Dorothée Gilbert, danseuse étoile pour toujours
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Je n'emploierai pas le mot d'étoile pour qualifier notre invité. [musique] Trop facile, trop attendu. Et pourtant, ce mot l'accompagne depuis 2007, depuis son couronnement à l'Opéra National de Paris à l'issue d'une représentation de casse noisette.
Ce mot l'accompagne même depuis l'enfance, depuis qu'elle s'est mise à rêver de devenir danseuse professionnelle, danseuse étoile. L'idée lui vient à l'âge de 10 ans lorsqu'elle assiste à son premier balai avec ses parents à Toulouse. Elle avait compris que c'était l'étoile qui portait l'histoire et des histoires, elle s'est donné les moyens d'en porter beaucoup.
Celle de Giselle bien sûr, un de ses rôles phardes, mais aussi celle de Marguerite dans la dame au caméléia à partir du 5 mai au palais Garnier ou celle de Nikia dans la Bailladaire à partir du 17 juin à l'Opéra Bastille. La dernière histoire qu'elle portera sera celle de Manon le 15 octobre prochain au palais Garnier. [musique] Elle fera alors ses adieux à la scène de l'opéra de Paris.
N'est-ce pas vertigineux ? Après avoir entendu le mot étoile toute sa vie d'entendre le mot retraite lorsqu'on a à peine plus de 40 ans. L'étoile va-t-elle cesser de briller pour autant ?
Est-ce propre histoire qu'elle portera désormais [musique] ? Posons-lui toutes ces questions. Bienvenue dans un monde un regard.
Bienvenue Doroté Gilbert. Merci d'avoir accepté notre invitation au Sénat. Comment vivez-vous ce mot retraite après avoir entendu toute votre vie le mot étoile ?
Est-ce que le mot vertige peut être [rires] le bon dans cette situation ? Je pense que vertige, oui, c'est un mot qui correspond à la situation. C'est c'est compliqué de se dire que je suis danseuse depuis enfin même apprentiuse depuis l'âge de 7 ans.
Donc ça va faire bah plus de 35 ans. Bah 35 ans ouais que je que je me définis en tant que danseuse aussi. Ouais. [grognement] Euh et du jour au lendemain euh je vais plus avoir cette identité entre guillemets.
Il va falloir que je me recrée mon identité. Donc ça c'est aussi quelque chose qui est assez vertigine. Oui.
Ouais. Vous vous retirez avec angoisse ou vous vous retirez avec justement la légèreté de la danseuse ? [rires] [souffle coupé] Euh non, je crois que quand même la carrière est bien faite, c'est-à-dire que le corps s'use au bout d'un moment et l'opéra c'est quand même très exigeant.
Il y a plein de balets qui sont difficiles, qui sont différents et il faut pouvoir être à la hauteur du poste que l'on occupe. Ouais. Euh donc je pense que c'est bien fait.
Après ça veut pas dire que je raccrocherai les chaussons tout de suite non plus. C'est pas parce que je fais mes adieux à la scène de l'opéra que je j'arrêterai de danser euh du moins dans un premier temps. Euh mais en effet, il va falloir euh recréer toute une histoire et se et se retrouver aussi à travers autre chose que la danseuse.
Et oui, il y a aussi quelque chose de jouissif et d'excitant dans ce saut, dans l'inconnu qui approche. Ben oui, parce que finalement euh voilà, 42 43 ans, c'est ça reste quand même jeune et puis de se dire qu'on a toute une autre partie de la vie à créer, à recréer, c'est assez excitant. Vous ferez vos aids à l'Opéra de Paris le 15 octobre dans l'histoire de Manon et je crois que c'est vous qui avez choisi de partir sur ce balai.
Pourquoi ? On peut choisir, on a la chance quand on est dans cette étoile de pouvoir choisir le balai sur lequel on veut partir. Pourquoi ?
Euh parce que c'est un balai avec une histoire magnifique. La musique est très belle. Ouais.
Euh, peut-être le pitch officiel, le synopsis de l'histoire de Manon. Manon est une jeune fille de 16 ans, belle, qui aime la vie et qui ne sait 16 ans, ouais. Alors, c'est pas votre âge [rires] et elle ne sait pas résister au plaisir qui passe.
Elle est charmante mais amorale. Et je me suis demandé pourquoi vous aviez envie d'incarner cette [rires] cette manon. Non.
Alors, un plaisir coupable. Euh, c'est-à-dire Non, c'est qu'elle est tiraillée. Je dirais que c'est c'est un peu négatif comme portrait de Manon, je trouve. [rires] C'est le pitch officiel.
Je trouve qu' elle est c'est un personnage qui est tiraillé entre l'amour qu'elle peut avoir pour ce garçon dégrilleux qu'elle rencontre et l'amour de l'argent. Euh et donc bon, ça termine mal pour elle. Mais il y a un peu des pendants aussi avec Marguerite dans la dame au Camélia.
Finalement, ce sont un peu les mêmes les mêmes profils euh de femmes. Sauf que Marguerite, elle elle décide. Manon, elle est plus elle se laisse balloter par les événements et elle se laisse influencer par son frère, par d'autres personnage et qui parce qu'elle est très jeune et qui l'influence de manière négative.
Vous vous trouvez influençable vous ou non ? Pas du tout. Pas du tout.
Mais en fait ce personnage il me ressemble absolument pas. Mais mais justement c'est ça qu'il y a d'intéressant, c'est qu'il faut aller chercher d'autres choses. Après il y a l'amour qui est qui est quand même très présent au centre du balai.
Puis il y a la tragédie, il y a enfin ce sont ces thèmes là qui me plaisent. Ouais parce qu'il lui arrive plein de choses, son frère se fait se fait arrêter, enfin il y a il y a plein de d'histoire et donc il y a plein de choses à raconter et c'est c'est un balai qui m'a beaucoup plu dès la première fois où je l'ai interprété. Euh il y a une vraie connexion avec le partenaire avec des très jolis pattes d'œ de voilà.
J'allais en parler parce que ces adieux vous allez les faire au côté de votre fidèle partenaire Hugo Marchand. C'est bien ça. C'est c'est avec lui, celui avec lequel vous avez très vite trouvé une symbiose technique.
Ce sont les mots que vous avez employé. Ouais. Une sorte de coup de foudre artistique, dites-vous.
Pourquoi ça a si bien marché entre vous ? Vous arrivez à vous l'expliquer ? Alors euh c'est difficile de savoir pourquoi, mais c'est comme dans la vie, on sait pas pourquoi on a des affinités avec quelqu'un plus qu'avec une autre personne.
Alors après, il y a des grandes lignes qui se dégage. C'est-à-dire et comme avec euh Guillaume Diop aussi, c'est-à-dire que ce sont tous les deux des gros travailleurs. Euh donc euh en répétition, on s'entend très bien parce qu'on est on est aussi exigeant les uns que les autres.
Donc on a la même manière de travailler et quand on arrive pour les spectacles, on se sent prêt dans le sens où on a on a vraiment construit quelque chose de solide. J'ai entièrement confiance en eux. Oui, vous allez loin à propos d'eux, à propos de Guillaume Diop et et de Hugo Marchand, vous dites "Ils se jetteraiit par terre pour m'éviter de tomber si cela risquait de m'arriver.
Leur priorité, c'est la danseuse." J'ai trouvé qu'il y avait quelque chose de presque chevaleresque dans cette façon de présenter les choses. Il y a quelque chose de chevalesque dans la danse classique.
Un truc un peu même suranné, un peu désué qu'on trouve pas ailleurs ou pas ? Oh non non, [rires] vous trouvez les hommes chevalesqu dans la rue alors non, ça dépend, il y en a. [rires] peut-être un peu plus dans les palais quand même.
Non, c'est vrai, il y a quelque chose de fort, il y a quelque chose de romantique et de et puis parce qu' aussi c'est tous ces balets ont été cré une certaine époque qui représentait aussi la culture de ce moment-là. Donc forcément et puis même vous dites chevaleresque médilleux c'était un chevalier à la base donc on y est. Ouais.
Et sur scène quand on danse à ce niveau de technique et d'exigence, c'est absolument indispensable d'avoir confiance en son partenaire. Ah oui, complètement. C'estàd pour pouvoir se lâcher totalement et lâcher prise.
Et c'est quand on lâche totalement prise qu'on arrive à atteindre des euh des vérités artistiques aussi parce que on est complètement dans le personnage et on pense plus à rien d'autre que que au moment présent. Et ce que le personnage est en train de vivre à ce moment-là, on peut se détacher totalement de la technique et ça ça peut se faire que quand on a une confiance aveugle en son partenaire. Comment vous qualifiez la nature du lien qui se joue entre vous et Hugo Marchand et Guillaume Diob qui sont vraiment vos partenaires ?
Euh c'est euh de l'estime, de l'admiration, oh plein de choses. Il y a de la confiance, il y a de l'estime, de l'admiration, il y a de euh une certaine forme d'amour aussi pour ces personnages et pour les pour les personnages qui incarnent aussi parce que finalement quand on se retrouve, on incarne tout souvent des personnages qui sont amoureux. Donc forcément, il y a quand même aussi ce ce lien là qui se crée euh et puis il y a une conivance, c'est-à-dire que on se on a tellement l'habitude de travailler ensemble et de et de vivre des choses en scène qui sont très fortes ensemble qu'on connaît l'autre par cœur comme un vieux couple finalement.
C'est-à-dire qu'on a pas besoin de se parler rien qu'en un regard on comprend ce qui se passe chez la personne et ça c'est magique. H parce que on a on sait que on peut communiquer au-delà des mots. Hm.
Ça vous est arrivé de danser avec des partenaires en qui vous n'aviez pas vraiment confiance sans forcément me citer de nom. Il s'agit pas de dénoncer mais ça arrive bien sûr ça arrive. Et c'est d'autant plus précieux justement quand on trouve des partenaires avec qui on a confiance parce qu'on se rend vraiment compte de la différence de lâcher-prise qu'on peut avoir.
Ouais. euh entre un partenaire en qui on a totalement confiance et un partenaire en qui on sait pas trop ce qui va se passer quoi. Et ça vous est arrivé de refuser de danser avec un partenaire en se disant vraiment ce n'est pas possible, ce ne sera pas possible, il y a incompatibilité.
Euh ça peut arriver. Oui. Ah ouais, ça peut arriver mais c'està-dire quand on est jeune étoile, on se permet pas de dire ça.
C'està-dire que on peut se permettre aussi quand on a pris un peu de d'âge et de bouteille de dire bon avec ces partenaires là c'est plus compliqué si c'est possible est-ce qu'on peut voilà et on Alors vous qui aimez porter des histoires he c'est votre expression c'est donc la vôtre que vous allez porter maintenant qu'est-ce qu'elle va raconter votre histoire maintenant j'ai vu j'ai lu par exemple que peut-être comédienne ça pouvait faire partie des des projets. Vous dites le choix de comédienne est venu en premier lorsque vous avez été blessé. Euh ce sont vraiment deux métiers qui se rapprochent même si le langage est différent.
Oui, complètement. Oui. Donc il y a quand même toujours l'idée de porter une histoire.
C'est ça qui vous moi Oui. Je inc Ouais. Euh devenir quelqu'un d'autre ou se se découvrir à travers d'autres personnages aussi finalement.
Ouais. Ou euh exacerber sa sensibilité pour pouvoir interpréter des moments dramatiques ou j'adore. Vous verriez dans quel rôle ?
Si vous deveniez comédienne de Non non, je veux non, c'est pas assez précis. Bon, je comment dire euh là, je tourné dans un film le fantôme de l'opéra qui sortira en septembre avec Guillaume d'ailleurs. Guillaume Diop ?
Ouais. Guillaume Diop. Euh donc c'était une super expérience.
J'ai beaucoup aimé et cetera. Mais c'est vraiment c'est complètement différent de de ce qu'on vit en scène dans le sens où euh en scène on a on vit vraiment l'histoire du début à la fin. Au cinéma, c'est complètement entrecoupé.
C'est vraiment pas du tout la même manière de travailler, c'est autre chose. C'est vrai. Euh sur scène, vous dites qu'avec l'âge, vous avez appris à épurer, à être plus dans la sincérité que dans le jeu préparé.
Vous dites avec les années, on apprend à se faire confiance à faire confiance au rien. Le rien, c'est très dur parce que cela implique de s'assumer et de s'accepter totalement. J'ai trouvé cette notion de rien extrêmement intéressant parce qu'elle est rarement verbalisée comme ça.
Vous vous souvenez du premier rôle où vous vous êtes autorisé à laisser ce rien exister ? Je dirais Giselle parce que c'est le rôle que j'ai le plus dansé. D'accord.
Donc je j'ai plus facilement euh épuré au fur et à mesure. Euh notion. J'ai Oui, mais j'ai envie de dire que ça c'est c'est plus qu'avec un rôle, c'est avec l'âge que ça arrive.
Euh avec le fait de en effet de ce que vous l'avez bien dit, en Oui. Non, mais c'est de ça ça a un lien vraiment avec l'acceptation de soi et l'acceptation de se dire que on se suffit euh on se suffit à l'instant. D'accord.
C'est-à-dire le de uniquement être présent et même ne rien faire ou ne avoir l'impression de rien faire. La juste d'iradier de sa présence h c'est déjà quelque chose et des expressions qui sont là à l'instant sans forcément les forcer sans les forcer et sans avoir envie de les de les de les dire aussi h de juste laisser la place au temps qui au enfin aux secondes qui passent sans qu'il ne se passe rien en fait. Ce sont c'est finalement euh dans la dame au caméia, il y a pas mal de moments comme ça.
Et c'est c'est assez drôle parce que les répétiteurs qui sont venus nous voir et qui donc nous font travailler le rôle nous disent John Neyer donc le chorégraphe qui est encore vivant et qui est qui on a beaucoup de chance euh au fur et à mesure qu'il remonte le balai la dame au Camilia, il est pur, il enlève des choses et donc il nous disait "Oui, avant on faisait ça mais maintenant on va faire ça et vous allez donc ne rien faire à ce moment-là parce que il trouve que maintenant c'est plus fort." Et c'est assez drôle parce que ben en au stade où j'en suis de ma carrière, je je comprends. Ouais.
Et ça ne vous perturbe plus alors que ça peut perturber les jeunes dans les jeunes ça. Je pense que ça doit les perturber mais moi je le comprends meuble on comble. On on en fait on se dit que pour exister il faut il faut faire quelque chose mais en fait on peut aussi exister en étant juste là.
Un peu comme dans la vie au fond. Je suis en train de penser de me dire queon est tous un peu en train de meubler de combler ou ou de faire plein de choses plein d'activités pour faire croire que on a une vie chargée et cetera. Mais finalement, de le de d'arriver à se poser et ne rien faire, c'est euh finalement, je pense que c'est une grande preuve de maturité.
H lorsqu'on vous demande ce qui vous rend le plus heureuse quand vous dansez, vous dites que c'est la liberté qu'on éprouve sur scène. Et alors, c'est fou parce que la liberté, c'est pas forcément le mot qui vient en premier quand on observe une danseuse classique et une danseuse de votre niveau où on imagine que tout est au contraire chorégraphié au millimètres, que tout est corseté, peut-être maîtrisé justement. Et pourtant, vous vous dites qu'il y a de la liberté.
Vous la trouvez où cette liberté ? Cet espace de liberté ? Bah dans tout. [rires] Non mais c'est fou.
Non mais justement en fait l'espace de liberté peut arriver à partir du moment où on a suffisamment travaillé ou la base technique est complètement solide. D'accord. C'est-à-dire que c'est avec c'est le la liberté, c'est le lâcher prise dont on parlait tout à l'heure.
La liberté c'est de ne plus avoir à penser au pas et de pouvoir uniquement se concentrer sur ce qui va arriver sur l'instant. euh c'est de se dire euh bah mon partenaire euh me regarde comme ça, je vais réagir comme ça. H mais c'est pas quelque chose qu'on a réfléchi, c'est ça va être créé sur l'instant parce que bah la réaction avec les autres personnages, même avec tout le corps de balai et cetera, c'est-à-dire que quand il y a une histoire où le corps de balai est présent, ils vont réagir d'une certaine manière et nous on va se devoir de réagir ce que sur ce qu'ils vont nous donner.
Hm hm. Euh et donc ça c'est la liberté de la scène et puis la liberté de aussi de mourir, de tuer, de d'être méchant, de d'être amoureux de [rires] euh j'ai je suis je suis morte et ressuscité un nombre incalculable de fois. Euh et puis il y a des rôles aussi Oui. où on est vraiment méchant, on tue des gens.
C'est génial en fait, on peut vraiment faire plein de choses. C'est on peut se droguer, on peut enfin non maisant [rires] c'est la liberté finalement. C'est ça.
C'est une grande liberté de pouvoir interpréter aussi tous ces personnages, de pouvoir être toutes ces personnes qu'on ne peut pas être dans la vie parce que parce que c'est interdit, c'est interdit ou parce que ou parce que on n pas comme ça ou et puis finalement on va aller explorer dépendre de sa personnalité, se dire "Ah ben tiens, finalement j'aime bien être comme ça, mais c'est aussi parce qu'on l'est pas dans la vie de tous les jours que c'est intéressant de l'explorer en scène." Sûr. Et votre corps il ressort comment après tant d'années de danse classique et de discipline du corps ? dites vous-même c'est contre nature.
On maltraite son corps, on le force, on lui fait mal. Oui, ce qui est pas dans la tendance de l'époque hein où on est plutôt dans le bien-être dans Oui, mais on est quand même dans il faut faire du sport, il faut s'entretenir. Enfin, alors évidemment on parle parce que on aime bien toujours aller vers le côté négatif, mais c'est pas que négatif, c'est-à-dire qu'en effet, on pousse son corps à ses extrêmes limites.
Donc forcément euh il y a de la douleur. Enfin, quand on voit les marathoniens, j'imagine que au 42e km, ils sont un peu fatigués, c'est un peu dur. Bon ben voilà, c'est pareil. classique, c'est ni plus ni moins hein.
Hm hm. Euh c'est juste qu'il faut euh il faut accepter de pousser son corps jusqu'au maximum. Hm hm.
Sans aller trop loin pour pas se blesser de d'arrêter juste là où il faut. Mais c'est aussi ça le challenge et c'est ça qui fait que aussi on est si euh satisfait après un spectacle parce qu'on sent qu'on s'est donné. En fait le fait de se donner de pousser son corps, c'est une des satisfactions aussi de de du spectacle de la danse ou source d'épanouissement.
Oui, quand il y a d'un public sur scène parce que pendant le Covid c'était pas du tout pareil. Ouais, [rires] quand on dansait devant des salles vides, c'était horrible. C'està dire qu'on a besoin du public, le le la danseuse enfin ou je j'imagine le spectacle vivant en général, on a besoin du public pour être pour pousser sa machine à 100 %.
Sinon, on est à 80 90 mais pas plus. H J'ai un document à vous proposer Doroté Gilbert. Je vais le mettre entre vos mains et je vais le décrire pour les gens qui nous écoutent.
Il s'agit d'une photo qui date du 8 juin 1955 et on y voit le président René Cotti avec Charlie Chaplin et son épouse Oona Chaplin à l'Opéra Garnier pour une soirée de gala de la Légion d'honneur. C'est René Cotti qui avait convié Charlie Chapeline. Tout le monde est sur son 31, on le voit sur la photo et d'ailleurs c'est la coutume lorsqu'on va à l'opéra.
L'opéra un lieu prestigieux et de relations publiques aussi. Est-ce que ça vous est arrivé de voir les puissants ou qu'on vous rende visite à l'issue d'une représentation ? Qu'un président vous rende visite à l'issue d'une représentation ?
C'est un lieu de mondanité aussi l'opéra ? Oui, ça peut. On a on a eu Oui. des des hommes politiques ou des pardon des personnages connus qui sont venus nous voir.
On nous demande d'attendre après le spectacle pour pouvoir les pour pouvoir les parce que en général le spectacle se termine. Voilà, on on a quelques mots avec les maîtres de balai. Euh on parle enfin on débriefe rapidement, on va dire du spectacle pour le prochain spectacle et cetera ou avec le partenaire et puis après on rentre dans les loges.
Euh et donc quand il y a des personnalités publiques ou des des personnes importantes, on nous demande de rester pour pouvoir voilà parler avec eux et changer quelques mots. Donc ça peut arriver. Oui.
Il y a quelqu'un qui vous vient en particulier en mémoire, un échange intéressant à l'issue d'une représentation avec une personnalité dont vous pourriez dévoiler l'identité ou pas du tout ? Ils sont souvent toujours assez admiratifs de la performance. Voilà.
Donc que ce soit des artistes aussi euh ou ou euh bah on parle en ce moment, on parle que que d'elle. Donc il y avait Cédignion qui était venu un jour, on avait pu discuter avec elle après ou des ministres des gens de de la politique. La tradition veut qu'on se mette sur son 31 à l'opéra.
Vous y tenez. Enfin, c'est quelque chose qui où il y a un relâchement. Il y a Vous savez quoi ?
On les voit pas. Ouais. [rires] pas vous parce que le public est noir donc nous on les voit pas beaucoup donc finalement euh je pense que à l'opéra ça s un peu perdu ça pour certaines soirées ça reste les soirées de gala et cetera euh il y a certaines personnes qui continuent à le faire euh c'est une jolie tradition c'est une jolie tradition mais en effet on les voit pas beaucoup et puis à la sortie des artistes il fait quand même très souvent froid à Paris donc souvent les gens ont des manteaux donc on voit pas forcément comment soé en dessous je le disais en introduction C'est à l'âge de 10 ans he que vos parents vous emmènent voir un balai à l'Opéra national du Capitol à Toulouse.
Toulouse où vous êtes né. Et à ce moment-là, c'est un déclic. Vous comprenez que on peut donc en faire un métier d'être danseuse sur scène.
Et vous vous mettez alors à enf vous dites à vos parents que vous avez envie de de de venir danses étoiles. Vous vous mettez à travailler beaucoup. C'est pas si évident parce que vous dites que vous aviez des qualités techniques mais que les lignes étaient pas pures, pas assez propres.
Euh vous ratez le concours d'entrée à l'Opéra de Paris une première fois. Vous travaillez encore plus l'année qui suit et la banco vous êtes prise au bout de la deuxième fois. Et en lisant ça, je me suis demandé pourquoi c'était forcément l'opéra de Paris qu'on visait [rires] surtout quand on vient de Toulouse.
C'est c'est le Graal. Enfin, je veux dire c'est la formation. Alors euh alors oui, c'est le Graal et c'est la formation qui aussi mène quand même très directement vers le concours d'entrée de l'Opéra de Paris.
D'accord. C'est on va dire l'école qui forme pour pouvoir se présenter dans la compagnie de l'Opéra de Paris. Alors pourquoi ça ? parce que euh mes parents m'ont toujours dit "Quoi que tu fasses euh on te suivra et on t'aidera, mais par contre il faut que ça soit au top." C'est-à-dire que si j'avais fait un, je sais pas, un travail manuel, il m'aurait fait faire le compagnonnage.
Si j'avais dû choisir, enfin peu importe en fait, peu importe ce que je choisissais, mais ils avaient dans cette idée que la formation et le fait de le fait de vouloir vivre aussi d'un métier artistique ou autre ou artisan ou peu importe, pour bien en vivre, il fallait vraiment être au top, les voilà, choisir le meilleur. Et donc quand ils se sont renseignés sur la danse, parce qu'ils étaient pas du tout danseurs, euh ils ont dit "OK, si tu as danseuse, pas de problème, mais à l'opéra h et quand on vient de Toulouse, c'est une particularité de de d'être à l'Opéra de Paris où finalement au sein de l'Opéra de Paris, tous les jeunes viennent de partout en France ?" Oh oui, il y a beaucoup de Il y a finalement, il y a très peu de Parisiens, enfin de Parisiens pur souche.
Non. Oui. Oui.
Il y a beaucoup de gens qui viennent bah comme moi de province. Euh ça serait drôle de regarder la Ouais, complètement. Mais je pense que le pourcentage de gens qui sont réellement parisien, qui sont nés à Paris doit être à 10 15 % à peine.
Et ce qui est fou, c'est que dans votre histoire, vos parents ont tout quitté à Toulouse hein pour vous suivre, pour être auprès de vous parce que c'est quand même évidemment un emploi du temps très chargé, très difficile et vous avez la chance d'avoir vos parents à vos côtés. Qu'est-ce qu'ils ont lâché à Toulouse et qu'est-ce qu'ils ont pu faire à Paris ? Enfin, ils faisaient quoi comme métier ?
Ils ont lâché tout à Toulouse. Euh je pense que ce qui nous a sauvé, c'est qu'ils se rendaient pas vraiment compte de ils y connaissaient rien. Donc en ils se rendaient pas vraiment compte du fait que j'aurais pu être renvoyé mais dès la première année.
C'est-à-dire que quand on rentre à l'école de danse euh la première année, on fait un grand stage qui dure un an et ensuite il y a un examen et ils prennent Nous, on était neuf de grande stagiaire, ils en ont pris trois. Ah ouais. à la fin de l'année.
Donc rien que déjà après cette première année, j'avais euh une chance sur trois euh d'être prise. Euh et comme ils le savaient pas, ben ils ont ils se sont dit j'ai je suis fille unique, ils sont dit voilà on va accompagner. Mais d'ailleurs, c'est aussi grâce à ça que j'ai réussi.
C'est-à-dire sans le fait euh d'avoir mes parents à mes côtés, de pouvoir le weekend faire d'autres cours en dehors de l'école de danse, le vendredi soir, le samedi et cetera. S'ils avaient s'ils étaient restés à Toulouse, j'aurais dû bah enfin c'est pas que j'aurais dû, c'est que j'aurais eu envie aussi d'aller les voir et cetera et donc j'aurais pas pu prendre des cours aussi d'aussi bonne qualité quand même accompagné quand même quand on se lance dans ce genre de pu parce que aussi ça m'a permis de d'avoir un équilibre psychologique aussi de rentrer chez moi le soir d'avoir un discours un peu plus équilibré parce que quand on reste quand même avec des enfants toute la journée on parle de danse toute la journée et ça reste vraiment un milieu quand même assez fermé contre les petitsou à l'ure de celle que vous êtes aujourd'hui, quel conseil donneriez-vous au à la petite fille que vous étiez ? Qu'est-ce que vous lui diriez avant qu'elle ne se lance dans la vie ?
C'est tout pareil. [rires] Génial. Aucun regret.
Ah, c'est rare qu'on ait ce genre de réponse. Ah oui, cette question. Ben oui, parce que finalement si je lui dirai travail, mais c'est ce qu'elle a fait.
Donc donc c'est les conseils que je donne à ma fille aujourd'hui. Si tu veux si tu veux réussir, il faut travailler. Mais je crois que ma fille, elle veut pas du tout faire de danse classique.
Non. Ouais. Elle elle chante, elle est dans une dans des cœurs d'enfant.
Ah donc on n'est quand même jamais très loin euh du mondique un peu la scène quand même. [rires] J'ai des photos à vous proposer Doreté Gilbert. [musique] La première la voici.
Il s'agit de Timothé Chalamel, acteur franco-américain. Je vois à votre visage que vous êtes au courant. Il s'est attiré les foudres du monde culturel en taclant assez sévèrement l'opéra.
Il faut le dire. Voilà ce qu'il a dit. Je ne me vois pas travailler dans la danse classique ou l'opéra ou dans des trucs qu'on essaie de garder en vie alors que tout le monde s'en fiche.
Ça a fâché beaucoup de monde. Ça vous a fâché aussi ? Non.
Non, je parce que sincèrement, je pense qu'il a dit ça sans vraiment réfléchir et après il s'est rendu compte de sa bêtise. La preuve, voilà, c'est tout. Je pense que c'est même pas un sujet en fait.
Oui, mais il relève quelque chose peut-être que qu'on reproche assez régulièrement au monde de l'opéra. C'est-à-dire que il est peut-être un peu vieillissant ou pas assez moderne, pas assez connecté à la à la vie de tous les jours. Enfin, c'est un peu les reproches qu'on peut faire au monde de l'opéra. il relève quelque chose.
Moi je pense pas parce que les salles sont pleines. Il y a jamais eu autant de gens qui veulent aller voir des balets, des spectacles et cetera. Les balets qui ont le plus de succès, ce sont les balets qui sont connus et qui passent et qui repassent et qui repassent.
C'est le lac des signes, c'est Cassoisette, c'est la Belle au bois d'Ormand, c'est tout ça. Euh bah il faut l'inviter Timothé Chalamet alors lui lancer une invitation à l'Opéra [rires] de Paris. Oh, je crois que c'est déjà fait.
Il a pas besoin de moi pour pour être invité. Non, je pense que quand on va voir un musée, quand on va voir, on va voir des choses anciennes et ça fait partie du patrimoine et ça fait partie de l'histoire et ça ça permet aussi de faire comprendre au public les créations d'aujourd'hui si on va pas voir ce qui s ce qui s'est fait avant, comment peut-on comprendre ce qui se fait aujourd'hui ? C'est c'est comme nous dans la société, on a besoin de connaître, c'est pour ça qu'à l'école, on apprend l'histoire, on a besoin de comprendre le passé pour mieux comprendre le présent.
Bah, c'est pareil dans la danse, c'est pareil dans les opéras. Une deuxième photo, il s'agit d'un spectacle de danse qui s'est tenu en Arabie Saoudite, le spectacle Vertigo de Rachido Ramdan lors du festival des arts d'Aloua à la Villa Gra dans un pays où le rapport au corps n'est évidemment pas le même qu'ici, où beaucoup de femmes sont voilées, où les seules danses existantes sont les danses traditionnelles. Ça a été vécu comme une petite révolution d'organiser ce spectacle.
Et en voyant ça, je me suis demandée si pour vous aussi la danse était un levier d'émancipation pour les femmes. S'il y avait quelque chose de féministe dans le fait d'être danseuse aussi. Bien sûr.
Moi je pense vous le ressentez bah dans ces pays-là évidemment que de d'arriver de pouvoir faire des spectacles, d'être en tenue de danse euh c'est finalement c'est une manière de montrer que on peut vivre différemment aussi. J'ai une dernière question qui est en lien avec le décor qui nous entoure. Dorothé Gilbert, nous sommes entourés de quatre statues qui représentent chacune une vertu.
Il y a la sagesse, la prudence, la justice et l'éloquence. Est-ce qu'il y a une de ces vertus qui vous parle particulièrement là à l'heure où nous parlons ou qui vous caractérise peut-être ? Ou là qui me caractérise, je dirais pas mais bah l'éloquence c'est beau.
Euh et puis parce que justement on est en train de parler depuis tout à l'heure. [rires] Ouais. Euh je pense qu'avec des mots, on peut faire beaucoup de choses euh en bien ou en mal d'ailleurs.
H euh nous on nous on l'utilise pas [rires] de mots pour notre métier. On ne parle pas, on est en silence. Euh et donc je suis très admirative des gens qui pratiquent l'éloquence parce que je pense qu'on peut et on peut faire tellement de choses, on peut faire tellement avancer des choses ou détruire des choses avec des mots que c'est c'est assez fascinant.
Merci. Merci beaucoup d'avoir été avec nous dans ce rendez-vous. Merci de partager ces derniers moments en tant que danseuse professionnelle et puis bonne route pour la suite.
Merci infiniment et merci à vous de nous avoir suivi comme chaque semaine. Émission à retrouver en replay sur notre plateforme publicsena.fr mais aussi en podcast.
Merci beaucoup. ohoh
Laurence Garnier