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interviewRCF — L'Invité de la Matinale· 30 septembre 2025 17 min

Bruno Retailleau : qui est le nouvel homme fort de la droite ?

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. Sébastien Lecornu se fait attendre. Le Premier ministre a posé ses valises à Matignon il y a près de trois semaines, mais toujours pas de gouvernement. C'est la plus longue attente de la Ve République et de très loin. Plusieurs responsables politiques envisagent une nomination d'un gouvernement d'ici samedi. Et dans ce futur gouvernement, un ministère sera particulièrement scruté, celui de l'intérieur. Il y a à peine un an, Michel Barnier nommé Bruno Retailleau, place Beauvau.

En quelques mois, la notoriété du sénateur vendéen a explosé, multipliant les déplacements et les annonces chocs. Il s'est imposé, Clara, comme le nouvel homme fort de la droite. Oui, et ce matin, vous vous intéressez à ce profil avec votre invitée, Nathalie Chuc, grand reporter politique au point, également auteur de l'ouvrage Le Cardinal, paru aux éditions Robert Laffont. Bonjour, Nathalie Chuc. Bonjour. Est-ce que Bruno Retailleau fait du Sarkozy ?

1:03
Bruno Retailleau

Oui, clairement, il s'en inspire. Et une des premières choses qu'il a faites lorsqu'il a été nommé place Beauvau, c'est d'appeler l'ancien président de la République. Alors même qu'ils ont toujours eu des relations un petit peu compliquées, parce que Nicolas Sarkozy était un peu vachard sur Bruno Retailleau.

1:17
Présentateur

Et encore récemment, dans une interview au Figaro, il a continué.

1:19
Bruno Retailleau

Il a été très dur avec lui. Et pendant longtemps, Nicolas Sarkozy disait de Bruno Retailleau, pour aller à la présidentielle, il faut un corps, il faut une gueule, il n'a ni l'un ni l'autre. Et ils se sont réconciliés à la faveur de l'arrivée de Bruno Retailleau à Beauvau, parce que Nicolas Sarkozy a beaucoup apprécié la façon dont il s'est emparé du job. Je l'ai vu, et il m'a dit qu'il s'en est emparé comme un carnivore, comme un mort de faim.

1:41
Présentateur

Et c'est comme ça qu'il faut envisager le ministère de l'Intérieur pour Nicolas Sarkozy ?

1:45
Bruno Retailleau

Vous ne pouvez pas ne pas être sur la balle en permanence. Quand il se passe quelque chose, il faut être au cheveu des victimes. Il a marqué ce job, il a marqué cette maison. Il en a fait son tremplin vers l'Elysée. C'est devenu une espèce de marque aujourd'hui au ministère de l'Intérieur.

1:59
Présentateur

Effectivement, si je fais le parallèle entre les deux, c'est parce qu'ils sont à peu près nommés à Beauvau à une échéance comparable de l'échéance présidentielle. Est-ce que samedi prochain, ou le week-end prochain, si le gouvernement devait être nommé, vous vous attendez à ce que Bruno Retailleau soit reconduit, Nathalie Chuc ?

2:14
Bruno Retailleau

Alors clairement oui, et je pense que c'est en train de se faire de façon assez nette, puisqu'on voit bien qu'un accord se dessine à nouveau entre les Républicains et Sébastien Lecornu. Un indice assez net, le Premier ministre a accordé une interview aux Parisiens vendredi dernier, où il a quand même fermé la porte de façon très sèche sur beaucoup de revendications du Parti Socialiste qui auraient pu constituer des lignes rouges pour la droite, ce qui fait qu'aujourd'hui, raisonnablement, très peu de blocages. Donc oui, Bruno Retailleau va rester.

2:41
Présentateur

Si on a voulu vous inviter ce matin, Nathalie Chuc, c'est pour revenir sur le parcours de Bruno Retailleau, puisqu'en quelques mois, il s'est imposé à Beauvau. On va revenir sur sa biographie et sa formation initiale déjà. Est-ce que c'est un science-piste-énarque, comme la plupart des hommes politiques ?

2:55
Bruno Retailleau

Alors pas du tout, ce n'est pas quelqu'un qui a fait de grandes études. Il a une licence de sciences économiques, il a fait Sciences Po, alors il en est sorti avec un grade très bien noté, mais pour autant, il n'a pas fait l'ENA, il n'a pas fait Normale Sup. Il a rêvé de faire l'ENA, parce qu'il voulait être préfet quand il était jeune, Bruno Retailleau, mais il ne l'a pas fait. Il a un parcours totalement hors normes dans la classe politique, on ne l'imagine pas du tout. Mais Olivier Marlex, je peux le dire aujourd'hui, quelques mois avant sa mort, m'avait dit, Bruno Retailleau, il est né dans un cirque.

Et ce n'était pas Bachar dans sa bouche de dire ça, c'était une façon de dire, est-ce que vous connaissez beaucoup d'hommes politiques qui ont été pendant 25 ans, même 32 ans au total, au Puy-du-Fou, metteurs en scène de la Cine-Sénie, qui ont un diplôme de garde-barrière, parce que Bruno Retailleau a un diplôme de garde-barrière, parce qu'il y avait un petit train qui faisait le tour du Puy-du-Fou et qu'il fallait aller fermer les barrières, donc il allait passer un diplôme à Bordeaux. Il a la licence d'entrepreneur de spectacle, donc ça lui fait un parcours totalement hors normes.

3:48
Présentateur

C'est-à-dire que derrière l'image qu'on peut avoir, une image un peu sérieuse, voire austère, en fait c'est un showman, peut-être que ça peut expliquer d'ailleurs comment est-ce qu'aujourd'hui il essaye justement de s'emparer de la scène politique ?

3:58
Bruno Retailleau

Vous parliez il y a un instant de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques. Qui aurait imaginé que Bruno Retailleau la regarde avec un œil expert de metteur en scène jusqu'à décerner des bons points à Thomas Joly ? Alors après je ne vais pas vous mentir, il y a certains tableaux qui n'ont pas plu du tout, vous le disiez, ils partageaient tout à fait cet avis sur le fait que, par exemple, vous n'aviez pas la fraternité mais la tête coupée de Marie-Antoinette, ça, ça lui est évidemment resté en travers de la gorge.

Et ses compétences qu'il a acquises pendant des années au Puy-du-Fou, parce qu'il a fait donc de la mise en scène, il a tourné des clips, Bruno Retailleau, on ne l'imagine pas, il a tourné un clip avec Didier Barbelivien sur l'étang du Puy-du-Fou, où on voit son piano blanc qui est aujourd'hui dans le salon de sa maison, il s'en sert aujourd'hui. Il a dirigé aussi une école de communication qui dépendait du Puy-du-Fou et quand vous le voyez se mettre, quand il doit répondre à une interview, il sait tout de suite comment se mettre derrière une caméra, comment parler. Il m'a dit, je suis devenu un maniaque du son, quand il y a un problème de retour son, je le vois tout de suite.

4:54
Présentateur

Et donc ça, c'est Bruno Retailleau et son rapport à la scène. Son rapport à la scène, il le doit à un homme en Vendée qui compte beaucoup, Philippe Devilliers. Comment l'a-t-il rencontré ?

5:04
Bruno Retailleau

Philippe Devilliers, c'est vraiment la rencontre qui va changer sa vie. Bruno Retailleau l'a grandi à Saint-Malo-du-Bois comme ses parents, grands-parents, tous ses aïeux, donc avec une vie assez tranquille de campagne. C'est dans le bocage vendéen ? Dans le bocage vendéen, c'est une petite commune de 1600 habitants, pas très loin, une heure de Nantes, on va dire, grosso modo, où il était très heureux, enfant avec sa famille, et il faisait beaucoup de cheval. Et un jour, son père lui dit, tiens, il y a un jeune Hénard qui vient d'arriver et qui veut monter un son et lumière sur les gares de Vendée, sur l'histoire de la Vendée.

Et c'est comme ça qu'il rencontre Philippe Devilliers, qui le prend sous son aile et qui décèle tout de suite chez lui une immense force de travail qu'il va utiliser.

5:41
Présentateur

Et pourtant, quand on parle des deux hommes, on parle de leur brouille. Pourquoi se sont-ils brouillés ? On ne sait même plus.

5:46
Bruno Retailleau

Alors, c'est l'histoire, c'était une relation, je dirais, quasi filiale, où Philippe Devilliers l'a pris sous son aile. On a fait son grand visir, parce que, comme je vous dis, il a une très grosse force de travail, Bruno Retailleau. Et Philippe Devilliers s'en est servi pour le placer à des postes pour gérer le Puy du Fou quand lui avait sa carrière politique nationale qui le happait. Et il y a eu un moment, en fait, sa créature a commencé à lui échapper.

Un des épisodes particulièrement marquants, c'est quand François Fillon, dont Bruno Retailleau s'était rapproché, a voulu le nommer dans son gouvernement à l'époque Sarkozy, c'était 2009-2010, il voulait le nommer au secrétariat d'État à l'économie numérique. Philippe Devilliers s'y est opposé en appelant Nicolas Sarkozy. Et en fait, c'est l'origine de la brouille, c'est quand la créature a voulu s'échapper.

6:30
Présentateur

Oui, parce que quelque chose est étonnant dans le parcours de Bruno Retailleau dans la droite française. Quand la droite était au pouvoir jusqu'à 2012, il n'a fait partie d'aucun gouvernement.

6:42
Bruno Retailleau

C'est Philippe Devilliers, on a fait un ou case auprès de Nicolas Sarkozy. Ça pouvait s'expliquer sur le plan politique. A l'époque, il y avait des élections européennes qui arrivaient. Et Philippe Devilliers a considéré qu'aller lui piquer à ce moment-là son principal lieutenant, c'était quand même une déclaration de guerre. Après, on peut aussi y voir des motivations plus personnelles. Il faudrait lui poser la question. Pour mon ouvrage, j'ai demandé à plusieurs reprises à le rencontrer, il n'a pas souhaité me parler.

7:05
Présentateur

Nathalie Chuc, est-ce que Bruno Retailleau, lui, souhaitait depuis toujours être ministre ? Est-ce que c'est un objectif ? Voir être président ?

7:12
Bruno Retailleau

Alors, on ne le voit pas arriver comme ça, mais c'est quelqu'un qui est assez ambitieux. Quelqu'un m'a dit dans son entourage, Bruno Retailleau, c'est 30 ans d'ambition. En fait, ça fait très longtemps qu'il pense au pouvoir et que toutes les portes se sont fermées devant lui. Il a connu des années de vaches maigres assez compliquées.

7:26
Présentateur

Lesquelles ?

7:27
Bruno Retailleau

2017, quand François Fillon est candidat à la présidentielle, j'ai rencontré François Fillon qui m'a dit Bruno Retailleau aurait été mon premier ministre. C'était acquis dans ma tête dans le pire des cas, il aurait été ministre de l'Intérieur, mais dans sa tête à lui, c'était premier ministre. Ça ne s'est pas fait pour les raisons qu'on connaît. Quand François Fillon est donc tombé, il a légué les clés de son micro-parti à Bruno Retailleau qui a voulu en faire un tremplin vers la présidentielle. Il aurait voulu se présenter à la présidentielle de 2022, Bruno Retailleau. Il n'a pas pu parce que les sondages étaient catastrophiques. Il ne décollait pas du fond des sondages.

Il était à 9-10% dans le meilleur des cas.

8:02
Présentateur

On a fait sa biographie, on a parlé de l'époque Villiers. Il y a un trou quand même entre les années de Bill, le début des années 2000 et les années 2024 au moment où il arrive vraiment principalement sur la scène politique française. Que s'est-il passé ? Il est resté président du Conseil général puis sénateur pendant toutes ces années ?

8:20
Bruno Retailleau

Il a été président du Conseil régional des Pays de la Loire et il est assez rapidement devenu sénateur. Et c'est des années qui sont cruciales, les années du Sénat parce que c'est quelqu'un qui pouvait être assez dur sur le plan des convictions. Là où il se démarque dans la classe politique globale, c'est qu'il a des convictions très solides. Il a une colonne vertébrale idéologique. Ça, aujourd'hui, c'est devenu des spécimens assez rares. Vous voyez bien que, sans critiquer la Macronie, ce sont quand même des animaux politiques, j'allais dire, invertébrés.

8:49
Présentateur

En même temps.

8:50
Bruno Retailleau

Voilà, très en même temps. Ce n'est pas le cas d'un Bruno Retailleau. Pour autant, ce n'est pas quelqu'un de rigide. Et ça, c'est un héritage qu'il doit au Sénat. Le Sénat, c'est le temple de la modération, c'est le temple du compromis. Et toutes les années qu'il a passé à la Haute Assemblée, il a dû négocier pied à pied avec les centristes, avec Gérard Larcher, qui n'est pas du tout sur sa ligne politique. C'est un gaulliste social, Gérard Larcher. Ce n'est pas le cas de Bruno Retailleau, qui est un conservateur libéral à la mode britannique. Donc ça, ça lui a appris le sens du compromis.

9:17
Présentateur

Nathalie Chuc, vous dites conservateur libéral à la mode britannique. C'est vrai que, quand on pense à Bruno Retailleau, on pense les sujets sécuritaires, immigration, c'est aussi son héritage de Beauvau. Mais quel est le reste de sa ligne politique ?

9:28
Bruno Retailleau

Ça, on le connaît très peu et je pense qu'il va, à partir des municipales, donner à voir ce qu'il a dans le ventre sur le plan des idées. Parce qu'il a des convictions. Alors, déjà sur le point économique, beaucoup de gens, à tort, imaginent, parce qu'on dit conservateur libéral britannique, attention, ça ne veut pas dire libéral tel qu'on le conçoit à la mode trumpiste ou madeleine des temps anciens. Pas du tout. Ce n'est absolument pas un libéral sur le plan économique. C'est quelqu'un qui défend le rôle de l'État, l'intervention dans l'économie. C'est quelqu'un, Bruno Retailleau, on a du mal à l'imaginer qui a déjà défilé aux côtés de la CGT pour défendre des entreprises en Vendée.

Il y a une entreprise, Fager Brandt, qui était venacée de fermeture, de redressement judiciaire et l'avait défilé aux côtés des syndicats pour les défendre. C'est quelqu'un qui considère qu'il faut régler la question du pouvoir d'achat, que vous ne pouvez pas laisser vos salariés dans la précarité, qu'il faut partager la valeur ajoutée. Donc, il a cette assise sur le plan économique, même si, paradoxe, à l'époque où il soutenait François Fillon, il était aussi favorable à des dispositions très libérales, comme par exemple la remise en question des contours du panier de soins pris en charge par la sécurité sociale.

Après, sur le plan des mœurs, on y viendra certainement, il a aussi des idées très arrêtées sur les questions de société.

10:42
Présentateur

Et sur les relations internationales, on a en tête sa relation avec l'Algérie, très dure. Est-ce qu'il s'est déjà prononcé sur le reste de la géopolitique ?

10:50
Bruno Retailleau

Eh bien, assez peu. Ça reste aujourd'hui, je dirais, le parent pauvre de la politique de Bruno Retailleau. On ne sait pas ce qu'il pense sur la scène internationale. Or, c'est quand même une donnée fondamentale pour la prochaine élection présidentielle s'il compte être candidat. J'ai parlé avec lui de Donald Trump. Il n'en a pas une très très bonne image. Il dit notamment sur le plan économique, il ne partage pas du tout l'idée que tout est un deal, que tout doit faire l'objet d'une transaction. ce n'est absolument pas sa vision des choses. Je ne parle même pas du côté très brutal, limite autocratique de la façon dont Donald Trump mène les États-Unis. Donc, on sait assez peu de choses.

Les seuls déplacements à l'étranger qu'on lui connaisse avant son entrée à Beauvau sont tous des déplacements qui étaient liés à la défense des chrétiens d'Orient. Il est très proche des associations. D'ailleurs, une chose qui est très peu connue et qui est vraiment à mettre à son crédit, il avait publié un livre qui s'appelle Refondation. Il a versé l'intégralité de ses droits d'auteur à l'association Fraternité d'Irak.

11:48
Présentateur

Quelle place a la religion dans la vie de Bruno Retailleau ?

11:51
Bruno Retailleau

J'en ai parlé avec lui parce que c'est un vrai sujet et c'est quelque chose qui excite beaucoup ses opposants.

11:59
Présentateur

Qui lui est souvent reproché.

12:00
Bruno Retailleau

Qui lui est souvent reproché. Il m'a dit je sais qu'on me voit comme un catholique, traditionnaliste, intégriste, ce n'est pas du tout le cas. Lui se définit comme un des derniers représentants d'un catholicisme paroissial. C'est le terme qu'il utilise. Catholicisme rural. Dis-moi, je suis croyant. J'étais baptisé dans les premiers jours qu'on suivit ma naissance parce que c'était la tradition en Vendée. Et il va communier tous les dimanches quand il peut dans l'église de Saint-Malo-du-Bois au milieu des siens. Alors évidemment quand il le peut. Donc c'est quelqu'un de croyant, de pratiquant, d'assidu dans sa pratique. Tu n'es pas ce qu'on appelle

12:29
Présentateur

un intégriste ou un traditionnaliste.

12:31
Bruno Retailleau

Je ne suis pas du tout un intégriste ni un traditionnaliste. En fait, il appartient à l'école de pensée Montfortaine. Vous savez, de Louis-Marie Grignon de Montfort. Et donc c'est vraiment son école de pensée. Et il dit surtout moi je ne fais pas de prosélytisme. Pas le sujet. Je ne suis pas là pour...

12:44
Présentateur

Et pourquoi ça lui est reproché alors ? Est-ce que c'est mal accepté dans mon petit... Alors la raison pour laquelle

12:47
Bruno Retailleau

ça lui est reproché c'est qu'il a eu des prises de position assez, j'allais dire, raides pour ses opposants à l'époque où il était sénateur. Quand vous regardez tous les votes qu'il a pu faire au Sénat, c'est venu alimenter l'image de quelqu'un qui était très conservateur sur les questions de société. Je prends quelques exemples très rapides. Au moment de l'entrée dans la constitution de la loi sur l'avortement, il s'y est opposé. Mordicus, il a tout fait pour empêcher la constitutionnalisation de l'EVG. Il a voté contre l'interdiction. Il a fait partie des 50... Non, je vous dis une bêtise. 50 sénateurs qui ont voté contre l'entrée de l'EVG dans la constitution.

Mais il avait aussi voté contre la loi qui visait à interdire les thérapies de conversion pour les jeunes gays, jeunes transsexuels parce qu'il considérait que le texte était ambigu. Ça lui a été beaucoup reproché aussi. On le sait, c'est un soutien historique de la manif pour tous. Donc ça, c'est venu enquister une image de conservateur de réac.

13:41
Présentateur

Et d'ailleurs, au sein des couloirs du Sénat, il était surnommé le cardinal.

13:45
Bruno Retailleau

Alors ça, c'était un surnom que lui donnait. Mais vous avez raison, c'est Jean-Claude Godin, l'ancien maire de Marseille, qu'il appelait le cardinal Rutaillot. Ils avaient une petite passion commune tous les deux. C'est pour ça que le livre s'appelle de cette façon. Puis aussi parce que le cardinal, c'est une image de pouvoir, c'est l'ambition. Ils avaient une passion commune tous les deux, c'est qu'il s'offrait, Godin offrait des centons à Bruno Rutaillot qui, pendant toutes les années où il était au Sénat, avait une petite collection de centons de Provence dans son bureau. Alors aujourd'hui, ils sont dans des cartons parce que ça jure un peu avec la décoration de Beauvau.

Mais il a d'autres petits surnoms. Ça, c'est le surnom le plus gentil. Au Sénat, certains le surnomment « Jamais sans ma Bible » ou alors Torquemada, le nom de l'acquisiteur espagnol.

14:24
Présentateur

« Jamais sans ma Bible », ça encourage quand même cette vision de quelqu'un très croyant, très puissant.

14:29
Bruno Retailleau

Il a toujours cette image très très dure et on en a parlé ensemble parce qu'il m'a reçu à quatre ou cinq reprises. On a beaucoup parlé parce que je le connais depuis 2017 donc on échangeait très régulièrement. Donc cette question a évidemment été évoquée. S'il veut être candidat à la présidentielle, c'est un obstacle qu'il va devoir lever vis-à-vis de beaucoup de ses opposants. Et il m'a dit la chose suivante.

14:51
Présentateur

Comment on lève l'obstacle de la foi ?

14:53
Bruno Retailleau

Son idée à lui, ce n'est pas tant la question de la foi, c'est de dire écoutez, moi j'ai ma foi, elle me concerne, c'est une foi intérieure, vous la connaissez mais elle m'appartient. La preuve étant qu'on ne voit jamais Bruno Retailleau se signer ou communier dans des cérémonies officielles. Je prends la plus connue la cérémonie de réouverture de Notre-Dame. Je peux vous dire que certains de ses collègues du gouvernement l'ont épié pour vérifier s'il priait, s'il chantait. Rien du tout, il a été impeccable. Il prône vraiment une laïcité implacable. Il est absolument irréprochable dans ses fonctions ministérielles.

S'il était candidat, il m'a dit moi je dirais aux Français vous connaissez mes convictions et moi je pense qu'il faut faire un moratoire sur les questions de société. C'est-à-dire qu'on n'y touche pas. De toute façon, on a mille autres sujets à traiter. On ne s'en occupe plus. On laisse les choses se faire.

15:40
Présentateur

Votre livre s'appelle Le cardinal. Le caractère propre d'un cardinal, c'est qu'il n'est pas encore pape mais qu'il peut le devenir.

15:48
Bruno Retailleau

Je pense que c'est son espoir. Après, c'est un animal politique hors normes. Il n'a pas l'Elysée chevillée au corps depuis qu'il est sorti. Il y pense en se rasant tous les matins ou pas ? Ce n'est pas le cas, justement. Il m'a dit « Mais vous savez, je ne suis pas sortie du berceau en me disant que je veux être président de la République. » Il m'a dit « Il voulait être préfet. Il voulait faire l'ENA. Il avait un parcours. Il se voyait un parcours assez classique. C'est quelque chose qui est venu en grandissant. D'ailleurs, il y a une expression qu'il définit assez bien. Un stratège de droite m'a dit « C'est un peu vachard.

Bruno Retailleau, chez lui, l'appétit vient en mangeant mais il faut lui tenir la cuillère. » C'est quelqu'un qui a une ambition qui naît petit à petit. Il ne rêve pas d'être président mais s'il est en situation, plusieurs personnes dans son entourage lui ont dit « Bruno, il faudra y aller. »

16:30
Présentateur

Nathalie Chuc, quel est son lien avec les autres figures de la droite ? Je pense à Valérie Pécresse ou Laurent Wauquiez.

16:35
Bruno Retailleau

Il s'entend très bien avec Valérie Pécresse parce qu'il était un peu dans les soutes de sa campagne en 2022 et c'est lui qui a pour beaucoup conçu le programme de Valérie Pécresse. Toute l'armature des premiers jours, des réformes, ce qu'il fallait faire si jamais elle avait accédé aux responsabilités. Je vous mentirai en vous disant qu'il y a beaucoup creux. Comme tout le monde à droite, ils ont bien vu assez vite que ça partait en crash. C'est beaucoup plus compliqué avec Laurent Wauquiez qui est en train de virer à l'obsession absolue pour Bruno Retailleau puisque matin, midi et soir, il se pose la question de savoir quelle torpille Laurent Wauquiez va bien pouvoir lui envoyer.

17:09
Présentateur

Merci beaucoup Nathalie Chuc ce matin d'être venue nous décrypter l'homme politique Bruno Retailleau qui donc depuis un an est à Beauvau et en ce moment il est ministre démissionnaire attendons le prochain gouvernement qui devrait être annoncé sans doute peut-être le week-end prochain. C'est votre conviction en un mot ? Espérons. Espérons. Nathalie Chuc vous publiez le Cardinal c'est chez Robert Laffont. Sous-titrage Société Radio-Canada

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