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interviewFrance Inter· 15 juin 2026 55 min

Affaire Lyhanna, présidentielle, plafond de verre : Yaël Braun-Pivet invitée de Questions politiques

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour à tous et bienvenue dans Questions Politiques. Elle est décriée, caricaturée, parfois désertée, jusqu'à être dissoute, ça peut arriver, mais quand l'actualité se fait grave, elle finit toujours par redevenir incontournable. Elle, c'est l'Assemblée Nationale. Faute de majorité dans l'hémicycle, rien de décisif, rien d'essentiel ne pourrait être accompli dans les deux ans qui viennent. Cinglait par exemple Edouard Philippe après la dissolution. Rien que les prochaines semaines pourrait le faire mentir. A l'Assemblée arrive une loi sur la fin de vie et peut-être deux textes majeurs pour protéger les enfants et les femmes des violences sexuelles.

Dans le sillage de l'effroyable et désormais emblématique affaire Liana, on va y revenir. De quoi redorer le blason des députés ? Ça serait trop simple. Le dernier baromètre sévipof de la confiance politique est limpide. L'Assemblée Nationale n'inspire confiance qu'à un Français sur cinq. Parmi nos institutions, seul le gouvernement fait pire. Ça tombe bien notre invité du jour à tester les deux. Brièvement ministre, mais surtout présidente de l'Assemblée Nationale depuis 2022. Et en 2027, me direz-vous, je n'exclus rien, répète-t-elle ? France Inter, question politique, Julien Nenni. Bonjour Yael Broun-Pivet. Bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation.

A mes côtés pour vous interroger aujourd'hui, Alix Bouillaguet de France Télévisions. Bonjour Alix.

1:31
Invité

Bonjour Julien, bonjour à tous.

1:32
Présentateur

Avec vous, tout à l'heure, on dressera le portrait de Yael Broun-Pivet.

1:35
Invité

Oui, vous êtes forgée au fil du temps une image de combattante qui gagne ses combats, mais toujours à l'arraché. Vous êtes aussi devenue au fil du quinquennat, dès quinquennat d'Emmanuel Macron, le petit caillou dans la chaussure du président.

1:45
Présentateur

Et à vos côtés, Françoise du journal Le Monde. Bonjour Françoise. Bonjour à toutes et tous. Et avec vous, on creusera une question qui animera la campagne de l'an prochain.

1:55
Invité

La crise démocratique, cette défiance des citoyens à l'égard de leurs représentants, une crise profonde qui pèse sur la campagne présidentielle qui apparaît sans règles établies. Peut-on y remédier ? Et si oui, comment ?

2:06
Présentateur

Merci à toutes les deux et à tout de suite. Mais d'abord, Yael Broun-Pivet, il y a bien sûr l'onde de choc de cette affaire Liana qui continue de se faire ressentir. Les obsèques de la collégienne de 11 ans se sont tenus vendredi dans sa commune de Florence, dans le Gers. Et dans cinq jours, tout juste, on connaîtra les conclusions du rapport commandé par le gouvernement pour mesurer l'ampleur des dysfonctionnements dans cette affaire. Est-ce que, comme d'autres, vous appelez désormais à une sorte de MeToo des enfants ?

2:30
Yaël Braun-Pivet

Alors, cette affaire, elle a saisi d'effroi la nation. Et ce drame, il faut qu'il puisse être utile, mais nous être utile collectivement. C'est un électrochoc. Et ces électrochocs, justement, il faut les transformer. Vous savez, moi, quand j'ai pris la présidence de l'Assemblée nationale en juin 2022, très rapidement, j'ai créé ce qu'on appelle une délégation aux droits des enfants pour que la parole des enfants soit prise en compte à l'Assemblée nationale.

2:57
Locuteur non identifié

Et elle l'a été ?

2:58
Yaël Braun-Pivet

Elle l'a été, mais pas suffisamment. Et j'ai appelé dans un journal à ce qu'il y ait un MeToo des enfants et à ce qu'il y ait une prise de conscience collective.

3:07
Présentateur

Vous utilisiez déjà cette expression il y a quatre ans ?

3:09
Yaël Braun-Pivet

J'utilisais cette expression il y a quatre ans. Et c'est peut-être ça qui me rend le plus triste aujourd'hui. C'est que cet appel, et je n'étais pas la seule, il y a beaucoup de parlementaires, beaucoup d'hommes et de femmes politiques, d'associations qui déjà alertaient. Parce que le problème, il ne date pas d'hier. Et malheureusement, nous avons été trop lents. Nous n'avons pas été assez forts, assez vite.

3:33
Présentateur

Vous avez prêché dans le désert, c'est ça ?

3:35
Yaël Braun-Pivet

Et peut-être un peu, oui. Mais je prends ma part aussi, parce que peut-être que j'aurais dû parler plus fort. Peut-être que j'aurais dû... Je ne sais pas quoi. Parce que c'est triste. On se dit toujours comment on aurait pu empêcher ce drame absolu. Chacun à nos places, on se pose cette question. On va y venir sur les solutions, évidemment. Et donc, si aujourd'hui, il y a une vraie prise de conscience, eh bien, saisissons cette chance et agissons. Parce que cette prise de conscience, elle est indispensable pour agir de façon globale. Ce que nous avons fait depuis des années, avant nous, c'est agir par petits bouts, en silo, essayer de résoudre telle ou telle difficulté.

Et c'est ce que j'entends encore aujourd'hui, lorsque j'entends certains hommes politiques qui sont lancés dans la campagne présidentielle. On va y venir sur les propositions. Voilà. J'ai des propositions parcellaires, de politique pénale, etc. Ça peut être intéressant, pourquoi pas ? Mais la solution, elle est globale. Le problème est global.

4:31
Présentateur

D'où cette loi intégrale, comme on l'appelle. On va y venir en détail aussi. Tout à fait. Mais avant ça, en plus des différents textes législatifs qui pourraient arriver à l'Assemblée, vous avez aussi plaidé cette semaine pour la création d'une nouvelle commission d'enquête. Suite à cette affaire, Liana, commission d'enquête à l'Assemblée, sachant qu'il en existe déjà une au Sénat qui arrive. Pourquoi faire cette commission d'enquête ?

4:49
Yaël Braun-Pivet

Alors, on m'a posé la question. Est-ce que vous y êtes opposée ou favorable ? Évidemment, je suis favorable si elle devait être créée. Je n'ai pas de pouvoir de créer des commissions d'enquête à moi toute seule.

4:58
Présentateur

Mais certains députés sont prêts à s'en saisir ?

5:00
Yaël Braun-Pivet

Certains, oui. D'autres, non. Qui ? La question, c'est est-ce qu'une commission d'enquête pourrait permettre de révéler s'il y a eu des dysfonctionnements ? Évidemment, oui.

5:10
Présentateur

Mais il y a un rapport d'inspection qui arrive dans cinq jours pour ça. Ce n'est pas un peu redondant ?

5:13
Yaël Braun-Pivet

Alors, oui, mais le rapport d'inspection, ce n'est pas le même travail. Nous, nous sommes parlement, nous sommes les représentants du peuple et nous devons contrôler l'action des pouvoirs publics et évaluer les politiques publiques. Donc, on est pleinement dans notre rôle. Maintenant, il faut savoir que sur ces sujets-là, nous avons eu d'ores et déjà plusieurs commissions d'enquête à l'Assemblée nationale. Sur les violences sexuelles et sexistes dans le cinéma, sur le sport. Nous en avons une sur l'aide sociale à l'enfance qui dysfonctionne et on pourra en parler. Nous en avons une actuellement sur l'inceste qui rendra ses conclusions le 7 juillet prochain.

Donc, l'Assemblée nationale fait son travail de contrôle. S'il devait y avoir une nouvelle commission d'enquête sur les dysfonctionnements, je m'en réjouirais parce que nous ne devons rien laisser de côté et rien mettre sous le tapis. En revanche, il ne faut pas que ça nous empêche d'agir et nous devons continuer à agir. Nous avons déjà fait, mais nous devons continuer. Et nous avons des fenêtres de tir qui viennent dans les semaines ou les mois qui viennent.

6:09
Présentateur

On va y venir en détail sur la loi intégrale.

6:10
Yaël Braun-Pivet

Loi sur l'aide sociale à l'enfance, loi intégrale et puis le budget. Parce que moi, j'entends dire que ce n'est pas une question de moyens, c'est évidemment aussi une question de moyens. Mais ça n'est pas qu'une question de moyens. C'est évident que ce n'est pas qu'une question de moyens.

6:24
Présentateur

Donc, il a eu tort de dire ça, Emmanuel Macron, il y a une dizaine de jours ?

6:26
Yaël Braun-Pivet

En tout cas, moi, je pense qu'il faut regarder les choses lucidement et se dire qu'on a mis... Parce que je comprends la logique du président de la République qui est de dire, nous avons mis des moyens supplémentaires. C'est vrai. Nous avons augmenté le budget de la justice de 50%. Nous avons prévu l'embauche de 1 500 magistrats. Nous avons créé des assistants de justice. Nous avons 1 800 greffiers qui vont arriver.

6:49
Présentateur

Il y a aussi 400 millions d'euros gelés dans le ministère au budget de la justice pour le budget de cette année.

6:55
Yaël Braun-Pivet

Mais nous voyons que ça ne suffit pas, que tout ce que nous avons fait budgétairement et qui a été inédit ne suffit pas.

7:01
Présentateur

Et justement, à l'instant, Manuel Bompard, l'un des cadres de la France insoumise, appelle à un budget rectificatif, justement pour intégrer ces dépenses-là dans le budget. Là, maintenant, pas attendre le budget de l'an prochain. Vous êtes favorable ?

7:10
Yaël Braun-Pivet

Moi, je suis en tout cas favorable à ce qu'on arrête de lésiner sur les moyens pour protéger les enfants de notre pays.

7:16
Présentateur

D'accord. Est-ce que Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, ministre de la Justice, est la bonne personne à ce poste ? Je vous pose cette question. On va entendre les oppositions dans un instant parce que la pression se fait de plus en plus forte sur lui. Ça ne vous a pas échappé. Notamment, écoutez, Mathilde Panot pour LFI et Jordan Bardella pour le Rassemblement national.

7:32
Invité

Mais je suis aussi révoltée de la manière dont nous avons un ministre, un garde des Sceaux, qui est en train de se défausser de toute responsabilité politique et qui cherche un bouc émissaire à travers les juges. Pour vous, il doit toujours démissionner, Gérald Darmanin ? Bien sûr.

7:46
Présentateur

Maintenant, l'affaire est d'une particulière gravité. Et au regard de ce contexte, le chef de l'administration, c'est-à-dire le ministre de la Justice, aurait, à mon sens, dû par honneur présenter sa démission au président de la République. Ils ont raison, Jordan Bardella et Mathilde Panot. Il doit démissionner, Gérald Darmanin ?

8:08
Yaël Braun-Pivet

Vous savez, moi, je ne veux pas qu'on se trompe de diagnostic, parce que si on se trompe de diagnostic, on se trompe de solution. C'est un sujet quand même. Alors, aller chercher la responsabilité, j'entends, du ministre, du procureur, de tels gendarmes. Il n'est pas responsable, Gérald Darmanin. On se trompe de cible. Le problème, il est systémique. Le problème, il est global. On a probablement, je ne sais pas... L'un n'empêche pas l'autre, aussi. Non, mais l'un n'empêche pas l'autre. Mais le sujet, ce n'est pas juste la justice de notre pays. On a des magistrats, des fonctionnaires de ce ministère qui font et qui donnent le meilleur d'eux-mêmes.

Peut-être qu'il y a eu des dysfonctionnements. Peut-être qu'il y a des dysfonctionnements de ci, de là. Et il faut les chercher par cette enquête administrative et peut-être un jour par une commission d'enquête à l'Assemblée nationale. Mais le sujet, il est bien plus vaste que ça. On a des problématiques d'éducation nationale. On a des problématiques dans notre santé. Insuffisamment de psychologues dans nos écoles. Donc il n'y a pas de sujet Darmanin dans cette affaire, Liana ? Mais en fait, je crois qu'on se trompe. Soyons clairs. Si on pense qu'en changeant le ministre de la Justice, on aura réglé le problème, on se fout le doigt dans l'œil.

Je pense que le sujet, il est beaucoup, beaucoup, beaucoup plus large que cela. Il est, et c'est pour ça que moi je plaide pour une vision globale depuis plus de 4 ans. Parce que ne retombons pas dans les travers qui ont été les nôtres dans les années précédentes. À chaque fois qu'il y a une affaire, on se dit, il y a eu un dysfonctionnement là. Donc on va régler ce dysfonctionnement et tout ira bien. Ça n'est pas comme ça qu'il faut agir.

9:41
Présentateur

Vous plaidez pour cette loi intégrale et on en vient dans un instant. Je voudrais juste revenir un instant sur ce qui s'est passé en début de semaine. Lundi, des dizaines de milliers de Français ont manifesté devant les tribunaux dans tout le pays pour dénoncer les dysfonctionnements de la justice. Et deux jours plus tard, dans le secret du Conseil des ministres, Emmanuel Macron a eu ces mots, je cite, « On ne répond pas à un drame par des cris ». Ça vous a choqué cette phrase ?

10:00
Yaël Braun-Pivet

Je n'aime pas cette formulation, évidemment. Je n'aime pas cette formulation. Pourquoi ? Parce que déjà, on a le droit d'être en colère. Et vous savez, lorsqu'on fait de la politique, il faut être à l'écoute de la société. C'est important. C'est important d'écouter. C'est important d'écouter les citoyens. Et malheureusement, dans notre pays, parfois, les citoyens, pour se faire entendre, doivent élever la voix.

10:25
Présentateur

C'est une faute du président d'avoir dit ça ?

10:26
Yaël Braun-Pivet

Je ne suis pas là pour dire qui c'est quoi. Non, mais ce n'est pas mon job. Moi, mon job, c'est d'essayer de trouver des solutions. Pour trouver des solutions, il faut écouter les citoyens. Il faut s'appuyer sur les collectifs de citoyens. Moi, ça fait des mois que je suis en lien avec eux, que je les reçois régulièrement, etc. C'est important de s'appuyer sur les associations, la fondation des femmes, etc. D'aller sur le terrain, rencontrer des maisons des femmes. La semaine prochaine, je vais encore en inaugurer une à Thionville. C'est important. Il faut qu'on avance tous ensemble.

Et si, effectivement, des citoyens, des hommes et des femmes politiques doivent crier pour se faire entendre, eh bien, nous crierons. Et moi, je crierai peut-être plus fort que les autres. Peut-être que vous voyez ma déception quand je vous dis, il y a quatre ans, j'appelle à un MeToo pour des enfants. Il y a quatre ans, je dis, il faut qu'on ait une appréhension globale. On ne le fait pas. Peut-être que je n'ai pas crié assez fort. Peut-être que je n'ai pas crié assez fort.

11:16
Présentateur

Message envoyé au président de la République.

11:18
Yaël Braun-Pivet

Peut-être qu'aujourd'hui, il faut que je continue à élever la voix parce qu'il s'agit de nos enfants. Vous savez, moi, je suis avocate. On dit souvent que les avocats sont ceux qui sont la voix des sans-voix. C'est une expression qu'on utilise beaucoup dans notre métier. Aujourd'hui, en tant que femme politique, en tant que maman aussi, je peux être la voix de ces milliers de sans-voix que sont les enfants de notre pays.

11:42
Présentateur

On n'est pas loin d'une déclaration de candidature. On va éliminer Françoise Presseau. C'est pas le sujet. Et après, on va à la loi intégrale.

11:47
Invité

Entendre les citoyens crier, mais quand vous entendez certains disent « retour de la peine de mort », est-ce que vous êtes choqués ? Est-ce que vous dites « attention, il y a quand même des limites ».

11:56
Yaël Braun-Pivet

Bien sûr. Non, mais il y a quand même des limites. Évidemment qu'il y a des limites. Les limites, c'est évidemment l'état de droit. Parce qu'il ne faudrait à nouveau pas se tromper de combat. Moi, j'entends des castrations chimiques, perpétuité réel, retour de la peine de mort et tout ça. Je pense que quand on veut comme ça durcir, durcir, durcir la politique pénale, à nouveau, on n'a pas compris quelle était la situation. Lorsque l'on parle d'approche globale, on parle du côté sanitaire, on parle de l'éducation de nos enfants, on parle de la culture du viol dans notre pays, on parle d'enfants que l'on n'écoute pas, on parle d'éducation sexuelle.

On a des cours Evars qui existent avec un programme très détaillé mis en place par l'éducation nationale. Il n'est malheureusement pas appliqué pleinement dans notre pays. Vous voyez bien que la perpétuité réelle, l'imprescriptibilité ou le retour de la peine de mort, ce n'est pas ça qui va protéger nos enfants aujourd'hui.

12:49
Présentateur

Sur la loi intégrale, comme on l'appelle, cette loi transpartisane, cette proposition de loi dont on parle beaucoup, Sébastien Lecornu recevra les signataires demain à Matignon. Est-ce que vous avez la garantie que ce texte sera bien inscrit à l'agenda parlementaire à la rentrée de septembre, comme vous l'appelez de vos voeux ?

13:02
Yaël Braun-Pivet

Je n'ai aucune garantie de qui que ce soit sur l'inscription de ce texte. Alors moi j'espère, il n'est pas trop tard pour l'inscrire. Moi je me réjouis, j'étais en lien évidemment avec Matignon et avec les députés, que ce rendez-vous ait lieu demain. Il faut maintenant qu'on avance tous ensemble. Il ne s'agit pas à nouveau de forcer la main du gouvernement, de se dresser les uns contre les autres. Ça serait pire que tout et ça serait très contre-productif. Donc demain, à l'issue de cette réunion, moi j'attends qu'on aligne les planètes sur les prochaines étapes. Prochaine étape, c'est cette loi aide sociale à l'enfance qui arrive le 15 juillet à l'Assemblée nationale.

Et l'examen d'un texte de loi que moi j'appelle de mes vieux, veut cette proposition de loi intégrale qui doit intervenir le plus rapidement possible. Alors concrètement, Alex... Alignons les planètes et puis après mettons-nous rapidement en mouvement.

13:53
Invité

Très concrètement, il changerait quoi ce texte ? Avec ce texte, est-ce qu'il n'y aurait vraiment pas eu d'affaires Liana ? Gérald Darmanin, tout comme le Premier ministre, ont assuré mardi à l'Assemblée nationale qu'aucune des dispositions de la loi intégrale n'aurait répondu au drame de la petite Liana.

14:11
Yaël Braun-Pivet

Mais parce qu'on n'arrête pas de le dire depuis que cette émission a commencé. C'est un problème global et systémique. Et donc vous ne pouvez pas attendre que ce problème global et systémique soit réglé par l'effet d'une loi. Ça ne marche pas. Mais de même que la peine de mort n'a jamais empêché personne de commettre un crime. Donc la loi ne peut pas tout. Mais la loi peut organiser mieux les pouvoirs publics, organiser mieux la prise en charge de ces situations en amont et en aval. Et la loi intégrale est porteuse de cette fameuse vision globale que nous défendons tous en disant arrêtons de saucissonner les choses.

Vous savez depuis quelques années que je suis à l'Assemblée nationale, on a adopté près de dix textes sur les violences sexuelles et sexistes. On vient d'inscrire avec une loi transpartisane la notion de consentement dans la définition du viol. Justement après l'affaire Pellicot, on a...

15:08
Invité

Donc ils ont tort de dire ça quand même, le Premier ministre Sébastien Lecornu et Gérald Danoalin, de dire que ça ne saurait pas éviter un drame ?

15:14
Yaël Braun-Pivet

Moi ce qui m'inquiète, c'est justement cette idée de se dire en fait, ce drame aurait peut-être pu être évité par telle ou telle mesure, donc prenons ces mesures, comme si ça permettait... Il n'y avait pas d'autres drames à côté qui se déroulent. Et c'est pour ça qu'il faut avoir cette vision globale. Donc peut-être qu'effectivement la loi intégrale n'aurait pas empêché ce terrible drame. Mais pour autant, la loi intégrale permet une appréhension globale de ces situations. On a, c'est les chiffres de la CIVIS, ce ne sont pas les miens, on aurait 160 000 enfants victimes tous les ans.

15:48
Invité

On va rentrer dans le détail. Ce chiffre il est effrayant, il doit tous nous glacer le sang et nous inviter à agir.

15:54
Présentateur

Françoise, rentrons dans cette loi, alors allons-y.

15:56
Invité

Juste avant de rentrer dans le détail, une des critiques faites par Matignon, c'est de dire qu'au fond, quand il y a le travail des parlementaires, souvent ce n'est pas suffisamment bordé juridiquement. Et souvent, le Conseil constitutionnel retoque et qu'il vaut mieux laisser au fond l'initiative au gouvernement. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?

16:13
Yaël Braun-Pivet

C'est une vaste blague, excusez-moi. Depuis 2008, nous avons un ordre du jour partagé entre le gouvernement et le Parlement. C'est la réforme voulue par Nicolas Sarkozy. Et donc depuis, le Parlement peut être à l'initiative des lois et c'est heureux. Il y a beaucoup d'avancées parlementaires. Vous voyez, je viens de vous parler de l'introduction de la notion de consentement dans la définition pénale du viol. C'est une proposition de loi qui émane du Parlement. Après, effectivement, nous n'avons pas suffisamment de moyens.

Mes prédécesseurs et moi-même, nous battons depuis des années pour avoir davantage de moyens d'évaluation, pour avoir le rattachement dû au commissariat au plan et France Stratégie au Parlement pour nous permettre de mieux travailler, d'avoir davantage de moyens, comme tous les parlements étrangers. Et quand je parle de renforcer le pouvoir du Parlement, c'est aussi ça, lui donner les moyens d'exercer ses mises.

17:01
Invité

Il y a une bonne privée. On arrive toujours à l'addition. C'est-à-dire que cette loi, elle coûte cher, 2,7 milliards. Vous savez que les caisses sont vides. Ça veut dire qu'on prend l'argent où ? On fait quoi ? Mais vous savez, l'addition.

17:14
Yaël Braun-Pivet

On dit ça, moi j'entends ce chiffre. Mais vous savez, le coût pour une société toute entière de ces vies fracassées, il est de combien, madame, pour les parents, pour ces 160 000 enfants qui sont battus tous les ans, dont l'intimité dans la vie sexuelle est ravagée à jamais ? Il est de combien le coût ? Ces enfants à l'aide sociale à l'enfance qu'on a laissé tomber, et dont un tiers se retrouvent mineurs délinquants, dont 15 000 se retrouvent prostituées tous les ans. Donc vous dites que Sébastien Lecornu, il serait prêt à faire ce chèque-là ? Mais ce n'est pas un chèque, c'est le devoir de la République, c'est un devoir moral, c'est une obligation, ça n'est pas une question d'argent.

18:01
Invité

Sauf qu'il faut quand même compenser les crédits ailleurs. Vous êtes d'accord quand même ?

18:07
Yaël Braun-Pivet

Mais vous savez que des enfants dont les vies sont fracassées, c'est des dizaines de milliards d'euros de coût à la société, c'est tragique de devoir parler comme ça. Mais des enfants qui vont ne pas pouvoir faire d'études parce qu'ils n'ont pas grandi sereinement. La reproduction de ces faits, lorsqu'on s'étouche que lorsque des faits sont commis dans des familles, on a des familles qui dysfonctionnent, et c'est le cas ici, de génération en génération, quel est le coût pour la société ? C'est un coût moral, mais c'est un coût financier aussi.

18:38
Invité

Est-ce que vous reconnaissez quand même qu'il faut compenser les 2 milliards éventuels par des économies ailleurs ? Mais bien sûr, il faut tenir le budget.

18:48
Yaël Braun-Pivet

Mais vous savez, la politique, c'est une affaire de priorité. Moi je suis maman, mes enfants sont ma priorité. Eh bien ça devrait être la priorité d'une nation, nos enfants. Et donc il ne faut ni lésiner, ni tarder. Nous n'avons que trop tarder.

19:06
Présentateur

Yael Broun-Pivet, les propositions se multiplient non seulement de la part des candidats à la présidentielle, mais aussi de la part du Premier ministre lui-même. Par exemple, pour muscler ce projet de loi sur la protection de l'enfance qui, vous l'avez dit, arrive à l'Assemblée le 15 juillet. Sébastien Lecornu propose la perpétuité pour les violeurs d'enfants en série. C'est 20 ans maximum aujourd'hui. Bonne ou mauvaise idée ?

19:25
Yaël Braun-Pivet

Il nous faudrait déjà d'une part ne pas dénaturer le texte sur l'aide sociale à l'enfance. Et donc là, on voit bien qu'il y a la tentation d'utiliser ce véhicule législatif pour pouvoir mettre des dispositifs. Moi, je suis très prudente là-dessus. Je ne voudrais pas que ce texte, l'aide sociale à l'enfance, loupe sa cible parce que c'est plus de 400 000 de nos enfants. Donc c'est non pour cette première proposition. Ce n'est pas non.

Mais je dis, prenons garde à ne pas finalement sacrifier une fois de plus les enfants qui sont confiés à l'aide sociale à l'enfance et qui ont tant besoin qu'on s'occupe d'eux au profit de dispositifs, de politiques pénales qui n'ont rien à faire dans ce texte-là. Maintenant, sur la perpétuité réelle, on voit bien que l'exécution des peines pose problème dans notre pays. Allonger les peines, pourquoi pas ? Maintenant, faisons-le sérieusement. On parle de politique pénale. Et donc il faut toujours... Et vous êtes avocate pénale de formation. C'est mon métier, c'est ma profession, c'est ma formation. Mais j'ai exercé, j'ai plaidé dans des cours d'assises, etc.

Donc a priori, je sais à peu près de quoi je parle. Et c'est pour ça que moi, je suis très réservée, voire opposée sur la question de l'imprescriptibilité.

20:40
Invité

Mais pourquoi pas ? Rentrons juste dans le détail. Alice, une autre proposition. Effectivement, dans ce projet de loi, il y a donc cette fameuse durée des prescriptions des faits pour viols sur mineurs. Aurore Berger, qui est la ministre chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, a dit qu'elle espérait que l'imprescriptibilité des violences sur mineurs soit intégrée justement à ce projet de loi. Cette prescription est de 30 ans après la majorité. C'est ce qui se passe aujourd'hui.

Est-ce qu'il faut une imprescriptibilité au nom de la levée de ce qu'on appelle l'amnésie traumatique qui, effectivement, on le voit régulièrement dans beaucoup d'affaires, arrive parfois beaucoup plus tard ?

21:16
Yaël Braun-Pivet

Vous l'avez dit déjà, aujourd'hui, pour les mineurs, la prescription est de 30 ans avec un démarrage à la majorité. Donc la personne victime peut porter plainte jusqu'à ses 48 ans. Ça, c'est une loi que nous avons votée et que nous avons fait sous cette mandature. Donc vous voyez que nous n'avons pas rien fait. Nous avons fait aussi autre chose qui était très intéressant. C'est ce qu'on appelle la prescription glissante. C'est-à-dire que s'il y a des faits de même nature commis par le même auteur, ça reporte la prescription pour d'autres victimes pour lesquelles la prescription aurait pu être acquise. Et vous dites que ça suffit, ce dispositif-là. Moi, je pense que c'est suffisant.

L'imprescriptibilité, elle n'existe que pour un seul crime. Un seul. Les crimes contre l'humanité. Ça n'est pas pour rien que l'on a fait ça. Et ça doit rester comme ça. Pour moi, ça doit rester comme ça. Et il ne faut pas non plus faire croire aux victimes qu'elles pourraient bénéficier d'un procès dit équitable 40 ans, 50 ans après les faits. Les preuves ont disparu.

22:12
Invité

Mais ce n'est pas important pour une victime d'être reconnue victime et de désigner un coupable

22:17
Yaël Braun-Pivet

même longtemps, longtemps après les faits. Mais justement, pour être reconnue victime et désigner un coupable, il faut que le procès puisse avoir lieu. Donc que le coupable soit l'auteur présumé des faits soit vivant, qu'il y ait des preuves. Ce n'est pas qu'un témoignage. Le procès doit pouvoir se fonder sur d'autres éléments. Et vous comprenez bien aisément qu'au bout de 40 ans, 50 ans, les témoignages d'autrui peuvent avoir disparu. Les preuves matérielles peuvent avoir disparu s'il n'y a pas eu d'enquête menée. Et donc, ça peut être très déceptif.

Pour la victime qui pourrait porter plainte et on n'aurait pas les moyens, la justice n'aurait pas les moyens de lui assurer justement la juste réparation et un procès équitable. Donc il faut faire attention et c'est la raison pour laquelle moi je suis opposée à l'imprescriptibilité. Et puis après, vous faites quoi ? Vous hiérarchisez les crimes ? Alors aujourd'hui, et je le comprends, ça me révulse les crimes commis à l'encontre des mineurs. Mais demain, on va venir dire, on va avoir une concurrence victimaire.

23:19
Présentateur

Vous ouvrez la boîte de Pandore en faisant ça ?

23:21
Yaël Braun-Pivet

Et je pense qu'il faut justement, dans ces moments, garder nos principes. On parlait tout à l'heure, Françoise Fressos disait le retour de la peine de mort. Moi, je crois vraiment que l'État de droit, il est protecteur de tout le monde. Et pensons bien rester dans notre cadre, qui est un cadre que nous avons construit année après année, siècle après siècle, et qui protège l'ensemble. Mais à l'intérieur de ce cadre, agissons résolument davantage.

23:45
Présentateur

Yael Brown-Pivet, d'autres propositions sur la table dans le contexte de l'affaire Lyanna. Edouard Philippe, dans les colonnes du Parisien ce matin, par exemple, propose de s'inspirer d'une loi britannique de l'an 2000 qui permet à chaque parent de saisir la police pour vérifier si un adulte qui entre en contact avec des enfants a des antécédents judiciaires ou non. C'est une bonne idée ?

24:01
Yaël Braun-Pivet

C'est une bonne idée, pourquoi pas ? Maintenant, rappelons-nous aussi que près de 70% des infractions sexuelles commises à l'endroit d'un mineur le sont dans le cadre familial. Souvent un parent, un père, un oncle, un grand-père. D'où la commission d'enquête sur l'inceste. D'où la commission sur l'inceste qui rendra ses conclusions le 7 juillet. Et donc, pourquoi pas ? Je pense que les bonnes idées, elles sont sur la table. Et il faut les regarder tous ensemble et regarder lesquelles sont bonnes, lesquelles ne sont pas bonnes.

24:33
Invité

Mais lesquelles règlent les situations aujourd'hui ? Si on pousse le dispositif un peu plus loin, est-ce que vous pensez qu'il faut que ce fichier soit consultable par les citoyens eux-mêmes ?

24:41
Yaël Braun-Pivet

Non, non. Les fichiers ne sont pas consultables. Aujourd'hui, on ne peut pas consulter les fichiers. Savoir si on a un pédophile dans notre quartier, autour d'une école. Mais vous ne savez pas non plus, si vous avez une personne radicalisée dans votre quartier, il y a un fichier spécial qui s'appelle le FSPRT et qui n'est pas consultable par les citoyens. En revanche, que ces fichiers puissent être davantage consultables par les forces de l'ordre. Et c'est notamment ce qu'on pourrait faire dans un projet de loi qui va venir sur les polices municipales, que les polices municipales puissent justement consulter davantage de fichiers. Là, on a un vrai sujet de circulation de l'information.

Oui, donc travaillons sur cette circulation de l'information, mais n'allons pas jusqu'à la faire circuler vers les citoyens. Je pense que là aussi, c'est dangereux pour notre État de droit et ça ne serait pas protecteur des citoyens. Mais en revanche, élargissons. On voit bien, regardez tout le scandale du périscolaire. Nous venons de voter une loi autour des attestations d'honorabilité. Elle n'est pas encore, elle n'a pas fait son chemin législatif, donc elle n'est pas d'application immédiate. C'est aussi quelque chose qui est compris dans la loi intégrale. Vous voyez bien qu'en fait, c'est tous les sujets qu'il faut prendre en compte et que c'est très complexe.

Donc, mettons-nous vite au travail.

25:54
Présentateur

Supprimer le juge d'application des peines, comme le propose Gabriel Attal, oui ou non ?

25:57
Yaël Braun-Pivet

Non, je suis très opposée là aussi. J'ai vu le travail des juges d'application des peines. Il n'y a pas que Gabriel Attal qui propose sa suppression. Je crois qu'Edouard Philippe également. J'y suis opposée. Le juge d'application des peines est là pour intervenir justement. Une fois que l'individu a été condamné et qu'il purge sa peine, on regarde comment on va faire le cheminement de l'exécution de cette peine. Et nous avons besoin d'un juge spécialisé pour faire le cheminement dans l'exécution de la peine. Et donc, je pense que le juge d'application des peines est très utile. Bruno Rotaillot propose aussi une castration chimique pour effectivement les délinquants sexuels.

Mais là aussi, pour moi, c'est une mauvaise réponse. Et il y a en revanche quelque chose que nous faisons mal, et on le sait tous, c'est le travail une fois que la personne est incarcérée, le travail sur le détenu. Nos conditions de détention aujourd'hui ne le permettent pas, malgré l'engagement extraordinaire de nos surveillants pénitentiaires et des conseillers de probation et d'insertion. Et donc, il faut leur donner les moyens de travailler correctement. Il nous faut beaucoup plus de psychiatres dans nos centres de détention, davantage de psychologues, une meilleure prise en charge.

Là aussi, nous avons travaillé, nous avons construit, mais vous savez, largement, de façon largement insuffisante. Et il nous faut avancer aussi, parce qu'il faut une meilleure prise en charge. Et ça n'est que le jour où nous prendrons correctement en charge nos détenus que nous pourrons éventuellement aborder ce type de réponse.

27:31
Présentateur

Une dernière question, Françoise. Excusez-moi, je suis trop longue. Non, vous en prie. C'est des sujets essentiels.

27:35
Invité

Dans l'affaire Diana, il y a aussi le problème de la responsabilité des juges et le problème aussi de la relation entre le garde des Sceaux et les procureurs. Et Gérald Darmanin, au fond, a constaté une forme d'impuissance en disant « je peux faire des instructions générales, mais je ne peux pas faire des instructions individuelles, c'est-à-dire je ne peux pas intervenir sur des affaires personnelles ». Est-ce que vous, vous êtes pour un changement de cette réglementation ou de la loi qui avait été voulu par les socialistes à un moment ?

28:03
Yaël Braun-Pivet

Mais heureusement qu'un garde des Sceaux ne peut pas donner des instructions individuelles dans un dossier, mais vous vous rendez compte de ce que ça représente ? Donner des instructions individuelles, c'est dire en fait « dans l'affaire Bidule, vous classez sans suite, dans l'affaire Machin, vous poursuivez ». Et on demanderait ça à un politique, vous imaginez un peu ?

28:22
Invité

Est-ce qu'il faut du coup, en contrepartie de cette indépendance, plus de responsabilité des magistrats ?

28:29
Yaël Braun-Pivet

Les magistrats doivent être indépendants. C'est une garantie de l'état de droit. C'est le fondement de l'état de droit, la séparation des pouvoirs entre le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et l'autorité judiciaire. Donc ne revenons pas, gardons-nous de revenir là vraiment, on met l'état de droit par terre. Donc moi je suis pour l'indépendance du parquet, je continue et j'appelle toujours de mes voeux à ce que l'on fasse la réforme constitutionnelle de cette indépendance du parquet qui accessoirement est demandée par le Conseil de l'Europe et la Cour européenne des droits de l'homme.

Deuxièmement, je suis absolument mais farouchement opposée au retour des instructions individuelles qui voudraient que le pouvoir politique reprenne et la mainmise sur l'autorité judiciaire. Parce que là on parle d'affaires qui nous révulsent tous, mais demain on parlerait d'affaires politiques. Et on dirait, le ministre, dans telle affaire contre son opposant, a donné des instructions individuelles pour que l'on aille très très vite. Et puis dans cet aver, il a protégé son ami parce qu'il a voulu qu'on aille très très lentement ou qu'on classe, vous vous rendez compte, mais on marche sur la tête, excusez-moi, mais on marche sur la tête. Mais du coup le volant responsabilité...

Je ne suis pas garde des Sceaux, mais je ne voudrais pas être en charge des 70 000 dossiers dont il a demandé la revue pour dire dans ce dossier vous poursuivez, dans ce dossier vous ne poursuivez pas. Je pense qu'il faut laisser ça à ceux qui savent, à ceux qui sont formés pour, à ceux qui sont indépendants des pressions judiciaires. Et vous avez raison, ils doivent être responsables. Là aussi, on a réformé la procédure disciplinaire.

Regardons, moi j'ai écouté attentivement le procureur général auprès de la Cour de cassation, il dit quand même, à l'inverse de ce que disent certains politiques, qu'il y a des poursuites nombreuses et qu'il y a un certain nombre de magistrats qui ont été déclarés inaptes à exercer cette profession. Donc il faut avancer sur ces sujets-là, il faut que les magistrats soient responsables, bien sûr, mais à nouveau, n'allons pas trop vite et ne faisons pas n'importe quoi.

30:27
Présentateur

Madame la Présidente de l'Assemblée, au cœur de votre fonction, il y a la gestion du calendrier parlementaire. Il vous reste en gros 4 à 5 mois de travail législatif avant l'examen du budget en fin d'année, puis la trêve pendant la campagne présidentielle. S'il y avait une priorité parmi les priorités, ce serait laquelle pour être utile là dans le temps qui vous reste ?

30:44
Yaël Braun-Pivet

À nouveau, nos enfants.

30:45
Présentateur

Avant la fin de vie, avant...

30:48
Yaël Braun-Pivet

Nos enfants, on a 15 juillet, l'aide sociale à l'enfance, et j'espère vers le mi-septembre, un texte, la proposition de loi intégrale. Ça, c'est deux sujets. Après, j'ai un autre sujet qui concerne nos plus grands enfants. C'est un texte qui est porté par Philippe Baptiste sur l'enseignement supérieur. Nos enfants sont beaucoup d'entre eux sur Parcoursup en ce moment. Il y a un texte qui vient faire le ménage sur Parcoursup. C'est un texte qui est prêt, examinons-le. Et puis après, nous avons des textes qui terminent leur course avant le 15 juillet et qui sont très importants. La loi de programmation militaire pour pouvoir protéger notre nation...

31:23
Présentateur

Ça fait beaucoup de priorités.

31:24
Yaël Braun-Pivet

Oui, mais elle est inscrite, celle-là, on peut le faire. Il faut une session extraordinaire. Alors, en septembre, nous en avons une qui est prévue jusqu'au juillet, jusqu'au 20, 21, 22 juillet. Et en septembre aussi ? Et donc, elle nous permet de passer loi de programmation militaire et sociale à l'enfance, le dossier sur la fin de vie, le dossier sur l'autonomie de la Corse, qui est très important. On n'en a pas parlé. Un texte très important qui s'appelle Riposte sur les infractions du quotidien, rêve parti, protoxyde d'azote, etc. Ça, c'est avant juillet. Ça se termine vers le 21, 22, 23 juillet.

31:52
Présentateur

Et une autre session extraordinaire en septembre ?

31:54
Yaël Braun-Pivet

Et moi, j'appelle de mes voeux une session extraordinaire en septembre.

31:57
Présentateur

Emmanuel Macron, qui en a la prérogative, en pense quoi ?

31:59
Yaël Braun-Pivet

Pour le moment, on a déjà imaginé qu'on pourrait prendre un texte important sur les polices municipales à la fin du mois de septembre. Moi, j'appelle effectivement. Donc, on avance le début de la session pour pouvoir examiner cette loi intégrale. Et puis après, nous avons ces textes. Il y a un texte sur les transports qui est intéressant et qui est porté par M. Tabarro. On dit qu'Emmanuel Macron est très réservé sur septembre. Écoutez, c'est sa prérogative constitutionnelle. Je suis très attachée à l'État de droit. Moi, je suis dans ma mission. Je demande à travailler à l'Assemblée. Et je dis qu'on a des textes prêts et qu'ils sont importants.

Et les parlementaires, qu'est-ce qu'ils en disent ? Ils sont demandeurs aussi ? Les parlementaires sont toujours demandeurs pour travailler dans l'intérêt des Français. C'est l'essence de notre mandat.

32:36
Présentateur

Parlons du budget, Yael Brunpivet. Comme l'an passé, faute de majorité, il s'annonce quasi impossible, soyons honnêtes, à faire voter par les voix normales à l'Assemblée. Hier, dans une interview à la Provence, vous appelez Sébastien Lecornu à dégainer à nouveau et rapidement le 49-3. Pourquoi ?

32:50
Yaël Braun-Pivet

Parce que, vous l'avez dit, c'est dans une année pré-présidentielle. Il est peu probable, comme nous n'avons pas de majorité, que nous trouvions une majorité. Vous avez déjà fait une croix sur un pacte de non-censure éventuel avec les sociales.

33:03
Invité

Et vous dites que ce ne sera pas possible à quelque part de la présidentielle.

33:05
Yaël Braun-Pivet

C'est un pacte de non-censure. Si vous faites un 49-3, le budget n'est adopté que s'il n'y a pas de censure. Donc, de toute façon, ça passe par un pacte de non-censure avec les différentes oppositions. C'est quoi le sens de ce 49-3 ? L'idée, c'est de dire qu'il nous faut un budget responsable, raisonnable, rapidement. Parce que, moi, j'ai sur le terrain, encore avant-hier, justement, à côté de Montpellier, j'ai discuté avec des chefs d'entreprise qui nous disent « Mais en fait, le pire pour nous, quand on veut investir, c'est de ne pas savoir où l'on va budgétairement, fiscalement, etc. » Donc, je pense d'avoir un budget rapide.

Et donc, si tout le monde est d'accord pour le voter, votons-le. Mais quel intérêt pour le Rassemblement national ?

33:44
Invité

Quel intérêt pour le Rassemblement national ? Quel intérêt pour les socialistes, à quelques mois d'une présidentielle, de jouer le jeu du gouvernement pour la faire courte ?

33:51
Yaël Braun-Pivet

Eh bien, en fait, l'intérêt, c'est l'intérêt du pays. Et je crois que lorsqu'on s'engage en politique, lorsqu'on aspire aux plus hautes responsabilités, à gouverner la France, eh bien, on pense et on met l'intérêt du pays en premier. Eh bien, l'intérêt du pays, dans une année comme la nôtre, pré-présidentielle, c'est d'avoir un budget. C'est cela, l'intérêt du pays. Parce que les socialistes, eux, disent... Il ne faut pas avoir des choses crispantes dans ce budget, des épouvantails. Ça, ça serait pire que tout.

Mais c'est pour ça qu'un budget raisonnable et responsable, dans l'intérêt de la nation, tout le monde peut comprendre que nous avancerions avec, pour le président élu, eh bien, la possibilité, avec son gouvernement, de présenter un budget rectificatif dès qu'il sera élu.

34:32
Présentateur

Vous en avez parlé, Emmanuel Macron, et surtout Sébastien Lecornu, dont c'est la prérogative ?

34:35
Yaël Braun-Pivet

Oui, oui, j'en ai parlé avec le président de la République, notamment, récemment. Il en pense quoi ? Nous cherchons, en tout cas, la bonne façon de faire pour que l'activement... Parce que les socialistes disent que ça n'est pas spécial. La bonne façon de faire, ça ne pourrait pas être les ordonnances

34:48
Invité

pour Emmanuel Macron, ce que vous le redoutez ?

34:49
Yaël Braun-Pivet

Les ordonnances, ça veut dire que l'on passe plus de trois mois dans l'hémicycle à débattre d'un budget dont on sait qu'il ne sera pas voté. Donc, on ne travaillera pour rien dans l'hémicycle de 9h à minuit, tous les jours. Eh bien, moi, je trouve que ce temps-là, lorsqu'on voit les priorités législatives que nous pourrions avoir, lorsque l'on voit qu'on a tous ces textes qui sont prêts, eh bien, au lieu de passer du temps pour parler d'un budget qu'on ne votera pas et qui terminera en ordonnance, vous savez que quand on passe par ordonnance, c'est le budget initial. Ça n'est pas le budget tel qu'il est issu des débats.

Donc, ça veut dire que nos débats, pendant trois mois, ne serviraient strictement à rien et que nous ne prendrions pas le temps d'examiner ces textes qui pourraient changer la vie de nos compatriotes, les transports, l'aide sociale, la loi intégrale, etc., etc. Donc, en fait, moi, je suis assez rationnelle et pragmatique.

35:40
Présentateur

Donc, le 49.3, c'est aussi une façon de trouver du temps, de dégager du temps pour les autres priorités. Exactement. On a bien compris. On est aussi à moins d'un an, ça ne vous aura pas échappé, de l'élection présidentielle. Yael Brunpivet, le journal Le Monde, tiens, Françoise, a compté moins d'une trentaine de candidats déclarés ou qui se préparent à l'être, ce qui a inspiré, écoutez, tiens, à Sébastien Lecornu, ce commentaire tout en ironie, c'était jeudi en conférence de presse.

36:00
Invité

Il y a beaucoup de candidats à la présidentielle, j'ai l'impression. Alors qu'on fasse attention à ce qu'il n'y ait pas plus de candidats que d'électeurs, parce que ça marquerait une démocratie vivante, mais qui pourrait quand même nous poser d'autres difficultés. Vous pourriez être, allez, la 31e ? Non, ben non.

36:14
Yaël Braun-Pivet

Non, mais il a raison. En fait, il y a beaucoup trop de candidats. Ce qui est étonnant, quand même, c'est qu'on parle de l'élection présidentielle. Et donc, il faut pouvoir, on aspire à diriger une nation. Mais vous vous étonnez, mais comment vous l'analysez ?

36:32
Invité

Il y a quand même des raisons.

36:34
Yaël Braun-Pivet

Donc, on voit un éclatement considérable de notre vie politique, quel que soit le bord politique, une société française très fracturée. Et puis, beaucoup de personnes qui se disent, ben en fait, justement, dans ce paysage politique très fracturé, qui manque de leaders, eh bien, pourquoi pas moi ? Mais je pense qu'on ne peut pas imaginer l'élection présidentielle en se disant, pourquoi pas moi ? Et pourquoi pas vous ?

37:00
Invité

Donc, vous, vous excluez, il y a une rentrée. Est-ce que vous vous excluez complètement de vous présenter à la présidentielle ?

37:07
Yaël Braun-Pivet

Mais moi, je l'ai dit mille fois, j'exclus rien, jamais. Parce que figurez-vous... Donc, la porte est ouverte. Non, mais figurez-vous qu'une semaine avant de me présenter à la présidence de l'Assemblée nationale, vous l'avez rappelé, j'étais ministre, et je ne savais, même, je n'imaginais pas que je me présenterais à la présidence de l'Assemblée nationale. Et donc, en fait, moi, je suis... Tout est possible, c'est ça que vous dites. Tout est possible, mais en revanche, ce que je souhaite, et c'est ça mon action, moi, et c'est pour ça qu'aujourd'hui, je ne suis pas candidate. Un, j'ai une assemblée à faire tourner, avec beaucoup de priorités, et c'est ça mon job, que je fais à 100%.

Et deux, vu l'éclatement de cette vie politique et vu l'éclatement de mon camp, moi, j'essaye d'utiliser toutes mes forces à ne pas l'éclater davantage, mais à essayer de rassembler. Mais il y a des offres, quand même. Essayer de trouver des points de convergence pour faire en sorte qu'on puisse aller ensemble.

37:56
Invité

Edouard Philippe, Gabriel Attal, ces deux offres qui sont tout à fait convenables et qui représentent les idées de votre camp. Et pourquoi vous n'êtes pas allée au meeting de Gabriel Attal, qui est quand même le patron de votre parti ?

38:07
Yaël Braun-Pivet

Mais parce que je pense que l'heure des meetings n'est pas venue. Donc vous ne serez pas à celui d'Edouard Philippe le 5 juillet ? Et je n'irai pas à celui d'Edouard Philippe et je n'irai à aucun meeting en ce moment. Mais il faut bien que la campagne commence quand même. Oui, mais là, elle commence trop tôt. Moi, je pense que les Français, ils attendent en tout cas de moi, président de l'Assemblée nationale, que je fasse ce que j'ai dit que je ferai. Et donc, évidemment que moi, j'oeuvre à l'émergence d'une candidature commune de ma famille politique. Via une primaire, c'est possible ?

Je vois Gabriel Attal, je vois Édouard Philippe, mais j'ai vu récemment François Bayrou, j'ai vu récemment Xavier Bertrand, parce que notre base politique comprend aussi les Républicains. J'ai vu Jean-Louis Borloo, etc. Il faut qu'on arrive à converger, mais qu'on arrive d'abord à converger sur du fond, sur des idées, sur qu'est-ce qu'on va faire pour notre pays. Où est-ce qu'on veut emmener notre pays ? Quelle est la vision commune que nous partageons et que nous proposons aux Français ? Il y a une primaire ou il y a les sondages ? Comment on les départage en un mot ? Aujourd'hui, il y a des visions partagées.

Eh bien, entre les primaires et les sondages, moi, je préfère la primaire, mais j'espère qu'avant cela, nous réussirons à converger par l'intelligence collective. En tout cas, moi, c'est ça que j'essaye de construire aujourd'hui avec...

39:13
Invité

Ça veut dire que vous ne croyez pas aux candidats actuels, ce que vous dites quand même ? Pardon ? Ce que vous dites, c'est que vous ne croyez pas tellement aux chances des candidats actuels. On voit qu'aucun ne va vraiment se distinguer de l'autre.

39:23
Yaël Braun-Pivet

Eh bien, en fait, moi, ce que j'espère, on sait tous, on va se parler franchement, on sait tous que deux candidats, ça ne marche pas. Donc, il faut qu'il n'y en ait qu'un. Donc, moi, ce que j'espère, je suis... Est-ce qu'on arrive à travailler à ce rassemblement autour d'une vision partagée ? Et moi, je crois que le rassemblement est d'expérience. C'est ce que je vois à l'Assemblée nationale. Moi, je travaille avec des groupes politiques très variés. Eh bien, pour construire un rassemblement, il ne faut pas parler des personnes, il ne faut pas parler des étiquettes, il faut parler du projet, du fond. Qu'est-ce qu'on veut pour notre pays ?

39:55
Présentateur

Yael Brunpivet, vous êtes l'invité de Questions Politiques et on va tenter de mieux vous connaître aujourd'hui. France Inter. Questions Politiques. Julien Némy. Et c'est avec vous, Alix Bouillaguet.

40:10
Locuteur non identifié

Madame Rousseau, est-ce que vous pourriez éviter d'hurler quand vous prenez la parole ? Vous nous cassez les oreilles. Ou à défaut, est-ce que vous pourriez baisser le micro ? Ça n'est pas acceptable. Je vous rappelle à l'ordre immédiatement. Et votre appel au règlement est terminé. Ça vous fait rire.

40:38
Invité

On vous entend, on vous entend. Effectivement, vous souriez vraiment recadrer extrêmement vivement ce député. C'était en novembre 2025. Il s'agit de Géraud Verny, qui était un député siotiste du groupe UDR. Après ses propos contre Sandrine Rousseau. Comment vous expliquez qu'en 2026, les femmes peinent encore à se faire entendre, peinent à occuper des places de premier plan ? Est-ce que la misogynie plane toujours encore dans le milieu politique ? Est-ce qu'il y a finalement toujours un plafond de verre pour les femmes ?

41:12
Yaël Braun-Pivet

Oui, oui, assurément. Moi, je rigolais parce que mes enfants me disent, mais maman, c'est comme tu dis à la maison quand on fait des bêtises ou quand on déconne, c'est fini, ça suffit, etc. Donc, ils m'ont retrouvée telle que je suis. Et oui, c'est insupportable. C'est insupportable, ça suffit, c'est fini. Et on voit bien qu'on a un plafond de verre terrible dans notre société, tout le monde le dit. Et vous voyez, quand on parle d'approche globale, c'est aussi ça l'approche globale qu'il faut avoir. C'est-à-dire qu'il faut qu'à la table des décisions, toujours, partout, tous les niveaux, il y ait des hommes et des femmes. Ça n'est pas le cas aujourd'hui.

Dans certaines entreprises, dans certains cercles de pouvoir politique, dans certains cercles associatifs, etc. Et ça aussi, ça suffit, c'est fini.

41:55
Invité

Lorsque vous êtes élue députée en 2017, vous souhaitez présider la prestigieuse commission des lois. Vous racontez dans votre livre, à ma place, ce coup de téléphone de Stéphane Séjourné. Alors à l'époque, l'actuel commissaire européen est conseiller à l'Elysée. Il fait vraiment partie du premier cercle d'Emmanuel Macron. Et que vous dit-il au téléphone ? Eh bien, en substance, es-tu vraiment certaine de vouloir briguer cette fonction très prenante alors que tu as cinq enfants ? Clairement, bon, ça semble être une manière de vous décourager. En gros, n'y va pas. C'est vrai qu'on a du mal à le croire.

42:28
Yaël Braun-Pivet

Oui, moi aussi, j'ai eu du mal à le croire. Parce que, en fait, c'était très paradoxal. Parce que notre majorité, le président de la République, Emmanuel Macron, avait voulu qu'il y ait autant de candidats que de candidats teux, dans des circonscriptions éligibles. C'était le premier à faire ça. Il a ouvert comme jamais la porte aux femmes politiques dans notre pays. Moi, je lui dois mon élection en tant que députée.

42:49
Invité

Elisabeth Borne a été aussi deuxième, première ministre.

42:53
Yaël Braun-Pivet

Il y a eu Aurore Berger, présidente de groupe à l'Assemblée nationale. Quand on arrive à l'Assemblée nationale, on a quatre présidentes de commission permanente sur les huit. Donc, en fait, la volonté, elle était là. Et puis, en fait, tout de suite, c'est un peu la douche froide de dire, en fait, vous êtes là, mais prenez pas trop de place, justement.

43:09
Invité

Alors, prenez pas trop de place non plus, toujours vos galons à l'arraché. On l'a dit, vous êtes une ex-avocate pénaliste. Vous êtes aussi imposée en 2022 pour obtenir la présidence de l'Assemblée nationale. Là encore, vous n'êtes pas la candidate d'Emmanuel Macron. Il soutient Richard Ferrand. Finalement, vous remportez... Il soutient Roland Lescure. Richard Ferrand, en 2022, avait été battu. Effectivement. Donc, deux hommes à nouveau. Donc, vous remportez la primaire interne. Et vous êtes élue, donc, première femme présente de l'Assemblée nationale, le 28 juin 2022. Est-ce que, depuis cette date, vous n'êtes pas un petit peu le petit caillou dans la chaussure du président ? Je crois pas.

43:43
Yaël Braun-Pivet

Franchement, moi, j'ai une très bonne relation avec le président de la République, en tout cas très franche et très directe. Après, je suis effectivement très indépendante, mais parce que la fonction le veut aussi. Je préside l'Assemblée nationale. On parlait de séparation des pouvoirs. Eh bien, dans un état de droit, l'Assemblée nationale et l'exécutif, donc le gouvernement et le président, c'est pas la même chose. Et donc, c'est vrai que j'ai une liberté de parole. Je fais respecter l'institution. Je la fais fonctionner en écoutant beaucoup les oppositions. Parfois, on me le reproche. Moi, c'est ma vision de la démocratie et du débat public. Et j'essaye de la porter.

Donc, oui, j'ai des désaccords parfois, mais je suis toujours, toujours loyale, hyper loyale.

44:24
Invité

Emmanuel Macron, il est quand même beaucoup entouré d'hommes à l'Élysée. Il n'y a pas vraiment de contrepoids féminin autour de lui. Pas vraiment, non. Une dernière question qui est assez sensible, me semble-t-il. Le 10 janvier 2025, vous révélez avoir eu un cancer du sein en 2022. Vous évoquez un coup de tonnerre dans votre vie. Pendant trois ans, vous avez pourtant choisi de ne pas rendre public ce combat que vous meniez tout en président de l'Assemblée nationale dans une période de crise politique inédite. Est-ce qu'en politique, on se sent obligé de taire sa fragilité pour préserver son autorité ?

44:58
Yaël Braun-Pivet

Je l'ai cru. Je l'ai cru et je l'ai effectivement tue. Et je sais qu'il y a d'autres femmes politiques qui le taisent encore aujourd'hui. Vous le regrettez, ça ? Je le regrette. Mais vous savez, c'est le lot de beaucoup de femmes aussi dans le monde professionnel qui, de peur de louper une promotion ou de peur de ne pas être jugées suffisamment à la hauteur, cachent leur maladie. Et c'est pour ça que, aussi, je l'ai dit, pour appeler à la prévention, évidemment au dépistage, mais pas seulement. Il faut que nous, toutes les familles de France, soient touchées aujourd'hui, de près ou de loin, par le cancer ou par des maladies graves.

Et donc, nous devons ensemble construire une société plus inclusive, plus tolérante. Parce que, quand vous êtes malade, quelle que soit la maladie, c'est un peu une double peine de devoir mener le combat de la maladie et de devoir le taire. Et donc, j'appelle à la libération de la parole, là aussi, et à une société qui prend mieux en compte les individus, quel que soit leur parcours, quelle que soit leur situation. Et vous voyez, ce qui me comble, finalement, en tant que femme politique, c'est que j'ai pu faire de cette maladie, de ce cancer. J'en ai fait une force personnelle, parce qu'on n'en ressort pas indemne, mais j'en ai fait aussi un combat politique.

Et ça, c'est très gratifiant, parce que je me dis tous les jours, mon cancer, il a servi à ça, à ce que je porte cette parole-là. Et je vois, quand je me déplace partout en France, à quel point cette parole, elle est nécessaire.

46:21
Présentateur

Yael Brunpivet, c'est l'heure de votre carte blanche. Vous êtes venue avec un sujet de votre choix, sur lequel vous souhaitez braquer les projecteurs. On a, allez, une minute, une minute trente, si ça ne vous ennuie pas, on est un peu en retard. Vous avez choisi quoi, aujourd'hui ?

46:31
Yaël Braun-Pivet

J'ai choisi la société de l'engagement. Moi, avant de faire de la politique, j'étais engagée au Resto du Coeur, dans l'associatif. Et en fait, je rêve d'une société, vous savez, un peu à la Kennedy, où on ne se demande pas ce que le pays va faire pour soi, mais ce qu'on peut faire pour son pays. Et donc, aujourd'hui, dans une société qui doute, eh bien, j'appelle chacun d'entre nous, j'appelle chaque citoyen à se dire qu'est-ce qu'il peut faire pour la France ? Comment il peut s'engager auprès de sa ville, auprès d'une association, d'une personne âgée, de son voisin, faire du soutien scolaire pour des enfants qui ont du mal ? Bref, se dire que chacun doit prendre sa part.

Et aussi, les entreprises. On parle de l'égalité entre les hommes et les femmes. Bon sang de bonsoir, on est dans un pays où on n'a pas encore une égalité salariale parfaite. Que font les chefs d'entreprise ? Il faut que chacun se dise, je peux jouer un rôle. Je ne suis pas un consommateur d'une société ni un râleur. Je peux agir à mon niveau. Et si tout le monde se disait ça, je peux vous dire que la France aurait un autre visage.

47:35
Présentateur

En une seconde, vous parliez des associations. Les subventions allouées par le gouvernement aux associations ont baissé de près de 40% en trois ans. Vous le déplorez ?

47:42
Yaël Braun-Pivet

Évidemment, on a dans notre pays près de 20 millions de bénévoles. Nos associations, c'est ce qu'ils font que notre pays tient. Et avec la société de l'engagement dont je rêve, évidemment, il faut les soutenir.

47:56
Présentateur

Ça pourrait être un slogan présidentiel, ça, la société de l'engagement. Non ? Écoute...

47:59
Yaël Braun-Pivet

Vraiment ?

48:04
Présentateur

Vous êtes incorrigible. J'essaye. En parlant de 2027, Françoise, c'est à vous. Comme chaque semaine, vous vous penchez sur une question qui sera au cœur du débat présidentiel de l'an prochain.

48:13
Invité

La crise démocratique, bien sûr, dont on a vu tous les aspects lors de cette émission. Et qui, évidemment, influe sur la préparation de la prochaine élection présidentielle. Alors, Yael Bonne-Privé, vous écrivez dans votre livre « À ma place », paru en avril 2025, « Notre démocratie brûle et nous regardons ailleurs ». Qu'est-ce qui brûle aujourd'hui ?

48:33
Yaël Braun-Pivet

On voit bien, on a une crise de confiance dans notre pays total. Les Français, vous l'avez évoqué tout à l'heure, n'ont pas confiance dans leur politique d'une façon générale, ni dans leurs institutions. Et donc, il est urgent de réagir, de leur donner davantage confiance. Alors, il n'y a pas de solution miracle. Il ne suffirait pas de faire une loi. Mais il y a des changements que je pense que pourront y aller.

48:57
Invité

Parmi les changements, c'était le scrutin proportionnel. Vous êtes l'une des défenseurs, je ne sais pas, comme on dit, de cette mesure qui oblige, au fond, au compromis. Parce que les forces politiques s'affirment au premier tour, et puis au deuxième tour, sont obligées de composer. François Bayrouet essaye d'avancer. Il a échoué. Vous regrettez ? Vous pensez que c'est une occasion perdue ?

49:21
Yaël Braun-Pivet

En tout cas, il faut continuer à avancer. Vous savez, parfois, il y a des réformes qui prennent très longtemps à se réaliser. Mais je pense que non seulement la proportionnelle invite aux compromis et force aux compromis, mais aussi elle permet aux citoyens de voter pour leur couleur politique. Puisque quand il y a des scrutins proportionnels, chacun peut partir sous ses couleurs. On l'a vu aux élections européennes, on le voit aux élections régionales, où il y a des scrutins proportionnels. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de NUPES ou de NFP, par exemple, parce que chacun peut voter écolo, à gauche, communiste, etc. Pareil de l'autre côté, du côté du bloc central ou de la droite.

Ça permet à chaque formation politique vraiment de présenter son programme, sa vision. Et après, une fois que les électeurs ont choisi, les formations politiques travaillent ensemble à porter un projet commun.

50:09
Invité

La Ve République, c'est beaucoup la fonction présidentielle. Estimez-vous que cette fonction a été durablement affaiblie par la dissolution manquée de 2024 ?

50:18
Yaël Braun-Pivet

En fait, je pense que la fonction présidentielle est affaiblie par la concentration et l'exercice des pouvoirs, finalement, directs de l'exécutif par le président de la République. Et là, à nouveau, je ne parle pas d'Emmanuel Macron spécifiquement. On a, depuis plusieurs quinquennats, des présidents de la République qui ont voulu tout gérer. On se rappelle de la phrase de Sarkozy par rapport à Fillon, quand il avait dit « mon collaborateur ». Et donc, je trouve que ça, ce n'est pas une bonne chose.

50:51
Invité

Je suis la tête sur les jambes, disait-il.

50:52
Yaël Braun-Pivet

Voilà. Donc, ce n'est quand même pas très flatteur pour le Premier ministre. Moi, j'aimerais que le Premier ministre soit vraiment le chef du gouvernement, animateur réel d'une majorité à l'Assemblée nationale et d'une majorité de coalition, avec un président de la République qui reste sur les grands enjeux, le régalien, les enjeux internationaux. On n'en a pas parlé aujourd'hui, mais les enjeux internationaux, on voit que c'est suffisant aujourd'hui à occuper 24 heures sur 24 un homme politique. Et donc, je suis plus sur une vision plutôt très gaullienne, en fait, de la Ve République, telle que le général de Gaulle l'avait voulu.

51:26
Invité

Faut-il davantage faire recours au référendum ou s'en méfier, comme au fond, tous les présidents de la République depuis de Gaulle s'en méfient ?

51:35
Yaël Braun-Pivet

Alors, trois fois, oui. Il faut utiliser le référendum. Là aussi, je plaise pour cela dans mon livre. J'ai essayé de convaincre le président de la République, je l'ai dit depuis des années. Il faut faire confiance au peuple. On parle de crise de confiance, mais on demande au peuple de faire confiance aux politiques. Mais finalement, moi, je rêve d'un pays où les politiques feraient confiance au peuple. Et donc, le référendum, c'est l'acte de confiance par excellence, demandé au peuple de trancher.

Après, la condition de cet acte, c'est de faire confiance au peuple dans la réponse qu'il donne, puisque les Français sont durablement traumatisés par des référendums où ils n'auraient pas été écoutés.

52:14
Invité

Compte tenu de la crise actuelle, qui sera, à votre avis, le personnage clé après 2027 ? Le président de la République, le Premier ministre, le président des assemblées ou le président du Conseil constitutionnel ?

52:26
Yaël Braun-Pivet

Eh bien, moi, je plaide, comme vous l'avez entendu, pour que ce soit le Premier ministre. Et je plaide aussi pour que les assemblées soient renforcées dans leur pouvoir, puisque nous sommes les représentants du peuple, et donc davantage de responsabilité et de pouvoir à l'Assemblée nationale, notamment. Et donc, j'aimerais tant que ce soit le binôme, président de l'Assemblée, Premier ministre, qui soit les personnes qui aient le plus de pouvoir.

52:51
Présentateur

Merci à vous, Françoise. Il reste, allez, deux petites minutes dans cette émission. Et comme d'habitude, on finit avec un petit jeu, un vrai faux. Vous êtes prête ? Prête. L'histoire finira par donner raison à Emmanuel Macron, tiens, sur sa dissolution de 2024. Vrai ou faux ? Faux. Gabriel Attal est l'héritier naturel d'Emmanuel Macron ?

53:07
Yaël Braun-Pivet

Faux. Il n'y a pas d'héritier naturel. Il y a, et c'est, je pense, le choix du président de la République, sans parler pour lui, j'espère qu'on a créé une vraie force démocrate progressiste dans notre pays. Et donc, nous sommes pleins d'héritiers naturels.

53:19
Présentateur

Sébastien Lecornu fera un bon candidat à la présidentielle.

53:22
Yaël Braun-Pivet

Sébastien, comme tant d'autres, oui.

53:23
Présentateur

Jean Castex aussi ?

53:24
Yaël Braun-Pivet

Voilà. Comme Jean, comme Jean-Louis Borloo, comme tant d'autres.

53:28
Présentateur

D'accord. Comme Yael Brune-Pivet. Avec Patrick Bruel, il faut séparer l'homme de l'artiste ?

53:34
Yaël Braun-Pivet

C'est une question philosophique. Nos enfants vont avoir le bac philo, je crois, demain. On pourrait leur poser cette question.

53:40
Locuteur non identifié

Vous en pensez quoi, rapidement ?

53:41
Yaël Braun-Pivet

C'est tellement compliqué. Moi, j'ai du mal à séparer l'homme de l'artiste. Je pense qu'on a besoin d'être un et un seul, et d'être très cohérent entre ce qu'on fait, ce qu'on crée, ce qu'on dit, ce qu'on est. Et donc, moi, je ne peux pas séparer l'homme de l'artiste.

53:56
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon a réussi son entrée en campagne, vrai ou faux ?

53:59
Yaël Braun-Pivet

Pour porter des idées qui divisent les Français, oui, mais je crois que ce n'est pas ce dont le pays a besoin.

54:05
Présentateur

Marine Le Pen serait beaucoup plus dur à battre que Jordan Bardella l'an prochain ?

54:09
Yaël Braun-Pivet

Je n'en sais rien. La politique fiction, c'est compliqué.

54:12
Présentateur

Vous avez droit à un joker, on va le mettre là. Observer une minute de silence pour Quentin Deranc à l'Assemblée, c'était une erreur ?

54:18
Yaël Braun-Pivet

C'était une erreur collective, puisque vrai, c'était une erreur collective.

54:22
Présentateur

Et tiens, vous avez mentionné le bac. Puisque c'était le bac de maths vendredi, 9 fois 6 égale 53.

54:27
Yaël Braun-Pivet

C'est faux ! Vous savez combien 9 fois 6 ? 9 fois 6, 54, voyons !

54:32
Présentateur

Allez, une dernière. Et puisque c'était aussi le bac de français cette semaine, le besoin d'appartenir à un groupe empêche d'être libre. C'était dans une épreuve.

54:38
Yaël Braun-Pivet

Ah, c'est intéressant ça.

54:39
Présentateur

Vrai ou faux ?

54:39
Yaël Braun-Pivet

Ben, ouais, vrai.

54:42
Présentateur

Merci beaucoup, Yael Brunke. On va finir là-dessus d'avoir répondu à nos questions politiques aujourd'hui. Merci aussi à vous, Alex Bouillaguet, Françoise Fressoz, ainsi qu'à Fabienne Lemoyle et Capucine Aubert. Merci enfin à vous, auditeurs, téléspectateurs, pour votre fidélité. Bon dimanche à tous et vive la politique.