Drogue, violence, cartels : la guerre du narcotrafic en France | Ces idées qui gouvernent le monde
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 35 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 7:39RelanceRéponse directe
Marseille jumelée avec Mexico, mexicanisation ?
- 10:48OuverteRéponse directe
En quoi aidez-vous dans la lutte contre le narcotrafic ?
- 13:43OuverteRéponse directe
Pouvez-vous préciser le chemsex et son extension ?
- 15:56RelanceRéponse directe
La prohibition engendre-t-elle la violence ?
- 17:23OuverteRéponse directe
La répression doit-elle concerner toutes les drogues de la même manière ?
- 19:34RelanceRéponse directe
Quelles limites de l'action répressive face à l'addiction ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:23Chiffre
« Un Français sur deux a consommé au moins une fois du cannabis, un sur dix au moins une fois de la cocaïne et ces consommations sont en forte croissance. »
- 0:23Chiffre
« On chiffre à des centaines de milliards le chiffre d'affaires annuel mondial généré par le narcotrafic. »
- 3:17Fait
« Le narcotrafic s'étend désormais dans le sang à tout le territoire national, des pays des océans, à nos villes, à nos territoires ruraux. »
- 4:00Fait
« Il faut aussi réinvestir la politique de la ville, lutter contre la pauvreté, terreau privilégié du narcotrafic, soutenir les services de santé pour aider les consommateurs de drogue à en sortir. »
- 4:45Laurent NunezChiffre
« Chaque année, on interpelle plus de monde. Chaque année, on met en cause plusieurs trafiquants. Les saisies augmentent. Les avoirs qui sont gelés autour du trafic augmentent. »
- 5:30Laurent NunezFait
« En 2019, l'OFAST a été créé. »
- 6:56Laurent NunezFait
« Le ministre d'Etat, le ministre de l'Intérieur, compare ça à la lutte contre le terrorisme, à ce qu'on a fait à partir de 2017 dans ce pays. »
- 7:57Nicolas BessoneChiffre
« On a eu une cinquantaine de morts sur une agglomération comme Marseille. »
- 9:25Nicolas BessoneFait
« Nous avions besoin d'une loi nouvelle qui nous mette à niveau, puisque nous avons tous constaté les policiers, les magistrats que nous nous trouvions dans une lutte, finalement, asymétrique avec les trafiquants. »
- 11:31William LowensteinChiffre
« On a maintenant des usagers qui sont en fait déjà des personnes dans le mésusage, c'est-à-dire qui commencent à avoir des problèmes avec leur consommation et des conséquences de cette consommation, à partir de 15, 16, 17 ans. »
- 15:10Didier JayleChiffre
« En 2010, on est monté à 10 tonnes. 2020, 20 tonnes. Cette année... Enfin, l'année 2024, 53 tonnes. »
- 18:52Laurent NunezChiffre
« On a créé l'amende forfaitaire délictuelle pour les consommateurs. Quand ils reconnaissent le délit, ils sont verbalisés immédiatement. Ca explose. On en a fait 42 000 en 2024, c'était 28 000 en 2023. »
- 21:41Nicolas BessoneFait
« Le problème du taux de THC qui est fumé, effectivement, on le voit tous les jours dans nos procédures, par des adolescents de plus en plus jeunes, est tel qu'il peut rendre notre jeunesse schizophrène. »
Temps de parole
- ?100 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Générique
...
Bienvenue dans ces idées qui gouvernent le monde. Narcotrafic et délinquance. On pourrait presque dire que l'histoire de la drogue est aussi vieille que le monde, sinon que les drogues ont pris des formes de plus en plus variées, que leurs usages ont considérablement augmenté, que les trafics de stupéfiants ont généré une économie parallèle qui se mesure en dizaines de milliards d'euros, que le narcotrafic a généré une économie du crime qui ravage tous les territoires. Par ces enjeux socio-économiques et politiques, la lutte contre le narcotrafic prend l'allure d'une lutte extensive contre la criminalité organisée. Pour ce qui concerne la France, nous sommes concernés à plusieurs niveaux. Un Français sur deux a consommé au moins une fois
du cannabis, un sur dix au moins une fois de la cocaïne et ces consommations sont en forte croissance. On chiffre à des centaines de milliards le chiffre d'affaires annuel mondial généré par le narcotrafic. Pour la France, les points de deal concernent à la fois les métropoles et les territoires ruraux et tout cela s'accompagne d'une ultra-violence avec de nombreuses victimes et parfois des très jeunes. La répression gagne du terrain judiciaire avec des prisons dédiées aux plus gros trafiquants et sur le plan du renseignement avec le dossier-coffre pour protéger les techniques d'enquête mais en excluant jusque-là
la possibilité d'accéder aux messageries cryptées des narcotrafiquants. De ce sombre tableau, nous allons discuter avec mes invités que je vous présente. Laurent Nunez, vous êtes préfet de police de Paris et ancien ministre. William Lowenstein, vous êtes ministre addictologue, président de SOS Addictions. -Médecin addictologue. Je rêve que nous ayons un ministère de l'addictologie, mais vous avez dit ministre addictologue. -Vous avez raison, médecin, mais ça viendra peut-être. Médecin addictologue. Nous avons en visioconférence Nicolas Bessone, vous êtes procureur de Marseille, je vous remercie d'être avec nous. Didier Jayle, vous êtes dermatologue
et vous êtes le directeur de la revue "Swaps". Je voudrais excuser Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin, ancienne ministre, qui devait participer à cette émission et du fait d'un règlement de compte mortel à Vaulx-en-Velin, n'a pas pu y participer. Avant de démarrer, je vous demande d'écouter un extrait. Nous sommes à l'Assemblée nationale le 7 novembre 2024 et c'est l'intervention du député d'Ille-et-Vilaine, Mickaël Bouloux, du groupe socialistes et apparentés. -Mexicanisation, narcoracailles, opérations "place nette". Les propos sont forts, le verbe se veut haut. Pourtant, le répressif nécessaire ne peut être la seule réponse.
Le narcotrafic s'étend désormais dans le sang à tout le territoire national, des pays des océans, à nos villes, à nos territoires ruraux. Face à une violence de plus en plus décomplexée, la lutte contre le narcotrafic doit devenir une cause nationale qui peut nous unir. Il faut s'intéresser aux racines du trafic de drogue qui repose notamment sur l'exploitation des mineurs et implique des jeunes de plus en plus jeunes. Il faut s'intéresser à l'argent généré. Le gouvernement doit prendre sa part. Le manque de moyens est criant pour la police, pour la justice, pour mener les enquêtes spécialisées, pour les douanes, pour toucher réellement les narcotrafiquants au portefeuille. Mais ce n'est pas tout.
Il faut aussi réinvestir la politique de la ville, lutter contre la pauvreté, terreau privilégié du narcotrafic, soutenir les services de santé pour aider les consommateurs de drogue à en sortir, redonner, enfin, les moyens à l'Education nationale pour nos enfants. -Laurent Nunez, vous venez d'écouter ce député et il relatait les propos du ministre de l'Intérieur, "mexicanisation", "mobilisation tous azimuts", "plus de limites" ; vous agréer avec ce langage de combat radical contre le narcotrafic ? -Oui, contre le narcotrafic, on mène un combat qui est radical.
Les services de police, sous l'autorité, évidemment, des parquets, singulièrement, pour ce qui me concerne, sur l'agglomération parisienne, sous l'autorité des quatre parquets, correspondant aux quatre départements : Paris, Val-de-Marne, Seine-Saint-Denis et Hauts-de-Seine. Je crois que... ce qu'il faut retenir de tout ça, c'est que depuis des années, maintenant, on mène une lutte acharnée contre le trafic de stupéfiants. Chaque année, on interpelle plus de monde. Chaque année, on met en cause plusieurs trafiquants. Les saisies augmentent. Les avoirs qui sont gelés autour du trafic augmentent. On a fait beaucoup de choses. La lutte contre le narcotrafic ne démarre pas aujourd'hui. Je vais rappeler qu'en 2019, l'OFAST a été créé.
L'OFAST a été créé. D'ailleurs, il a été annoncé à Marseille. L'annonce de l'OFAST a été faite à Marseille. On a renforcé les moyens des services. On a imposé une plus grande coordination, toujours sous l'autorité des parquets. On a créé des cellules de renseignement opérationnel dans tous les départements. On a fait beaucoup. Or, force est de constater que, malgré ces résultats qui sont très positifs, autour du trafic de stups, je parle évidemment sous le contrôle et l'autorité du procureur de la République de Marseille, on constate que les règlements de comptes augmentent, la violence autour du trafic de stupéfiants, et donc la délinquance autour du trafic de stupéfiants, ce qui fait qu'on parle de narcotrafic maintenant,
augmente aussi, c'est des vols de violence pour se procurer de l'argent, c'est des séquestrations dans le cadre de règlements de comptes, des règlements de comptes, des vols simples, tout simplement, pour rembourser des dettes. On voit que la délinquance autour du trafic augmente. Le député qui citait à l'instant, mais le ministre d'Etat le dit aussi, on constate une implication de plus en plus fréquente, maintenant, de personnes jeunes, des jeunes guetteurs, des personnes très jeunes, y compris, d'ailleurs, parmi les auteurs d'homicides liés au narcotrafic. Et donc, il est apparu assez rapidement cette nécessité de passer à la vitesse supérieure. Et c'est le projet qui est porté
par la proposition de loi pour lutter contre le narcotrafic. Cette idée de passer à une dimension supérieure. le ministre d'Etat, le ministre de l'Intérieur, compare ça à la lutte contre le terrorisme, à ce qu'on a fait à partir de 2017 dans ce pays, c'est-à-dire avoir une coordination plus soutenue entre les services, la création d'un PNAT, Voilà. Donc il y a une volonté forte de passer à l'échelle supérieure en réorganisant les services. C'est pas une réorganisation structurelle massive, c'est cette idée qu'il faut mieux coopérer ensemble, mieux travailler ensemble, et, pour ce faire, on a aussi besoin d'outils, d'outils juridiques, d'outils budgétaires, et c'est ce que contient la proposition de loi sur le narcotrafic. Mais on ne baissera pas les bras. On continuera
cette lutte. C'est compliqué, c'est difficile. On gagne des batailles dans cette guerre, mais il en reste encore beaucoup à mener. -Alors, Nicolas Bessone, sans vous provoquer, Marseille jumelée avec Mexico, mexicanisation ?
*-C'est, malheureusement *depuis de nombreuses années *l'épicentre du trafic de stupéfiants, *malgré là aussi une politique très volontariste à la fois *de la préfecture de police, que M. Nunez connaît bien également, *et du parquet *des magistrats instructeurs. *Sauf qu'on a, effectivement, une augmentation considérable, *notamment en 2023, du nombre de narcomicides. *On a eu une cinquantaine de morts *sur une agglomération comme Marseille. *Ca a évidemment suscité une révolte de la population *et une prise en compte très forte des pouvoirs publics. *Dans le prolongement de ce qu'indiquait *le préfet de police, M. Nunez, *il y a cette loi qui va nous permettre
*de passer à la vitesse supérieure et dont je pourrais vous évoquer *les principales dispositions. *Mais je suis ravi de participer à ce débat avec des gens *qui doivent assumer la mission répressive *qui est la nôtre, c'est-à-dire les forces de sécurité intérieure. -Et également éducatives, on va en parler. *-La justice, *mais également, moi, je le dis toujours, *on a besoin d'un gros marteau pour taper sur la tête *des trafiquants, *excusez-moi cette métaphore un peu triviale, *mais on a également besoin de traiter l'addiction, *les consommateurs *et la problématique sociale dans nos quartiers. *Deux mots pour vous dire que... *nous avions besoin d'une loi nouvelle *qui nous mette à niveau, puisque nous avons tous constaté,
*les policiers, les magistrats, que nous nous trouvions *dans une lutte, finalement, asymétrique *avec les trafiquants, c'est-à-dire *ceux qui disposaient de moyens considérables, *qu'ils soient technologiques ou financiers, *c'était les trafiquant. Et cette loi, *qui arrive 20 ans après la loi qui a créé *les juridictions interrégionales spécialisées, va dans le bon sens *en nous permettant, en nous dotant de moyens juridiques, *nous permettant d'être plus efficaces. *Statut du collaborateur de justice, *cours d'assises spécialement composés pour juger, *comme le disait le préfet de police. On essaie un peu *de s'aligner à la hauteur des enjeux, *un peu comme il a été fait en terrorisme, en lutte
*contre le terrorisme, développement du renseignement *et nécessité d'une coordination renforcée *avec la création d'un parquet national *anti-criminalité organisée. -Merci, M. Bessone. Alors, les médecins que vous êtes, en quoi vous aidez, si je puis dire, sans être des substituts de la police ou de la justice, dans cette lutte contre le narcotrafic ? William Lowenstein ? -Alors, oui... -On va rentrer après dans les drogues elles-mêmes. -C'est en effet en tant que médecin et remonté de terrain que je peux m'exprimer en ayant, en tant que citoyen,
le souhait que sécurité publique et santé publique se coordonnent, se complètent et gagnent en efficacité. Donc je vais essayer de dire un peu ce qu'on observe depuis les années sida, ça fait une quarantaine d'années, très rapidement, c'est-à-dire, en effet, malgré toutes les déclarations, une aggravation de la situation. Alors, aggravation, qu'est-ce que ça veut dire ? D'abord, un âge plus précoce, et ça en addictologie, c'est vraiment un facteur qui nous inquiète. -Ca démarre à quel âge ? -Le... Et c'est important de le souligner, parce que vous voyez, sur le sujet du cannabis,
c'est pas du tout la même histoire en termes de dommages et de méfaits sur un cerveau adulte que sur un cerveau adolescent. Ce sont deux problèmes quasiment différents. Quand on dit "le cannabis", c'est un peu comme quand on parle de l'addiction, vous voyez, on a du mal à tout rassembler. Donc là, on voit quand même qu'on a maintenant des usagers qui sont en fait déjà des personnes dans le mésusage, c'est-à-dire qui commencent à avoir des problèmes avec leur consommation et des conséquences de cette consommation, à partir de 15, 16, 17 ans, ce qu'on ne voyait pas avant 18, 19, 20, 21. Et là, d'ailleurs, par rapport aux campagnes actuelles,
il y a une précision qu'on a depuis longtemps testée, en leur disant... -M. Lowenstein, même pour les drogues dures... -Bien sûr, la cocaïne notamment, et j'insiste là-dessus, parce que, à nos yeux, vu du terrain, je dirais que la répression, la prohibition, avant qu'il y ait vraiment cette menace du narcotrafic, d'un point de vue sanitaire, je vais m'exprimer, la prohibition était une mauvaise politique. Tout le monde lui aurait pardonné si elle avait réussi. Ce n'est pas le cas, vu des cabinets médicaux, vu des centres, vu des consultations jeunes consommateurs. Je ne crois pas que ce soit le cas, d'ailleurs, du point de vue de sécurité publique. Donc c'est pour ça qu'en termes de citoyens, je dis "attention",
bien sûr, au moment de la bascule, parce que c'en est une, et Retailleau sur le sujet fait un lanceur d'alerte qu'on peut entendre. C'est vraiment en termes d'augmentation des violences, vous le savez mieux que moi, Monsieur le Préfet, en termes d'augmentation des corruptions, vraiment des menaces. Mais dans le cabinet médical, ce qu'on voit, c'est que quand on culpabilise nos patients, ce que fait jamais un médecin, évidemment, c'est contre-productif, ça n'a jamais protégé personne, et deuxièmement, ça se retourne assez vite contre nous, dans le sens où ils disent : "Mais en quelque sorte, pourquoi l'Etat ne s'en occupe pas ? Est-ce qu'on a le choix ? On voudrait ne plus avoir à commander une mafia sans frontières."
-M. Lowenstein, je voudrais demander à Didier Jayle de nous préciser cette perversion peut-être encore plus grave avec ce qu'on appelle le chemsex. Est-ce que vous pouvez en parler, Didier Jayle ? Parce que ça touche de plus en plus de jeunes et d'ailleurs vous alertez à travers votre revue "Swaps". -Oui, le chemsex, c'est une pratique qui est très développée essentiellement dans le milieu gay, et qui consiste à s'injecter... -Et qui ne concerne pas exclusivement... -Marginalement, ça s'étend, oui, ça s'étend un peu aux hétérosexuels, mais c'est le coeur... -Qui font partie de la communauté nationale. -La communauté gay, une pratique de s'injecter des drogues qui augmentent le plaisir et qui augmentent
les sensations, et de le faire souvent en sexualité de groupe pendant les week-ends. Le problème c'est que les substances qui sont prises sont très addictives et je dirais que c'est un petit peu comme toutes les drogues. Il y en a qui supportent très bien et qui gèrent bien. C'est l'ONU qui dit qu'il y a à peu près 90 % des usages de drogue qui sont sans problème, puis il y en a 10 % qui ont des problèmes. Dix 10 %, c'est ce qu'on voit. Et donc, il y a des gens qui... Généralement, ce sont des gens qui sont les plus fragiles, des gens qui sont seuls, qui n'ont pas un environnement social positif, qui n'ont pas un boulot formidable,
qui vont tomber dans l'addiction et qui ne vont plus gérer. -Et Didier Jayle, ils peuvent y aller librement, il suffit d'aller sur Internet. -Vous savez maintenant, les drogues, c'est vrai que la lutte contre le trafic a fait des saisies incroyables et des énormes progrès. Moi, je me suis occupé un peu de politique des drogues, à travers la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie dans les années 200, où on saisissait de trois à cinq tonnes de cocaïne par an. -Là, c'est avec dix fois plus. -En 2010, on est monté à 10 tonnes. 2020, 20 tonnes. Cette année... Enfin, l'année 2024, 53 tonnes. Donc, c'est vrai, dix fois plus.
-Et avec un prix du gramme, pardonne-moi, juste de t'interrompre, un prix du gramme qui n'a pas baissé. C'est-à-dire, pour les usagers, ce qui pourrait être, si j'ose dire, une sorte de réflexion qui pose quelques questions, c'est cette histoire, si vous voulez, de prix du gramme. Est-ce que ça doit être inclus dans nos critères d'évaluation d'efficacité ? D'ailleurs, que ce soit pour la répression, la réduction des risques, la prévention ou le soin. Pardon, Didier, de t'avoir interrompu. -Allez-y, terminez, Didier Jayle. -Donc c'est assez simple si vous voulez, c'est vrai que ça se commande sur Internet ou vous pouvez même, pour plein de drogues, un peu comme une pizza, vous appelez un numéro d'un dealer qui vient vous livrer chez vous et vous n'avez pas besoin
de vous exposer. -Ces substances qu'on peut avoir via Internet, les effets augmentent quand elles sont conjuguées à l'alcool, etc. -L'alcool majeure les effets de toutes les drogues. -Mais d'ailleurs, souvent, les chemsexeurs, qui sont aussi responsables, ne vont pas associer l'alcool aux drogues. C'est-à-dire, ils le savent, ils l'apprennent, même s'il y a pas assez de prévention, pas assez d'information sur la consommation. Mais c'est très difficile. C'est un problème de la prohibition. C'est la prohibition qui engendre un peu la violence, qui engendre l'augmentation des prix, qui entraîne les guerres des gangs.
Ce ne sont pas les produits qui font ça, c'est la prohibition. Donc on est dans un système de prohibition qui a été décidé par les Etats-Unis, un peu il y a 100 ans, lors des premières conventions internationales, et puis beaucoup à partir de Nixon, la fin de la guerre du Vietnam, la drogue, c'est l'ennemi public numéro un, et ils ont entraîné le monde entier dans ce système, et on est un peu coincé dans ce système. -M. Nunez, vous entendez ce que disent les médecins, la prohibition a engendré la violence. Je voudrais avoir votre avis. Il y a des drogues licites, il y a des drogues illicites. Certains disent que le tabac, l'alcool aussi sont des drogues, mais elles sont licites, si on peut dire. A votre avis, la répression doit se conduire de la même manière, d'une manière générale ?
Et qu'est-ce que vous pensez de cette idée que c'est la prohibition qui entraîne la violence ? -Alors d'abord, vu de notre fenêtre, ce que vous avez cité, le ministre d'Etat, le ministre de l'Intérieur, vu de notre fenêtre, et je crois que vous le dites vous-même, finalement, les 90 % % des consommateurs ne posent pas de problème. Ce sur quoi on cherche à sensibiliser les gens, c'est sur la consommation récréative. Je pense qu'on peut parler d'une consommation récréative de stups... -Vous pouvez expliquer aux téléspectateurs ? -C'est la consommation... -Des non-dépendants. -Voilà. C'est pour s'amuser, pour créer des effets euphorisants, pour... -Oui, mais il y a une accoutumance. -Oui, mais on peut basculer,
c'est ce que vous disiez, on peut basculer. -Comme l'alcool. -Mais l'idée de culpabiliser, parce que c'est le mot qu'a employé le ministre de l'Intérieur, de culpabiliser le consommateur, est, de mon point de vue, une bonne idée. Sur la partie, c'est les 90 % qui sont dans le récréatif, qui peuvent basculer, et c'est une politique qu'on mène, qui est une politique répressive aussi. On a créé l'amende forfaitaire délictuelle pour les consommateurs. Quand ils reconnaissent le délit, ils sont verbalisés immédiatement. Ca explose. On en a fait 42 000 en 2024, c'était 28 000 en 2023. Donc, on augmente les choses. Et il y a cette idée aussi, donc, de volet répressif qui s'applique aussi aux consommateurs. Après, il y a, effectivement, les consommateurs
qui sont tombés dans une addictologie très forte. -Addiction. -Addiction très forte, effectivement. Donc, dans une addiction très forte. On le voit, par exemple, dans le nord-est parisien avec les consommateurs de crack. L'action répressive que nous menons avec la procureure de la République de Paris, moi, sous son autorité, avec mes policiers, elle atteint des limites. On a du mal à l'expliquer, parce que tout ça, là, on est dans un studio, c'est facile à dire, on disserte entre nous, mais quand vous allez voir les habitants du nord-est parisien dans le XIXe du côté de... Rosa Parks, c'est compliqué à leur expliquer que l'action répressive atteint des limites, parce qu'il n'y a plus que l'action de prise en charge de ces gens qui... -Et en plus, c'est compliqué,
on n'a pas de traitement de substitution pour la cocaïne, et c'est vraiment ça qu'il faut aussi souligner. -Donc voilà, je veux dire, vu de notre fenêtre, nous ne disons pas forcément des choses contradictoires. Nous, on a bien compris que quand on bascule dans une addiction extrêmement forte, il faut passer aussi sur des mesures médicales. Ca, on ne le conteste pas. Mais l'idée de cibler les consommateurs quand ils sont dans cette phase de montée en puissance, quand ils peuvent basculer, je pense, de mon point de vue, que c'est une excellente idée. Il faut qu'on continue à le faire. -Permettez juste qu'on demande à M. Nicolas Bessone ce qu'il pense de cette conversation maintenant orientée vers le consommateur. M. Bessone. *-Oui, alors là encore je suis
*assez en phase avec le préfet de police, *même si j'entends les arguments des deux médecins. Quelle est l'alternative à la prohibition ? C'est la légalisation. *La problématique de la légalisation *c'est l'évolution, d'abord, *du degré de concentration des drogues *pour la résine de cannabis *puisque personne un petit peu sérieux *ne va parler de légalisation *de l'héroïne, de la cocaïne ou a fortiori du crack. *Le problème du taux de THC qui est fumé, effectivement, *on le voit tous les jours dans nos procédures, *par des adolescents de plus en plus jeunes,
*est tel qu'il peut rendre notre jeunesse schizophrène. *Quel est l'Etat qui se permettrait *de vendre un produit qui rend sa jeunesse *avec des troubles psychiatriques lourds ? *Alors vous allez me dire, l'Etat pourrait vendre, dans le cadre *d'un marché contrôlé, de la résine de cannabis *avec un taux de THC inférieur *à celui qui a des effets délétères *sur la santé publique, mais subsisterait, *à côté de cette vente légale, une vente illégale. *Donc ça, c'est le premier point. *Je suis assez d'accord avec les médecins *sur la prise en charge du consommateur,
*mais je suis au regret de dire que l'alternative à la prohibition, *c'est la légalisation, et pour les raisons *que je viens de vous indiquer, *elle me paraît totalement inopportune. *L'acte problématique, le deuxième point *très intéressant, était celui de la culpabilisation. *Et là aussi, moi je regrette, je pense qu'on pourrait faire *des campagnes de prévention et d'accompagnement *des toxicomanes peut-être un peu plus dynamiques. *Et là, il y a deux cas de figure, le consommateur récréatif, *qu'il convient effectivement de culpabiliser, *c'est-à-dire de lui faire prendre une prise de conscience morale. *C'est ce que j'ai dit plusieurs fois dans des interviews, *ce qu'a dit M. Retailleau ou ce qu'a dit *l'ancien garde des Sceaux du Dupond-Moretti,
*quand vous fumez votre joint dans votre quartier bourgeois *du XVIII arrondissement de Marseille, *votre frère de jeunesse *qui n'a pas eu la même vie que vous *et qui habite au fin fond des quartiers nord, *pendant ce temps, il se prend une rafale de kalachnikovs *sur un point de deal. *Donc peut-être en appeler à la morale *de ceux qui consomment de la drogue de manière récréative. *En revanche, je suis totalement d'accord *avec nos médecins, la culpabilisation *du toxicomane lourd est totalement contre-productive. *Et donc, autant *je suis d'accord avec M. Nunez *sur l'amende forfaitaire délictuelle, *voire j'aurai une position encore plus ferme *si les juges estimaient que c'est proportionné, *je saisis la voiture
*du petit bourgeois qui va aller s'acheter sa drogue *dans les quartiers nord, *je le ferai sans sourciller, *autant la culpabilisation du toxicomane lourd... *Et là, j'ai un petit regret avec l'AFD, *c'est pour ça qu'il faut, comme le disait M. Nunez, *sous le contrôle et sous la direction du parquet, qu'on applique un certain nombre de critères. *La multiplication *des AFD nous a fait peut-être perdre *la visée du toxicomane lourd qui, lui, mérite *d'avoir un suivi à la fois coercitif, *judiciaire, parce que ça fait également partie *du traitement, *mais avec un accompagnement médical *beaucoup plus lourd. Voilà ce que je voulais vous dire
*sur ces éléments qui me paraissent au coeur. *On ne peut pas, nous... Je le dis encore, *avec le préfet de police, notre mission c'est d'arrêter *les trafiquants, d'éviter la multiplication du trafic, *mais nous n'arriverons à rien sans également *un regard sur les consommateurs et notamment les consommateurs lourds *que l'on doit punir, certes, mais, évidemment, soigner. -Merci, M. Bessone. Alors, messieurs les médecins, M. Lowenstein et M. Jayle, pour vous appeler par vos noms, est-ce que vous pouvez dire aux citoyens, aux téléspectateurs, qu'il y a une différence de dangerosité entre les drogues naturelles,
les drogues de synthèse, les drogues thérapeutiques, les psychédéliques ? Est-ce que c'est très différent, le cannabis et la mescaline, la cocaïne et la kétamine, voire le fentanyl ? Est-ce qu'à ce niveau, vous êtes en mesure de dire qu'il y a des drogues qui ne sont pas dangereuses et en même temps, vous avez l'air de dire que sur le cannabis, vous ne seriez pas contre la légalisation ? -Alors oui, avec votre conclusion et beaucoup de précisions qui prendraient beaucoup de temps avec votre introduction. -Mais c'est bien que les citoyens sachent un petit peu l'avis médicale. -Si je ne veux pas tomber sur un tableau à la Trump
que personne ne va comprendre, vous voyez, sur les droits de douane, mais sur la dangerosité des drogues, il y a beaucoup de travaux. Et il suffit de taper sur Internet "dangerosité des drogues". -Oui, mais là on a des médecins, c'est peut-être mieux qu'Internet. -Si vous voulez, la drogue dite la plus dangereuse au bout du bout du bout de tous les items qui sont retenus, ça s'appelle le tabac avec combustion. C'est elle qui tue en France, prématurément, 75 000 personnes par an. 75 000 personnes par an. Ensuite, si on fait le critère de la dangerosité, donc de la... -Mais là, on est dans les narcotrafics, on n'est pas... C'est le point du sujet. Ce n'est pas la science qui a décidé...
pour vous le dire autrement, il n'y a aucun fondement scientifique sérieux qui ait différencié les drogues illicites des drogues licites. Ce sont des critères, soit historiques, soit géographiques, parce que je vous rappelle qu'une société sans drogue, ça n'existe pas, ça n'a jamais existé et ça n'existera jamais pour une simple et bonne ou malheureuse raison, c'est que le principal producteur de drogue au monde, il est le cerveau humain. Toutes ces drogues fonctionnent parce que nous avons des récepteurs qui sont, dans notre cerveau, là, pour accueillir les dizaines de milliers d'années d'évolution des petits mammifères métaphysiques
que nous sommes. Et si j'insiste sur ce sujet-là, c'est parce que, bien sûr, pour la lutte contre le narcotrafic, et notre impression est qu'en effet, il était temps de passer de vider l'océan à la petite cuillère à essayer de le vider à la louche, alors que nous avons vu l'exemple américain depuis les années 68, 70, où eux, ils avaient des gros seaux, et ça a donné ce que ça a donné dans le monde entier. Donc je finis sur la dangerosité, parce que votre question est trop large. Sur la dangerosité, ce sont deux drogues licites qui, d'un point de vue sanitaire, tuent le plus, mais d'un point de vue social, n'ont pas entraîné les méfaits
des mafias sans frontières que la prohibition entraîne. C'est ce que Didier avait dit tout à l'heure. Après, en termes de dangerosité, les pires années sont à venir, parce que les nouvelles molécules et les nouveaux produits de synthèse, si on ne fait pas d'informations... Une autre critique, éventuellement, qu'on puisse faire à la prédominance de la prohibition. Si on pense qu'interdire suffit en termes de prévention, il n'y a qu'à regarder les 50 années. Donc, à l'heure actuelle, c'est comment nous nous réunissons tous pour évaluer ce qui a été fait pour voir ce que nous pouvons faire ensemble d'efficace et pas simplement d'idéologique. Et je finirai là-dessus, pardon. Blaise Pascal disait à un moment donné : "La vraie morale
se moque de la morale", et je voudrais que nous soyons dans cette réflexion pragmatique parce que tous, nous sommes contre les drogues entre guillemets, bien entendu sauf qu'il nous faut apprendre à vivre avec les drogues pour en réduire les risques et protéger, comme vous le dites, les citoyens et les citoyennes et ça, on peut le faire... -On vous a entendu. -Basta la naïveté. Il faut vraiment lutter contre les narcotrafics. Mais comment on évalue cette lutte ? Comment on peut faire ? Et avec trois autres facteurs que les Suisses ont identifiés, je conclue là, qui s'appellent la prévention, qui doit nettement s'améliorer, le soin, qu'il faut financer beaucoup plus et la réduction des risques qui, croyez-moi, pour avoir amené
la méthadone en France, les seringues stériles, etc., a été en 40 ans ce que j'ai vu de plus efficace. -Merci. -Didier Jayle, sur les drogues de synthèse, vous partagez cet avis qu'on va assister à une multiplication dans les mois à venir ? -Les drogues de synthèse... Oui. Vous prenez l'exemple du fentanyl, qui est une drogue de synthèse qui ressemble à l'héroïne. -Fabriquée beaucoup en Syrie. -Oui, fabriquée dans différents pays. Dans beaucoup de laboratoires. -Beaucoup de laboratoires. -Elle a fait aux Etats-Unis deux fois plus de morts que les accidents de la route. 70 000 morts par an aux Etats-Unis. Depuis 10 ans,
700 000 morts, plus que le nombre de morts au Vietnam. Ca, c'est des drogues de synthèse. Ces drogues de synthèse, il faut vraiment informer les gens sur les dangers de ces drogues de synthèse. -Parce qu'on peut les acquérir ? -C'est 50 fois plus fort que l'héroïne, si vous voulez, mais ça peut s'envoyer dans une enveloppe. Et donc il y a eu énormément de ce qu'on appelle overdoses, de surdoses mortelles liées à ces drogues de synthèse qui sont redoutables. En France, on est relativement protégé grâce à la politique de réduction des risques, qui est une politique qui est née avec le sida. C'est-à-dire qu'avant, finalement, on n'offrait rien aux toxicomanes, si ce n'est qu'on leur proposait de se sevrer, là on voulait bien s'en occuper.
Comme on a vu que ça n'empêchait pas l'épidémie de sida, on s'est dit : "Oh là là, il y a urgence, il faut s'occuper du sida." Donc on s'est demandé de quoi ils ont besoin. Déjà, s'ils attrapent le sida, c'est parce qu'ils partagent les seringues. Or, elles sont interdites pour ne pas inciter à s'injecter des drogues. Donc on a autorisé la vente libre des seringues, le Gouvernement de 1987 Et puis ensuite, il y a eu les traitements de substitution qui permettent de donner un opiacé, parce qu'un traitement de substitution, c'est la méthadone ou le subutex, ce sont des traitements opiacés, mais qui se donnent en comprimé et plus par voie injectable, et qui permettent d'être dans un état normal. Ca empêche le manque. Parce que ce qu'il faut savoir, c'est qu'avec les drogues
de synthèse ou pas, au début, il y a une espèce d'euphorie à consommer, un grand plaisir, et puis après, il y en a de moins en moins, mais on en reprend parce qu'on est devenu dépendant. C'était le cas, surtout de l'héroïne, et c'est aussi un petit peu le cas de la cocaïne. Je crois que s'il y a une urgence, aujourd'hui, c'est d'essayer d'être pragmatique. Et de chercher, comme disait William, on n'a pas de traitement de substitution pour la cocaïne, mais il faut travailler, trouver des modèles, créer des modèles pour s'occuper des gens. Et... -Et là, pour l'argent de la recherche... Juste... -Si vous permettez...
Si vous permettez, je voudrais demander à M. Laurent Nunez, qu'est-ce que vous faites par rapport à ces drogues de synthèse qui sont quasiment en accès libre et même, on peut les commander à partir des prisons, puisque la nouvelle loi n'autorise pas à capter les communications cryptées. Comment faites-vous organiser la lutte contre ces drogues de synthèse ? Elles sont très dangereuses, comme vous venez de l'entendre. -Les drogues de synthèse, je parle pour l'agglomération parisienne, on a une montée en puissance des saisies de drogues de synthèse et des dossiers, des mis en cause pour trafic de stupéfiants.
Donc, en matière de drogues de synthèse, maintenant, on n'est pas loin du tiers des dossiers. Donc, ça augmente. Effectivement, comme vous le dites, on peut se les procurer... Pour l'agglomération parisienne, c'est essentiellement en Belgique, aux Pays-Bas, où ce sont des livraisons qui sont faites. Les gens commandent par Internet et le grossiste reçoit cette drogue. Et puis ensuite, il y a des livraisons à domicile. C'est une évolution aussi du trafic stupéfiant qui concerne aussi la cocaïne ou le cannabis, où on a un peu moins de trafic de rue et un peu plus de trafic par livraison, ce qui nous oblige, d'ailleurs, à créer des groupes dédiés à ce type de trafic, ce qu'on appelle le "Uber trafic", qui sont faits
par des plateformes d'achat. Et les drogues de synthèse transitent aussi par là. Donc effectivement, oui, elles augmentent. Juridiquement, d'ailleurs, pour certaines d'entre elles, la qualification ne les classe pas dans les drogues nocives. A chaque fois, il faut remettre à jour la liste. Il n'y a pas une définition un peu générale du produit stupéfiant, il y a aussi une liste. Et donc, voilà, ça impose pour nous de faire... -Est-ce que c'est vrai qu'une partie du trafic se fait depuis les prisons ? -Oui, bien sûr. Enfin, Monsieur le Procureur le dira également. Mais bien sûr, ça, c'est pour tous les trafics. Pour tous les trafics. Cocaïne, cannabis... et sans doute aussi drogue de synthèse. Mais il y a encore effectivement des dealers qui sont incarcérés,
qui continuent à organiser le trafic depuis leur lieu de détention. C'est pour cela que le garde des Sceaux a prévu la mise en place de quartiers de détention à haute sécurité, où il y aura des fouilles plus régulières, pour éviter qu'on continue à organiser un trafic depuis la prison. Et après, l'autre mesure que vous avez évoquée, qui est la possibilité d'intercepter des communications sur la téléphonie cryptée. -Des messageries cryptées. -Ca, c'est autre chose. Ca concerne aussi tous les trafics de stups, tous les trafiquants, et pas forcément ceux qui sont en détention. C'est-à-dire que les trafiquants, maintenant, ne communiquent plus en clair, comme on dit, et donc, évidemment, tant en matière de renseignement qu'en matière judiciaire, pour ce qu'on appelle...
Il y a les techniques de renseignement quand on est en phase de renseignement, puis quand on passe en phase judiciaire, il y a les techniques spéciales d'enquête. Techniquement, juridiquement, on ne peut pas accéder à ces communications cryptées. Or, les trafiquants les utilisent de plus en plus. Et comme le disait Monsieur le Procureur tout à l'heure, il ne faut pas qu'on reste en décalage par rapport aux moyens dont disposent les trafiquants. Et l'idée, un jour, de pouvoir accéder à ces messageries cryptées, elle va persister. Elle va persister pour les magistrats et pour les services de police. C'est extrêmement important. -On va demander son avis au procureur de Marseille sur le non-accès aux messageries cryptées et ce qu'il en pense.
*-Alors, le texte est, je crois, *actuellement devant la commission mixte paritaire *puisqu'il n'a pas été adopté *de manière équivalente *par l'Assemblée nationale et le Sénat. *Moi, je crois que dans les questions de narcotrafic, *il faut mettre un terme à la naïveté *et c'est nos médecins qui l'ont dit, c'est ni M. Nunez *ni moi-même qui l'avons indiqué. *Et puis nous restons malgré tout un Etat de droit. *Et donc la question qui devra être appréciée, *c'est la proportionnalité. *C'est-à-dire que moi je suis naturellement, *pour que nous soyons en capacité de lutter *contre le plus haut du spectre de la criminalité, *qu'on ait la possibilité
*de traquer, d'écouter ceux qui utilisent *cette messagerie cryptée dans des conditions légales *qui devront être définies et protectrices *des libertés individuelles *et du respect de ladite proportionnalité. *Deuxième point dont vous aviez parlé, *sur les établissements. *C'est pour ça que ce débat, je le trouve très intéressant, *parce que si on veut avoir des résultats à la fois *contre le narcotrafic et sur l'état sanitaire *de notre population, on a besoin à la fois *d'une politique répressive forte, de sortir de la naïveté, *mais on doit également faire un véritable accompagnement. *Et donc, les prisons de haute sécurité
*qui sont prônées par le garde des Sceaux *vont dans le bon sens. Là aussi, c'est proportionné. *Ceux qui sont capables de commanditer des assassinats, *de s'évader... *Tout le monde, a bien en tête le drame d'Incarville. *De continuer leur trafic, *il faut les isoler dans un régime très dur. *Et parallèlement, j'ai également entendu. *ce qu'a dit le ministre de la Justice, *une prison pour d'autres types de publics, *beaucoup moins sécuritaire, est tournée vers la réinsertion. *Et c'est la même chose que nous devons faire *vis-à-vis des consommateurs de drogues dures, *de ces 10 % dont parlaient nos médecins qui décrochent, *qui vont commettre des infractions dédiées,
*qui vont mourir d'overdose. *Ceux-là, il faut naturellement les suivre *et j'ai bien aimé aussi le terme, si je peux me permettre, *et après j'en aurais terminé, je suis déjà trop long, *de prévention des risques. *Effectivement, nous devons faire des campagnes préventives, *nous devons trouver des produits de substitution *et il faut une évolution *dans la société, dans sa globalité. *Je vous donne un dernier exemple sur une salle de shoot *à Marseille *qui a été déterminante puisqu'on a *des quartiers du centre-ville de Marseille très paupérisés *où tout le monde était d'accord *pour cette salle de shoot qui permettait *dans des conditions sanitaires *et puis d'engager une démarche de soins auprès du toxicomane. *Tout le monde était d'accord,
*sauf que quand il a fallu trouver l'endroit *ou en installer, c'est un peu comme les prisons, *personne n'en voulait à côté de chez soi. -Merci, Monsieur le Procureur. Si vous voulez bien, on va faire une coupure. On va écouter le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau. Il échange ou il répond à une question de la députée de l'Isère, Hanane Mansouri de l'UDR. -Lundi, à Grenoble, un homme de mon âge a été touché par trois balles en plein jour, sous les yeux des passants. Ce week-end, dans la même rue, un automobiliste a été sorti de force de son véhicule par plusieurs délinquants avant que ceux-ci n'incendient sa voiture. Il y a deux semaines, une bibliothèque municipale a été brûlée par les racailles. Il y a trois semaines encore, une grenade explosait
dans un bar du village olympique, quartier qui m'a vu grandir à une époque où il faisait encore bon vivre à Grenoble. Votre immobilisme, Monsieur le Premier ministre, face à la montée de la criminalité, est coupable. Comment tolérer que des maires laissent les villes aux mains des narcotrafiquants sans que l'Etat ne fasse rien pour démanteler ces réseaux ? -Vous avez égrené une longue litanie d'exactions et j'en suis informé. D'où l'urgence du vote de la PPL sur le narcotrafic, sur la criminalité organisée dans quelques jours, ici. Et j'espère que comme au Sénat, l'ensemble des groupes politiques sera au rendez-vous pour accorder à la République précisément une première victoire législative. Pour ce qui concerne Grenoble, je suis allé le 14 février,
pour annoncer et justifier une nouvelle stratégie en trois temps : judiciaire, sécuritaire et administrative. Le judiciaire pour avoir des résultats avec les services de renseignement avec un travail très en amont avec l'autorité judiciaire. Nous allons démanteler les réseaux pour judiciariser et ne pas faire simplement un seul coup, mais pour pouvoir justement, avec un coup de filet, retirer ceux qui sont responsables des réseaux. Ca, c'est le judiciaire. Ensuite, c'est le sécuritaire, pour qu'on puisse occuper toute la voie publique, les transports en commun, la rue, bien sûr, en allant fouiller dans chaque immeuble, les caches d'armes, les caches de drogues, les caches de cigarettes, de contrebandes. La police, bien sûr, mais aussi la gendarmerie.
Et enfin, la réponse administrative qui consiste à taper l'écosystème au portefeuille. Le blanchiment, la fermeture de commerce, mais aussi des enquêtes de patrimoine qui seront draconiennes. -M. Laurent Nunez, vous venez d'écouter cette expansion du trafic de drogue partout sur le territoire, y compris dans des lieux où on devrait les exclure. Je parle des écoles, de ces lieux extrêmement sensibles. Cette densification de la drogue, est-ce que vous pensez que les moyens de police sont ajustés à cette densification de la drogue ?
Et à quoi vous l'attribuez ? Est-ce que c'est simplement une consommation qui croît ou est-ce que l'offre internationale suscite une demande ? -Non, il y a une consommation qui croît, c'est évident, mais est-ce que les moyens sont suffisants ? Le ministre d'Etat, quand il répond à cette parlementaire sur Grenoble... Historiquement, il y a toujours eu un trafic important à Grenoble, c'est comme à Marseille, c'est comme dans l'agglomération parisienne. Moi, sur le secteur d'Aulnay-Sevran, j'ai un contexte qui ressemble beaucoup à Grenoble, à Marseille. -Encore que ça se généralise. -Justement, pour lutter contre cette généralisation, le ministre définit aussi une méthode. Il a raison d'insister sur le fait que, évidemment,
ce qui paye le plus en matière de lutte contre le narcotrafic, c'est le démantèlement judiciaire des réseaux. C'est l'action qui est menée sous l'autorité des préfets auxquels participent les services de police, dont ceux dont j'ai la responsabilité. Et il n'y a que ça qui paye. C'est le démantèlement des réseaux en profondeur. Et ensuite, et le ministre le dit bien, l'action de sécurisation qu'on met en place, une fois que le réseau est démantelé, une occupation de voie publique du terrain par des effectifs pour empêcher que le réseau ne se réimplante et l'utilisation, et le ministre le dit aussi, d'armes qui sont des armes judiciaires, ça peut être les saisies, les avoirs, ou des armes de police administrative, la possibilité de fermer des commerces
quand on sait qu'ils ont été adossés au trafic, et d'ailleurs de ce point de vue-là, la loi narcotrafic va étendre le pouvoir des préfets là où... -Mais vous concevez que des citoyens s'émeuvent quand des points de deal sont près des écoles et ce sont les écoles qui ferment. -Bien sûr. D'abord, je termine. Il y a aussi des mesures de police administrative qui vont être étendues par la loi sur le narcotrafic où un préfet pourra fermer maintenant tout type d'établissement dès lors qu'il est en lien avec le trafic. Là où avant, on ne pouvait le faire que pour certains commerces, comme les débits de boissons qui sont très réglementés et pour d'autres, on pourra généraliser. Après, oui, dans l'expansion du trafic... Mais c'est vrai un peu partout. On a vécu l'affaire, récemment, à Saint-Ouen
avec cette école qui a déplacé quatre classes parce qu'il y a un point de deal à proximité. Ca existe malheureusement dans d'autres endroits sur le territoire national. Et c'est pour ça qu'il faut intensifier, amplifier l'action qu'on mène, qui est une action judiciaire. Il faut démanteler en profondeur les réseaux, puis de l'occupation de la voie publique pour empêcher la réimplantation, et des mesures qui permettent de taper le trafic à la tête. Ce sont des mesures d'avoir, de gel financier, et puis des mesures de fermeture de commerce. Dans l'agglomération parisienne, il y a pas mal de trafics qui sont aussi adossés à des commerces qui servent soit de lieu de transaction, en même temps, d'ailleurs, de lieu de blanchiment et autres. Et la possibilité qu'on aura,
grâce à la nouvelle loi, de fermer, pour les préfets, en administratif, de fermer ce type de commerce, possibilité étendue, sera, évidemment, très utile. Mais je comprends, je termine là-dessus, je comprends évidemment l'exaspération de nos concitoyens. Je la comprends, c'est pour ça que l'on parle de démantèlement en profondeur. Pour nous, il n'y a que ça qui paye réellement. L'alternative, c'est quoi ? Si on ne fait pas d'action judiciaire, si on ne mène pas des actions de démantèlement en profondeur ? L'alternative, c'est une présence des fonctionnaires de police, de voie publique, qui dispersent le trafic, mais qui ne l'éradiquent pas. Et c'est vraiment l'action judiciaire qui est au centre de tout, et tout le dispositif de la loi narcotrafic... Elles donnent des outils aux policiers,
mais les placent sous l'autorité, évidemment, des parquets. J'insiste là-dessus, et Monsieur le Procureur sait l'attachement et le respect que je porte à l'autorité judiciaire. C'est très important qu'on démantèle en profondeur les trafics. Il n'y a que ça qu'ils ne comprennent. La présence de voies publiques n'est pas suffisante. Elle n'est pas suffisante, y compris dans le cas de trafics qui sont à proximité d'une école. Alors évidemment, oui, on déploie des effectifs, il faut protéger les élèves, mais il n'y a que le démantèlement en profondeur qui paye. -Didier Jayle. -Oui, j'allais dire deux choses. Vous avez parlé des drogues de synthèse et des drogues naturelles. Bon, le cannabis, c'est une drogue naturelle. Il y a des cannabis de synthèse aussi, d'ailleurs,
qui semblent être pires. Le cannabis, on le connaît bien. On a fait quand même pas mal d'informations sur le cannabis. La population est au courant qu'il ne faut pas conduire en ayant fumé du cannabis et surtout si on l'associe avec l'alcool. On connaît les risques. Et comme le disait William, le vrai problème, c'est les très jeunes, parce que le cerveau n'est pas mature. Donc, en France, on a cinq millions de consommateurs de cannabis. C'est dans une tranche d'âge relativement limitée. Ca veut dire que la consommation est devenue tellement massive que je pense que c'était pragmatique et c'est pas baisser les bras que de dire on va contrôler comme on le fait pour l'alcool, pour le tabac, on va contrôler, on va faire une distribution contrôlée en France.
Ce qui se passe... C'est les Etats-Unis qui ont porté l'interdiction et les conventions. Maintenant, dans beaucoup d'Etats américains, c'est légalisé avec différents modèles. L'Allemagne a décidé de légaliser, la Suisse est en train de le faire, le Luxembourg, le Portugal. Nous, on est toujours en retard. Je pense qu'il faut commencer à changer. -Est-ce qu'il y a des résultats sanitaires ? -Oui, ils sont plutôt pas mal en termes de consommation des jeunes, puisque les consommations des jeunes ont tendance à baisser dans tous les états américains qui ont légalisé. Donc c'est ça qui est le plus important. Ca c'est la première chose. La deuxième chose que je voudrais dire, c'est que cette politique de réduction des risques qui est née avec le sida où, pour la première fois, on s'est dit :
"On va s'occuper des gens." Là, je parle des dépendants. On va alors essayer, non pas simplement les docteurs, mais essayer de réfléchir à quoi ils ont besoin. D'abord, c'était des seringues. Donc on a autorisé la vente des seringues. Ensuite, les traitements de substitution. Et puis, il a fallu faire beaucoup d'échanges entre... les forces de police et les médecins pour que tout ça puisse marcher ensemble et que les policiers puissent amener, éventuellement, d'ailleurs, des personnes dans ces centres. Monsieur le Procureur a cité les salles de shoot. Nous, on préfère dire salles de consommation à moindre risque ou HSA, Halte Soins Addictions. Il y en a...
treize à Berlin, sept à Barcelone, une à Paris. et une à Strasbourg, deux en France. Je crois que... Elisabeth Avril, qui dirige le centre de Paris, fait un travail absolument extraordinaire, en étroite collaboration avec les commissaires du Xe arrondissement, qui se félicitent du travail qui est accompli, et toutes les évaluations, que ce soit l'Inserm, l'Inspection générale de l'administration... -Récemment. -Récemment. -Vraiment, toutes les évaluations sont en faveur de ce dispositif. Et le ministre de la Santé lui-même, récemment, l'a soutenu. Et on entend encore des gens qui disent : "Je suis contre les salles de shoot...". Je crois qu'il y a vraiment besoin, là... -Qu'il y ait une évolution. -Oui. Et cette évolution
est indispensable. Et le dernier exemple, c'est par rapport au chemsex. On a fait ce numéro de la revue "Swaps" sur le chemsex, dans plusieurs villes européennes. Et en gros, dans toutes les villes, que ce soit Barcelone, Amsterdam, Londres, Berlin, c'est à peu près la même chose. C'est essentiellement des prises en charge associatives, parce que les professionnels étaient un petit peu débordés par le sujet. Donc c'est surtout des associations qui s'en occupent. Mais il y a une différence, c'est les pouvoirs de police. La police, que ce soit à Barcelone, à Zurich, à Berlin, n'intervient pas. Quand quelqu'un fait un malaise, qui peut être mortel, dans une soirée, eh bien... -Le SAMU, ce n'est pas la police, et les pompiers non plus.
-Eh bien, figurez-vous que si, quand on appelle les pompiers à Paris, les pompiers, c'est les militaires, et ils déclarent immédiatement à la police qu'il y a un problème de stups et la police vient. Ce qui fait que les gens, quand quelqu'un tombe mal et va peut-être mourir, ils n'osent pas appeler. -Oui, généralement, ils disparaissent. -Ils disparaissent. Ils n'appellent pas et la personne meurt. Et ça, c'est vraiment un souci. -C'est une demande forte qui nous est faite par certaines associations. Ce serait que les pompiers n'appellent pas la police dans ce genre de situation. Mais dans les personnes qui accompagnent... La personne fait un malaise, en fait, une overdose qui est souvent mortelle. -Oui. -Dans les personnes qui accompagnent, qui sont autour,
vous pouvez avoir celui qui est arrivé avec le produit, qui l'a introduit. Nous, on ne peut pas laisser partir cette personne et considérer qu'elle est libre d'aller et de venir. On est obligé d'intervenir. -C'est ce qui se passe dans toutes les autres villes européennes. -Je vous explique pourquoi on a cette position... -Oui, je comprends. -...qui consiste de demander une intervention et on prévient le parquet, et puis il y a des poursuites, voilà. Juste... -Attendez, laissez-le s'exprimer, je vous donnerai la parole. -Sur la légalisation, vous êtes revenu dessus, moi je partage ce qu'a dit Monsieur le Procureur, la légalisation, je... -Elle est inéluctable, de toute façon. -Je n'y crois pas une seconde. Pour les raisons qui ont été rappelées sur le cannabis
par Monsieur le Procureur, c'est-à-dire qu'il y aura forcément un marché parallèle avec du produit qui aura un taux supérieur, et ça ne peut pas concerner toutes les drogues, on le sait très bien. -Oui. -Si vous permettez... -Je crois aussi porter la voix du gouvernement. -A ce niveau du débat, je vais vous donner la parole, M. Nicolas Bessone, qu'est-ce que vous pensez de cette logique qui serait plus permissive et qui permettrait peut-être de mieux contrôler les choses ? On a peu de temps, mais je sais que c'est une question importante. Le magistrat que vous êtes ? *-Non, je ne suis pas favorable *à la légalisation. *En revanche, je suis favorable à la responsabilisation collective
*qui veut qu'à côté de l'outil répressif *que la police et les magistrats doivent mettre en oeuvre, *on ait un accompagnement, et moi j'étais très favorable, *effectivement, le terme salles de shoot *en plus, fait peur, Halte Soins Addiction, *ça s'appelait à Marseille. *J'aimerais qu'il y ait une vraie prise de conscience *dans la société pour dire *que le toxicomane lourd et, certes, un délinquant, *mais il est presque minoritairement un délinquant, *il est un malade qui a besoin d'être soigné, *il ne doit pas être mis à la marge de nos villes. *Et puis un dernier aspect que nous n'avons pas envisagé, *c'est la reconquête républicaine des quartiers, *c'est-à-dire que ce narcotrafic, la difficulté,
*moi, sur une ville comme Marseille, *je le dis, 30 % de notre population *vit sous le joug du narcotrafic *et on profite également quelque peu *par ce qui ruisselle, donc la reconquête *par une vraie politique sociale *une autre modélisation, le préfet de police a parlé *de la confiscation... Vous faites de la confiscation *de villas de narcotrafiquants *vous l'affectez socialement, *la loi française le permet désormais *en étant un centre de soins de rééducation des toxicomanes, *je pense que c'est une boucle complète *où tout le monde a sa place et a son rôle à jouer. *Et d'ailleurs, ce qui est bien dans ce type d'émission, *c'est que chacun a eu le temps de s'exprimer
*et le problème est très complexe *et je pense qu'il faut jouer sur toutes les cordes *que nous avons à disposition pour régler la toxicomanie. *Mais en revanche, non, moi, ma ligne rouge, ma limite, *c'est de dire : "Non, la légalisation *est une fausse bonne idée." *Par rapport à ce que disait M. Jayle, *c'est intéressant ce qu'il dit sur des Etats *qui ont légalisé ou en vente contrôlée *avec des résultats. *Je peux vous donner d'autres exemples qui démontrent *que la légalisation a entraîné une explosion de la consommation. *Bon... *Je pense que c'est une fausse bonne idée. *En revanche, je suis mille fois d'accord avec vous, *il faut qu'il y ait une évolution de la société très forte.
*Nous avons affaire à des malades, *ce sont nos concitoyens, nos concitoyens fragiles, *en difficulté, et il faut les aider, *il faut les soigner, il faut faire des campagnes, *et puis il faut sortir nos quartiers *de la règle du... -Merci, Monsieur le Procureur. M. Lowenstein. -Ca fait à peu près vingt ans qu'on dit la même chose. C'est-à-dire que la prohibition toute seule ne suffira pas. Ca ne veut pas dire encore une fois qu'il ne faille pas, plus que jamais, défendre nos démocraties. C'est tout le problème. Si on était une dictature, on serait plus efficace contre les narcotrafics, contre ces mafias, mais qu'on soit efficace et qu'on évalue où on en est de la prévention,
où on en est de la réduction du risque, où on en est du soin, où on en est de la répression, et qu'on s'en donne les moyens. Et c'est là où la réflexion sur la légalisation et les quatre milliards qu'on déclare d'ailleurs dans notre PIB viendraient un peu enrichir notre débat, parce qu'on ne peut pas dire qu'on met deux balles dans la tête d'un enfant de cinq ans en fumant un joint et ne pas considérer la position française qui déclare dans son PIB trois à quatre milliards d'économies de la drogue. -Merci, M. Lowenstein. Didier Jayle, un mot là-dessus ? -On est dans un système de prohibition qui génère la violence et qui génère la guerre des drogues, la guerre des cartels.
Et puis, d'un autre côté, on a des malades. Et on a aussi des consommateurs qui veulent consommer et qui consomment bien. Donc je pense qu'on n'est pas à la hauteur de la demande, ni en termes de soins ni en termes d'écoute et de prévention pour les gens qui pensent que c'est normal de pouvoir consommer un joint. Et la société fait que l'offre est extraordinairement diverse et que la prohibition n'arrive pas à résoudre ce problème. -Merci beaucoup. Monsieur le Préfet, je voudrais un mot de conclusion de votre part. Est-ce qu'à votre avis, la lutte contre le trafic de stupéfiants,
le trafic d'armes, la grande délinquance, est-ce que tout ça aujourd'hui est relié ? Et c'est ce qui rend le combat difficile ? -Oui, c'est très relié, puisqu'il y a beaucoup de délinquances autour du trafic d'armes, des violences qui sont liées au trafic. Et donc, c'est pour ça qu'on parle de narcotrafic. Oui, oui, tout est lié. Et c'est ce qui rend le combat difficile, mais passionnant aussi. C'est pour ça qu'on va continuer. Et juste un mot vraiment de conclusion. Pour les consommateurs les plus lourds, je pense à ce qui se passe dans le nord-est parisien, où l'action répressive, on est au bout de ce qu'on peut faire. On a des consommateurs. Je sais que je vais vous choquer, mais j'aimerais tellement que mes policiers, vers trois heures du matin, sur les quais du côté de Rosa Parks,
quand ils tombent sur des consommateurs en grande détresse, j'aimerais tellement qu'on ait la possibilité de les confier à des structures associatives, à des établissements de soins, et qu'ils puissent y avoir pour ces personnes une véritable contrainte, et qu'ils soient pris en charge. Ca éviterait de les avoir sur la voie publique. Malheureusement, aujourd'hui, ça n'est pas possible, et pour moi, c'est un grand regret, parce que l'action répressive, là où elle trouve ses limites, il faut que l'additcologie, pour le coup, commence vraiment de manière contrainte. Malheureusement, pour certains consommateurs, il n'y a que la contrainte qui permettra les soins. -Merci, Monsieur le Préfet. Je voudrais, avant de nous quitter, signaler la publication d'une revue qui s'appelle "Swaps",
qui est dirigée par Didier Jayle, et dans laquelle nous apprenons beaucoup de choses sur les drogues, leur diversification, leur consommation. Je crois que c'est un outil extrêmement éducatif. Merci, messieurs, d'avoir participé à cette émission, d'avoir apporté un éclairage. C'est un problème tellement important qu'il faudrait continuer et qu'il y a de nombreuses questions. Je voudrais remercier l'équipe de LCP qui a permis la réalisation de cette émission et je vous dis à bientôt. -Merci beaucoup. Générique
Laurent Nuñez