Sandrine Rousseau : en route pour le Perchoir à l'Assemblée nationale ? – 09/07/2024
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
On va à présent accueillir notre invitée, Sandrine Rousseau, à créer la surprise en envisageant clairement sa candidature pour la présidence de l'Assemblée nationale. Elle est connue pour ses saillies souvent clivantes dans l'hémicycle, mais aussi pour ses engagements et ses combats de toujours, l'écologie, le féminisme. Son profil pourrait-il convaincre une majorité de députés à lire au perchoir ? On lui pose la question juste après l'invitation de Marion Becker. Si on vous invite, Sandrine Rousseau, c'est pour nous dévoiler votre nouvelle ambition après votre réélection à Paris, dès le premier tour. Vous voilà dans les starting blocks pour la course au perchoir.
Est-ce que vous avez pensé à poser votre candidature ?
J'aimerais bien, voilà. Maintenant, est-ce que ce sera...
Vous aimeriez bien. Et pourquoi pas ? Et pourquoi pas ? Une femme, c'était une femme présidente ?
Je pense que je respecterais bien plus les équilibres démocratiques que ça n'a été fait jusqu'à présent.
Laissez une femme à la présidence de l'Assemblée nationale, c'est un symbole politique indispensable à vos yeux, alors que les femmes ont aujourd'hui moins de sièges à l'Assemblée. Yael Brown-Pivet, la présidente sortante, avait marqué sa présidence par le respect des équilibres politiques et la défense de l'institution. Elle est candidate à sa propre succession. D'autres n'en circulent, comme Sébastien Chenu pour le Rassemblement national ou l'écologiste Cyrielle Châtelain. Dans une assemblée, parfois transformée en chaudron, avec une opposition capable de provocation, Yael Brown-Pivet devait sévir régulièrement. Donc je prononce un rappel à l'ordre avec inscription au procès-verbal.
Vous, Sandrine Rousseau, on vous connaît plus clivante et provocatrice que consensuelle.
Lâchez, non !
Avec une assemblée divisée en trois grands blocs, l'attention risque de s'accentuer, sans compter le risque de paralyse ici, aucune majorité n'émerge. Alors, Sandrine Rousseau, on a une question pour vous. Avez-vous le profil pour être la patronne de l'Assemblée ? – Bonsoir Sandrine Rousseau. – Bonsoir. – Et merci d'avoir accepté l'invitation d'LCP réélu député de Paris, déjà au premier tour, dimanche en 15, déjà. Félicitations, réponse à cette question. Franchement, pensez-vous que vous êtes la personne d'idouane pour le perchoir ?
– Je pense qu'il va falloir avoir une vision de la démocratie, qu'il soit une vision respectueuse de la démocratie. Moi, je trouve qu'Yael Brown-Pivet, de ce point de vue-là, n'a pas toujours été au rendez-vous. Et je le pose sereinement. – Il n'a pas été impartial. – Non, notamment, je me souviens de ce moment qui, moi, m'avait énormément choquée, qui était lorsque Liot avait eu sa niche parlementaire et qu'il avait proposé l'abrogation de la réforme des retraites. Et que là, il y avait eu cet article 40, ce qui ne s'était jamais fait. Et c'était à la demande de la présidente de l'Assemblée.
Et en fait, à un moment, les oppositions n'ont pas toujours été respectées à la mesure où elles auraient dû l'être. Les sanctions ont été pléthoriques, parfois excessives. Et en fait, ce n'est pas comme ça qu'on dirige une Assemblée nationale. – Vous le feriez autrement. Donc déjà, pour être très claire, elle est très sérieuse, cette candidature pour le perchoir ? – Ah ben, s'il y a une possibilité, oui, je la déposerai. Après, on verra comment ça se... – Mais vous voulez être présidente ou pas ? – Quand ça va se dérouler, parce qu'il y a d'abord notre groupe, etc. – Vous le souhaitez ? Vous souhaitez être présidente de l'Assemblée ? – Moi, j'avoue que ça fait partie vraiment des...
Oui, des postes que j'aimerais vraiment beaucoup occuper. Parce que je pense qu'il y a vraiment quelque chose à faire. Et que c'est au cœur de la démocratie. Et qu'il y a vraiment quelque chose à faire de l'ordre de la transformation de notre rapport.
– Mais vous savez très bien que beaucoup diront qu'elle est beaucoup trop clivante. Alors qu'il faut... – Je crois que ça s'était passé...
– ...apaiser, un chaudron, etc. Qu'est-ce que vous répétez à ceux qui penseraient ça ? – Vous savez, moi j'ai été prof d'amphithéâtre, où il y avait 500, voire 600 étudiants. Et en fait, c'était un chaudron. Tenir trois heures, parce que maintenant, on a changé les maquettes, etc. Mais moi, quand j'ai commencé à être prof, il fallait tenir trois heures des amphis de 500 ou de 600 personnes qui juste avaient le baccalauréat, qui avaient 18 ans et qui avaient toute autre chose à faire que d'apprendre l'économie pendant trois heures. Et en fait, c'est aussi une technique que de savoir tenir comme ça une salle pleine.
Et pour le coup, là, c'est au-delà de l'amphithéâtre, c'est vraiment comment on fait en sorte que les oppositions soient respectées, comment on fait que le travail parlementaire soit respecté. – Et bien, la candidature, elle est posée ici, ce soir, très clairement. – Non, mais je voudrais dire quand même que la question du clivage, là, quand on entend ça, c'était... En fait, c'était des réponses à des...
Parce que, voyez, vous me présentez, par exemple, quand vous dites « lâchez nos utérus », mais on venait d'avoir plusieurs jours du Rassemblement national qui disait qu'il fallait faire une politique de natalité pour les retraites, que les femmes devaient faire des enfants, que ce n'étaient pas toutes les femmes. Et en fait, c'est aussi une...
– C'est vrai que c'est une sélection et on vous a invité de nombreuses fois ici et on a vu vos combats sur le fond jusqu'à pas d'heure dans l'hémicycle
sur beaucoup, beaucoup de projets de loi. – Et je trouve que c'est aussi une manière de les délégitimer, mes combats. Et je voudrais le poser parce que...
– Personne n'a ce souhait ici.
– Non, je ne parle pas de vous, mais je pense que cette manière-là de me présenter comme clivante est aussi une manière de délégitimer mes combats. Or, on voit aujourd'hui que la part des femmes a diminué dans l'Assemblée nationale. On voit que les violences sexuelles n'ont pas diminué dans la société, que les condamnations pour viol n'ont pas diminué. Et en fait, les combats que je mène, et je le pose, sont absolument légitimes.
– Alors, revenons à la politique. Pour vous, c'est une évidence, la future présidente ou présidente de l'Assemblée, il y a déjà d'autres noms qui circulent, celui de l'écologiste syriel. Chatelain, votre camarade écologiste, est poussé par votre parti. Évidemment, il y a Elbron-Pivet, elle, la candidature est officielle. Et puis, Sébastien Chenu pour le RN fait peu mystère de son envie de présider l'hémicycle. Vous vous dites, ça doit être un homme ou une femme de gauche,
forcément, au vu des rapports de force ? – Alors ça, c'est toute la question du moment. C'est que le nouveau Front populaire est arrivé en premier, que nous avons été responsables et que donc nous avons fait ce désistement républicain. Que du coup, nous avons un groupe qui restera, mais aussi du fait de ce désistement. C'est-à-dire que comme on n'a pas eu des candidats partout et parce qu'on a privilégié d'autres candidatures, Renaissance ou LR. – C'est une forme de contrepartie, c'est ça ? – Moi, je pense qu'il faut entendre ce qui s'est passé. – Que vos adversaires dans l'hémicycle devraient vous faire, vous donner ? – À l'issue du premier tour, les voix étaient ainsi réparties.
Il y avait 9,3 millions de voix pour le Rassemblement national qui est arrivé en tête. Mais nous, nous avions 9 millions de voix. Donc en fait, c'est très très proche, ça s'est joué à un cheveu. Au deuxième tour, le peuple français a dit qu'il ne voulait pas du Rassemblement national. De sorte que je trouve qu'il y a une logique vraiment démocratique à nous placer en tête de ces élections. – C'est une forme de rétribution au désistement d'une certaine façon.
– Non, c'est ce que vous dites notamment au camp macroniste.
– Non, non, ce n'est pas une rétribution, c'est reconnaître les responsabilités et les efforts qui ont été faits pour que notre démocratie ne bascule pas à l'extrême droite.
– Et vous, en quoi les reports de voix dont vous avez bénéficié, après les désistements de vos adversaires, il y a eu beaucoup de candidats de gauche qui ont été élus grâce aux électeurs du centre, après les désistements notamment. En quoi ces désistements vous obligent, vous ?
– Mais déjà, on a très conscience du fait que nous devons, et particulièrement ceux qui ont été élus au second tour, parce que moi j'ai été élue sur une étiquette Nouveau Front Populaire, il y avait des candidats de droite face à moi, etc. – C'est un peu différent quand on a été élu par un vote d'adhésion dès le premier tour. – Absolument, mais les personnes qui ont été élues au deuxième tour, évidemment, doivent une partie de leur voix à ce désistement républicain. Raison pour laquelle nous voulons nous atteler aux racines du vote Rassemblement National.
Or, les études sont quand même maintenant pléthoriques pour dire, et nombreuses pour dire que ce vote Rassemblement National vient d'un sentiment de relégation, du fait que l'école ne permet pas une élévation ou une émancipation sociale, comme on l'avait pendant les Trônes Glorieuses notamment, que vivre dans certaines parties du territoire, ça n'est pas être à égalité avec les personnes qui, par exemple, sont dans les centres-villes. Donc en fait, tout cela, c'est le programme du Nouveau Front Populaire. Et moi, je le trouve très intéressant, parce que précisément, il va chercher ça.
Donc vous dites, comme Jean-Luc Mélenchon, tout le programme est rien que le programme, ou au contraire, vous estimez lié à ces désistements qu'il va falloir peut-être l'amender ?
Je trouve que l'on doit à ces désistements le fait de faire travailler l'Assemblée. C'est-à-dire que moi, la position que j'ai, c'est de proposer les textes tels qu'ils sont issus de notre programme, parce que nous avons ce mandat. Mais après, de ne pas utiliser... Donc rien n'est négociable dans ce programme ? Si, mais justement, et c'est ça que vous... Mais quoi, par exemple ? L'abrogation de la réforme des retraites, c'est non négociable ou pas ? Les textes issus de notre programme, nous les présenterons à l'Assemblée, et c'est pour ça que j'ai dit que je ne voulais pas que nous recourions au 49-3, pour pouvoir qu'il soit...
C'est Olivier Faure qui a déjà envisagé, s'il était nommé à Matignon,
l'abrogation des retraites. Ce serait une erreur ? Oui, je le pense. Oui, je le pense. Parce que précisément, travailler en respect de ces désistements et de ces voix qui ne viennent pas de notre camp, c'est laisser l'Assemblée permettre le travail parlementaire sur le texte, et chacun prendra ses responsabilités en fonction du mandat qu'il a.
Et vous disiez que si les projets de loi du programme NFP étaient rejetés à l'Assemblée, vous vous en tiendrez compte ?
Absolument, absolument. Donc pas de 49-3, vous proposez au fond un mandat de législature sans 49-3 ? Exactement, mais de toute façon, nous nous sommes battus contre les 49-3, et je trouve que ça permet de respecter tous les électeurs et électrices, et en même temps de poser notre programme, et après, chacun fait. Il y aura des textes plus consensuels que d'autres, par exemple une loi Grand H, je pense, sera plus consensuelle qu'une loi Climat, et bien sûr la loi Climat, chacun prendra ses responsabilités, et si on perd, on perd. Et en fait, c'est cela qu'on a perdu de vue dans notre fonctionnement démocratique de la Ve République, c'est que plus personne n'accepte de perdre.
Oui, alors ce qu'il y a, c'est que c'est très intéressant, si on perd, on perd, après tout, c'est la logique démocratique, encore faut-il ne pas être renversé. Et ça, qu'est-ce que vous demandez ? Vous demandez au camp macroniste, aussi en vertu de ce deuxième tour si particulier, de ne pas vous censurer, d'avoir cette garantie, et de laisser un gouvernement de gauche gouverner, quitte à ce qu'il soit rejeté projet après projet de loi.
Moi, je ne demande rien au macroniste, si ce n'est que je leur garantis qu'ils auront toute possibilité de voter ou pas les textes et chacun des amendements. Un gouvernement minoritaire qui ne serait pas renversé, c'est ça que vous m'avancez ? Oui, absolument, et si un de nos textes ne passe pas, et bien il faudra accepter qu'il ne passe pas. Et c'est précisément l'inverse de ce qu'a fait Emmanuel Macron, qui a brutalisé l'Assemblée nationale et qui a brutalisé notre démocratie en passant systématiquement 49 ans.
Je voudrais qu'on dise un mot quand même sur les tractations pour Matignon, Olivier Faure a l'air d'être le candidat le plus consensuel, en tout cas clairement adoubé par le PS. Ça pourrait être le vôtre pour les écologistes ?
Ah mais moi je fais confiance à la discussion qui est en train de se produire, et je rappelle qu'on se concentre beaucoup sur le nom du Premier ministre, mais que derrière il y a des équilibres à l'intérieur du gouvernement, de l'Assemblée, et donc si c'est Olivier Faure qui sort des discussions, et bien j'irai derrière Olivier Faure, et si c'est un autre nom, j'irai derrière cet autre nom. Et si c'est un insoumis aussi ? Oui, parce que ça ne changera rien sur les textes qui seront présentés à l'Assemblée nationale.
Il faut des insoumis dans le futur gouvernement du nouveau Front populaire, oui ou non ? Oui, il faut des insoumis. Vous avez vu ce qu'a dit le président et Gabriel Attal ?
Oui, et ça je voudrais le poser avec clarté, c'est que je trouve que nous avons vraiment mis au banc de la démocratie les insoumis sur des questions de forme dans l'hémicycle, sur lequel moi je ne peux ne pas être d'accord, mais ça n'est pas la forme qui définit le fond, et par ailleurs on leur a beaucoup reproché leur position sur le 7 octobre, qu'ils ont corrigé dans le nouveau Front populaire. Vous faites partie de celles qui ont dénoncé l'antisémitisme, les propos à caractère antisémite au sein des insoumis.
Et c'est pour ça que je n'ai pas de naïveté vis-à-vis ni des uns ni des autres, mais je dis que ce nouveau Front populaire, c'est la gauche, et la gauche avec sa partie, évidemment plus radicale. Dernière question très rapidement, si ça prend du temps, ce n'est pas grave ? Je sens quand même une impatience montée, moi je trouve que ça n'est pas si grave, Donc si Gabriel Attal reste Premier ministre à gérer les affaires courantes jusqu'à la fin de l'été ? Eh bien justement, Emmanuel Macron n'a pas parlé d'affaires courantes, et c'est ça pour moi une vraie alerte, c'est qu'il aurait dû poursuivre Gabriel Attal sur son poste, uniquement sur les affaires courantes, ce n'est pas ce qu'il a fait.
Il l'a réinvesti en tant que, il l'a repositionné en tant que Premier ministre, de sorte que Gabriel Attal puisse prendre des mesures politiques, des décisions plus. C'est un acte politique d'empêchement de votre famille, c'est clair. C'est un acte politique d'empêchement. Merci beaucoup.
Sandrine Rousseau