Marc Fesneau - Le Barbier du matin du 15/05/25
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Marc Fénaud, bonjour. Merci d'être là. 5h30 d'audition hier pour François Bayrou. En sortant, il a dit que c'était un moment libérateur. Vous lui avez parlé, vous avez communiqué avec lui après ?
Oui, je lui ai parlé, je l'ai même vu. C'était un moment libérateur. Et en même temps, quand même l'impression qui ressort de ces 5h30 d'audition, c'est diablement de la part des deux rapporteurs, singulièrement de M. Vannier, mais aussi de sa collègue et de la présidente de la commission. Encore heureux que nous soyons en démocratie. Il y avait quelque chose du procès stalinien.
Qu'avez-vous vu de stalinien dans ce procès ?
Stalinien, vous entrez non pas pour savoir, pour éclairer des faits. C'est une commission d'enquête, ce n'est pas un tribunal. C'est une commission d'enquête, ce ne sont pas des juges. Et ils ont posé des questions qui étaient à charge. Et deux, dès que Bayrou a porté une réponse, ils essayaient de ré-expliciter en déformant les propos de Bayrou. Au point qu'on a quand même assisté à des choses assez lunaires.
Quand vous interrogez quelqu'un, qui que ce soit, vous ou moi d'ailleurs, sur qu'est-ce que vous avez fait il y a 30 ans à 14h, et qu'on a passé l'après-midi à savoir s'il avait rencontré quelqu'un sur un chemin à la campagne ou dans sa cuisine, à quelle heure c'était et combien de temps ça a duré, 30 ans plus tard. Moi, je vais vous dire, j'ai un sentiment absolument de dégoût de la façon dont se passe cette commission d'enquête. Et je pense, je vais vous dire à qui je pense. Évidemment à Bayrou, parce que cette façon de traiter les gens est assez dégueulasse. Mais je pense surtout aux victimes.
Parce qu'à quel moment, pendant 5h30, en dehors de Bayrou, on s'est posé la question, ils se sont posé la question, ils ont posé la question de savoir comment éviter que ça se reproduise. Comment éviter qu'au fond, la puissance publique, les différents ministres des différents ministères qui se sont succédés, les différentes autorités qui auraient dû voir, comment on évite que ça se reproduise ? Comment on évite que la parole ne se libère pas ? Et donc, c'est ça qui est assez lunaire. Je trouve qu'on a assisté à quelque chose qui était, au point qu'on a même des gens qui vous interrogent, qui interrogent Bayrou, sur des contre-redures d'audition qui eux-mêmes sont faux.
Mais vous voyez dans quel système, oui, je répète, c'est du stalinisme. Vous reprendriez... Au sens du projet stalinien. C'est-à-dire qu'on décrit des faits qui ne sont même pas ce qu'on dit les gens. Et à partir de là, on instruit un procès à charger. Et donc, je suis content pour Bayrou, pour François Bayrou, qu'il ait pu répondre point par point. Il me l'avait dit. Je savais qu'il travaillait à rétablir les faits dans leur vérité. Alors, il faut reconstituer 30 ans après, 40 ans après, ce que sont les faits. Et je regrette qu'on n'ait pas pu éclairer plus. La structure, les dysfonctionnements généraux. Comment une inspection...
La question n'est pas de savoir s'il y a un coupable, que ce soit l'inspecteur ou je ne sais pas qui. C'est comment une inspection... Défaillante. Elle ne voit pas. Pourquoi elle ne voit pas ? Et pas parce que quelqu'un n'a voulu cacher. Mais pourquoi la parole ne se libère pas ? Pourquoi personne ne dit... En fait, j'ai un truc à vous dire. Il y a quelque chose qui est valable dans d'autres... Comment dirais-je ? Sujets du même type. Parce que là, on assiste à un MeToo au fond des établissements d'enseignement privé et public. On a vu ça dans d'autres secteurs, malheureusement, d'activité. Et donc, il faut s'interroger là-dessus et pas faire quelque chose.
J'espère que le rapport ne se concentrera pas sur... Je rappelle que ce n'est pas le titre, d'ailleurs, de la commission d'enquête. Autre chose que... Qu'est-ce qu'on fait pour éviter les dysfonctionnements ? Et quand vous entendez, pardon une seconde là-dessus, les associations et l'association de victimes de Betaram singulièrement... Ils sont frustrés, là. Ils sont frustrés.
Ils ne sont pas frustrés de Bayrou, je crois. Néanmoins, cette commission, elle a travaillé avant, elle va travailler encore maintenant. J'espère. Peut-être qu'il y aura dans le rapport...
Oui, enfin, elle a décrédibilisé une fois de plus son propos, mais j'espère.
Par ce moment trop politique. Est-ce que c'est le principe même de ces commissions d'enquête qui, au moins depuis l'affaire Benalla, ont pris un tour trop politique quand elles s'emparent d'un dossier ?
Mais, la commission d'enquête qu'on voyait dans d'autres grandes démocraties, qu'elles aient un tour politique, personne n'est dû. Enfin, il y a un moment, il y a une limite à l'exercice. Qu'elles aient un tour politique ? On sait qui sont les protagonistes et à quel point ils veulent démolir, au fond, pour un certain nombre d'entre eux, les fondements de la démocratie. Enfin, il y a un moment, les faits sont les faits et les faits sont têtus. Et donc, vous décrédibilisez votre action si vous ne décrivez pas les faits et si vous n'écoutez pas ce que vous apportent les gens en termes de réponses.
Mais, par ailleurs, je trouve qu'à l'Assemblée nationale, ce n'est pas le seul dysfonctionnement du moment, pour être très honnête. On a, je crois, plus d'une dizaine de commissions d'enquête en cours. Quand vous regardez dans les temps plus anciens que nous avons connus, il y avait une, deux, trois commissions d'enquête. Parce qu'on estimait que là, on a des commissions d'enquête sur tous les sujets. Vous avez des commissions d'enquête. Alors, celle-là a été médiatisée. Vous avez un, le rapporteur et le président et personne d'autre. Donc, il faut qu'on arrête de faire des commissions d'enquête parce qu'on en fait des objets politiques permanents. Et donc, on est en train de les dévoyer.
Ça dit quelque chose du climat politique actuel. Il ne s'agit pas de convaincre, il s'agit d'accuser l'autre. Oui, bien sûr. Et c'est en particulier du côté de la France insoumise. Et je regrette que certains puissent s'en rendre les complices. Parce qu'il ne faut pas être dupes. Ces gens-là, ils ont une technique. C'est assez bien décrit, comme l'a dit Bayrou dans le livre qui vient d'être publié sur eux. La meute. C'est assez bien décrit. Il faut lire ce livre et il faut le prendre au pied de la lettre, pour ce qu'il est. C'est-à-dire un décortiquage de la méthode de M.
Mélenchon et de son orchestre, j'allais dire, et de son équipe, pour démolir l'honneur des gens, pour démolir les fondements de la démocratie, pour empêcher que le travail parlementaire puisse se faire dans de bonnes conditions. Il y a un projet derrière. Le projet, c'est la révolution. Le projet, c'est la démolition. Le projet, c'est l'anarchie. Bon. Ils sont assez spécifiques à l'Assemblée de ce point de vue-là. Ça ne veut pas dire que je n'ai pas des adversaires au Rassemblement National. Mais ils ne sont pas sur le même projet. Eux, ils ont un projet de démolition.
Et si au moins ceux qui croient à la République, au débat démocratique, au travail parlementaire, pouvaient se rassembler pour essayer de trouver dans tous nos désaccords, il n'y a aucun sujet avec ça, des points de convergence pour au moins défendre ça, ça serait mieux parce que l'Assemblée dysfonctionne très gravement.
Mais ça ne progresse pas, cette union. Est-ce que vous ne craignez pas maintenant que l'attaque suivante, ce soit un dépôt de motion de censure contre François Bayrou sur le sujet métal ?
J'espère qu'ils vont regarder à deux fois et qu'ils auront écouté leur propre turpitude et leurs propres auditions. Parce que une motion de censure sur des allégations, c'est la motion de censure stalinienne. Ils inventent un nouveau truc, c'est-à-dire sur rien. C'est-à-dire que Bayrou a démontré en tout point à quel point tout ça était fallacieux et tout ça était juste un procès politique. Alors, de toute façon, déposons l'émotion de censure qu'ils veulent. Mais Mélenchon lui-même a dit, on fera tomber le premier gouvernement, puis le suivant, puis le suivant, puis le suivant, puis le suivant. C'est leur projet. À nous de battre en brèche-chat parce que je pense que le pays...
D'ailleurs, tout ça, il y a les gens qui nous regardent et qui se disent, on occupe l'espace médiatique et l'espace de querelles politiques à des sujets qui ne sont pas tout à fait les sujets quand je vais dans mon village à Marche Noir, quand j'y suis ou ailleurs. On ne vous parle pas de ça ? Franchement, on ne parle pas de ça. On parle des sujets géopolitiques, on parle des risques de guerre sur le continent européen, on parle des taxes et des querelles commerciales avec Trump, on parle du pouvoir d'achat, on parle de « je n'ai pas de médecin », on parle de ça. On ne parle pas des procès politiques qu'un se fondement...
C'est toute la politique, du coup, qui se retrouve un peu discrédité ?
Oui, parce que moi, je pense que la meilleure façon de donner envie aux gens de voter pour les extrêmes et d'écrédibiliser, ce qui est très grave aussi, l'action publique, est de nous faire passer pour des gens qui sont des inutiles. C'est exactement de faire ça. Et donc, vous trouverez toujours au modem des gens qui essayent, je ne dis pas que c'est facile, de dire que ce n'est pas ce qu'on attend.
Mardi soir, c'était donc l'émission du Président de la République. Bras de fer avec Benjamin Netanyahou. C'est une honte, ce que fait Israël, le gouvernement, a dit Emmanuel Macron. Macron est du côté des terroristes à répliquer Benjamin Netanyahou. Qu'en pensez-vous ?
Oui, pardon, je le dis, il y a une petite facilité de la part de Benjamin Netanyahou. On ne peut pas à chaque fois, le Président de la République, et nous-mêmes, évidemment, personne ne l'y... Enfin, certains l'ont nié, ont essayé de... mais pas dans l'espace du bloc central historique, j'allais dire, d'Emmanuel Macron, et singulièrement pas Emmanuel Macron, personne ne nie l'atrocité, l'ignominie des actes terroristes d'octobre, du 7 octobre.
Et le droit d'Israël à se défendre ?
Et le droit d'Israël à se défendre. Mais là, on n'est plus dans ce registre-là. Quand vous décidez d'un blocus où les gens ne peuvent pas... Enfin, l'UNICEF, l'ONU, Médecins du Monde, tout le monde le dit, les gens ne peuvent pas se nourrir et sont en risque de famille.
Le 24 mai, il y aura une distribution de nourriture par l'armée, dit Israël.
Oui, le 24 mai, oui. Vous connaissez beaucoup de pays où vous pouvez attendre 15 jours avant de pouvoir vous nourrir ?
Donc, il faut lever le blocus, ouvrir l'aide, c'est impréalable.
Le Hamas est une organisation terroriste, ils doivent être éradiqués et ne plus pouvoir œuvrer en Israël. Enfin, les millions de Palestiniens qui sont à Gaza ne sont pas des terroristes, c'est des êtres humains, c'est des enfants qui ont 2 ans, c'est des femmes et des enfants, c'est des vieillards. Comme partout dans le monde. Et comme on a assassiné des femmes, des enfants et des vieillards le 7 octobre, je pense que la communauté internationale doit faire pression sur Israël pour dire que ce n'est pas ça l'État d'Israël, ce n'est pas ça l'histoire de l'État d'Israël. Et vous ne pouvez pas vous mettre dans la situation d'affamer une population.
On a le droit de se défendre, on n'a pas le droit de se venger sur une population. Et c'est le sentiment, je le dis, désastreux que ça donne.
Pendant longtemps, on a dit éradiquer le Hamas. Et puis, mardi soir, on a entendu dans la bouche du président démilitariser le Hamas. Vous y voyez une nuance, un changement, un virage ?
Je ne suis pas sûr. Nous ne pouvons pas avoir comme nous, la communauté internationale, mais c'est plutôt singulièrement dans la région. Et les Palestiniens et les Israéliens ne peuvent pas avoir comme interlocuteurs des gens qui, c'est un principe de base, dont la pratique politique est une pratique par la voie terroriste.
Sur le Hezbollah au Liban, on a un peu cultivé cette ambiguïté.
On l'a longtemps cultivé, je n'ai pas dit que ça avait été... Au Liban, c'était encore plus complexe, j'allais dire. Mais moi, je ne pense pas qu'il y ait une ambiguïté. Il faut qu'on arrive à reconstruire une société politique chez les Palestiniens, qu'il soit société politique qui puisse s'engager dans la voie du dialogue. Et il faut qu'en fasse aussi... Et je ne vois aucun signe du côté israélien. Et je suis sûr que dans la société israélienne et dans la classe politique israélienne, il y a des gens qui veulent ça. C'est ça qu'il faut essayer de pousser. On est dans un moment, c'est terrible d'ailleurs, c'est valable sur plein de sujets.
Celui-là, il est singulièrement parce qu'il y a des blessures partout. Dans un moment, on a du mal à faire entendre la voix que j'essaie de faire entendre, qui est la voix de la raison. Et en tout cas, il faut pousser cette voix-là.
Le président de la République a aussi parlé des référendums. Référendum sur la loi fin de vie, si elle s'enlise, c'est votre sentiment ? Elle va s'enliser ?
Ça dépend de ce qu'on appelle s'enliser.
Se bloquer au Sénat, par exemple ? Là, il y a des institutions parlementaires,
il y a 700 amendements... Oui, on va débattre. S'il faut 8 jours, on fait 8 jours. S'il en faut 10, on en prendra 10. Il faut que ça soit voté avant l'été, à l'automne ? De toute façon, tout le monde connaît le calendrier. Non mais, on ne va pas se raconter d'histoire. Alors, tous ces textes-là, généralement, ils ont un pas de temps de 18 à 24 mois. Parce qu'on ne prend pas... C'est l'ancien ministre des Relations avec le Parlement qui parle. On ne prend pas une procédure dite accélérée. Donc, il n'y a pas de commission mixte. Donc, il faut une lecture à l'Assemblée, une lecture au Sénat, une lecture à l'Assemblée, une lecture au Sénat. Au moins. Bon. Donc, ça...
Mais ça mérite ce temps-là, quand même. Il y aurait blocage si on voyait des manœuvres dilatoires qui feraient qu'à un moment, à l'Assemblée ou au Sénat, certains feraient en sorte que le texte ne soit jamais vraiment délibéré ou retardé, retardé, retardé. On n'en est pas là. On n'en est pas là. J'aurais salué le travail qui a été fait par les rapporteurs. Singulièrement, Olivier Farlorni, qui fait partie de mon groupe. Pourquoi ? Parce qu'il a montré aussi, qu'on peut avoir sur des sujets qui sont parfois clivants, qu'on peut avoir un dialogue qui soit un dialogue. Et c'est ça la méthode modem aussi. Apaisé, responsable, réfléchi.
Vous avez votre conviction, vous ? Vous voterez oui aux deux textes ? Je voterez oui au premier.
Sur le deuxième, j'ai besoin de voir comment ça va atterrir. Parce que je, et je le dis très tranquillement, je vois bien ce que ça ouvre de nouveau quand même dans la relation à la fin de la vie et à la mort. Et je ne veux pas qu'on ouvre des portes qu'on regretterait d'avoir ouvert dans 3 ou 5 ans parce qu'on nous aurait dit « Ah mais on a commencé, il faut continuer ».
Autre référendum possible ? Des réformes économiques et sociales qui feraient l'objet de référendums. Vous êtes preneur ?
Oui, je suis preneur. Alors après, il faut, d'ailleurs, le président de la République a déterminé un périmètre. Il a aussi dit que c'était au gouvernement de faire un certain nombre de propositions sur le sujet. Oui, oui, je suis preneur. Je pense que, vous voyez bien qu'on est bloqué à l'Assemblée Nationale, qu'on est à moins de 2 ans d'une élection présidentielle. Enfin, 2 ans, disons. J'ai l'impression qu'un certain nombre de gens, la course des petits chevaux a commencé. Ou alors, je n'ai pas bien regardé la course des petits chevaux, mais je crois qu'elle a commencé. Et donc, qui va vouloir prendre ses responsabilités ? Qui va vouloir prendre le risque de l'impopularité aujourd'hui ?
Le seul qui le prend, à vrai dire, un peu, c'est les deux qui le prennent, c'est le président de la République et le Premier ministre, François Bayrou, qui prennent ce risque-là, évidemment, à des places de nature différente. Donc, si on n'arrive pas à passer un certain nombre de choses, il faut écouter la voix des Français qui disent, mais avancez. Nous, on va vous donner notre avis si vous n'êtes pas fichus de formuler un avis. Et donc, que sur un certain nombre de sujets, ça puisse lever la contrainte, faisons-le. Marc Fénaud, président du groupe Modem, merci et bonne journée. Merci à vous. Merci.
Beaucoup. Merci Christophe Barbier. On vous retrouve demain matin à 7h45. Votre invitée.
Marc Fesneau