu'on avait prévu dans un modèle. On appelle ça comme ça, un modèle. Vous cochez des cases.
Le modèle dans lequel nous avons mis nos chiffres, ce n'est pas une bande de nos copains qui l'a établi. C'est la Banque de France. Et la Banque de France, quand on lui met nos chiffres, elle dit, à la sortie, vous avez mis 250 milliards. Quand ça a fini le tour et que ça revient, ça fait 267 milliards. La démonstration est faite que quand on donne aux gens le moyen de vivre, ils s'en servent pour vivre et ils font vivre les autres. Quand vous donnez de l'argent au capital, il n'en fait rien, il fait de la spéculation. Parce que les milliards qu'on leur a donnés, on n'en a jamais vu la couleur en emploi ou en machine achetée.
Ils ont augmenté de 70% les dividendes, c'est-à-dire l'argent qui sont partagés entre eux, et ils ont diminué de 5% leurs investissements. Ce sont des bons à rien. Ils ne savent pas ce qui est bon pour tous. Nous le savons, nous le voulons et nous le ferons. Donc, on commence par mettre le SMIC à 1500 euros. Écoutez bien, parce qu'il faut que vous reteniez ce raisonnement. Si on met le SMIC à 1500 euros, eh bien, le petit cadre, celui qui a la qualification quand même, qui faisait qu'il avait 1500, pendant que vous, vous aviez 1000 ou 1200, ben, quand même, il a une qualification, on ne peut pas payer tout le monde pareil.
Bon, ceux qui savent mieux que d'autres, ben, ils sont mieux payés, c'est comme ça. On ne va pas dire tout pareil pour tout le monde. Alors, il ne faut pas exagérer non plus, hein, c'est des écarts. Mais, donc, il faut qu'il y ait une discussion sur la grille des salaires. Vous, monsieur, si vous n'aviez qu'un 100, eh bien, maintenant, il va falloir vous donner plus, parce que sinon, vous allez direz, moi, je ne marche pas. Pourquoi j'aurai le salaire planché alors que je fais telle ou telle tâche ? Donc, je convoquerai, par branche, alimentation, métallurgie, je ne sais pas quoi, moi, commerce, d'accord ?
Et par branche, les syndicats et les patrons et l'État, on discutera de la grille des salaires pour pouvoir harmoniser. Pourquoi il faut le faire absolument ? Parce qu'aujourd'hui, eux, ils s'en foutent, ceux qui dirigent. Mais la vérité, c'est que 85% des salaires prévus dans les conventions collectives de branche, vous suivez ? Ça va, ça ne vous saoule pas trop ? Alors, je continue. 85% des salaires minimums dans les branches, ils sont inférieurs au SMIC. Mais le SMIC, c'est la loi. La loi, vous l'appliquez. Si on vous dit de payer qu'un 100, vous payez qu'un 100. Il n'y a pas à discuter. Et donc, vous allez devoir me remettre tout ça au niveau. Et donc, discuter la grille.
Et si vous discutez la grille, ben, comme moi, je suis là. Je dis, ben, écoutez, pendant que vous en êtes à discuter de la grille, discutez du maximum et du minimum. Parce que ce n'est pas normal que celui qui est en haut s'arrose, comme c'est le cas des PDG qui s'augmentent monstrueusement. D'accord ? Vous ne trouvez pas que ça coûte cher, les patrons ? Vous devrez pouvoir trouver des patrons qui coûtent moins cher. Puisqu'ils arrivent à trouver des ouvriers qui coûtent moins cher, nous, on va trouver des patrons qui coûtent moins cher. Ils s'arrosent. Non ! Regardez comme je suis raisonnable. Pas d'écart supérieur à 1 à 20.
Quand celui qui est en haut s'augmente, il est obligé d'augmenter celui qui est en bas. Comme ça, enfin, tout le monde va en profiter. Et puis, puisqu'on en sera à discuter de tout ça, et que ça va faire du bien à la caisse, alors on va discuter d'autre chose qui commence drôlement à me chatouiller. C'est l'affaire du salaire des femmes. Parce que c'est depuis 1972 qu'on a décidé que les salaires devaient être égaux. Et à chaque élection, et blabli, et blabla, et la grande cause, et blabla, et qu'est-ce qu'ils feront ? Rien. Par conséquent, nous allons faire 2 choses. Tout le monde va mettre la main à la poche et vous allez donner 100 euros de plus à toutes les femmes.
Sauf si vous démontrez que vous les payez comme les hommes. Et comme ça ne suffira pas, j'ai un copain syndicaliste qui m'a dit, ton idée, elle est pas mal pour les petits salaires. Parce que, bon, ça compte. Mais pour les grands salaires, ça ne vaut rien, ton truc. Pourquoi ? Parce que, si par exemple, un cadre, un cadre cadre de chez cadre, hein, bon, le gars, il le paye 7000, la fille, il le paye 5100, ils s'en foutent. Donc, payer 5100, c'est pas un problème. Donc, il faut que vous donniez la possibilité aux femmes et aux syndicats dans l'entreprise de saisir l'inspection du travail pour dire, là, celui-là, il est plus payé qu'elle, alors qu'il fait le même boulot.
Donc, vous nous devez des sous, monsieur le patron. Et vous autres, dans l'entreprise, vous vous occuperez de surveiller ces choses-là. Voilà quelques mesures. Tout ça, au mois de juin. J'augmente le SMIC dans 15 jours. Le temps de constituer le gouvernement. Et, ça y est, on se met en mouvement. Après, on passera au reste. Il va falloir s'occuper de tout ce qui est détrinqué et qui marche pas. Mon plus gros souci, c'est la rentrée scolaire. Ici, on est dans une académie sinistrée. Voilà qu'ils embauchent des gens après un entretien de 30 minutes. Scandale absolu. La honte totale. Être professeur, être enseignant, femme ou homme, c'est un métier.
Est-ce que vous diriez, en 2, 3, 4, 5, t'es tout bible ? Ça tombe bien, j'ai une péritonite aiguë, tu vas pas m'ouvrir ? Ça vient à l'esprit de personne de dire ça. Hein ? En 2, 3, 4, 5, t'es chauffeur de bus. Et là, 1, 2, 3, 4, 5, t'es prof. Pourquoi ? Pourquoi ? Écoutez-moi. C'est une fonction sacrée de la vie humaine. De transmettre à la nouvelle génération le savoir. Toutes les sociétés humaines font ça. Dans tous les domaines. Mais ce régime est tellement odieux, tellement méprisant pour le grand nombre, qu'il ne se soucie pas des choses de base de la vie humaine. Une chose de base, c'est que, quand un enfant doit naître, eh ben il naît. Et ça se programme pas tant qu'on croit.
Mais si les femmes, plus du tiers d'entre elles, sont à plus de 45 minutes d'une maternité, quand c'est une heure, alors elles prennent des précautions. Et quelles précautions prend-on ? On leur dit, on va vous payer 5 jours d'hôtel. Le bol. Pourquoi faire ? Parce que le gamin, lui, il va attendre 5 jours, il a programmé 3 jours ? Non ? Alors c'est parce qu'ils vont le déclencher. Mais ça veut dire que quelque chose qui fait partie des comportements les plus élémentaires de la vie d'un être humain n'aurait plus lieu, ou seulement à la commande, et les maternités deviendraient des usines. Nous ne voulons pas ce genre de vie-là. Mais c'est pas encore ça le plus grave.
Le plus grave, c'est que dans ce grand pays, la mortalité infantile est en train de reprogresser. Est-ce que c'est pas une honte ? Est-ce qu'on ne sait même plus s'occuper des petits ? Est-ce que ça n'est pas une priorité dans tous les groupes humains, quels qu'on soit ? Et vous autres tous, quand vous voyez un petit qui tombe, vous vous précipitez pour l'empêcher de tomber. Si c'est moi qui tombe, vous vous poussez. Ça va savoir pourquoi. Mais c'est la vie. C'est comme ça. Ce que je veux vous dire, c'est l'instinct. Notre instinct nous pousse à protéger nos petits. Quel qu'il soit, même si c'est pas le vôtre à vous. N'importe quel gosse est quand même le vôtre.
Comment vous pensez que c'est possible ? Et donc, en plus, on ne va pas transmettre le savoir correctement. Il va donc falloir embaucher. Il va donc falloir trouver des solutions intermédiaires. On ne peut pas attendre. Voilà. Ces imbéciles ont tout tellement mal organisé qu'on manque de profs, de maths. Alors ils viennent avec la mine sucrée. Ils ont inventé un autre système dans lequel il n'y a plus de maths. Et je vais mettre par terre toute l'organisation qu'ils ont fait du collège et du lycée. Et je vais vous dire pourquoi. Et Parcoursup, la même chose. Écoutez-moi bien, vous autres, les plus jeunes, pour que vous compreniez ce qui est en train de se jouer en ce moment.
Il arrive avec sa bonne mine et il dit qu'il faut donner plus de responsabilité au chef d'établissement pour choisir son équipe. C'est le chef d'établissement qui va choisir les enseignants. Ah bon ? Et les établissements, les meilleurs, seront récompensés. Ah bon ? Ils vont choisir leurs gens. Et les diplômes ne seront pas les mêmes. Pourquoi ? Parce qu'au collège, il y a déjà 20% des matières qui ne sont pas les mêmes. Et maintenant, c'est au lycée. Il n'y a plus un bac, il y en a 66. Alors écoutez ce qui va se passer. Demain, quand vous allez arriver quelque part avec votre bachot, vous allez dire, moi j'ai mon bac. Chez moi, j'étais le premier à avoir le bac. Le bon Dieu en personne.
Mais, quand j'allais quelque part, on ne me disait pas, mais toi tu viens d'où ? Mais à vous, on vous le dira. On dira, tu l'as où ton bac, toi ? C'est un lycée où ? Ah, à Grigny, d'accord, oui, je vois. Mais oui, mais vous savez comme moi que c'est ça qu'ils vont faire. Ils vous feront des diplômes où l'adresse comptera autant que le diplôme. C'est de ça dont on ne veut pas. Tout le monde a droit. Dès lors qu'il a appris de prendre sa part au développement du pays. La plus grande ressource qu'est la France, c'est sa jeunesse, c'est la matière grise, c'est l'intelligence, c'est le savoir. Nous n'avons absolument rien d'autre que ça pour faire avancer notre pays. Et donc, il faut le cultiver.
Bon, j'en ai assez dit pour que vous compreniez. Tout ça, on le fait là. Là, ils sont en train de préparer la liste des 100 jours. On n'a jamais été aussi bien préparé. Donc, j'aurais fait un très bon président, j'ai essayé de faire un bon Premier ministre et sinon, on va voir ce qu'on va voir. Alors, toc, toc, toc. Je vous ai à peu près tout dit, c'est assez pour ce soir, sinon ça dure des heures. Mais, vous savez, je crois vraiment qu'on est à la veille de faire une grande chose. Ça se joue à peu. Qui va se mobiliser le plus ? Les cités populaires, nous autres, ou bien les autres ? C'est la vie, c'est comme ça. En France, les personnes plus âgées vont plus voter que les autres.
Et, il arrive que quand l'âge vient, on devient plus craintif, plus conservateur. Et, on n'aime pas trop que tout change, tout bouge tout le temps. Et, on trouve que les jeunes sont bien agités et qu'ils devraient être un peu plus calmes. C'est comme ça. Alors, vous n'y pouvez rien. Et, naturellement, il ne faut mépriser personne. Tous ceux qui viennent voter, à leur manière, essayent de participer à l'intérêt général. Quand nous votons, nous ne votons pas que pour nous-mêmes. Nous votons pour dire ce qui est bon pour toute la société. Et, nous autres, qui sommes là aujourd'hui, nous avons dorénavant une grande force politique, l'ANUPS. Nous sommes nombreux. Nous sommes partout.
Nous sommes beaucoup dans la jeune génération. Et puis, nous avons un horizon politique qui nous rassemble. Tous, quelle que soit par ailleurs notre appartenance à un parti. Si on en a une, et d'autres qui n'en ont pas, et bien, ils sont dans la famille. Cette formule, je vous l'ai proposée au cours de l'élection présidentielle. Et, on s'est aperçu qu'en réalité, elle était également présente dans le vocabulaire d'autres organisations politiques qui sont représentées ici. Que voulons-nous construire ? Nous voulons construire une société d'harmonie entre les êtres humains et avec la nature. L'harmonie entre les êtres humains. Quelqu'un m'a dit, ah, ben tout d'un coup, t'es devenu bien gentil.
Ben, j'espère bien être bien gentil. Mais, c'est pas le sujet. L'harmonie entre les êtres humains. C'est comme dans la musique. Il faut qu'on s'accorde. Il faut que les fréquences soient en rapport les unes avec les autres. Ça veut dire qu'il faut chasser de la vie des êtres humains les discriminations qui les divisent et les opposent les uns aux autres. Le racisme, la haine de telle ou telle religion, la discrimination, de la domination des hommes sur les femmes, etc. L'harmonie, c'est l'émancipation. C'est la libération. La libération, ça veut dire repousser ce qui vous domine, ce qui vous oblige à faire quelque chose contre votre gré.
Ce n'est pas que vous n'ayez pas l'intention de faire quelque chose, c'est que vous n'aimez pas qu'on vous torde le bras. Que vous voulez disposer librement de vous-même. Voilà ce que veut dire l'harmonie. L'émancipation, la concorde et l'harmonie enfin avec la nature. Pendant trop longtemps, on a cru qu'il y avait d'un côté les êtres humains et de l'autre côté la nature. On n'avait pas compris cette magnifique formule de Karl Marx qui dit que la nature est le corps inorganique de l'homme, de l'être humain, pas seulement des garçons, de l'être humain. C'est notre corps inorganique. Je ne suis pas cet arbre, mais si cet arbre n'y est pas, je ne peux plus vivre.
S'il n'y a pas d'abeilles, je ne peux pas vivre. S'il n'y a pas de poissons, s'il n'y a pas d'oiseaux, tout être humain que je suis, je ne peux pas. C'est un tout que le monde, et c'est ce tout que nous, nous battons pour faire vivre. En essayant d'en chasser toutes les mauvaises habitudes que nous avons prises, de prendre et prendre et prendre, sans s'occuper de savoir à quel moment ça va se reconstituer. Et dorénavant, il faut que nous ayons à l'esprit tous cette règle verte. On ne prend pas plus que ce que la nature peut reconstituer. Voilà la règle que nous nous appliquerons.
Chacun d'entre nous, femmes, hommes, nous devons être des philosophes qui pensent le monde dans lequel il vit et qui le prend en responsabilité. Ça ne veut pas dire que chacun d'entre vous est coupable de l'état de tous les autres, mais ça veut dire que chacun d'entre nous modifie son regard sur le monde. Pas seulement pour prendre, mais pour voir comment on peut apporter, compléter, protéger, aider. Le monde est meilleur si nous voulons qu'il le soit. Le monde sera pire si nous ne laissons régner que la violence, la domination ou la cupidité par le goût de l'argent. Et nous autres, mieux que d'autres, nous comprenons ces choses-là.
Parce que nous, nous savons que sans l'école, nous ne sommes rien. Parce que nous, nous savons que sans nos parents que nous respectons, nous ne sommes rien. Nous savons que sans nos enfants, il n'y a pas de bonheur dans l'existence. Nous, nous savons peut-être mieux que d'autres qui vivent dans l'opulence et finissent par oublier. Que ce n'est pas si simple d'être heureux, qu'il ne suffit pas de consommer pour être heureux, qu'il faut aimer. Et que pour pouvoir aimer, il faut pouvoir être dans l'égalité. Il faut pouvoir être dans la liberté. Il faut pouvoir être dans la fraternité. Mes amis, c'est tout ça que vous avez dans un bulletin de vote. Ce n'est pas un bout de papier.
Ce n'est pas juste un bout de papier. C'est quelque chose qui donne un sens à l'existence. Et moi, j'ai choisi de faire de la politique de cette manière-là. Je suis heureux que tant de jeunes gens, aujourd'hui, se reconnaissent dans ma manière de parler. Et qu'à leur tour, je sais qu'ils vont faire mieux que ce que moi-même j'ai pu faire. Et que d'autres qui sont là. N'oubliez pas cette leçon. Vous êtes tous responsables. Nous sommes tous responsables de notre vie et de notre vie en commun. La politique est un art magique. Parce qu'il nous met en communion avec tous les autres. La politique, c'est ce qui nous fait un rapport avec les personnes qui sont à l'autre bout de la planète.
Qui fait comme si c'était notre propre famille. La politique, c'est ce qui nous fait nous intéresser à tout. Tout le temps. Alors bon, on a bien des sujets pour s'occuper le reste de la vie. Mais il y a des moments qui sont comme ceci. Des moments, en quelque sorte, de paroctisme. Un moment sublime, important. Tout le monde se met à faire de la politique autour de nous. Et tout le monde va prendre le bulletin de vote. Il va aller dans le secret de l'isoloir. Vous êtes une femme, vous êtes un homme. Vous êtes pauvre, vous êtes riche. Vous êtes influents, vous n'avez pas d'influence. Vous êtes tous égaux. Vous avez une voix, un bulletin de vote. Vous êtes égaux. Vive la liberté !
Vive la République !
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Jean-Luc Mélenchon