Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 9 octobre 2014 9 minContradictoireActualité / polémiqueSolidarités & familleInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesSécurité

Jean-Luc Mélenchon : "On ne peut pas vivre heureux durablement avec neuf millions de pauvres"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:07OuverteRéponse directe

    Bonjour Jean-Luc Mélenchon, c'est un livre important que vous publiez aujourd'hui, L'ère du peuple chez Fayard

  • 0:33OuverteRéponse directe

    Il n'y a plus rien à attendre de la gauche au pouvoir telle qu'elle gouverne aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon ?

  • 1:02OuverteRéponse directe

    François Hollande a dit hier soir qu'il n'y avait pas de projet.

  • 2:23OuverteRéponse directe

    Il est très urbanisé, il est aussi très individualisé. Fédérer le peuple, qu'est-ce que ça peut vouloir dire ?

  • 3:09RelanceRéponse directe

    Mais pourquoi pas ?

  • 4:56OuverteRéponse directe

    Ceux qui vous écoutent et qui se sentent proches de vos idées peuvent se dire, il n'y a vraiment rien de plus urgent que de modifier les institutions, c'est la politique qu'il faut changer, pas le numéro de la République ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:50Invité politiqueFait
    « c'est une politique de droite extrêmement violente qui s'est encore aggravée par les dernières déclarations de Manuel Valls contre les droits des pauvres chômeurs, dont la moitié ne sont pas indemnisés »
  • 0:59Invité politiqueChiffre
    « la moitié ne sont pas indemnisés »
  • 3:11Invité politiqueFait
    « nous sommes le seul peuple du monde qui ne vote pas quand il entre en guerre »
  • 4:39Invité politiqueChiffre
    « il y a quelque chose qui se passe, c'est que, quand en moins d'un mois, vous ramassiez 44 000 signatures »
  • 7:58Invité politiqueChiffre
    « elle a mobilisé 4 millions de ses électeurs de la présidentielle sur 6 »
  • 8:02Invité politiqueChiffre
    « je ne suis parvenu à mobiliser qu'un million d'eux sur 4 »
  • 9:09Invité politiqueFait
    « c'est un pompier pyromane »

Temps de parole

  • Jean-Luc Mélenchon85 %
  • Présentateur15 %

1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Il est 8h21, le 7h9, Patrick Cohen, sur France Inter. Bonjour Jean-Luc Mélenchon, c'est un livre important que vous publiez aujourd'hui, L'ère du peuple chez Fayard, important parce qu'il marque un changement de stratégie, vous tirez les leçons de vos échecs électoraux, vous tournez la page en quelque sorte du socialisme et du rassemblement de la gauche, vous appelez à une révolution citoyenne qui aboutirait à l'avènement d'une sixième république au service d'un nouveau programme que vous appelez l'éco-socialisme. Reste à en voir la faisabilité, la viabilité. Il n'y a plus rien à attendre de la gauche au pouvoir telle qu'elle gouverne aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon ?

0:38
Jean-Luc Mélenchon

Dans mon esprit, non. Sinon, des malheurs supplémentaires pour notre peuple. D'ailleurs, vous voyez la difficulté que nous avons, M. Cohen. Nous parlons de la gauche à propos du pouvoir, mais tout le monde sait que ce n'est pas un pouvoir de gauche, c'est une politique de droite extrêmement violente qui s'est encore aggravée par les dernières déclarations de Manuel Valls contre les droits des pauvres chômeurs, dont la moitié ne sont pas indemnisés, ils trouvent encore le moyen de s'en prendre à eux.

1:02
Présentateur

François Hollande a dit hier soir qu'il n'y avait pas de projet.

1:04
Jean-Luc Mélenchon

Oui, l'un dit une chose, l'autre dit l'autre, et puis les deux fonctionnent à coups de ballon d'essai pour voir ce qu'ils peuvent couper dans les acquis sociaux. Mais la difficulté pour nous est d'arriver à parler, à se comprendre, à dialoguer avec des mots qui ne soient pas pervertis et qui n'aient pas été volés. Ce qui est au pouvoir aujourd'hui en France n'est pas la gauche. Et par conséquent, quand je propose, moi, de tourner la page de ce type d'utilisation de mots, moi je suis un homme de gauche, mais si je dis je suis un homme de gauche, je ne crée que de la confusion. On dit, ah bon, vous êtes avec Valls et Hollande ? Non, je suis contre eux.

Donc, vous voyez, j'ai refusé de rester à une petite gestion plan-plan de ma situation électorale ou médiatique ou ma notoriété, de me contenter des scores que nous avons en essayant d'améliorer d'une élection à l'autre. Je pense qu'il faut ouvrir une issue par le haut à notre pays avant que ça tourne très mal. Non seulement dans toute l'Europe, mais en France. Ça tourne très mal partout. Cette issue, c'est le peuple ? Alors, j'ai voulu... Vous savez, l'issue, bon, je ne vais pas proposer ma doctrine comme une solution. Il ne s'agit pas d'endoctriner un pays. Il s'agit de proposer une explication des faits. C'est ce qu'entreprend mon livre. J'explique d'où vient ce peuple nouveau.

C'est ce peuple urbanisé, ce grand nombre qui, sur la Terre, change tout, parce qu'il n'y a jamais eu autant d'êtres humains. La pression sur l'écosystème est terrible.

2:23
Présentateur

Il est très urbanisé, il est aussi très individualisé. C'est vrai, bien sûr. Fédérer le peuple, qu'est-ce que ça peut vouloir dire ?

2:30
Jean-Luc Mélenchon

Quel est le mode d'emploi ? Oui, alors, c'est tout ça que j'essaye d'expliquer et de commenter. Mais permettez-moi de vous dire que, naturellement, ce n'est pas cela que je soumets au vote. Ce que je soumets à la réflexion de chacun de mes compatriotes, c'est l'idée que, si nous changions tous ensemble la règle du jeu, c'est-à-dire si nous sortons de la monarchie présidentielle qui confie tant de pouvoir à deux personnes qui n'en font qu'à leur tête, parce que c'est quand même ça, nous le voyons encore aujourd'hui, avec une guerre qu'un seul homme a déclaré le président de la République, sur lequel le Parlement ne s'est jamais exprimé. Je parle de la guerre qui a lieu en ce moment en Irak.

C'en est un exemple, mais combien d'autres ? Il y a eu un débat qui a montré un assez grand consensus au Parlement sur l'engagement armé. Mais, M. Cohen, pourquoi pas ? Mais peut-être que nous pouvons constater que nous sommes le seul peuple du monde qui ne vote pas quand il entre en guerre. Non, ce n'est pas le seul. Tous les autres pays... Bon, écoutez, M. Cohen, si ce régime vous convient, pas à moi. Moi, je pense que les guerres doivent être consenties par les représentants du peuple, et non pas quatre mois après qu'elles aient commencé, comme le prévoit la Constitution.

Mais, dans l'immédiat, ma proposition, c'est changeons la règle du jeu, devenons constituants, le peuple, la multitude, nous tous, avec, comme vous le dites très bien, M. Cohen, avec notre individualité, notre individualisation des rapports sociaux, et bien, groupons-nous pour changer cette règle du jeu, établir quels sont les droits qu'il faut dorénavant faire respecter, ou les règles qu'il faut faire respecter. Je pense en particulier à la règle verte en économie, l'obligation de ne jamais prendre à la nature plus que ce qu'on peut lui restituer.

Bref, passons à une sixième république, c'est-à-dire, c'est un changement démocratique, consenti, voulu, argumenté, avec les mille et une discussions dont le peuple français est capable, pour parler de son avenir, et réapproprions-nous la chose publique. M. Cohen, le plus grand danger aujourd'hui, vient du fait que la plupart de nos compatriotes méprisent totalement toute superstructure politique. Tout le monde, en paquet, ceux qui ont été élus, les journalistes, les juges, tout ! Eh bien, ce n'est pas une situation saine, et on ne peut pas dire que c'est de la faute du peuple.

Non, c'est de la faute de ceux qui exercent tous ces pouvoirs, et qui doivent être remis en cause, de la seule manière qui vaille, que le peuple lui-même s'en mêle. Voilà pourquoi j'ai lancé ce mouvement pour la sixième république, le M6.fr, R, pardon, M6R.fr, et que, vous voyez, quand même, il y a quelque chose qui se passe, c'est que, quand en moins d'un mois, vous ramassiez 44 000 signatures, c'est que beaucoup de gens comprennent que, voilà, une issue raisonnée et raisonnable.

4:56
Présentateur

Ceux qui vous écoutent et qui se sentent proches de vos idées peuvent se dire, il n'y a vraiment rien de plus urgent que de modifier les institutions, c'est la politique qu'il faut changer, pas le numéro de la République ?

5:07
Jean-Luc Mélenchon

Certainement que ce n'est pas le numéro de la République, ce serait des travaux d'écriture superfétatoires. Mais, bien sûr qu'il faut changer la règle du jeu. Sinon, M. Cohen, vous le voyez bien, on change de président, il fait toujours la même chose. Vous avez d'abord Sarkozy, il fait une politique libérale, puis après, on met en place M. Hollande, il fait pire que Sarkozy. M. Sarkozy revient, et il dit, ah ben moi, je vais faire pire que Hollande. Bon, donc, on voit bien que c'est un système...

5:29
Présentateur

C'est le système d'aujourd'hui qui produit les politiques qui sont appliquées ?

5:32
Jean-Luc Mélenchon

Le système d'aujourd'hui permet que de telles politiques soient appliquées impunément. C'est-à-dire, au contraire, des engagements pris par l'actuel président de la République qui avait proposé de faire toute autre chose. Et qui, depuis son installation, c'est exactement le contraire. Pardon ? Le peuple est consulté régulièrement par les urnes. Oui, et vous avez remarqué que sa réponse est terrifiante. D'abord, c'est un taux d'abstention immense qui montre qu'il rejette tout ce système, et ensuite, la seule fraction de la population politique, politisée de notre pays, qui soit en dynamique, c'est l'extrême droite.

Donc, je pense que la leçon est parfaitement faite maintenant, elle est parfaitement démontrée. Quelle est votre analyse du phénomène, justement ? Votre question était importante. Vous dites, est-ce qu'il n'y a rien de plus urgent ? Mais, non, il n'y a rien de plus urgent en démocratie que la démocratie. Et nous ne pourrons pas changer les règles du jeu de tous les jours, je veux dire, y compris en matière économique et sociale, si nous ne changeons pas la règle du jeu en général. Je vous prends un exemple tout simple dans l'économie.

Pour quelle raison accepte-t-on que, par exemple, des fonds d'investissement qui traversent la vie d'une entreprise, ils pourraient produire des castagnettes, des trompettes, des fusées, des locomotives, c'est pareil pour eux. Tout ce qui compte, c'est le taux de profit. Pourquoi un fonds de pension a le même droit de vote dans un conseil d'administration que quelqu'un, vous voyez, je me mets du côté de l'investisseur, qui dit, moi, j'investis pour 5 ans, pour 10 ans, pour 20 ans ? Non ! Ceux qui sont des touristes économiques ne devraient pas avoir les mêmes droits que ceux qui investissent durablement pour le bien de l'entreprise ou de la collectivité au travail.

Et ça, on peut le mettre dans la Constitution. De même, je vous l'ai dit tout à l'heure, pour la règle verte, et ainsi de suite. Changeons la règle du jeu si nous voulons nous comporter comme un peuple civilisé qui prend des décisions, les respecte, et s'astreint à une règle qui soit une règle où le point de vue du grand nombre est la loi. C'est le peuple qui commande, pas l'oligarchie.

7:16
Présentateur

Le Front National, premier parti aux européennes, vous en avez trouvé les responsables, François Hollande et Manuel Valls, qui, selon vous, organisent la montée de Le Pen ? Ne caricaturez pas excessivement mes propos.

7:29
Jean-Luc Mélenchon

Oui, oui, bien sûr. Je ne m'attendais pas à plus de finesse, mais je peux vous dire cependant que c'est une des causes, en effet. C'est dans votre bouche. Oui, non, mais M. Cohen, nous connaissons de longues mains. Par conséquent, nous sommes capables de nous apprécier dans nos façons de faire. Je pense que les causes pour lesquelles il y a un point de vue d'extrême droite aussi fort dans notre pays, beaucoup l'ont déjà analysée mieux que moi, dans la débandade économique et sociale. Et elle arrive à mieux mobiliser, Mme Le Pen, son électorat que nous n'y arrivons nous.

Je rappelle qu'elle a mobilisé 4 millions de ses électeurs de la présidentielle sur 6, tandis que moi, je ne suis parvenu à mobiliser qu'un million d'eux sur 4. Donc, clairement, elle est plus en dynamique que moi et que n'importe quelle autre formation. Et vous savez tous maintenant qu'on l'annonce au deuxième tour, au troisième tour, au quatrième tour. Bref, la pente est prise. Donc, les gens raisonnables doivent se demander comment faire pour qu'on ne se contente pas d'être contre Mme Le Pen. Ça n'a pas de sens, tout ça, mon démocratie. Mais que faire d'autre ? Qu'est-ce qui peut être raisonnable ?

Voilà ce que j'essaye de développer comme idée avec un programme économique, social, républicain, qui réponde à cette question. Mais M. Hollande et M. Valls font tout le contraire. Non seulement, ils font une politique qui est en train d'échouer dans toute l'Europe, y compris dans leur chère Allemagne, qui est leur chère de modèle, mais en plus, ils, tous les deux, aggravent tous les jours par des trouvailles nouvelles les provocations qu'ils font à l'égard des braves gens qui se sentent volés par eux.

Et quand on trouve le moyen d'annoncer des amputations sur les budgets familiaux des familles quatre jours avant une manifestation très à droite et très conservatrice, on peut penser qu'il y a une façon de faire qui est que ça intéresse M. Hollande d'avoir l'idée d'un deuxième tour où il affronterait Mme Le Pen. Donc oui, c'est un pompier pyromane.

9:11
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, l'air du peuple, on va continuer d'en parler dans quelques minutes avec les auditeurs de France Inter qui nous appellent au 01 45 24 7000 et qui interviennent sur les réseaux avec le hashtag Interactive. A tout de suite pour la revue de presse.

Jean-Luc Mélenchon : "On ne peut pas vivre heureux durablement avec neuf millions de pauvres" — Jean-Luc Mélenchon · Pourquijevote