Manuel Valls : "Le respect de la règle, c’est de soutenir celui qui a gagné "
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:07OuverteRéponse directe
Est-ce que par vos attaques, vous ne rendez pas le rassemblement, sinon impossible, du moins très difficile au lendemain du second tour ?
- 0:18RelanceRéponse directe
Est-ce que vous n'êtes pas en train de valider un adjectif que vous aviez pourtant renié, irréconciliable ?
- 2:10OuverteRéponse directe
Est-ce que les deux visions que vous proposez, Benoît Hamon et vous-même, sont irréconciliables ?
- 4:13OuverteRéponse directe
Est-ce que Malek Bouti a-t-il eu raison de dire ce qu'il a dit ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:41Invité politiqueFait
« Ils permettent de choisir, en effet, entre deux personnalités. »
- 0:52Invité politiquePromesse
« Moi, je suis pour une société qui donne du travail, qui soit source de fierté, de sentiment de dignité, de sentiment d'utilité. »
- 1:42Invité politiqueFait
« Je ne crois pas à ce revenu universel distribué à chacun. »
Temps de parole
- Manuel Valls85 %
- Présentateur15 %
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Bonjour Manuel Valls. Bonjour Patrick Cohen. A vous entendre, le projet de Benoît Hamon, c'est la ruine et le communautarisme. Est-ce que par vos attaques, vous ne rendez pas le rassemblement, sinon impossible, du moins très difficile au lendemain du second tour ? Est-ce que vous n'êtes pas en train de valider un adjectif que vous aviez pourtant renié, irréconciliable ?
Moi, je veux un débat clair. Au fond, jusqu'à maintenant, il y a eu un débat de qualité, des débats de qualité entre sept candidats, sept personnalités, sept projets, mais reconnaissons-le, une forme de confusion. Or, voilà, c'est ainsi, ce sont les électeurs du premier tour qui l'ont décidé. Ils permettent de choisir, en effet, entre deux personnalités. Moi, vous le savez, je respecte beaucoup Benoît Hamon, je le connais depuis longtemps, mais deux choix, deux possibilités pour la gauche. Donc, deux visions de l'économie, deux visions du travail, deux visions de la laïcité ?
Moi, je suis pour une société qui donne du travail, qui soit source de fierté, de sentiment de dignité, de sentiment d'utilité. C'est pour ça que je soutiens la compétitivité de nos entreprises, l'investissement dans les secteurs d'avenir, et que je veux qu'on rémunère le travail avec la poursuite de la baisse des impôts, notamment pour les classes moyennes et les couches populaires. Et je propose, vous le savez, la suppression des cotisations sociales et la défiscalisation sur les heures supplémentaires. Parce que je pense que la valeur travail est intimement liée aux valeurs de la gauche. Je ne crois pas à la fin du travail. Je refuse de capituler, parlons, devant le chômage.
Et je n'accepte pas, mais ça sera l'un des débats, beaucoup plus clair que celui que nous avons pu avoir sur cette question avant le premier tour. Je ne crois pas à ce revenu universel distribué à chacun. Je ne crois pas qu'on remplace le travail par une allocation. Donc c'est une vision très opposée. Ce sont des conceptions différentes sur le travail, sur la sécurité sociale, et puis par ailleurs sur la crédibilité, puisque sur ce sujet-là, ce sont 350-400 milliards d'euros. Et oui, ça se traduirait par plus d'impôts et plus de déficit.
Est-ce que ça compose deux projets, deux visions irréconciliables ? Emmanuel Valls, je me place dans la perspective d'une lendemain du second tour, puisque dimanche prochain, un candidat sera désigné par les primaires.
Mais s'il y a une primaire, la primaire de la gauche et des écologistes, et j'espère qu'il y aura bien davantage d'électeurs, notamment d'électeurs qui doivent être fiers de ce qui a été engagé depuis 2012, qui doivent être fiers de la gauche qui gouverne, celle de Mitterrand, celle de Rocard, celle de Mourois, celle de Jospin, celle de Hollande. Bref, une gauche qui est fière d'assumer les responsabilités dans les temps difficiles. Et moi, je leur demande d'aller voter. Parce qu'au fond, ce qui est en cause, c'est la culture de la responsabilité, la culture du gouvernement.
La gauche française qui a été agitée par de nombreux débats, elle s'est identifiée depuis des années à la culture de la responsabilité, à l'exercice du pouvoir. Moi, je veux aller plus loin dans bien des domaines, sur le travail, sur l'école, parce qu'il faut lutter contre les inégalités. Et c'est pour ça que je propose un secteur de la petite enfance, un secteur de l'accueil pour la petite enfance, parce que nous savons que beaucoup se jouent là.
Je veux aller plus loin en matière de santé, d'où ma proposition sur la suppression du numérosclusus et de l'obligation d'installation des médecins, notamment là où il y a ces déserts médicaux, dans les territoires ruraux, dans les villes moyennes, comme dans les quartiers populaires. Il faut aller plus loin, mais je ne veux pas semer des illusions. Je ne veux pas semer des illusions, parce que derrière les illusions, il y a les procès en trahison. Derrière les procès en trahison, il y a le remord. Et derrière le remord, il y a la montée des populismes. Le procès en trahison, il a été fait pour le quinquennat, qui s'achève aussi. Oui, y compris notamment par Benoît Hamon.
Donc c'est l'occasion. Irréconciliable ou pas, Manuel Valls ? Irréconciliable ou pas ? D'ailleurs, je vous rappelle que c'est ici même que j'ai démonté cette argumentation. D'ailleurs, c'était votre chef du service politique qui l'avait rappelé. J'avais dit que parfois, il y a des positions irréconciliables. Irréconciliables à gauche, je l'avais dit notamment quand Mélenchon explique que François Hollande est pire que Nicolas Sarkozy, ou quand en effet, les hommes ou des femmes de gauche s'affichent avec Tariq Ramadan. D'où ma question d'aujourd'hui.
Est-ce que les deux visions que vous proposez, Benoît Hamon et vous-même, sont irréconciliables ?
Il y a toujours eu des débats à gauche et parfois bien plus difficiles entre Jean-Pierre Chevènement et Michel Rocard, entre Jean-Pierre Chevènement et Jacques Delors. Est-ce que cela les a empêchés de gagner ensemble et de gouverner ensemble ?
Donc dans le passé, c'était irréconciliable.
Et aujourd'hui ? Non, quand il y a une ligne claire. Et moi, ce que je demande, c'est aux électeurs de nous départager et de choisir, en effet, le candidat qui porte une ligne claire. C'est-à-dire la possibilité de gouverner, la possibilité d'affronter demain François Fillon et Marine Le Pen. La possibilité d'incarner toujours une gauche qui soit à la fois celle du cœur, parce qu'il y a des valeurs, parce qu'on ne peut pas accepter la pauvreté, la misère, les inégalités dans notre société, et en même temps, qui incarne toujours la raison, c'est-à-dire la capacité de gouverner, d'affronter les difficultés. Et je le dis calmement, un débat dans une démocratie doit être utile.
Pour cela, il doit éclairer les électeurs qui doivent venir encore plus nombreux, bien plus nombreux.
Sur la laïcité, Manuel Valls, est-ce que vous endossez les attaques très violentes de certains de vos soutiens ? Malek Bouti, par exemple, Benoît Hamon est dans une dérive identitaire, ou encore, à Paris Match, c'est le candidat des indigènes de la République.
Mais celui qui a reçu beaucoup d'attaques sur cette question, et pas depuis quelques semaines, c'est moi. Sur ma vision d'une laïcité. Et je remarque, d'ailleurs, et j'ai souvenir des propos de Benoît Hamon, de sa réaction à propos de ce reportage sur France 2, sur ces femmes à qui on interdisait des lieux publics. Il a dit ici même lundi qu'il avait été maladroit. Je me rappelle de ces propos, parlant de votre consoeur, Caroline Fourest, évoquant, pour ce qui la concerne, le fait qu'elle exprimait une laïcité douteuse. Donc, je pense qu'il y a, en effet, un débat à gauche sur la conception de la laïcité. Moi, je défends une laïcité qui protège.
La laïcité, je rappelle, c'est la séparation des cultes et de l'État. C'est la neutralité des fonctionnaires. C'est aussi, et c'est un débat qui va bien au-delà de la laïcité, c'est la protection des femmes face à la montée des conservatismes, du machisme. Oui, c'est quand même un des sujets majeurs. Benoît Hamon, c'est le contraire. Nous aurons cette explication, ce débat, sur quelle est la conception de chacun de la laïcité. Oui, je pense que c'est un beau débat. Il n'est pas nouveau, d'ailleurs, totalement, à gauche.
Je me rappelle, pour ce qui me concerne, avoir, je n'étais pas le seul, mais d'autres ne l'avaient pas fait, voter à l'Assemblée nationale la loi interdisant le voile intégral dans l'espace public.
Donc, ce soir, vous ne comptez pas baisser le ton, contrairement à ce que demande le directeur de campagne de Benoît Hamon dans une lettre adressée à Jean-Christophe Cambadélis. Vous avez dû la voir. Il se plaint d'un climat nauséabond. Et il vous demande de mener une campagne constructive, respectueuse et loyale, centrée sur les idées et les propositions. C'est extrait de la charte éthique que vous avez signée.
Mais ce n'est pas une question de ton. Ce n'est pas une question de violence. C'est une question de clarification. Il faut que la démocratie serve, que cette primaire serve à quelque chose. D'ailleurs, je tire les leçons aussi du passé. D'ailleurs, que parfois, vous-même, les médias avaient à juste titre dénoncé, l'absence de clarté, d'ambiuité. Je pense que nous devons utiliser ce moment, en effet, pour porter le regard nécessaire sur ce qui a été engagé depuis 2012. Je vous rappelle que Benoît Hamon, après avoir quitté le gouvernement avant, il avait accepté un certain nombre de décisions.
Mais après avoir quitté le gouvernement, après avoir suivi Arnaud Montebourg dans son choix de quitter le gouvernement, je vous rappelle qu'il a voté, ou ne pas voté, toute une série de textes. Donc, il y a le regard sur, évidemment, ce qui a été engagé depuis...
Pendant quel texte ? On est allé vérifier ?
Il n'y a pas grand-chose. Depuis... Non, mais quand il s'est abstenu sur les lois de finances, par exemple. Mais depuis 2012... Il s'est abstenu trois fois et il a voté trois fois. Sur six textes concernant les finances. Depuis 2012. Mais je vois que vous avez de bons arguments. Et donc, il les rappellera lui-même. Mais il a contesté la politique du gouvernement. Oui, certes. Ce n'est pas lui faire une insulte que de le rappeler, tout simplement. Il n'a pas voté contre. Non, mais... Il a contesté la politique du gouvernement, oui ou non. C'est comme ça qu'il se place. C'est d'ailleurs tout à fait son droit. Donc, il y a à la fois le regard qu'on porte sur ce qui a été engagé depuis 2012.
Et puis, il y a surtout, car là, il est essentiel, le regard qu'on porte sur l'avenir, sur le projet pour l'avenir. Moi, je défends un projet pour l'avenir. La conception que j'ai du travail, la société du travail, la nation éducative avec la formation tout au long de la vie. Je prends là un exemple bien concret. Le compte personnel d'activité avec davantage d'heures de formation, avec le compte pénibilité pour ceux qui ont travaillé dur. C'est dans la loi travail. Lui propose son abrogation. Moi, je propose d'aller plus loin pour ce qui concerne la formation tout au long de la vie. Ce sont des débats qui sont nobles, qui sont de qualité.
Malek Bouti a-t-il eu raison
de dire ce qu'il a dit ? Malek Bouti a raison de pointer les ambiguïtés, ce qui se passe dans un certain nombre de quartiers, la radicalisation contre laquelle certains n'ont pas pris suffisamment conscience. Ce débat, il est au cœur aussi de notre société. Et il faut donc l'aborder franchement, tranquillement, sereinement, dans le respect des personnes, mais avec beaucoup de détermination pour une seule raison. Parce que moi, je veux gagner dimanche prochain pour que demain, la gauche puisse de nouveau être crédible pour l'emporter à l'élection présidentielle.
Manuel Valls, invité de France Inter, avec les questions, les appels, les auditeurs d'Inter. Dans quelques minutes, il est 8h32. Merci.
Merci. Merci.
Manuel Valls