Débat « Lutter contre le cancer, sortir des pesticides » au Sénat | discours d'Anne Souyris
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Chapitres
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« une loi du plomb puissance 10, la comparaison entre le projet européen Omnibus 10 et la loi contre laquelle se sont mobilisés plus de 2 millions de Français ne saurait nous laisser en paix. »
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« Les substances actives qui aujourd'hui sont réévaluées tous les 10 à 15 ans seraient demain autorisées de manière illimitée. »
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« Le glyphosate et l'acétamipride sont notamment concernés. »
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« les deux rapporteurs du Parlement européen unissant la droite et l'extrême droite souhaitent élargir cette autorisation illimitée à toutes les substances en cours de renouvellement, soit 200 produits potentiellement toxiques. »
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« la maladie de Parkinson provoquée par les pesticides figure au tableau 58 des maladies professionnelles du régime agricole, mes chers collègues. »
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« 83 % des Français rejettent le principe d'une approbation illimitée des pesticides, y compris les électeurs LR et RN. »
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« entre 402 et 433 millions de cas d'empoisonnement aigu aux pesticides surviennent chaque année chez les agriculteurs et travailleurs agricoles dans le monde, soit environ 46 % de la population agricole mondiale. »
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« dans les territoires où des pesticides sont dispersés dans l'environnement, le risque de développer un cancer était en moyenne 150 % plus élevé. »
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« le glyphosate serait responsable, selon cette même expertise, d'une augmentation de 30 à 45 % du risque de cancer du système lymphatique. »
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« 20 % de la population française, selon Santé publique France, serait exposée au glyphosate. »
Temps de parole
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Monsieur le ministre, chers collègues, une loi du plomb puissance 10, la comparaison entre le projet européen Omnibus 10 et la loi contre laquelle se sont mobilisés plus de 2 millions de Français ne saurait nous laisser en paix. Depuis près d'un an, les institutions européennes sont saisies de ce projet de que la Commission européenne visant à renforcer la sécurité des aliments, belle antithèse pour un texte qui dérégulerait dérégulerait les procédures d'autorisation des pesticides. Les substances actives qui aujourd'hui sont réévaluées tous les 10 à 15 ans seraient demain autorisées de manière illimitée. Le glyphosate et l'acétamipride sont notamment concernés.
Pire, les deux rapporteurs du Parlement européen unissant la droite et l'extrême droite souhaitent élargir cette autorisation illimitée à toutes les substances en cours de renouvellement, soit 200 produits potentiellement toxiques. Parce que l'exposition à certains pesticides est associée à un risque accru de maladies comme le cancer et la maladie de Parkinson, cette dernière étant officiellement reconnue, soit dit en passant, comme maladie professionnelle par le décret du 4 mai 2012. Et oui, la maladie de Parkinson provoquée par les pesticides figure au tableau 58 des maladies professionnelles du régime agricole, mes chers collègues.
Nous nous opposons à une déréglementation simpliste des normes de santé environnementale et nous ne sommes pas les seuls. La société internationale d'épidémiologie environnementale, 22 experts de santé publique et 573 scientifiques demandent la suspension immédiate de l'examen de ce projet. Selon un sondage publié au début de ce mois, 83 % des Français rejettent le principe d'une approbation illimitée des pesticides, y compris les électeurs LR et RN. Madame la ministre, nous attendons une réponse claire concernant la position du gouvernement français sur ce projet d'omnibus X. Plus largement, la multiplication des mesures de simplification, il faudrait plutôt dire dérégulation.
Des normes qui protègent la santé et l'environnement nous interrogent. Comment expliquer, alors que nous n'avons jamais bénéficié d'autant de connaissances scientifiques et que la prévalence des maladies chroniques explose, que la santé environnementale soit aussi absente des priorités du ? Car oui, chers collègues, chaque semaine de nouvelles alertes émergent sur des risques de santé posés par des substances dangereuses présentes dans notre environnement.
Après les bisphénols dans les emballages plastiques et les biberons, le plomb dans les peintures et l'amiante dans les revêtements, voilà venu le temps des PFAS dans les poêles à frire, de l'hexane dans les huiles de cuisson ou encore du cadmium dans les céréales. Si nos logements, l'air de nos villes, l'eau de nos fleuves, les sols de nos jardins et parfois quelques produits industriels de consommation du quotidien ont peut-être ont pu être les matrices de la lutte contre les pollutions, un secteur d'activité semble échapper pourtant à cette : l'agriculture.
Et j'anticipe tout de suite les protestations que que pourraient émettre certains de nos collègues à droite, s'ils étaient là, malheureusement ils ne sont pas tellement présents, c'est dommage. Il ne s'agit pas de jeter, c'est dommage, je le répète, il ne s'agit pas de jeter de discrédit sur les agricultrices et les agriculteurs français, bien au contraire. Ce sont les premières victimes des pesticides. Les études Une étude parue au mois de septembre révélait ainsi qu'entre 402 et 433 millions de cas d'empoisonnement aigu aux pesticides surviennent chaque année chez les agriculteurs et travailleurs agricoles dans le monde, soit environ 46 % de la population agricole mondiale.
En France, l'association phyto-victime qui réunit des professionnels victimes de produits phytosanitaires a ainsi accompagné 350 personnes en 2025 dans leur démarche pour faire reconnaître une maladie professionnelle et ouvrir des droits au fond d'indemnisation des victimes de pesticides. Et cette pollution touche plus largement la la la population. Ainsi, une étude de cas au Pérou de l'Institut Pasteur publiée en avril 2026 révélait que dans les territoires où des pesticides sont dispersés dans l'environnement, le risque de développer un cancer était en moyenne 150 % plus élevé. Une telle étude épidémiologique serait malheureusement bien difficile à conduire en France.
Nous ne disposons toujours pas d'un registre national des cancers qui permettrait de mieux connaître des facteurs de risque. À ce titre, je vous rappelle que le Sénat s'est exprimé à plusieurs reprises en faveur d'un tel registre qui collecterait des données au niveau national et contre la simple réunion des registres locaux. En tiendrez-vous ? Pour autant, nous avons déjà connaissance de certains risques. Ainsi, une expertise de l'INSERM de 2021 concluait à une présomption forte de lien entre l'exposition aux pesticides de la mère pendant la grossesse ou chez l'enfant et la survenue de chez de certains cancers.
Certaines familles de pesticides sont particulièrement impliquées comme les insecticides organophosphorés et les pyréthrinoïdes. Parmi les 430000 nouveaux cas de cancer dans notre pays chaque année, combien sont causés par les ? Le glyphosate serait responsable, selon cette même expertise, d'une augmentation de 30 à 45 % du risque de cancer du système lymphatique. Un cas d'école de la de la fabrique du doute déjà mise en lumière dans la régulation du tabac. Les lobbies pharmaceutiques continuent à mettre en cause des études alors que les les preuves sérieuses s'accumulent.
Comment justifiez-vous alors la position du gouvernement français qui en 2023 ne s'est pas opposé au renouvellement de l'autorisation européenne de cette ? Faut-il y voir un lien avec l'enterrement d'un rapport produit par l'Anses en 2016, publié seulement en ? Rappelons que le que 20 % de la population française, selon Santé publique France, serait exposée au glyphosate. Un chiffre estimé, selon une autre étude, à 99 % Enfin, je n'oublie pas nos concitoyens et nos concitoyennes des Antilles françaises qui ont subi de 1972 à 1993 une exposition prolongée au chlordécone, un pesticide toxique, perturbateur endocrinien et soupçonné d'être responsable d'un risque accru de cancer de la prostate.
À ce jour encore, plus de 90 % de la population adulte en Guadeloupe et en Martinique est contaminée. Si grâce à nos collègues ultramarins, l'État a reconnu sa responsabilité dans ce scandale, nous attendons toujours une avancée sur l'indemnisation des victimes et des territoires. En ce mois d'octobre où nous sommes appelés à défendre la lutte contre le cancer et à soutenir les malades, le groupe écologiste a décidé d'inscrire à l'ordre du jour du Sénat ce ce débat. Lutter contre le cancer, sortir des pesticides. Pour protéger les Françaises et les Français du cancer, nous avons besoin de preuves sur les risques, de science, de scientifiques.
Autrement dit, nous avons besoin des agences sanitaires comme Santé publique France, l'Anses et l'Inserm et du monde de l'enseignement supérieur et de la recherche qui réclament, aux côtés des lycéens et des lycéennes, des moyens conséquents. Nous avons besoin d'actions et d'institutions pour les mettre en œuvre, de courage politique de l'Institut national contre le cancer, des agences régionales de santé. Nous avons besoin enfin de l'Europe pour que la réglementation s'applique à l'ensemble de notre marché commun. Les preuves sont là. Alors face aux pesticides, messieurs et mesdames, allez-vous enfin mettre la santé au ?
Anne Souyris