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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 3 septembre 2026 8 minComplaisantActualité / polémiqueDéfenseEurope & internationalSécurité

Elsa Vidal

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Questions et réponses

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  • 0:00OuverteRéponse directe

    Il est 6h20, la guerre en Ukraine est-elle à un tournant ?

  • 0:38OuverteRéponse directe

    Pourquoi la presse ukrainienne écrit que Moscou a changé de stratégie ? Qu'est-ce qui a changé ?

  • 1:14OuverteRéponse directe

    Et les cibles nouvelles, notamment, ce sont les supermarchés. Ça, avant, ils étaient épargnés ?

  • 1:56OuverteRéponse directe

    Donc, de nouvelles cibles et de nouvelles armes aussi. Un nouveau type de drone.

  • 2:44OuverteRéponse directe

    Mais ça veut dire que l'armée russe a encore la capacité d'innover, que Moscou a encore les moyens de faire ça ?

  • 3:31OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il y a encore des combats au sol où tout se fait dans le ciel désormais ? Est-ce que la ligne de front finalement, elle bouge ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:44Invité politiqueFait
    « Ce qui a changé dans les dernières semaines et particulièrement dans l'été, c'est une stratégie de viser délibérément des infrastructures qui sont au milieu ou dans le tissu de la vie civile et d'assumer beaucoup plus, de faire des victimes civiles. »
  • 0:59Invité politiqueChiffre
    « En juillet, on a compté 50 morts civiles en banlieue de Kiev, et Kiev au sens large. On en est pour les deux dernières semaines déjà à ce stade. »
  • 1:24Invité politiqueFait
    « Le ministère de la Défense russe assume de vouloir frapper massivement le système énergétique et finalement tout ce qui va permettre la vie, la logistique, les entrepôts, qui sont encore une fois dans des zones civiles, et que le ministère de la Défense, l'armée russe, assume complètement de cibler, quitte à faire des morts civiles. »
  • 1:59Invité politiqueFait
    « Oui, un nouveau type de drone, des drones notamment à réaction, des drones qui viennent contrecarrer finalement l'avantage stratégique qu'avait déployé l'Ukraine tout au long de l'année 2026, cette capacité qu'elle a eue avec ces drones à aller frapper très très loin, dans le territoire russe, à s'affranchir finalement de la guerre traditionnelle. »
  • 2:49Invité politiqueFait
    « On est toujours dans une guerre asymétrique avec une Ukraine plus inférieure démographiquement, plus inférieure en termes de dotation initiale. »
  • 4:10Invité politiqueFait
    « Ah oui, elle l'est, très clairement. L'Allemagne est visée parce qu'elle est la locomotive, finalement, de l'effort de défense européen. »
  • 4:18Invité politiqueChiffre
    « 108 milliards d'euros pour le ministère de la Défense et l'effort, finalement, de réarmement et de protection. »
  • 5:12Invité politiqueFait
    « Le terme de guerre hybride ne permet pas de prendre la bonne mesure du projet politique, non pas de la Russie, mais de Vladimir Poutine. »
  • 6:40Invité politiqueFait
    « Les dirigeants européens ont une perception très très vive du fait que la Russie, par ses attaques, cherche aussi à nous pousser à la faute. »

Temps de parole

  • Invité politique75 %
  • Présentateur25 %

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0:00
Présentateur

Il est 6h20, la guerre en Ukraine est-elle à un tournant ? C'est la question du jour, alors que la Russie augmente sa puissance de feu avec un nouveau type de drone et que rien ne va plus entre Moscou et Berlin. Le maire de Leipzig prétend même que l'Allemagne est au bord de la guerre. Bonjour Elsa Vidal. Bonjour. Vous êtes journaliste, essayiste, spécialiste de la Russie, éditorialiste internationale à BFM TV. L'Ukraine est depuis plusieurs jours submergée par les attaques de drones, notamment sa capitale, Kiev, que la Russie sature le ciel ukrainien. Alors ça, ce n'est pas nouveau, mais pourquoi la presse ukrainienne écrit que Moscou a changé de stratégie ? Qu'est-ce qui a changé ?

0:44
Invité politique

Ce qui a changé dans les dernières semaines et particulièrement dans l'été, c'est une stratégie de viser délibérément des infrastructures qui sont au milieu ou dans le tissu de la vie civile et d'assumer beaucoup plus, de faire des victimes civiles. Et pour vous donner un petit comparatif, en juillet, on a compté 50 morts civiles en banlieue de Kiev, et Kiev au sens large. On en est pour les deux dernières semaines déjà à ce stade. On l'a sans doute un peu dépassé d'ailleurs avec les frappes d'hier sur Brevary.

1:14
Présentateur

Et les cibles nouvelles, notamment, ce sont les supermarchés. Ça, avant, ils étaient épargnés ?

1:18
Invité politique

Alors, il y avait eu des cas qui avaient largement frappé l'opinion à bon droit, mais maintenant, le ministère de la Défense russe assume de vouloir frapper massivement le système énergétique et finalement tout ce qui va permettre la vie, la logistique, les entrepôts, qui sont encore une fois dans des zones civiles, et que le ministère de la Défense, l'armée russe, assume complètement de cibler, quitte à faire des morts civiles. Il y a une volonté de monter d'un cran dans l'usure, on dit des guerres d'attrition, mais dans l'usure et dans la fatigue et le terrain imposé à la population.

1:56
Présentateur

Donc, de nouvelles cibles et de nouvelles armes aussi. Un nouveau type de drone.

1:59
Invité politique

Oui, un nouveau type de drone, des drones notamment à réaction, des drones qui viennent contrecarrer finalement l'avantage stratégique qu'avait déployé l'Ukraine tout au long de l'année 2026, cette capacité qu'elle a eue avec ces drones à aller frapper très très loin, dans le territoire russe, à s'affranchir finalement de la guerre traditionnelle.

Cet avantage certain qui a permis d'insuffler une nouvelle dynamique à l'Ukraine et puis à ses partenaires, notamment aux Etats-Unis, via le Moyen-Orient, cet avantage commence à être contrebalancé parce que la Russie est beaucoup plus statique, elle a l'avantage du nombre, mais elle aussi est obligée de s'adapter aux défis que lui pose l'Ukraine et elle s'est adaptée et maintenant elle revient en force.

2:44
Présentateur

Mais ça veut dire que l'armée russe a encore la capacité d'innover, que Moscou a encore les moyens de faire ça ?

2:49
Invité politique

Oui, parce qu'en réalité, on n'a pas changé. On est toujours dans une guerre asymétrique avec une Ukraine plus inférieure démographiquement, plus inférieure en termes de dotation initiale. Et puis côté russe, alors si on a ce modèle très fort de hachoir à viande où on projette finalement un maximum d'hommes dans la bataille et puis un armement très important, mais peut-être un peu décalé par rapport à la demande de créativité, eh bien la Russie, avec son effort de guerre, a pu rediriger ses efforts. Ça lui prend toujours quelques mois, mais elle est revenue ou elle est en train de revenir au niveau du défi qui est posé par l'Ukraine.

Et donc, certes, on a vu encore un pivot cette année en faveur de l'Ukraine, mais l'hiver pourrait tout à fait être en faveur de la Russie.

3:31
Présentateur

Est-ce qu'il y a encore des combats au sol où tout se fait dans le ciel désormais ? Est-ce que la ligne de front finalement, elle bouge ? Où est-ce qu'elle est figée ?

3:38
Invité politique

Alors, elle bouge très très peu. Elle est assez figée comme dans une guerre de tranchées, mais finalement, ce qu'on dit, c'est que la kill zone, la zone de combat, couvre maintenant la totalité des deux territoires, des deux États.

3:50
Présentateur

Et puis, il y a finalement aussi encore une autre stratégie de la part de Vladimir Poutine, c'est d'aller cibler au-delà de l'Ukraine, et notamment l'Allemagne, puisque l'Allemagne accuse officiellement la Russie d'avoir fomenté un attentat au drone à l'aéroport de Leipzig début août. L'Allemagne, est-ce qu'elle est, comme le dit le maire de Leipzig, au bord de la guerre ?

4:10
Invité politique

Ah oui, elle l'est, très clairement. L'Allemagne est visée parce qu'elle est la locomotive, finalement, de l'effort de défense européen. 108 milliards d'euros pour le ministère de la Défense et l'effort, finalement, de réarmement et de protection. Ça fait de l'Allemagne, un pays qui a été longtemps le plus, peut-être rétif, à changer de posture, à quitter une posture d'intégration de la Russie, maintenant le leader en Europe de l'effort de défense, il est très important de frapper les Allemands dans leur imaginaire et d'essayer de, tout simplement, inhiber l'action, inhiber la posture allemande.

Et donc, c'est malheureux à dire, mais le terme de guerre hybride, et en cela, je me range aux côtés de nombreux diplomates, notamment des Pays baltes, a un intérêt, ça reflète une réflexion, ce qu'on appelle le continuum de la guerre, mais ça masque aussi la réalité de l'hostilité de la politique de Vladimir Poutine à l'égard de l'Europe et à l'égard de l'Allemagne. Le terme de guerre hybride ne permet pas de prendre la bonne mesure du projet politique, non pas de la Russie, mais de Vladimir Poutine. Il y a un livre qui l'illustre très bien et dont le titre est « La guerre d'Europe a commencé ». C'est Céline Maranger, une chercheuse dans le domaine militaire, qui l'a écrit.

Il y a un projet de Vladimir Poutine et il y a une guerre qui est commencée en réalité, peut-être un peu à bas bruit, mais quand il y a un attentat manqué sur un territoire, je pense qu'on doit s'éloigner de termes hybrides.

5:41
Présentateur

Et quelles sont les réactions dans les autres pays européens ? Est-ce que l'Europe est unie ?

5:45
Invité politique

Alors, l'Europe est relativement unie et cette unité est un enseignement très important pour le Kremlin parce que c'est un des objectifs de ces provocations ou diversions menées par la Russie. Jusque-là, en dépit d'approches historiques très très variées en Europe, le front tiendrait-il face à une provocation ou à un incident d'une plus grande ampleur ? Ça, on ne le sait pas encore. Mettrait-on plus de 72 heures avant de présenter une décision unie ? On ne le sait pas parce que cela ne s'est jamais produit sur le sol européen. Mais pour le moment, c'est l'enseignement majeur à savoir que nous réagissons tout de même à l'unisson.

6:26
Présentateur

Et est-ce qu'il faudrait redouter quand on voit cette attaque de la Russie une réponse plus directe, une entrée en guerre d'un ou de plusieurs pays européens de manière plus directe, pas uniquement en soutenant l'Ukraine ?

6:39
Invité politique

Non, je crois que pour le moment, les dirigeants européens ont une perception très très vive du fait que la Russie, par ses attaques, cherche aussi à nous pousser à la faute. Elle veut se renseigner sur nos modes de réaction, mais elle veut nous pousser à la faute, nous faire endosser la responsabilité d'une escalade ou d'un passage à une confrontation directe. Et cela, Dmitry Peskov le résume très très bien en disant que l'Allemagne choisit par sa réponse la voie de l'escalade. Et cela, c'est désormais chose acquise parmi les dirigeants européens.

On répondra à la Russie de manière ciblée, mais on ne se laissera pas aller à une provocation qui nous rendrait responsables d'une entrée même temporaire dans un état de guerre déclaré.

7:22
Présentateur

Merci beaucoup Elsa Vidal pour votre éclairage et je renvoie nos auditeurs à votre dernier livre où nous racontez ce que pensent les Russes, ce que pensent les Russes. Absolument. C'est chez Gallimard, vous étiez notre invitée ce matin. Merci à vous.