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interviewBFMTV — BFM Politique· 9 mai 2021 44 min

Jean-Luc Mélenchon, président du groupe "La France insoumise" à l'Assemblée nationale - 09/05

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Invité

On peut en dire du bien.

0:07
Jean-Luc Mélenchon

BFM Politique, en compagnie d'Anse-Radio-Bois, Thierry Arnaud pour BFM Business, notre invité est donc député de la France Insoumise des Bouches-du-Rhône, président de son groupe à l'Assemblée, candidat à l'élection présidentielle. Jean-Luc Mélenchon est avec nous ce midi. Nous venons de voir, Jean-Luc Mélenchon, dans le journal de Philippe Godin, les images d'hommages à Éric Masson, ces cloches qui sonnent pour saluer la mémoire du policier abattu à Vignon lors d'un contrôle antidrogue. Il y aura d'ailleurs un hommage qui lui sera rendu tout à l'heure à 14h.

Hier, depuis Porto, Emmanuel Macron a affirmé, je le cite, que la violence enflait dans la société, que le rôle de la police était chaque jour rendu plus difficile par cette violence. Est-ce que vous partagez ce constat ?

0:46
Invité

Oui, je pense qu'il y a une pente qui est prise, je le vois dans certains secteurs du pays, où les trafics ont été contrariés par le confinement et où du coup, comme c'est un business illicite, illicite, mais c'est un business, la compétition et les concurrences se sont avivées et des actes de violence sont posés, l'insupportabilité pour les populations est plus grande. Et oui, en effet, je le redoute plus, évidemment, l'accumulation de la misère à certains endroits qui donne des débordements de gens qui sont aux abois. Souvent, ils ne sont plus vraiment là tellement ils sont perturbés psychologiquement. Alors, il faut en revenir à l'essentiel. Le travail de police est un travail.

Il a une technique, il a des exigences techniques et il faut absolument que cette technique soit mise en œuvre, c'est-à-dire du renseignement, discerner qui sont les malfaiteurs, ensuite se donner les moyens d'intervenir et éviter toute action au débotté sans bonnes informations et à vocation plus spectaculaire que policière. Parce qu'on met les policiers en danger dans ces circonstances et puis on crée un rapport avec la population qui est fait de malentendus et d'exaspérations et tout ça n'est pas bon du tout.

2:09
Jean-Luc Mélenchon

Vous parlez d'exaspération et d'aspect spectaculaire. On a vu cette nuit à Fréjus, je crois qu'il y a eu d'autres images qui nous sont parvenues aujourd'hui aux Ulysse cette nuit, d'un commissariat une nouvelle fois attaqué avec des tirs de mortier d'artifice. On a l'impression que c'est devenu un sport.

2:24
Invité

Non, ne dites pas ça parce que vous finiriez par en répandre, vous finiriez par le banaliser. Ce ne l'est pas. Nos sociétés ont toujours connu de la violence et un rapport conflictuel aux forces de l'ordre. C'est la raison pour laquelle, au fil du temps, on a beaucoup travaillé ces questions. On a eu des préfets de police extraordinaires qui savaient et qui connaissaient bien leur métier. Et puis là, on a eu un dérapage. Bon, ce sont les chefs qui sont en cause, qui ont commencé à valider la violence. On a eu un préfet de police à Paris qui a dit à quelqu'un « nous ne sommes pas dans le même camp ». Ce sont des phrases qui marquent les esprits inutilement.

Plus une série de violences qui n'ont jamais été punies et jamais mises en cause. Si bien que la tension est extrême. Pour ma part, je pense qu'il faudrait faire redescendre tout ça en changeant les méthodes de travail, en changeant les méthodes de commandement et surtout en arrêtant de laisser à la disposition de syndicats factieux, de commissaires de police, d'officiers et autres, la promotion et les carrières. Parce que ceux-là sont un venin à l'intérieur de la police.

3:31
Présentateur

Justement, quand vous rendez hommage à ces policiers tués, vous l'avez fait dans le cadre de Rambouillet, vous avez parlé d'un meurtre révoltant. Dans le cadre d'Avignon, vous avez dit « le meurtre d'un malheureux policier provoque une fois de plus ma mise en cause par des policiers d'extrême droite ». On a l'impression que vous ne voulez pas mentionner la profession de ces policiers qui sont tués parce que policiers aussi. Est-ce que vous avez un problème avec la police en général ?

3:51
Invité

Non, votre question est tout à fait offensante. Et je vous demande, est-ce que vous, vous avez un problème avec les couvreurs ? Vous savez le métier de couvreur ? Tous les ans, il en tombe une dizaine des toits et qui meurent, vous n'en parlez jamais. Est-ce que c'est parce que vous détestez les couvreurs ?

4:05
Présentateur

Mais vous parlez beaucoup des policiers, vous.

4:07
Invité

Mais moi je vous parle des couvreurs. Il y a 565 morts par an. Donc souffrez, madame, qu'au milieu de votre agitation et de votre fébrilité, il y ait des gens de sang-froid. C'est mon cas. Je sais que le métier de policier expose à un contact avec les délinquants qui sont des violents parfois et des meurtriers, comme ce fut le cas. J'ai dit que j'étais révolté par ce meurtre. Est-ce que voulez-vous de plus ? Je n'ai pas compris. Qu'est-ce que vous me demandez de plus ? Je pense que vous avez une manière de faire qui vient à l'appui des syndicats d'extrême droite, de la police et des commissariats. Qui ne sont pas toute la police. S'il vous plaît, madame. Ça y est, vous m'avez offensé.

Qui ne sont pas toute la police, ces syndicats. Vous voulez en rajouter, c'est ça ?

4:47
Présentateur

Qui ne sont pas toute la police, ces syndicats.

4:48
Invité

Et cela me désigne en permanence comme si j'étais responsable de ce meurtre. C'est-à-dire, il y a un trafiquant de drogue qui tire sur un policier. Et à qui s'en prend-on ? À Jean-Luc Mélenchon. Ai-je jamais assassiné quelqu'un ? Ai-je jamais approuvé quelque meurtre que ce soit ? Moi qui prône la non-violence en politique, même si ma manière de parler m'est polémique, mais il faut faire la différence entre le verbe et l'action. Je désapprouve évidemment et je condamne le meurtre. Et j'espère que cet homme soit rattrapé, qui est responsable de ce crime, parce qu'il savait ce qu'il faisait. Lorsqu'il prend son arme, d'ailleurs d'où l'attirait-il ? C'est une des questions qu'il faut se poser.

Dans l'action de police aujourd'hui, il faut davantage de travail pour combattre les réseaux qui distribuent des armes. Quand je suis à Marseille, les gens qui me parlent des quartiers, avant toute chose, ils me parlent de ça, de la circulation des armes. Alors, des fois, il y a des beaux succès. La semaine dernière, la police a arrêté un trafiquant, un militant d'extrême droite qui vendait des armes à des voyous. Peut-être a-t-il vendu une arme à celui qui a tué ce policier. Mais je vois que vous ne posez pas la question. Vous me la posez à moi, qui n'ai jamais vendu une arme de ma vie, ni qui n'en est manié. Alors, je crois qu'il faut maintenant faire preuve de sang-froid.

6:05
Jean-Luc Mélenchon

Alors, justement, au sujet des armes, l'actualité, malheureusement, on a fait écho une nouvelle fois cette semaine, Thierry.

6:11
Invité

Oui, cet épouvantable féminicide amérignac qui a provoqué, évidemment, beaucoup d'émotions, d'innegations, de colère, dont la vôtre, Jean-Luc Mélenchon. Vous avez dénoncé l'incapacité à protéger, je vous cite, et à prévenir, alors que l'alerte était donnée. Ça suffit, dites-vous, l'indifférence et le laisser-aller. Concrètement, qu'est-ce que vous proposez ? Qu'est-ce qu'il faut changer aujourd'hui pour l'écrire ? Eh bien, d'abord, quand une femme lance une alerte, on la prend au sérieux, on ne la renvoie pas chez elle.

Quand celui qui fait l'objet de l'alerte est un délinquant qui a été mis en prison déjà pour violence, et qu'on sait qu'il sort de prison, on prend ses dispositions pour protéger cette femme. Je lance sur conjoint, j'ajoute. Il a été condamné pour violence sur conjoint. Oui, c'est vous dire. C'est vous dire le genre d'énergie humaine. Quelle disposition, concrètement ? Mais d'abord, que la police fasse le travail. Si cette femme vient se plaindre, alors ils prennent des dispositions pour la protéger. On commence par ça, avant de faire des grands discours et des considérations sur... Il y a cas, il faut... On commence par faire le travail minimum.

Je trouve que les alertes lancées par les femmes contre la violence de leurs conjoints ne sont pas assez prises au sérieux. Et qu'elles ne sont pas protégées comme elles devraient l'être. Parce que, je ne sais vous dire pourquoi, je ne veux accuser personne, mais tout de même, si quelqu'un vient vous dire, je suis en danger, mon époux, là c'est son époux, est en prison, parce qu'il a déjà commis des violences, il me semble que quelqu'un aurait dû réagir, en disant, mais qu'est-ce qui se passe madame, nous allons voir ça. Enfin, c'est un métier de faire ça.

Ce n'est pas à moi, homme politique, ce n'est pas à vous, journaliste, de tout d'un coup, vous improvisez spécialiste en lutte contre le féminicide. Donc, on commence par faire ce qui doit être fait, et c'est-à-dire d'abord prendre au sérieux la parole des femmes menacées. Ça veut dire plus de moyens pour la police ? Ça veut dire des techniques différentes ? D'abord, faire le travail, avant de commencer à dire plus de moyens, parce qu'on n'en finit plus avec plus de moyens, plus de moyens, plus de moyens, plus de moyens. Alors, évidemment, dans le programme des Insoumis aussi, il est prévu d'embaucher des policiers. Oui, mais les embaucher pour quoi faire ?

Les embaucher pour prendre au sérieux les plaintes qui sont déposées. Et je pense que dans cette situation, il y a eu une faillite. Le dire, ce n'est pas accuser. C'est pousser à réfléchir pour voir comment on corrige les erreurs qu'on a commises. Si on ne dit rien, s'il y a une espèce de loi du silence qui fait qu'on n'a rien le droit de dire, parce que si par hasard on dit sans froid, un journaliste va en déduire que vous êtes complice du crime, il est évident qu'on ne peut plus parler de rien dans ce pays. On peut juste applaudir et se lamenter.

Moi, je suis évidemment révolté de voir qu'on tue de sang-froid un homme dont il suffisait à son agresseur de regarder l'apparence pour se rendre compte que c'était un homme jeune, donc vraisemblablement un père de famille. Donc celui qui tire sait ce qu'il est en train de faire. Évidemment, c'est une attitude humainement répugnante et qui soulève le dégoût. Mais pour autant, je pense que nous devons, à la mémoire de ce policier, d'interroger avec précision le travail de police qui est fait. Et d'ailleurs, vous aurez remarqué que le père du policier a dit qu'il ne fallait pas qu'il y ait de récupération politique sur ce mur.

Eh bien, cet homme fait preuve d'un sang-froid qui doit nous servir de leçon.

9:29
Jean-Luc Mélenchon

Autre sujet qui vous a révolté ces derniers jours, Jean-Luc Mélenchon, la tribune signée par des militaires. Alors, votre plainte a été classée sans suite, celle que vous aviez déposée à l'issue de ce texte. Et on apprend qu'une nouvelle tribune doit être publiée ces prochains jours. Alors, anonyme celle-là. Le magazine qui la publie parle de militaires d'actives. Et tout cela a donné lieu, très vraisemblablement, tout cela a donné lieu à une scène hier au cours de la commémoration du 8 mai 1945 qui a marqué les esprits. Vous l'avez sans doute vu Emmanuel Macron qui a pris le temps de s'entourer des différents chefs d'État-major de l'armée d'une forme de conciliabule et d'échange.

Comment est-ce que vous réagissez à l'idée qu'une nouvelle tribune soit publiée et que, manifestement, le pouvoir y consacre de l'attention ?

10:11
Invité

C'est une situation d'une exceptionnelle gravité. L'armée représente quelque chose de particulier dans une société. La force de l'armée, c'est sa cohésion. Pour qu'elle soit cohérente, il faut y proscrire, non seulement les disputes politiques dans ses rangs, mais qui plus est, les attitudes factieuses. C'est-à-dire qui invitent des militaires à se tourner contre la population, parce que c'est de ça dont on parle. J'ai donc réagi, j'ai été étonné. Moi, je devais attendre de rentrer de Bolivie. Je ne me voyais pas très bien depuis la Bolivie, commençant à prendre un parti, ces gens-là. Je l'ai fait dès que je suis rentré par une conférence de presse. J'ai été suivi et j'en ai été content.

La CGT et même le Parti Socialiste s'est réveillé le lendemain. Mais j'ai été étonné de la forme d'indifférence qui est celle de gens qui, finalement, sans n'avoir aucune expérience du drame que représente, comme ma génération a pu le connaître à propos des événements d'Algérie, le moment où l'armée se déchire. Et il faut donc intervenir avec force et vigueur et châtier les coupables. Quand on est militaire, on ne fait pas ça. Et d'ailleurs, le général Lecointre, qui est chef d'état-major des armées, a pris les bonnes décisions. Et maintenant, voilà que le journal Valeurs Actuelles s'appuyant sur la décision du procureur Rémi Hetz qui dit « Circuler, il n'y a rien à voir, on s'en fiche ».

Nous avons donc fait appel. Évidemment, ce journal, lui, fait de la surenchère et dit qu'il y a 2000 militaires. Alors ils disent que c'est anonyme. Ce sont donc des lâches, en plus d'être des factieux. Car s'ils n'étaient pas lâches, ils donneraient leur nom. Moi, je m'appelle Mélenchon, je dis mon nom, je suis présent devant vous, et j'ai l'intention de purger l'armée des factieux. Et je dis mon nom, et je le dis devant vous. Si je suis élu président de la République, ces crimes ne resteront pas impunis. Je pense que Macron doit faire mieux que de discuter avec les chefs d'état-major. Il doit prendre des sanctions. Il est le chef des armées.

12:08
Jean-Luc Mélenchon

Au-delà de l'aspect de fond dont vous parlez, c'est devenu un sujet politique. Rien n'est innocent dans cette période de régional et de présidentielle.

12:16
Invité

C'est devenu un sujet de récupération. Ah ben, tout à fait. Et puis c'est surtout un sujet qui est horrible. Parce que l'armée, ce n'est pas des factieux. La troupe, les officiers généraux sont tous des républicains. Il y a là une poignée d'agités qu'il faut punir. Et surtout qu'ils prennent les autres en otage. Parce que les autres, ils respectent leurs devoirs. Ils ne disent rien, ils ne signent pas de papier. Et ils ne font pas d'incidents politiques. Alors, ceux-là sont pris en otage par une poignée de gens. Et le journal qui publie des soi-disant appels anonymes joue un rôle de provocation.

Il est tout de même extraordinaire qu'un procureur de la République, alors qu'il s'agit d'un comportement qui s'oppose à ce qui est non pas simplement dans la loi, mais dans la Constitution, ne trouve rien à redire. J'ai donc fait appel de sa décision auprès de Mme Champreneau, qui est, comme chacun le sait, fort prompte à déclencher des enquêtes préliminaires pour un oui, pour un non, avec un maximum de policiers. Par exemple, à Fréjus, vous avez vu, ils ont déployé 70 policiers de plus. Eh bien, pour me perquisitionner, il y en avait 100, c'est-à-dire 30 de plus.

Donc, nous avons là affaire à quelqu'un qui, dans le passé, a montré sa hâte à faire de la persécution politique, ou en tout cas, s'intéresser à la politique. C'est le moment. Je veux vous dire vraiment avec sérieux, nous, nous tous, vous qui interprétez, analysez, commentez, et nous, les dirigeants politiques, nous devons faire preuve, en ce moment, de beaucoup de sang-froid et de beaucoup de détermination. La République ne se négocie pas dans les casernes et dans les commissariats. Elle est là, et elle est le régime que défendent l'extrême, l'ultra-majorité des militaires, qui respectent leurs devoirs et leurs drapeaux, et une bonne partie des policiers.

Donc, nous, nous devons être fermes, pas donner le sentiment qu'on a peur ou qu'on considère ça comme un folklore. Anna.

14:06
Présentateur

On va parler de politique. La bataille pour les régionales est lancée. Et dans le Nord, il y a Éric Dupond-Moretti, garde des Sceaux, qui sera candidat pour La République En Marche, tête de liste dans le Pas-de-Calais. C'est une arrivée surprise. Est-ce qu'elle vous surprend, cette intervention, cette arrivée du garde des Sceaux dans la bataille des régionales ?

14:20
Invité

Non, il va se faire plier, parce qu'il représente à peu près tout ce que les gens détestent. C'est-à-dire ? Les avocats, forts en gueule, bavards, injurieux, de Paris. Et là, dans le Pas-de-Calais, nous avons affaire au peuple travailleur qui est usé de misère et de souffrance, d'entreprises qui ferment, d'emplois perdus. Et voir cet homme venir comme il le fait, je pense que ça exaspérera davantage qu'autre chose. Je compte donc sur mes camarades pour être vaillants et combattifs, et aller voir les gens, non pas pour faire du spectacle, mais défendre des idées. Moi-même, j'avais été dans la circonscription, si vous vous en souvenez, de Mme Le Pen.

Elle m'avait battu au premier tour, et puis les socialistes avaient fait élire un brillant combattant qui ensuite a disparu dans le décor et n'a plus jamais rien fait, tant et si bien que le Front National a ensuite gagné la mairie et le reste. Par conséquent, il ne faut pas faire confiance aux hommes de pacotille dans une lutte aussi sévère que celle qui nous oppose au Front National, parce que nous avons affaire à un parti déterminé, dont la chef a soutenu les militaires factieux, encourage les syndicats factieux de la police, et fait toutes sortes de déclarations contre les traditions républicaines de la France, sans que maintenant plus personne n'y trouve à redire.

Cette femme est totalement dédiabolisée, alors elle peut aller devant la colonne Vendôme et pleurer contre la Révolution française, et personne ne dit rien.

15:53
Jean-Luc Mélenchon

– Alors le combat contre le Rassemblement national, il en sera question aussi dans une autre région, Thierry.

15:56
Invité

– Oui, la vôtre, Jean-Luc Mélenchon, celle du Sud, avant de parler de ce qui se passe à droite, peut-être un mot de ce qui se passe de votre côté, à gauche, où manifestement c'est compliqué, il y a eu dans un premier temps une liste communiste, socialiste, vert, sans la France insoumise, et puis… – Non, non, précisez, sans la France insoumise, parce que la France insoumise a été exclue de cette liste par les gens que vous venez de nommer, c'est-à-dire les communistes, les socialistes…

– Voilà, ils n'ont pas voulu de vous, et ensuite, dans un deuxième temps, les écologistes se sont fâchés entre eux manifestement, et se sont scindés, d'où une réaction de votre part pour dénoncer ce ridicule, vous dites, cette irresponsabilité. – C'est irresponsable, ridicule, nous sommes dans la main d'une poignée de gens qui s'arrangent entre eux, se répartissent les places et les postes, et ne veulent rien changer à leurs mauvaises habitudes.

– Mais une fois qu'on a dit ça, Jean-Luc Mélenchon, à quelques semaines de la tenue du scrutin, est-ce que vous pensez que cet avertissement, cette colère de votre part va être entendue, ou est-ce que la machine à perdre est partie trop loin pour être rattrapée ? – Non, je pense qu'ils ne tiennent aucun compte de ce que je leur dis, bon, ils ont bien le droit, ils font ce qu'ils veulent. À l'occasion des municipales, j'avais plaidé pour qu'il y ait une seule liste, finalement, il n'y en a pas eu une, j'ai donc attendu le deuxième tour pour soutenir la liste que menait Mme Rubirola, qui entre-temps a disparu, et c'est M.

Benoît Payan qui est devenu maire, ce qui n'était pas prévu au point de départ. Donc il y a là, si vous voulez, une sorte d'immaturité des dirigeants politiques locaux, que je déplore, qui sont extrêmement, comment dire, tellement enfermés entre eux-mêmes que le minimum, je dirais, de la courtoisie n'est même pas respecté. On ne consulte personne, ça se décide entre quelques-uns, ils excluent des gens, imaginez-vous, enfin, je n'ai jamais vécu ça, moi j'en ai vu, mais la dirigeante nationale des Verts arrive dans une conférence Zoom à Marseille et dit qu'on ne veut pas des Insoumis, tous les autres.

Oui, chef, le lendemain, ils se battent entre eux, le surlendemain, ils vont se battre entre qui ? Tout ça est irresponsable, puisqu'on dit que la menace de l'extrême droite est très grande, en PACA, et la droite de M. Muselier est triomphante, d'autant que le bonhomme est quand même assez habile. Justement, Jean-Luc Mélenchon, on a évidemment beaucoup de questions pour vous poser sur la gauche, sur les conditions auxquelles elle peut s'unir et essayer d'aller unir vers la victoire, mais pour rester sur la région, pour rester sur le cas de Renaud Muselier, l'alliance, ou pas, avec la République en marche ?

On a l'impression que c'est très compliqué de savoir comment ça s'organise entre ces deux mouvements. Écoutez, ça c'est votre job à vous, c'est vous le commentateur, moi je suis protagoniste, acteur direct de la situation. Qu'est-ce que ça vous dit quand même de la situation politique aujourd'hui ? C'est la leçon que j'ai tirée, attendez, j'ai quand même... C'est ça la question, oui ? Elle est nationale. On m'a joué toutes sortes de musiques sous mon balcon pour l'unité, blablabli, blablabla, et que ça serait mon égo le problème, j'avais beau leur dire, mais écoutez, je veux bien faire l'unité, mais parlons du programme.

Non, non, non, eh bien les gens à qui nous avons tendu la main, nous avons fait l'effort de dire ok, c'est vous qui avez toutes les têtes de liste, parce que vous ne supportez personne d'autre que vous, c'est le cas de Europe Écologie Les Verts, hein, heureusement qu'on leur a tenu tête en région parisienne et que Mme Autain va leur mettre la fessée qu'ils méritent. Mais, tout de même, on a fait ces gestes, et eux, la conclusion, c'est, ils éliminent les insoumis des départementales et des régionales. Vous m'avez regardé, vous croyez que je suis homme à qui on fait ce genre de traitement et qui ensuite va dans son coin, le mouchoir à la main pour pleurer ?

Non, j'en ai tiré la leçon, ce sont des menteurs, des hypocrites et des fauchetons. Par conséquent, nous n'avons aucune raison de tenir compte de ce qu'ils nous disent et nous devons, au contraire, marcher nous-mêmes avec nos idées, nos propositions et dire aux gens « Vous en voulez ? Élisez-moi, ça sera fait. » « Vous n'en voulez pas ? Élisez quelqu'un d'autre. »

19:44
Jean-Luc Mélenchon

Dans un instant, vos propositions sociales, on parle d'environnement, un mot sur la crise sanitaire et, et, et, question politique aussi qui concerne vos alliés d'il y a 4 ans, les communistes, ils votent ce week-end. Oui. Fabien Roussel ou Jean-Luc Mélenchon ? On voit ça dans un instant. Non, c'est pas ça le sujet, c'est seulement c'était ça, je gagne. A tout de suite. La suite de BFM politique en compagnie d'Anse-Radio Bois de Thierry Arnault et Jean-Luc Mélenchon et donc notre invité ce midi. Les adhérents communistes, Jean-Luc Mélenchon, votent en ce moment, ce week-end.

L'appareil communiste a désigné Fabien Roussel comme candidat à l'élection présidentielle mais les adhérents se prononcent, eux, sur le nom. Le nom et la possibilité d'avoir un candidat à eux. Il y a 4 ans, vous étiez le candidat des communistes également. C'est moi, oui. Et puis avant aussi.

20:33
Invité

Est-ce que vous avez peur d'une candidature de Fabien Roussel ? Peur, non, mais c'est un crève-cœur pour moi. J'ai fait deux campagnes présidentielles avec les communistes. On a eu quand même de beaux résultats. On a démarré à 3,5, on a fini à 11, puis le coup d'après à 19,5. À une poignée de voix, on y arrivait. On est arrivés au deuxième tour. Bon, pour moi, c'est une tristesse de voir que tout ça est passé par-dessus bord par Fabien Roussel. Bon, ils décident ce qu'ils veulent. Personne ne me propose ma candidature. Moi, j'ai écrit pour dire, je vous propose ma candidature. Je ne suis pas sur le bulletin de vote et personne n'a répondu à ma lettre, ni à la suivante non plus.

Alors, je vois ça, je le regrette. Je préférerais qu'on fasse équipe. Et puis, si vous voulez, pour nous, je parle là du mouvement, l'histoire longue de ce que nous sommes dans le temps. Quel était l'enjeu ? C'était que nous qui formons le pôle populaire de la rupture. Nous soyons en tête devant la vieille gauche, quoi, les socialistes, l'hiver, avec leur programme obsolète. C'était ça l'enjeu. La dernière fois, on a gagné. Ils étaient tous ensemble. Et nous, on était ensemble. Et c'est nous qui étions nettement devant. Donc, nous, on est en état de prendre, d'englober. Alors, est-ce que ça va m'empêcher d'y arriver ? C'est la question qui m'est posée.

Eh bien, je vais me battre pour que non. Mais ce sera plus difficile pour moi. Mais est-ce que quand même que des milliers de communistes vont militer et voter avec moi ?

22:03
Jean-Luc Mélenchon

Si jamais il le désigne, vous considérez que c'est irrévocable ? Que la décision ne peut pas être contournée par des discussions ?

22:10
Invité

Dans la vie, les choses changent, bougent. Il faut y mettre de la volonté. J'y mets beaucoup de volonté. Je fais du mieux que je peux. J'y mets tout mon cœur, toute mon ardeur. Vous savez bien que je ne suis pas en train de faire une carrière. Tous ces gens-là comptent sur le fait que 2022 est perdu. Et que donc, ils préparent, ils installent leur ronde serviette et leur couvert pour l'élection de 2027. Je les connais, c'est ce qu'ils racontent entre eux. Moi, je ne fais pas carrière. Tout le monde comprend que j'aurai 71 ans, donc je ne commence pas une carrière. Je ferai ce que j'ai dit que je ferai si on m'élit. Et les gens peuvent avoir pour première garantie mon âge.

22:44
Présentateur

Est-ce que vous proposez toujours un rassemblement de la gauche derrière vous ?

22:49
Invité

Non, parce que ce n'est pas faisable. Je me sens une vocation de candidat commun, mais je ne veux pas mépriser le fait que les socialistes sont déterminés à continuer comme avant la même politique. Remarquez, ils n'ont pas dit qu'ils abrogeraient la loi El Khomri dans leur programme. Ils n'ont pas dit qu'ils passeraient de la 5e à la 6e République. Ils ne changent rien. Et l'un de leurs porte-parole les plus éminents, M. Cazeneuve, il se fait interroger par l'Express. Et la seule chose qui lui vient à l'esprit, c'est que Mélenchon doit être combattu. Et c'est à la une du journal. Pas Le Pen ou Macron, non, Mélenchon. Je ne m'en suis pas totalement surpris.

Si la quasi-totalité du groupe socialiste à l'Assemblée nationale s'est abstenue au moment du vote de confiance pour M. Macron, la totalité s'est abstenue sur le vote de la loi séparatisme, je pense que le PS fait un choix, si vous voulez, de lignes centres, très modérées, éventuellement compatibles à certains moments. Mais quand on vous écoute, Jean-Luc Mélenchon, on a quand même du mal à voir l'équation qui vous mène à la victoire. On constate là que les communistes auront les candidats. Vous nous dites, pour des raisons qui sont parfaitement entendables, je ne me vois pas travailler avec le PS. Or, on se dit, si la gauche n'est pas capable de s'unir, elle ne peut pas gagner.

Ah, c'est ce que vous dites vous, mais ce n'est pas ce que je dis moi. Parce que ça, c'est le piège dans lequel tombent tous ces jeunes gens. On leur dit, alors, si vous êtes unis, vous gagnez. Mais si vous n'êtes pas unis, vous avez perdu. Tout le monde sait qu'on ne sera pas unis, donc on proclame qu'on aura perdu d'avance. Et puis, ce n'est même pas vrai. Quand vous regardez les sondages, ces forces ne s'additionnent pas. Qu'est-ce que je compte faire ? Mais je pars de mon temps, de mon époque, du moment où je vis. On n'est plus en 80, on n'est plus dans les années 70, de ce point de vue, hélas. Donc, à notre époque, les gens sont complètement éparpillés de tous les côtés.

Ils ne cherchent pas les étiquettes, ils cherchent les mots d'ordre. Donc, quand ils ont affaire à moi, eh bien, ils entendent un programme. Et j'espère les convaincre de ça. Et il n'y en aura pas 36, vous aurez tous ceux qui seront d'accord pour continuer le système Macron. Vous aurez ceux qui diront, le problème dans ce pays, c'est les musulmans. Ils vont voter avec Mme Le Pen. Et puis, il y a ceux qui pensent que le problème, c'est les sous. C'est la situation sociale, c'est le droit à l'emploi. Donc, ce que vous dites, c'est qu'il faut rassembler... Pourquoi je vais être fort, monsieur ? Écoutez-moi bien, pourquoi je vais être fort ?

Parce que jusqu'à présent, vous m'avez traité souvent comme quelqu'un d'un peu étrange, qui a des idées, bon, bien sympathique, mais exagéré. Qu'est-ce que vous dites aujourd'hui quand vous voyez M. Biden qui décide de passer l'impôt sur les sociétés de 21 à 28% pendant le temps où M. Macron, lui, fait le chemin inverse ? Quand il décide de taxer les profits du capital à 40% alors que M. Macron les a amenés à 30%. Qui a raison ? Alors, je vais vous dire, si vous voulez appliquer la politique fiscale qu'est en train de faire M. Biden, vous votez pour moi. Si vous trouvez que M. Macron a raison, continuez avec lui. Je vais vous dire une chose.

Souvent, j'ai été précurseur, et vous m'avez moqué, hein, justement, quand je vous parlais d'un impôt universel sur les personnes et sur les sociétés. C'est-à-dire, vous payez dans le pays où vous êtes ce que vous devez, mais s'il y a une différence avec la France, la différence, vous la payez à la France. M. Biden vient de proposer ça pour les entreprises des États-Unis d'Amérique. Je propose la même chose dans mon programme. Pourquoi je le propose ? Pas pour punir les riches ou parce que je ne les aime pas. Ce n'est pas le sujet. C'est parce qu'on a besoin beaucoup de sous pour faire face à la situation dans laquelle nous nous trouvons.

D'ici quelques mois, quand je reviendrai sur votre plateau, vous aurez des milliers d'entreprises qui n'auront pas été capables de rembourser le prêt garanti par l'État. Alors, qu'est-ce qu'on va faire ? On va les laisser mourir. Savez-vous que le CAC 40, cette année, avec les dividendes qu'il distribue, on aurait pu dire, écoutez, année blanche pour tout le monde. On vous donne comme rémunération l'inflation pour pas que votre capital soit usé. Et puis tout le reste, tchouf, à la caisse commune. Pourquoi ? Pour empêcher les petites entreprises de mourir. C'est 51 milliards qu'ils vont répandre. Il y a de quoi embaucher 1 million de personnes avec cette somme. Alors, qui a raison à la fin ?

Celui qui vous dit, tâchons de nous en sortir tous ensemble, serrons les coudes, que ceux qui ont le plus donnent le plus, ceux qui ont le moins donnent rien. Ou bien ceux qui continuent à vous dire, enrichissons les riches parce que l'argent va finir par ruisseler sur les peaux. Jean-Luc Mélenchon, vous parlez de Joe Biden.

27:20
Jean-Luc Mélenchon

Les États-Unis, dans son siège, vont faire leur retour dans les accords de Paris sur le climat. Aujourd'hui, il y a des marches pour le climat un peu partout dans le pays. Le référendum climat qu'on trouve en une du journal du dimanche, aujourd'hui, faute d'accord avec le Sénat, le journal écrit que le président Macron aurait renoncé au référendum sur la modification constitutionnelle. Sauf qu'ils sont contredits par Emmanuel Macron dans l'agence France Presse, Dépêche, juste avant cette émission, qui dit non, non. Ce n'est pas du tout enterré.

On va expliquer à nos télésplicateurs très rapidement qu'en gros, au Sénat, la droite, voulait le mot préserver l'environnement, là où le projet, c'était garantir de la protection nationale.

28:00
Invité

Comment vous lisez tout ça, Jean-Luc Mélenchon ? Que c'est une grosse magouille. M. Macron compte sur les sénateurs pour envoyer son référendum à la trappe. Il sait très bien que les sénateurs ne votent jamais son truc. D'ailleurs, moi non plus, parce que la phrase qu'il prévoit est moins protectrice que celle qui se trouve déjà dans la Constitution. Donc, franchement, ce n'est pas une trouvaille. Mais ce n'est pas ça le sujet. Le sujet fondamental, c'est qu'on est en train de rater le point de passage. Le climat a changé et c'est irréversible. Alors, vous me regardez, je vous remercie de votre attention, mais ceux qui m'écoutent en ce moment, la plupart ne le croient pas.

Ils pensent que oui, bon, on va faire un peu plus chaud, il y aura un peu plus de pluie. Non, non, non. Le climat est en train de changer. On le croit de plus en plus. Oui, je sais, bien sûr. J'exagère un peu pour les obliger à bien réfléchir. Mais si vous voulez, le changement étant irréversible, il va nous mettre dans une situation d'imprévu permanent. Regardez. Les courants maritimes, il y a un tapis roulant, le chaud, le froid, le chaud, le froid, dans l'Atlantique, qui fait la saison sur les deux rives. Ce tapis roulant est ralenti dans des conditions telles que nous ne savons plus quel va être le régime des pluies et des sécheresses.

L'axe de la Terre bouge 17 fois plus vite en ce moment parce que les pôles sont en train de fondre. Le niveau des mers, qui ne devait monter que de quelques centimètres, va beaucoup plus vite que prévu. Donc, nous allons être confrontés à des situations de crise climatique résultant du climat. Alors, c'est les voies ferrées arrachées, des conduites d'eau pareilles, des terrains qui dévalent. Et il va falloir savoir que fait-on dans cette situation. Vous avez le choix entre deux logiques de vie. Tous ensemble ou chacun pour soi. Vous avez déjà des gens qui font chacun pour soi. Ils disent, il va y avoir un problème d'approvisionnement en eau, je m'installe ma citerne.

Il va y avoir un problème pour l'électricité, je m'installe mon groupe électrogène. Mais tous les autres, non. Dans les villes et ailleurs, on ne peut pas faire ça. Même si nous connaissons des pays où, en effet, on installe des citernes, regardez Alger, un peu partout.

30:05
Jean-Luc Mélenchon

Justement, l'eau, c'est un sujet qui vous préoccupe. Nous en avons déjà parlé ici. Entrons dans le concret.

30:08
Présentateur

Voilà, puisque vous parlez d'approvisionnement en eau, vous avez tenu précisément plusieurs meetings sur l'eau ces derniers temps. Et vous avez parlé en sorte d'abord d'une forme de collectivisation de l'eau et d'un prix de l'eau qui serait dépendant de l'usage. En clair, l'eau est plus chère si on veut remplir sa piscine que si on veut se doucher. Mais est-ce que c'est applicable, ça ? Qu'est-ce qu'on fait, en fait ? Oui, oui, c'est très facile à faire. Comment on contrôle ce genre de choses ?

30:31
Invité

Oui, c'est très facile à faire parce qu'on attribue des mètres cubes gratuits pour que tout le monde, les premiers mètres cubes, quelle que soit votre fortune, vous l'avez, pas seulement pour les autres, mais pour vous-même, parce que vous tomberez malade si vous ne le faites pas. Et donc, vous rendrez les autres malades. Donc, les premiers mètres cubes d'eau est comme les premiers kilowatts d'électricité. Vous savez, aujourd'hui, il y a des gens qui vivent une situation abjecte. Alors, on n'a plus le droit de leur couper l'eau. Les compagnies ne coupent pas l'eau. Alors, ils vous coûtent des petites gouttes.

Et donc, toute la journée, les gens mettent des casseroles, des bouteilles pour avoir de l'eau. L'eau va devenir une matière rare et précieuse, finalement. L'homme qui avait raison, c'est l'écologiste René Dumont, en 1974, avec son verre d'eau. Donc, voilà. Nous avons besoin que l'eau soit un bien collectif.

31:14
Présentateur

Ça veut dire que chacun aura une base, un nombre de mètres cubes. Et ensuite, dès qu'on dépasse ce nombre de mètres cubes, on a une surtaxe.

31:20
Invité

Oui, c'est facile à faire. Vous savez, quand vous remplissez votre piscine, forcément, il y a un robinet. Si c'est sur le robinet en question que vous installez un compteur, vous savez où vous en êtes. Non, techniquement, ce n'est pas un problème. Ce qui est un problème, c'est que tout le monde n'a pas encore compris que l'eau allait être un bien rare et précieux. Vous savez que j'étais en Bolivie, là, récemment. Il y a une équipe formidable de scientifiques français qui sont sur le lac Titicaca, avec des Boliviens, et ils travaillent pour analyser. Vous regardez ce lac, vous vous dites, c'est le paradis sur terre. Il est magnifique, il est tout bleu, le ciel est bleu, tout est beau.

Sauf qu'il est en train de mourir asphyxié. Et les Français ont acquis, avec les Boliviens, un savoir-faire. Les Boliviens sont très forts. Et c'est eux qui sont les premiers qui ont inscrit le droit à l'eau dans leur constitution et à l'ONU. Donc, dans la période qui va s'ouvrir, moi j'installerai un système. J'ai proposé d'ailleurs quelque chose, j'ai pas réussi mon coup parce que ça n'a pas retenu l'attention. Moi je propose, aujourd'hui on a des régions qui ne veulent rien dire. 13 régions, il y a tout et n'importe quoi là-dedans, ça n'a pas de sens. Je propose qu'on réorganise la carte administrative de la France, des régions, pour les faire correspondre au bassin versant.

Bon, aujourd'hui nous avons 9 grandes agences, on peut aller jusqu'à, sur le territoire de l'Hexagone, puis après il y a les territoires, départements et territoires d'outre-mer où la situation de l'eau est désastreuse dès aujourd'hui. Je propose qu'on réorganise de manière à ce que les régions aient comme responsabilité numéro 1 la question de l'eau. Mais la question de l'eau, ce n'est pas juste l'eau qui coule dans la rivière. C'est les eaux sales qu'on y amène, c'est la façon avec laquelle les industries traitent tout ça, c'est la façon avec laquelle on aménage les berges.

Je ne veux pas vous saouler avec les détails de la manière de gérer l'eau, mais je vous adjure de comprendre que c'est un bien fondamental. Il n'y a que 1% d'eau potable sur cette planète, alors que 70% de la planète c'est de l'eau. Et à 2%, à 12% de manque d'eau, vous êtes morts. Donc on ne peut pas s'amuser avec ce sujet. Et j'ai l'intention, si vous voulez, une campagne électorale, il y a le résultat que vous faites, qui est une politique globale, et puis à chaque fois vous faites, les idées avancent, ici ou là.

J'espère que quoi qu'il arrive, j'aurais au moins fait avancer cette idée que les biens communs sont des biens collectifs qui appartiennent à tous les êtres humains qui doivent y veiller tous ensemble, et pas à des boîtes privées qui font des sous avec.

33:36
Jean-Luc Mélenchon

– Intéressons-nous aux jeunes, Jean-Luc Mélenchon. Proposition de François Ruffin, qui est député de votre groupe, retoqué à l'Assemblée nationale cette semaine de mettre en place un RSA à jeunes. En fait, il y a une divergence de points de vue, c'est ce qu'explique le gouvernement, qu'ils préfèrent des mesures ciblées. Ils expliquent préférer des mesures ciblées.

33:52
Invité

Alors pourquoi est-ce que vous faites pfff ? – Parce que d'abord, la loi qu'a présentée François avec beaucoup de talent, et il l'a fait avec ce qu'il fallait d'émotion, pour que les autres arrivent à comprendre qu'on n'était pas seulement en train de discuter d'un sujet technique parmi d'autres. Bon, la situation d'une partie de la jeunesse tout à fait importante, c'est une situation où des gens ont faim, où des gens ne savent plus où se loger, etc. Donc il faut maintenant des mesures de secours. Et le groupe, la France Insoumise, a décidé de faire cette proposition de RSA pour les jeunes comme une mesure d'urgence. À la quoi nous répond le gouvernement ?

Mais les jeunes, ce n'est pas le RSA qu'il leur faut, c'est du travail. Ben très bien, alors donc, et donnez-leur du travail, si vous ne voulez pas leur donner le RSA. Mais vous ne pouvez pas ni le RSA ni le travail. Donc nous, nous appelons au secours. C'est ça que nous disons. Bon, alerte, il y a maintenant dans la jeunesse une situation de détresse extrême. Le gouvernement dit qu'il prend des mesures ciblées. Bon, il faut bien qu'il dise quelque chose. La réalité, c'est qu'il n'a rien d'intention de faire. Mais surtout, ce que je voudrais vous dire, c'est que les droits en France, nous les Français, comme on le comprend, ce sont des droits universels.

34:58
Présentateur

Qu'est-ce qui est le plus urgent selon vous, pour les jeunes, aujourd'hui ?

35:01
Invité

Ben déjà, qu'ils puissent avoir le minimum de liberté pour vivre. Donc, pour ça, quelques revenus. Il faut pouvoir manger, il faut pouvoir suivre ses études. Il faut qu'on cesse de les humilier, comme on le fait actuellement. Regardez les élèves de BTS. Ce sont les techniciens supérieurs. C'est l'élite des travailleurs du pays. C'est là. La formation, c'est Bac plus 2. Il y a le Bac professionnel. Après, vous avez BTS. Et après, si vous pouvez passer à licence professionnelle, et au passage, vous avez une pensée pour moi, parce que c'est moi qui l'ai créée. Bon, c'est l'élite. On ne peut pas avoir un pays développé si on n'a pas ce niveau-là.

Ce sont des jeunes gens qui sont le contraire de rigolos, bringueurs. Même s'ils peuvent être et rigolos et bringueurs. Oui, mais je veux dire par là que ceux-là, ils suivent leurs études avec un sérieux... Bon, là, il y a les examens. Voilà que le ministre leur dit, vous devez venir tous dans la salle pour faire l'examen. Ben, ils disent, mais alors, qu'est-ce que ça veut dire, votre histoire ? On va tous tomber malades. Et s'il y en a un qui est malade, ben, il vient quand même. Parce qu'il se dit, mais moi, je veux pouvoir m'inscrire, l'année d'après, en licence professionnelle. Donc, il faut leur donner le contrôle continu. Vous m'avez posé la question des urgences.

Là, il y a 270 000 jeunes qui attendent une réponse. Donnez-leur le contrôle continu. Si vous avez les sentiments, et eux sont les premiers qui le sauront, que, bon, il y a manqué quand même telle ou telle formation dans leur... Ben, on fait des cours de rattrapage pendant l'été. Mais par pitié, donnez-leur le moyen de faire la preuve de leur talent. Parce que, sans ce diplôme, ils auront perdu leur année. Ce sont des enfants des milieux populaires qui ne peuvent pas se payer à perte de vue des études.

36:37
Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon, le temps file avec Thierry, un ou deux points précis de ce livre programmatique, le 3 qui sort cette semaine.

36:43
Invité

C'est le numéro 3 qui va sortir dans quelques jours, dans lequel vous proposez, vous reproposez la mise en place de la semaine de 32 heures. Elle était déjà dans votre programme présidentiel. Un SMIC à 1 400 euros. Combien ça coûte ? Qui finance ? Est-ce que ce sont les employeurs ? Est-ce que ce sont les impôts ? Est-ce que ce sont les deux à la fois ? Comment ça marche ? Ça marche bien. D'abord, je propose de rétablir les 35 heures, parce qu'aujourd'hui, 35 heures, c'est juste marqué dans la loi. Comme la 36e heure, elle est à plus de 10%, autant dire qu'elle est quasiment au tarif ordinaire. Vous proposez surtout de passer à 32, progressivement.

Non, mais il faut travailler sur les 32 heures, parce qu'il y a des pays qui ne sont pas des pays communistes, qui pratiquent la semaine de 4 jours dans le nord de l'Europe, et ils ont l'air de s'en porter très bien. Comment ça se finance ? Ça se finance avec une sorte de tapis roulant, vous voyez ? C'est-à-dire que quand les gens travaillent tous, ils ont donc tous un revenu, donc ils payent tous des impôts, donc ils donnent tous des cotisations sociales, donc le déficit arrête et la machine se met à refonctionner.

C'est un peu l'effet que vise Joe Biden aux États-Unis d'Amérique, dont vous voyez que je le cite pour la troisième fois, ce qui, de la part de quelqu'un qui est en général très sceptique à l'égard des Américains, est une nouveauté. Tout ça fonctionne à condition, bien sûr, que le cycle dans son ensemble soit amorcé. Mais ce que je voudrais vous dire, surtout, qui fait la différence entre nous et quelques autres, nous sommes partisans du plein emploi. Je vous parle très sérieusement.

Nous avons besoin de millions d'heures de travail dans ce pays, que ce soit pour l'assistance aux personnes ou pour les travaux qu'il y a à faire, parce qu'avec ce que je vous ai raconté tout à l'heure sur le changement climatique, je vais vous dire que ça commence par la pelle et la pioche, parce qu'au rythme auquel on est en train de changer les canalisations d'eau qui passe dans le sol, il y en a pour 150 ans. Et pour les lignes électriques, il y en a pour 350 ans. On n'a pas le temps. Ça fait beaucoup de travail à faire. Imaginons que le cercle vertueux que vous imaginez se mette en place progressivement. Il reste que, comme vous le dites vous-même, il faut l'amorcer, ce cycle.

L'amorcer, c'est un coût important que vous financez comment ? Au début, tout à l'heure, je vous ai parlé de changer l'impôt sur le profit du capital. Non, mais je parle déjà de l'impôt sur la partie qui est du gras, quoi. Je ne vous parle pas du reste. Bon, ça fait beaucoup de milliards. Tout à l'heure, je vous ai parlé des bénéfices du CAC 40. Si j'étais... Supposez que j'ai été le président à ce moment-là. Et j'aurais dit, écoutez, on vient de passer une année affreuse. Il n'y a pas un bistrottier qui a pu ouvrir. Les restaurants étaient fermés. Pour eux, c'est année blanche. Vous leur prêtez des sous. Vous comptez qu'ils vous les rendent.

Pour qu'ils vous les rendent, il faut bien qu'ils bossent. Et puis, il faut bien que vous les aidiez. Par conséquent, si j'avais dit, écoutez, c'est année blanche pour tout le monde. Et les grandes entreprises du CAC 40, OK, on vous rémunère pas que l'inflation, cette année, ce que c'était, en point ou deux, rien du tout. Et puis, tout le reste, tout que dans la caisse commune. Mais est-ce qu'on peut faire ça ? C'est très facile de faire ça. Oui, c'est très facile, sauf qu'on est dans un monde ouvert. Et ceux qui ont les actions dans une entreprise française peuvent très bien décider, si on ne leur verse plus de dividendes, de ramasser leurs billes et d'aller dans un autre pays.

Oui, ben, on se passera deux. Parce que si on dépense, si vous voulez, s'il faut donner une prime de souffrance et de misère générale pour complaire à quelques riches, on se passera deux. C'est pas la question, mais comment faire ça sans pénaliser les entreprises ? Mais ne vous inquiétez pas, les riches ne sont pas tous forcément hostiles à leur patrie. Ils ne détestent pas tous les travailleurs. Ce n'est pas la question. Mais moi, c'est ma réponse. Je vous dis qu'il faut aussi compter sur le patriotisme, sur l'intérêt avec les gens. Et puis après, il y a la contrainte, bien sûr. Il y aura de la contrainte. Écoutez, aucun d'entre vous n'a été empêché de dormir quand M.

Macron a nationalisé la main d'oeuvre. Parce que quand il a fait le chômage technique payé pour tout le monde, ça s'appelle nationaliser la main d'oeuvre. Et quand moi, je proposais ça dans la France insoumise, il me disait, t'exagères. Bon, ben, vous voyez que c'est possible. De la même manière que vous avez prêté plus de 150 milliards avec le prêt garanti d'État. Alors, ça vous empêche de dormir ? Non, mais à moi, je fais mieux. – Ça veut dire qu'il faut nationaliser certaines des grandes entreprises ? – Ah oui, bien sûr. – Lesquelles ? – Sanofi, qui vit à 80% de l'argent de la sécurité sociale. Ils ne font rien. Ils ne produisent rien de particulier. – Justement.

– Et ils ont vidé la caisse. – Justement.

40:51
Jean-Luc Mélenchon

Alors, info que je vous donne. Là, la Commission européenne ne renouvelle pas son contrat avec AstraZeneca. Après le mois de juin, annonce de Thierry Breton qui vient de tomber. On sait les difficultés qu'a eues l'Union européenne en approvisionnement. Et puis les doutes en termes d'éducation.

41:02
Invité

– Ce sont des incapables à la Commission européenne. Des incapables et des bons à rien. Alors, ils font des contrats qui ne marchent pas.

41:09
Présentateur

– Est-ce qu'il n'y a pas eu un problème aussi avec AstraZeneca ?

41:12
Invité

– Non, il y a un problème avec la Commission européenne qui est bonne à rien. Parce qu'elle a été incapable d'approvisionner l'Europe en vaccins. Elle a été incapable de demander aux entreprises européennes qui en étaient capables. Parce que vous savez, comme moi, qu'il y en a une en Bretagne qui a vendu d'ailleurs tous ses produits aux Anglais. Donc, ils n'ont rien fait. Et ils sont là, blabla, blabla, blabla, blabla, et puis ils gesticulent. Ils sont incapables. Et nous, les Français, nous devrions avoir honte d'être dans le pays qui a inventé les vaccins et d'être incapables d'en produire un quand Cuba arrive en production. – Et quelle leçon on en tire ?

Ça veut dire qu'il faut réorganiser la manière dont l'Europe fonctionne ? Ça veut dire qu'il faut donner à chaque pays l'initiative de se procurer ces vaccins ? – S'occuper d'Europe, parce que tout ça n'est de rapport avec l'Europe que parce qu'ils considèrent le médicament comme une marchandise. Nous, nous sommes pour un pôle public de médicaments. La première fois que j'ai dit qu'on ne produisait plus une molécule d'oliprane, alors je me rappelle de votre collègue qui m'a regardé en disant « Mais qu'est-ce qu'il a encore trouvé aujourd'hui ? » « Et bien maintenant vous êtes tous bien chocolat parce que nous ne savons plus produire nos médicaments. »

42:11
Présentateur

– Et il n'y a pas que l'oliprane, il y a les vaccins aussi. On sort d'Europe précisément.

42:15
Invité

– Ah, vous allez me rendre hommage parce que j'ai été le premier à dire qu'il fallait que soit le vaccin.

42:18
Présentateur

– Absolument, Joe Biden qui dit « On demande la levée des brevets » et après les États-Unis, Emmanuel Macron suit, alors que c'était plutôt tiède jusque-là.

42:26
Invité

– Oui, non, mais on s'en fout de Macron, il ne compte pas. Il compte plus sur la scène internationale, ce que dit Macron, ça ne compte pas. – Et dit « Effectivement, c'est une bonne idée ». – Extraordinaire, écoutez, ça arrive de temps à autre, il faut bien que je m'en charge moi-même parce que sinon personne ne va le dire. J'ai quand même été le premier à dire avec les Insoumis, mais honnêtement ça m'avait été soufflé par mes amis d'Amérique du Sud. On a fait une pétition avec Lula, mondial, je suis allé devant le Parlement Andin pour plaider cette histoire-là.

Bon, le vaccin, écoutez, rappelez-vous que vous êtes français, en France c'était interdit de déposer un brevet jusqu'à 1959 sur un vaccin, c'était interdit, dans notre conception du monde, quand on trouvait un vaccin, c'est pour guérir tout le monde, pas pour juste guérir ceux qui peuvent payer. Alors, Pfizer s'est gorgé d'argent, Sanofi nous a fait les poches et les arrières-poches et le sac, ils ont pris tout ce qu'ils pouvaient sans rien nous donner en échange, et bien maintenant, le vaccin il doit être gratuit, tout le monde doit pouvoir en produire. Aujourd'hui en France, on nous dit « Mais nous en produisons ». Alors, on fait tous semblant de le croire, ce n'est pas vrai.

En fait, on met en flacon, on est un pauvre pays sous-développé qui met du vaccin en flacon parce que ce n'est même plus le produire nous-mêmes. Bien sûr qu'on saurait. Si jamais on était occupé, vous en auriez eu.

43:37
Jean-Luc Mélenchon

Merci Jean-Luc Mélenchon d'avoir accepté notre invitation ce midi. Anne, Thierry, à bientôt, dans un instant, affaire suivante. Avec Philippe Godin et Dominique Rizet, je vous retrouve à 18h pour BFM TV. Sous-titrage Société Radio-Canada