Boris Vallaud
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Le 6-9 du week-end, Éric Delvaux, sur France Inter. Bonjour Boris Vallaud, député socialiste, vous appartenez au groupe parlementaire Nouvelle Donne et vous êtes membre de la commission des affaires sociales. Congrès du PS ce week-end à Aubervilliers avec un nouveau premier secrétaire, Olivier Faure, un congrès dit de la renaissance. Quelles sont les intentions d'Olivier Faure ?
Vous venez, je crois, de les résumer dans l'intitulé qu'il avait donné à son projet qui est la renaissance. Le projet d'Olivier Faure, c'est de rassembler les socialistes, pour ceux qui l'en restent, dans leur diversité. Parce qu'on a beau être beaucoup moins nombreux qu'avant, il y a des histoires différentes, des façons de regarder les problèmes différents, des opinions différentes. C'est ce qui demeure d'un certain nombre de courants, d'une histoire longue, parfois complexe, à laquelle, moi je dois vous dire que parfois je ne comprends pas grand-chose avec les ascendants politiques des uns et des autres.
Donc se rassembler, réapprendre à se parler ce qu'on a désappris à faire depuis bien longtemps. Vous savez, dans la campagne, notamment des législatives, mais aussi des présidentielles, dans les Landes, je m'entendais plus souvent qu'à mon tour dire, vous avez été incapable de vous parler, vous avez été incapable de vous entendre. Vous avez fait campagne contre vous-même, vous avez donné à voir un spectacle lamentable.
C'est d'abord avec ça qu'il faut rompre, et ensuite, être capable ensemble de construire un projet qui convainque les Français que nous avons tiré un certain nombre de leçons du passé, du passé proche, du passé lointain, et que nous avons remis notamment la question sociale, les catégories populaires, l'écologie, au cœur de nos préoccupations.
Pour que les socialistes se rassemblent, il faudra passer outre quels écueils ? Parce que vous avez été divisé, notamment pour les législatives, vous n'avez pas toujours parlé de la même voie, enfin il y a eu des dissensions de ces dernières années. Aujourd'hui, se rassembler, c'est plusieurs gauches, avait dit Emmanuel Valls.
Je vous l'accorde. Mais ce dont j'ai été le témoin en coulisses, puisque moi j'étais collaborateur, et au fond je suis un jeune militant du parti socialiste. J'ai vu beaucoup de gens qui se détestaient. Beaucoup de gens qui paraissaient irréconciliables, plus que des gauches irréconciliables. Moi c'est une théorie à laquelle je n'adhère pas. Parce que, c'est ce que je disais tout à l'heure, si on veut être capable de convaincre les Français de notre capacité à transformer pour le meilleur un monde qui a bien des égards par avolo, eh bien il faut qu'on soit capable de se convaincre entre nous.
Alors ça c'est la forme, donc se rassembler. Mais dans le fond, le corpus d'Olivier Faure, le forisme, est-ce bien identifié ?
Écoutez, il y a un certain nombre de choses qui sont le résultat des premiers mois qui ont été ceux d'Olivier Faure à l'Assemblée Nationale. Nous sommes dans l'opposition. Dans l'opposition au gouvernement d'Edouard Philippe et d'Emmanuel Macron. Parce que nous ne sommes pas des libéraux. Parce que nous n'avons pas l'aspiration à faire de la politique seulement pour quelques-uns. Mais pour le plus grand nombre. Parce que nous avons la question de la justice au cœur de nos préoccupations. Ce qui n'est pas le problème de La République En Marche qui postule que l'efficacité réclera tout. C'est un mot valise mais qui ne veut pas dire grand-chose.
Et qui dans les faits montre que, évidemment, nous avons un gouvernement qui travaille pour les plus aidés. Il y a d'abord ça. Ensuite, il y a la question d'une lutte résolue contre les inégalités. Voilà. C'était ce qui était au cœur du contre-budget que nous avons formulé. C'est au cœur d'un certain nombre de nos combats. C'est aussi redevenir une force transformatrice. Par la société civile. Par l'entreprise. Par la façon de faire de la politique. Voilà.
Donc, avec Olivier Faure, un parti socialiste résolument ancré à gauche et non plus un parti socialiste social-démocrate.
Mais, vous savez, tous les mots sont minés. Aujourd'hui, c'est compliqué de le dire. Nous sommes socialistes. Nous sommes socio-démocrates. C'est socio-démocrate ancré à gauche qui ne se trompent pas. Et je crois qu'en France, comme en Europe, on a raté un certain nombre de grandes transformations, de grands mouvements. La réorganisation du capitalisme. La mondialisation. Il y a des enjeux majeurs qui nous font face. Il ne faut pas en rater le tournant. Donc, oui, résolument ancré à gauche, ancré dans l'opposition. On ne fait pas de la politique pour nous-mêmes. On fait de la politique pour ceux qui sont les plus désœuvrés, les plus fragiles. Pour le plus grand nombre.
Alors, quelques questions d'actualité à présent. La grève à la SNCF, ça pourrait durer au-delà du mois de juin. Hier, les syndicats sont repartis très remontés, furieux, après une rencontre avec le gouvernement. Cette réforme de la SNCF est-elle nécessaire, Boris Vallaud ?
D'abord, un mot. Parce que je crois que les syndicats éprouvent ce qui est, depuis plusieurs mois, la méthode du gouvernement. Un gouvernement qui avait fait la promesse de changer les pratiques, d'écouter tout le monde, de faire, le mot est plus souvent qu'à son tour, agiter, faire de la co-construction. La réalité, c'est qu'il n'écoute que lui-même. Il est engonçé dans des certitudes. Il avance. Il ne doute jamais. Et je ne suis pas sûr que la démocratie en sorte grandit. J'entends, dans cette majorité, dire qu'il faut arrêter avec cette culture de la grève, avec cette gréviculture.
Mais je dis à ce gouvernement qu'il arrête de faire la grève du dialogue social, qu'il arrête de faire la grève du débat parlementaire. Et moi, comme parlementaire, je m'en attriste chaque semaine pour rentrer au fond des choses. Voilà sur la méthode. On a besoin d'une démocratie vivante et on n'a pas besoin ni de guide ni de maître.
Ça, c'est pour la méthode. Sur le fond, y a-t-il besoin d'une réforme dans les conditions édictées par le gouvernement ?
Je pense que chacun peut faire le constat que la SNCF a besoin d'une réforme, a besoin surtout d'investissement supplémentaire. Quand les trains sont plus souvent qu'il y a 15 ans en retard, quand moi-même, je prends chaque semaine le train entre Bordeaux, le TVR entre Bordeaux et Mont-Narsan, et que le conducteur me dit qu'on va être obligé de démarrer avec un seul moteur aujourd'hui, on voit bien qu'il y a un problème d'entretien.
L'investissement, c'est ce qui est prévu justement par la réforme Macron ?
Il y a un certain nombre de choses qui ne sont pas dites, qui ne sont pas clarifiées. D'abord, est-ce que la question du statut des cheminots est la cause des difficultés de la SNCF ? Pour les nouveaux entrants, pour les futurs embauchés. Nullement. Il ne s'agit pas de détourner de la réalité des choses. Est-ce que transformer le statut de la SNCF d'aujourd'hui en société anonyme, est-ce que c'est nécessaire ? Aucunement. Quel est le vrai sujet ? Le vrai sujet, c'est la reprise de la dette. C'est la reprise de la dette. Je le dis avec honnêteté. Pourquoi n'a-t-on pas reprise jusqu'alors ?
Ça risque d'être la contrepartie.
J'en sais rien. J'en sais rien. Je veux dire, vous savez, moi, je n'ai pas par principe un chèque en blanc au gouvernement. Et je le fais de moins en moins. Vous voyez, si j'avais été tenté de le faire, ce qui n'a pas été le cas, je le ferais de moins en moins. La question de la dette, c'est une dette de la nation. Elle est constituée de quoi ? Des décisions que le gouvernement prend d'investir dans telle ligne à grande vitesse. Et donc, il faut le faire. Pourquoi n'avons-nous jamais fait ? Parce que ça sera compté comme une dette au titre de la dette maastrichtienne. Eh bien, allons négocier avec Bruxelles. Qu'à cela ne tienne.
De toute façon, aujourd'hui, c'est une fiction et c'est ça qui met en difficulté la SNCF. Ensuite, il faut des investissements massifs dans les infrastructures. Vous savez, il y a un contrat d'objectif et de gestion qui a été signé entre l'État et la SNCF il n'y a pas longtemps. Et je trouve que c'est un actuel ministre du gouvernement qui l'avait signé. C'était Madame Parly. Et c'était 46 milliards d'investissements sur les cinq, je crois, prochaines années. Ensuite, l'entreprise, elle réfléchit à son organisation. Elle y réfléchit notamment à travers des conventions collectives qui sont en cours de négociation entre les organisations syndicales et les représentants du patronat.
C'est en cours. Vous savez, ce gouvernement qui prétend que rien n'a été fait depuis 30 ans, on a évidemment commis beaucoup d'erreurs. Mais enfin, je vais dire, parce que le gouvernement, parfois, semble naître au monde aujourd'hui, que le monde naît avec lui.
L'avenir du PS, ça passe aussi par son futur siège, maintenant que l'hôtel de la rue de Solferino a été vendu. Est-ce qu'on sait où sera, dans quel quartier populaire, paraît-il, sera installé le prochain siège du PS ?
Alors, il est possible que vous en sachiez plus que moi, parce que je vais vous dire la vérité. Je n'en sais rien, mais je ne résous pas les problèmes du PS, c'est un problème immobilier.
Il y a des problèmes d'argent qui sont quand même, à l'origine aussi, moins de députés, moins d'argent. Le PS paye la facture en ce moment.
Oui, j'aimerais vous répondre, mais je ne le sais pas. En tout cas, la vente du PS, je sais que c'est un crève-cœur pour beaucoup. La vente du siège. Mais au fond, symboliquement, ça marque aussi la fin d'un cycle et l'ouverture d'un nouveau moment.
Le siège qu'avait trouvé François Mitterrand lorsqu'il a pris les rênes du parti. Boris Vallaud, député socialiste des Landes, porte-parole du groupe Nouvelle-Gauche. On va donc reprendre cette interview dans quelques minutes. Après la revue de presse, il y aura aussi les questions de Patricia Martin et des auditeurs. Vous nous appelez au 01-45-24-7000. Il est 6h39, 8h39. Et à 8h39, notre invité ce matin, le député socialiste Boris Vallaud, porte-parole du groupe Nouvelle-Gauche. Le congrès du PS ce week-end à Aubervilliers. Vos questions, c'est au 01-45-24-7000. D'abord, Boris Vallaud, une question de Patricia Martin.
Comment comptez-vous vous y prendre pour faire revenir les jeunes et notamment les étudiants qui sont plus souvent tentés par la France insoumise que par le parti socialiste ?
Vous savez, la question que vous posez, elle est vraiment intéressante et je me la suis posée dans la campagne que j'ai faite dans les Landes. Une fois, je reviens d'une réunion et je lui ai dit, c'est super, il y a un père qui est venu avec son fils. Le fils avait 65 ans, le père en avait 90. Je me suis dit, mais où sont les jeunes ? Et je suis allé à leur rencontre en leur disant, voilà, c'est vous qui vivrez le plus longtemps l'avenir. Engagez-vous, dites ce que vous attendez, ce que vous exigez de vos représentants. Et nous avons d'ailleurs continué à travailler ensemble aujourd'hui encore.
Je travaille avec des étudiants aujourd'hui, moi, qui remontent des groupes de réflexion, organisent des conférences. On se désire de participer. Alors, pour répondre à votre question, comment ? D'abord, en mettant la jeunesse aussi au cœur de nos projets, en se posant la question de savoir comment on peut faire pour que démarrer dans l'âge adulte ne soit pas le privilège de quelques-uns. Et nous y travaillons, sur des dotations pour démarrer dans la vie, sur la redistribution entre les générations d'un capital dont on hérite de plus en plus tard et qui reste toujours entre les mains des mêmes et de plus en plus entre les mains des mêmes.
Il faut qu'on soit capable aussi de dire que la réussite, elle doit être pour tout le monde, qu'il y a une ambition d'élever le niveau général de la population, quel que soit son milieu social. Or, la différenciation sociale, c'est extraordinairement injuste, mais elle est déterminée dès le berceau. Ça veut dire, là aussi, faire non seulement de la lutte contre les inégalités, mais de l'aspiration à l'égalité, un de nos grands projets politiques. Et puis, j'allais dire, il faut une forme de radicalité transformatrice. C'est réconcilier le rêve et l'action. Des utopies réalistes, pas le renoncement, pas la phrase qui arrive systématiquement à la bouche, c'est pas possible.
Il y a des choses, évidemment, qu'on ne peut pas, on vit dans un monde réel. Mais enfin, je crois que la politique s'affaiblit quand elle ne saisit pas le réel au collet. Et dire à la jeunesse, écoutez, on va aller à l'attaque d'un monde injuste, d'un monde destructeur dans l'environnement, je crois que c'est un combat qui est celui, par essence, de la jeunesse.
Et comment expliquez-vous que cette jeunesse soit largement mobilisée dans le camp de Jean-Luc Mélenchon, ou aussi à l'extrême droite, d'ailleurs ?
Eh bien, parce que je crois que les uns et les autres ont donné le sentiment qu'ils ne renonçaient pas à avoir prise sur le réel, qu'ils refusaient la fatalité. Ce que, moi, je crois, je partage d'une certaine manière cette idée-là, mais il faut partager l'avenir pour le meilleur. Voilà. Et le Parti Socialiste doit redevenir un parti de grande transformation, parti des grandes transitions à l'œuvre, écologiques, numériques, parti de la lutte contre les inégalités, contre la pauvreté, la pauvreté du bout de la rue comme celle du bout du monde.
On va aller au standard Boris Vallaud, député socialiste, avec une première question de Gilles, qui est en ligne. Bonjour, Gilles.
Oui, bonjour. Merci de prendre ma question. Tout d'abord, des félicitations à France Inter pour ses émissions, en particulier l'émission qui va suivre sur l'économie.
Merci beaucoup.
La femme de M. Vallaud, Mme Belkacem, parce que je suis, pour les écoles retraitées, j'ai dû connaître une vingtaine de ministres de l'Éducation. Et Mme Belkacem, je la mets plutôt en haut de la liste.
Bon, je n'ai pas bien compris votre question, du coup.
Non, non, je n'ai pas posé ma question. D'accord. Alors, allons-y. Ma question, c'est à quelle échéance M. Vallaud pense-t-il qu'ils seront capables de reconstruire un grand parti socialiste, capable d'être en mesure de reprendre le pouvoir et de diriger la France de comme de 80 à 95 ou de 2012 à 2017 ?
La question du calendrier, Boris Vallaud. Est-ce que c'est d'actualité que de vouloir reprendre le pouvoir ?
D'abord, je remercie Gilles de sa question. Si j'avais un calendrier extrêmement précis en tête, ça serait assez rassurant. Et en même temps, ce serait assez inconfortable. Si je dis ça, c'est que je ne souhaite surtout pas que nous retrouvions des responsabilités sans avoir fait le nécessaire travail sur les idées, sur la doctrine, sur les clés de lecture du monde pour le changer, pour le meilleur. On a emprunté un chemin qui est exigeant, qui est incertain, qui est celui de la refondation du parti socialiste, avec sa profondeur historique, le parti de Jaurès, de Blum, de beaucoup de combattants.
C'est peut-être plus simple, plus confortable, plus rassurant que d'aller chercher des chemins ailleurs. On a souri celui-là. Ce que je peux dire à Gilles, c'est qu'on ne fera pas l'économie d'une réflexion critique sur ce qu'est le parti socialiste, sur ce qu'est la social-démocratie en France et en Europe. Pourquoi elle est un peu partout dans cette impasse. Et surtout, on y mettra de l'énergie, de la détermination et de la conviction. Aujourd'hui, on aborde tout ça avec beaucoup d'humilité. La défaite qui a été la nôtre est cinglante. Elle est cinglante pour le parti socialiste dans toutes ses composantes. Aucun courant, sous-sous courant n'a gagné, ne s'en est sorti.
Eh bien, j'allais dire que cette défaite, elle nous oblige et elle nous donne aussi une grande liberté. Moi, je dis souvent, vous savez, aujourd'hui, on est des socialistes en liberté. Et donc, allons-y, ne bridons pas ni notre imagination, ni nos ambitions, ni nos aspirations, tout en étant réalistes parce que tout ce que nous proposons, eh bien, nous devons pouvoir le mettre en œuvre quand nous sommes au pouvoir. Je ne veux plus entendre qu'il y a deux discours. Celui dans l'opposition et celui une fois qu'on est au gouvernement.
D'abord, préparer les idées, dites-vous. Oui. Faites-vous partie de ceux qui, comme Martine Aubry, reprochent à Jean-Christophe Cambadélis de ne pas avoir assez travaillé quand il était à la tête du PS, c'est-à-dire jusqu'en septembre dernier ?
Moi, c'est pas du tout ma nature personnelle que de distribuer des bons et des mauvais points aux uns et aux autres. Alors, oublions Cambadélis. Ce que je veux dire, c'est que...
Est-ce que le PS a été suffisamment inventif ces dernières années ?
Non. Ni le PS, ni les partis sociodémocrates européens, partout en Europe. Je disais tout à l'heure, je crois qu'on a raté le tournant de la mondialisation et de la réorganisation du capitalisme. Il nous fait face à des mutations considérables. La transition écologique qui va nous obliger à revoir complètement notre système productif, à revoir la question de ce qu'est la création de richesses. Il va y avoir cette révolution numérique qui va percuter un emploi sur deux. Ça va ébranler tous les cadres connus. Eh bien, si on rate ces tournants-là, ce sont les plus fragiles qui en feront les frais. Donc, oui, il y a un travail intellectuel qui n'a pas été accompli.
Oui, il y a un travail considérable à faire. Il est le fait, non seulement des hommes et des femmes qui font de la politique, elle est aussi la responsabilité, je veux dire, des intellectuels, des chercheurs, des responsables associatifs, de cette société civile aussi qui a besoin de se mobiliser. Parce que la défaite de la pensée de gauche, elle est une responsabilité qui est éminemment collective et la reconquête, elle doit être nécessairement collective. Moi, je ne veux pas d'un parti socialiste qui ne se préoccupe que de lui-même, qui n'est tourné que vers lui-même. Je veux qu'il soit ouvert à l'écoute des aspirations de la société et de son imagination.
Et probablement ouvert à l'Europe, on va en parler Boris Vallot, député socialiste, avec une question de Lionel. Bonjour Lionel. Bonjour. Vous nous appelez de Haute-Garonne.
Alors, bonjour messieurs. Bonjour M. Vallot. Bonjour. Voilà ma question. Donc, l'EPF a habitué depuis environ 15 ans de nous parler d'Europe sociale environ 3 mois avant chaque élection européenne. Et je voulais savoir quelles sont les réflexions profondes des classiques du parti, enfin des responsables du parti sur ce point parce que c'était une colonne vertébrale dans les années 80, 90, l'Europe. Et là, ça semblait être oublié.
L'Europe et l'Europe sociale en particulier, Boris Vallot. Alors, ce qu'en pense les classiques, je serais quand même vexé, vous me considérez déjà comme un classique, mais je peux vous dire moi ce que j'en pense. D'abord, je suis un Européen viscéral, voilà, mais pas un Européen B1. Je suis d'accord, la question de l'Europe sociale, c'est pratique puisque comme on la met rarement en œuvre, on peut la ressortir à chaque campagne électorale. Longtemps, la gauche a considéré que l'Europe était son avenir. aujourd'hui, l'Europe est dans un tel état de faiblesse, de délitement, que je crois que c'est la gauche qui doit devenir l'avenir de l'Europe. Et si je dis ça, c'est dire quoi ?
C'est dire ne pas laisser la critique de l'Europe à ceux qui n'en veulent pas. Le regarder en face. Ces dernières années, l'Europe a produit du libéralisme, elle a produit des égoïsmes, elle a ressuscité parfois même des nationalismes alors que le projet européen était destiné à transcender ces nationalismes. Eh bien, ça veut dire qu'il faut regarder quelles sont les faiblesses, les carences de l'Europe. Je suis favorable à l'euro, mais je dis aussi qu'il y a des malfaçons dans la fabrication de l'euro. C'est-à-dire ? Eh bien, par exemple, que nous ne pouvons pas avoir que des objectifs de lutte contre l'inflation.
Comme toutes les grandes banques centrales dans le monde, il faut qu'on ait des objectifs d'emploi, de taux de chômage pour que notre politique monétaire soit aussi au service de l'économie réelle, c'est-à-dire des emplois. Je regarde la question de la politique budgétaire. Faut-il nécessairement laisser les objectifs macroéconomiques d'inflation, d'endettement à la commission sans débat démocratique ? Je pense que ces objectifs macroéconomiques doivent être débattus par des parlementaires élus. Voilà, par exemple. Je me pose la question aussi des traités internationaux. Ça concerne l'Europe, ça concerne le reste du monde.
Pendant longtemps, ces accords de libre-échange se sont faits en échange de rien. Eh bien, je dis qu'il faut revoir la façon dont ont fait ces traités internationaux. Qu'ils soient l'occasion de réécrire les règles de la mondialisation. Une mondialisation qui n'est pas déloyale, destructrice de l'environnement et financiarisée. Et ça, nous pouvons le faire en considérant qu'on ne peut plus faire de traités de libre-échange en échange de rien sans considérer un certain nombre de grands traités qui doivent devenir notre ordre public, social, environnemental, mondial. Voilà quelques exemples. Et ça veut dire quoi ?
Ben oui, que l'Europe ne doit pas être un espace de, j'allais dire, de dumping social, de concurrence fiscale et sociale où, au fond, les Européens jouent contre eux-mêmes.
Et les élections européennes dans un an, Boris Vallaud, est-ce un motif d'inquiétude, j'ose pas dire d'espoir pour le PS ?
Mais tout est soit motif d'espoir soit motif d'inquiétude. Ça dépend si on le prend avec résignation ou avec détermination. Mais si on le prend
de façon lucide, le PS n'est pas
très bien équipé aujourd'hui pour aller aux Européennes. Eh bien, il lui reste quelques mois pour être très bien équipé. Très bien équipé dans le choix de ses candidats, très bien équipé dans les thèmes qui seront ceux de sa campagne. Il y a un travail qui est déjà engagé. Je vous le dis, on est en contact régulier avec un certain nombre des partis socialistes ou assimilés.
Cela dit, ces partis assimilés socialistes en Europe ne se portent pas bien excepté les travaillistes britanniques. L'hécatombe en Grèce, le PASOC, il est aujourd'hui à 6%. Idem en Tchéquie, idem aux Pays-Bas. En Italie, le parti de Matteo Renzi a été laminé. En Allemagne, le SPD aujourd'hui tente... Il est au plus bas niveau depuis 1949. Pour quelles raisons le parti socialiste français pourrait mieux s'en sortir que ses homologues européens ?
Mais s'il emprunte les mêmes chemins, il n'y a pas de raison qu'il s'en tire mieux. Mais ce que l'on veut dire à nos amis socialistes, sociodémocrates, travaillistes, européens, c'est que nous sommes dans le même état de faiblesse et que si on veut avoir un peu prise sur les choses, sur le destin de l'Europe, une Europe plus sociale, plus démocratique, plus écologique, qui se protège et qui ne s'impose pas à elle-même des règles qu'aucun de notre partenariat au monde ne s'impose, eh bien, il va falloir qu'on travaille ensemble.
La rénovation des idées, de la pensée, cette espèce d'exigence qui doit être celle de tous les partis socialistes en Europe, eh bien, il faut qu'on la partage ensemble. C'est pour ça qu'on travaille d'ores et déjà avec eux. C'est pour ça que, par exemple, sur la question de à quoi servent les entreprises, nous réfléchissons à des initiatives conjointes.
Vous savez, Dominique Potier, le groupe Nouvelle-Gauche, moi-même, nous avons proposé de nous inspirer d'un modèle qui est assez partagé de co-détermination dans l'entreprise pour lutter contre la suprématie actionnariale en lui préférant les stratégies industrielles, en posant la question des écarts de revenus dans l'entreprise, en se posant la question de savoir si, au-delà de l'intérêt des actionnaires, il n'y a pas d'autres intérêts en jeu environnementaux,
socio-économiques. C'est un discours dont il vous semble
qu'il prend en ce moment ? Je pense qu'il prend. C'est une bataille culturelle. Mais les batailles culturelles que nous n'avons pas menées, nous avons perdues.
Donc, il faut y aller. François Hollande sera jeudi l'invité de la matinale de France Inter pour la sortie de son livre Les Leçons du Pouvoir qui paraît chez Stock. Vous parliez en début d'interview d'un droit d'inventaire. Vous attendez quoi du livre de François Hollande ?
Écoutez, je... Qu'il fasse son devoir d'inventaire lui-même ? Je le lirai avec intérêt. Ce n'est pas mon rôle que de demander à l'ancien président de la République soit de rédiger une agéographie soit de rédiger une autocritique. Alors, je vais vous poser la question autrement. intéressant de savoir le regard qui est celui de François Hollande sur la période qui s'était écoulée.
En deux mots, pardon de vous presser, quelle est la responsabilité de François Hollande dans l'affaiblissement pour ne pas dire la débandade du PS ?
Il a sa part de responsabilité comme beaucoup d'autres. Voilà. Comme nous tous d'une certaine manière.
Eh bien, ce sera le mot de la fin. Merci Boris Vallaud. Bon congrès donc ce week-end à Aubervilliers pour le Parti Socialiste avec le discours de clôture du premier secrétaire Olivier Faure. ce sera demain je crois aux alentours de midi moins le quart probablement. Merci et bonne journée.
Boris Vallaud