Loi sur l'aide à mourir adoptée: "Ce n'est pas une loi de fraternité, c'est plutôt une loi d'abandon", estime Bruno Retailleau (LR)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Ce n'est pas une loi de fraternité, c'est plutôt une loi d'abandon, pour plusieurs raisons. Ma crainte, c'est qu'on fasse peser sur les souffrants, ceux qui sont au crépuscule de leur vie, cette question qui est insupportable, inhumaine, qu'ils devront se poser. Suis-je devenu un poids pour mes proches et pour la société ? Est-ce qu'il ne faut pas en finir plus vite ? Ce qui est terrible, c'est qu'en France, on a un énorme déficit. Le vrai scandale, il est où aujourd'hui ? Le vrai scandale, c'est qu'il y a à peu près 500 personnes par jour qui meurent sans pouvoir bénéficier de soins palliatifs, donc de soulagement. Et on fait l'objet d'un autre volet dans ce choix.
Oui, mais ce que je veux dire, c'est que vous avez, on nous a présenté cette loi comme une loi de liberté, mais regardez le système de santé, ça craque de partout. Entre une injection ou une capsule qui ne coûte rien et des soins palliatifs qui coûtent très cher, qu'est-ce qui va se passer ? On va avoir dans notre société une pression financière, économique. C'est ça qui est difficile. Vous pensez que les personnes vont décider de mettre fin à leur jour, de demander qu'on les aide à mourir ? Je pense que c'est les plus vulnérables. Je pense que quand on est riche, on peut se payer une infirmière, une aide-soignante pour pouvoir pallier le manque de soins palliatifs.
Et ma crainte, justement, elle est là. Et quand je dis que ça n'est pas une loi de fraternité, mais d'abandon, c'est cette crainte qui pousse finalement chacun d'entre nous au crépuscule de sa vie, de se poser la question, est-ce qu'il ne faut pas que je débarrasse le plancher parce que je suis devenu un poids financier ? On sait bien d'ailleurs que vis-à-vis de la sécurité sociale, le coût en réalité des derniers mois, la dernière année de sa vie est le plus important. Et malheureusement, c'est une des lois, vous le savez, les plus permissives. Et quand on voit le Canada, quand on voit les Pays-Bas, quand on voit la Belgique, il y a au départ des gardes fous.
Mais progressivement, ils sautent les uns après les autres. Hier, c'était les majeurs. Aujourd'hui, il y a des mineurs. Hier, il fallait avoir toute sa tête, comme on dit. Maintenant, il peut y avoir des gens qui sont en difficulté de discernement, qui sont éligibles.
Bruno Retailleau