Patrick Kanner - Le Barbier du matin du 23/11/23
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour et bienvenue. Un mot pour commencer sur l'actualité politique de la nuit. L'extrême droite de Gerd Wilders qui emporte la victoire aux législatives aux Pays-Bas. Alors loin d'avoir une majorité, il y aura une coalition très compliquée à monter. Mais c'est un signe tout de même parce que ce n'était pas du tout prévu.
Pas prévu. 35 sièges manifestement pour le PVV dans un pays libéral, progressiste. Mais très marqué aussi par l'inquiétude d'un islamisme montant. Oui et des phénomènes migratoires aussi importants. Donc on a là en fait après Orban en Hongrie, après Mélanie en Italie, après l'alliance pilotée par l'extrême droite en Suède.
Et avant Le Pen en France ? C'est ce que attend Orban. Orban s'est félicité cette nuit de cette victoire.
Oui comme Le Pen aussi. Le Pen s'est félicité très largement en disant voilà c'est la voie qui est ouverte et ça va se confirmer aux élections européennes de juin 2024. La lepenisation des esprits vous vous rappelez ? C'était Ballinter. Il l'avait évoqué, est en train de se poursuivre. Parfois avec une complicité, non pas subjective, mais objective de la droite.
Qui court derrière, qui se durcit elle-même.
Oui, c'est comme l'horizon. La droite républicaine française, et je l'ai vu sur le débat sur l'immigration, court après l'extrême droite. Mais c'est un peu comme l'horizon, ils ne la tiendront jamais. L'extrême droite sera toujours un pas en avant et les gens voteront pour l'original. L'original n'est pas pour la copie. Donc attention danger, la haine de l'autre, la haine de l'étranger, qui est assimilée à celui qui portera finalement une insécurité dans le pays, avec une forme d'amalgame qui est insupportable. Alors moi je le dis toujours, pas d'amalgame mais pas non plus d'angélisme. Pas d'angélisme, mais on le voit bien bien sûr dans notre propre pays.
Mais arrêtons de courir après les thèses de l'extrême droite. L'exclusion ne fait pas patrie, ne fait pas nation.
Alors on attend tous évidemment la libération des premiers otages, ces repoussées de rondeurs. Tant que ça n'est pas fait, on peut être inquiet ?
Hier j'entendais sur plusieurs chaînes de télévision ou radio, c'est un bon accord. Pour moi c'est un accord potentiel. Il est aujourd'hui devenu potentiel, puisqu'il n'y a pas d'accord. Il y a un accord qui est en négociation, il est reporté à demain, au mieux. Au mieux, si on regarde bien les déclarations du gouvernement israélien, le Hamas, organisation terroriste, organisation terroriste, joue avec des hommes, des femmes, des enfants, comme il jouerait avec un jeu d'échecs. C'est terrible, c'est un cynisme absolu, mais que pouvez-nous attendre d'un mouvement terroriste ? Ce sont des gens qui utilisent la chair humaine, je dis bien la chair humaine comme élément de négociation.
Même si libération il y a, est-ce que ça ne va pas être un marché dupe ? La pause humanitaire va se poursuivre, ça va se transformer en cessez-le-feu, le Hamas va se réarmer pendant ce temps-là ?
C'est ce qu'on dit, est-ce que le Hamas est capable de se réarmer, de faire retourner toute une série d'équilibres qui sont maintenant mis en place par Israël, par la force ? Et je dis toujours dans ces cas-là, on demande à Israël d'avoir une réponse proportionnée. Mais c'est quoi une réponse proportionnée ? Quand on voit le massacre du 7 octobre, et j'ai eu l'occasion de voir ce film absolument horrible, indicible du 7 octobre. Donc Israël a le droit de se défendre, Israël éradique au nom finalement des Nations Libres, une organisation terroriste, mais il faut négocier avec eux, parce qu'il y a près de 200 hommes, femmes et enfants qui aujourd'hui ont besoin de leur liberté.
On peut avoir les deux, la libération, la sécurité, et de l'autre côté, la fin du Hamas, où on va devoir laisser quand même un bout de la masse politique vivre au Qatar ou en Iran ?
Le Qatar a une grande responsabilité. C'est l'élément essentiel manifestement de la négociation. Mais il protège aussi M. Yamalik, qui est là-bas protégé à Doha, et vit dans le luxe sur des millions et des millions d'euros, ou de dollars en l'occurrence, détournés. Le Qatar est incontournable, il faut le savoir, mais le Hamas politique ne peut pas être un interlocuteur pour Israël et pour les pays de cette région. Donc la solution, elle est évoquée par le gouvernement israélien, éradiquer le Hamas dans sa branche militaire, mais aussi dans sa branche politique, ça prendra sûrement d'autres formes, chacun l'a bien compris.
Et je le dis aussi, c'est au peuple palestinien de se choisir des dirigeants qui permettront d'aboutir à la paix.
La position diplomatique de la France depuis le 7 octobre, est-ce que vous la trouvez équilibrée ou contradictoire ?
M. Macron est venu quelques jours après le massacre du 7 octobre. Il est venu avec des idées parfois incompréhensibles. L'idée de coalition a fait long feu. Coalition modèle, lutte contre Daesh n'a pas marché du tout. Israël a pu compter sur le soutien de M. Macron dans les premiers jours. Et puis on a vu une évolution progressive, mais certaine. Et moi je le vois, je l'entends dans l'hémicycle du Sénat, quand on écoute Mme Colonna ou les représentants du ministère des Affaires étrangères.
Sous influence du corps diplomatique, beaucoup cette évolution.
Oui, on sait bien que le corps diplomatique, que le Quai d'Orsay est pro-arabe historiquement. La France n'a pas les moyens vraiment de peser sur le débat. Et on voit bien qu'aujourd'hui, qui pèse sur le débat ? Les États arabes, notamment le Qatar je l'ai évoqué, les États-Unis pour différentes raisons. La France est plutôt suiviste, disons-le.
Vous êtes parrain d'un otage. Beaucoup de parlementaires sont parrain d'un otage. Notre collaboratrice, notre chroniqueuse, députée Coral Lignadant, pilote aussi cela. Quel sens a pour vous de parrainer cet otage, alors que vous ne pouvez concrètement rien faire, vous ne savez pas où il est ?
Je vous ai ramené l'affiche, celle de Pongsak Thaena, qui est un travailleur thaïlandais, qui travaille dans un de ses kibbutz, qui a été attaqué. Voilà, j'ai sa photo. Je l'affiche dans mon bureau. Voilà, je la montre à nos caméras. Je l'affiche dans mon bureau. Je sais bien que c'est symbolique. Mais je le regarde, je le vois. Je ne sais pas s'il y a des ondes qui passent en sa direction. Mais je me dis qu'un représentant d'une nation libre, la France, parlementaire, sénateur en l'occurrence, quand il le regarde, il pense à lui tous les jours. Il n'est pas oublié. Remember, il ne faut pas les oublier. Il faut se souvenir de celles et ceux qui aujourd'hui ont perdu leur vie.
Et en l'occurrence ici, leur liberté, tout simplement, et qui doivent la retrouver le plus vite possible.
Ça équilibre, ça compense, ça corrige tous ceux qui arrachent des affiches. Comment vous réagissez à ce mouvement d'arrachage d'affiches d'otages ?
C'est indigne, c'est indécent, c'est insupportable. Qu'est-ce que sont ces affiches ? C'est simplement de dire que le droit international a été violé, qu'il y a eu un crime de guerre, que des hommes et des femmes, aujourd'hui, sont privés de liberté, simplement parce qu'ils sont juifs, israéliens, ou parce qu'ils travaillaient sur le sol d'Israël. Donc, ceux qui font ça, je dirais, se déshonorent. Je le pense sincèrement.
Vous avez porté hier une proposition de loi, depuis plusieurs mois, pour indemniser les condamnés pour homosexualité. Les condamnés entre 42 et 82, ou entre 45 et 82 ?
Le texte qui a été voté, au bout du bout, à l'unanimité, il faut le souligner, c'est un texte qui reconnaît les fautes de la France, l'homophobie d'État entre 45 et 82. 82, c'est, vous le savez, bas d'inter, encore une fois, lui, une autre abolition qui est moins connue, mais la dépénalisation de l'homosexualité qui était un délit. Je rappelle qu'entre 45 et 82, il y a eu 10 000 condamnations, 10 000 condamnations, pour simplement homosexualité. C'est-à-dire que des gens ont perdu leur boulot, ont perdu le sens de leur vie, ont été humiliés par la justice française, sur un texte qui avait été voté le 6 août 1942.
Donc, il va concerner aussi ceux-mêmes qui ont été déportés pour homosexualité ?
Non, non.
Le Sénat n'a pas voulu faire ça ?
Le Sénat n'a pas voulu, il a considéré que Nuremberg avait fait son travail, et que donc il fallait commencer notre travail de reconnaissance à partir de 1945. Nous le regrettons, nous pensons qu'il aurait dû commencer ce travail de reconnaissance de 1942. C'était pas la France républicaine, mais c'était l'État français de Pétain. Et c'est la même loi. Et c'est la même loi qui a été maintenue par le général de Gaulle, et tous ceux qui l'entouraient, y compris des gens de gauche, très clairement, en 1945, jusqu'en 1982. Et donc, 40 ans après 1982, on avait estimé qu'il était utile d'avoir cette reconnaissance de la faute de l'État français, et même d'avoir une indemnisation.
La droite sénatoriale nous a imposé, parce qu'elle est majoritaire au Sénat, vous le savez, elle nous a imposé le fait que la reconnaissance ne commencera qu'en 1945, en 1982, c'est déjà un premier acquis, et qu'il n'y aurait pas, malheureusement, d'indemnisation, même si c'était modeste. Et moi, j'ai demandé, je n'ai pas eu de réponse, au garde des Sceaux qui était là, M. Dupond-Moretti, je lui ai demandé, mais M. le garde des Sceaux, allez, on vote ce texte, malgré tout, parce qu'il faut qu'il y ait un texte pour que la navette se poursuive, mais est-ce que vous allez inscrire ce texte, et peut-être l'enrichir, à l'Assemblée nationale ? Malheureusement, je n'ai pas eu de réponse.
Que doit faire la gauche ? Que doit devenir la gauche, après la mise à l'arrêt de la NUPES, à cause de ce qui s'est passé le 7 octobre, et de la dérive de l'EFI ?
Alors, ce n'est pas à cause de ce qui s'est passé le 7 octobre. Ça a été, je dirais, l'élément... Voilà, le coup de grâce. Je reprends votre expression, M. Barbier. La dégradation a été commencée depuis bien longtemps, et notamment au travers des déclarations et des prises de position de Jean-Luc Mélenchon. Moi, je suis un enfant du nom de la gauche. J'ai l'âge pour avoir connu, avec ma vieille pochette et ma... Voilà, chacun a bien compris le message. Mais j'ai l'âge d'avoir connu le programme commun, la construction de ce programme commun entre les communistes, les socialistes, les radicaux à l'époque. S'il y avait eu les verres, les verres auraient été sûrement autour de la table.
Et l'EFI est un mouvement, ce n'est pas un parti politique, c'est un mouvement qui a des règles très particulières, des règles tournées autour de son leader, de manière très centralisée. On l'a vu quand Mme Garbido a été convoquée par le bureau de LFI pour prendre des sanctions parlementaires. Donc, ce n'est pas un parti démocratique, je le dis à ce micro. C'est une formation qui pèse, qui est aujourd'hui dominante, intellectuellement et peut-être idéologiquement au sein de la gauche depuis 2022. Mais la question, c'est, est-ce que LFI peut nous amener au pouvoir ? Je ne le pense pas.
Donc, il faut se libérer de LFI et construire autre chose ?
En tout cas, il faut se libérer de celles et ceux à LFI qui poussent la gauche vers l'extrême gauche. Ça, j'en suis intimement convaincu. Mais il y a dans LFI des personnes qui osent s'opposer au chef. Peut-être que ceux-là et celles-là permettront une élaboration d'une union différente. Se détacher de LFI. C'est l'histoire qui nous le montrera. Et les élections européennes seront importantes dans cette clarification, j'en suis convaincu.
Est-ce que votre analyse et votre recommandation est officiellement celle du Parti Socialiste d'Olivier Faure ?
Olivier Faure a porté cette idée de moratoire avec LFI. Il n'y a plus d'intergroupe qui fonctionne à l'Assemblée Nationale. Et votre serviteur a agi pour que, aux élections sénatoriales, les rapports de force soient constatés. Il n'y a pas de sénateur LFI au Sénat. Donc je pense qu'Olivier Faure doit poursuivre dans la voie qu'il a engagée, demander la clarification, oui à l'union de la gauche, mais pas à l'union de la gauche, dominée par un parti qui aujourd'hui prend des positions au travers de son leader, un parti qui porte des positions qui ne sont pas acceptables politiquement pour un socialiste.
Patrick Cannaire, merci et bonne journée.
Merci beaucoup Christophe Barbier. Demain à 7h45,
votre invité sera le président du groupe PS au Sénat, Henri Guénoux. Mais non, non, non, c'était Patrick Cannaire. C'est ça, c'est ça. Henri Guénoux a fait beaucoup de choses dans sa vie, mais pas président du groupe PS. C'est ça. Et il a jamais été socialiste. Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Et c'est ça. J'ai trop abusé de la poudre de la belle. Le copicolé. C'est ça, c'est ça.
Patrick Kanner