Croissance, baisse du chômage... À qui profite la situation économique favorable en Espagne?
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:00OuverteRéponse directe
Comment expliquer la croissance économique forte de l'Espagne par rapport à ses voisins européens ?
- 1:28OuverteRéponse directe
L'immigration a-t-elle joué un rôle dans la création d'emplois en Espagne ?
- 2:54OuverteRéponse directe
Peut-on attribuer cette bonne situation économique à l'action du gouvernement espagnol ?
- 4:22OuverteRéponse directe
La croissance se traduit-elle par une amélioration du pouvoir d'achat des Espagnols ?
- 5:06OuverteRéponse directe
Pourquoi l'Espagne, malgré sa croissance, peine-t-elle à construire suffisamment de logements ?
- 6:35OuverteRéponse directe
La France pourrait-elle s'inspirer des politiques économiques espagnoles ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 8:48Résous CastillotFait
« Une dette publique en Espagne qui se réduit, qui vient de passer sous le niveau des 100 % du PIB alors qu'en France, elle continue d'augmenter. »
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Emmanuel Macron en visite d'État en Espagne. C'est la première fois pour un chef d'État français depuis Nicolas Sarkozy en 2009. En coulisse, Emmanuel Macron euh demandera peut-être au Premier ministre espagnol les recettes de la bonne forme économique de l'Espagne. Une croissance qui tranche avec celle de la France, près de 3 % en 2025. Un chômage en baisse, des finances publiques qui s'améliorent. Mais à qui profite cette situation économique quand l'on voit depuis plusieurs jours maintenant ces images de manifestants qui demandent des actions face à une crise du logement euh qui s'intensifie ? On pose toutes ces questions à notre invité Résous Castillot. Bonjour, merci d'être avec nous sur BFM2. Vous êtes
économiste chez Natic 6, spécialiste de l'Europe du Sud. Euh je le disais euh la l'Espagne affiche une croissance nettement supérieure à celle de la plupart de ses voisins européens. Comment expliquer cette situation ? Alors oui, c'est vrai que vous avez rappelé les chiffres hein, ça laisse envieux pas mal de nos de nos pères européens avec une croissance encore à 2,5 % cette année. Derrière ça, qu'est-ce qu'on a ? On a une croissance économique qui est portée par le cycle domestique, c'est-à-dire le la consommation des ménages, l'investissement et du coup un marché du travail qui se porte plutôt bien. Donc ça c'est des gens qui retrouvent de l'emploi, donc il vont consommer. Ça va
inciter les entreprises à investir et ça ça va porter la croissance. Juste peut-être un chiffre sur le marché du travail, il y a 3 millions et demi d'emplois qui ont été créés depuis 2021. ça veut dire + 18 % entre début 2021 et le 2e trimestre 2026. Donc c'est quelque chose d'assez spectaculaire en fait. Un chômage effectivement en baisse depuis le début de l'aire Pedro Sanchez. Est-ce que c'est notamment l'immigration en Espagne importante qui profite à cette main d'œuvre ? Alors oui, le marché du travail a été largement euh alimenté par euh les flux migratoires. Je vous disais 3 millions
et demi d'emplois créé depuis euh début 2021. Si vous décomposez ça entre espagnol et euh flux migratoire étranger, vous avez 1 million et demi d'emplois qui ont été pris par des espagnols et 2 millions qui ont été pris par des étrangers. Donc ça veut dire qu'en gros 66 % de ces 3 millions et demi d'emplois s'expliquent par l'afflux de population étrangère qui du coup apporte une main d'œuvre sur le à l'économie espagnole. Est-ce que l'on peut imputer cette bonne situation en Espagne à l'action de Pedro Sanchez et de son gouvernement par rapport aux années qu'il le précède ?
Alors, le gouvernement a en partie pris des mesures justement sur le marché du travail pour essayer de stabiliser un peu plus les emplois qui sont créés, de faire que ce soit des emplois d'un peu meilleure qualité que ce qu'on avait par le passé. Donc, réduire ce qu'on appelle en Espagne la dualité du marché du travail, c'est-à-dire le nombre de personnes qui ont un contrat temporaire ou précaire. Donc cette proportion était de plus de 25 % avant 2018. elle s'est réduite autour de 15 % maintenant. Mais ça n'explique pas tout. En fait, l'Espagne a quand même bénéficié d'une reprise cyclique à la suite du Covid euh et donc aussi d'une
structure de son économie qui la rend moins dépendante finalement le cycle l'économie mondiale comme avec comme je vous le disais tout à l'heure une économie qui repose davantage sur son marché domestique et moins sur le commerce extérieur et donc moins sujette aux aléas internationaux. Alors, derrière ces bons chiffres, qu'en est-il du niveau de vie des espagnols, la croissance, est-ce qu'elle se traduit réellement dans les revenus, dans le pouvoir d'achat au quotidien pour les Espagnols ? Ah, vous avez raison, c'est c'est une vraie question de fou. Si on regarde les chiffres d'un point de vue macroéconomique, ce que nous autres économistes hein, et ben on se dit bah il y a plus d'emploi, il y a moins de
moins de chômage. Si on regarde l'évolution des revenus et du pouvoir d'achat, euh on dit "Bah, il progresse." Même si cette année, il va nettement moins progresser parce que il y a de l'inflation, une inflation qui par ailleurs est plus élevée que dans le reste des pays de la zone euro, hein. Elle devrait atteindre presque 4 % cette année. ce qui est beaucoup plus que la moyenne de la zone euro où on serait plutôt à 2,8 %. Et ensuite pose se pose la question de la répartition des richesses, mais aussi des sujets qui touchent profondément la vie des espagnols avec au cœur des préoccupations désormais l'accès au logement. Et on voit que c'est un des sujets aujourd'hui qui voilà qui est en train de bouleverser
euh la société espagnole. Effectivement euh Resous Castill, euh le logement, on le disait, est devenu un problème majeur en Espagne. Comment on peut expliquer qu'un pays euh qui connaît une croissance aussi forte ne parvienne pas à construire euh suffisamment de de logements ? la question de actuelle dans le pays. Alors, c'est vrai que les chiffres parlent de même. J'ai envie de dire à la grande époque de l'immobilier en Espagne, c'estàdire avant 2000 avant 2008, on arrivait à construire 600000 logements par an, ce qui était énorme. C'était autant que la France, d'Allemagne et l'Italie réunie. Aujourd'hui, on est à peine à 100000. on est plutôt autour de 80000ement nouveaux produits alors que la demande
s'est fortement intensifiée. Donc derrière ça, il y a peut-être des problèmes d'accès au foncier, chose qu'on observe aussi en France. euh des ménages qui euh face à la montée des prix de l'immobilier sont moins euh capables d'accéder au logement euh en terme de d'accession d'acquisition, mais aussi en terme de loyer. Quand euh quand le logement, l'acquisition du logement devient plus cher, elle est aussi plus chère pour les propriétaires bailleurs et derrière ça fait des loyers plus élevés qui causent un problème d'accès. Alors, on le disait, cette rencontre entre Pedro Sanchez et Emmanuel Macron euh prévu euh notamment euh aujourd'hui
euh ce mercredi, euh est-ce que la France pourrait s'inspirer de certaines politiques économiques menées en Espagne euh ou est-ce que les deux pays sont trop différents dans leur structure économique pour qu'il y ait voilà des des modèles qui s'interchangent, des discussions ? Quel est votre point de vue là-dessus ? Alors, c'est compliqué parce que c'est vraiment deux économies euh différentes et euh quand vous comparez euh la France est un pays avec une base industrielle qui est plus diversifiée euh qui a des secteurs de pointe comme l'aéronautique, comme l'échange chantier naval, comme euh la défense, l'industrie de défense où la France a un rôle prépondérant au niveau mondial en tant que exportateur
euh de de solution de défense et et d'armement. alors que l'Espagne a une base industrielle plus faible. Alors ce qui ce qui peut les rapprocher un petit peu aussi, c'est que c'est les prix de l'énergie. On voit que l'industrie quand on regarde l'évolution de la production industrielle en France et en Espagne, on voit que c'est des deux pays parmi les quatre grands de la zone euro qui ont retrouvé des niveaux de production qu'ils avaient avant le Covid en 2019. Et en partie, ça s'explique par la bonne spécialisation de la France en Espagne, par des coûts salariaux qui sont plus faibles qu'en France, mais aussi par un coût d'accès à l'énergie qui est euh qui est plus faible de l'électricité notamment en France grâce au nucléaire, en Espagne grâce à une forte proportion
d'énergie renouvelable et des défis qui sont un peu similaires sur certains poids pour l'avenir puisque l'Espagne va aussi faire face à un vieillissement de sa population et des retraites qui vont Donc exercer une pression sur les finances publiques, c'est aussi la situation que l'on rencontre en France. C'est l'un des enjeux pour l'avenir de l'Espagne et peut-être pour l'avenir de Pedro Sanchez aussi. Alors la question des finances publiques, oui, c'est un enjeu central pour l'Espagne parce que si on fait encore une nouvelle fois une comparaison avec la France et ben voilà, en Espagne, on a un déficit budgétaire qui s'est stabilisé autour de 2,5 % du PIB contre 5,2 5,4, on verra comment on finit cette année en France. Donc, on voit bien que
l'écart est très très grand. une dette publique en Espagne qui se réduit, qui vient de passer sous le niveau des 100 % du PIB alors qu'en France, elle continue d'augmenter mais avec en Espagne une difficulté, c'est que toute cette amélioration euh du solde budgétaire repose uniquement sur euh l'amélioration cyclique. Ça veut dire que il y a un risque important en Espagne qu'en cas de retournement conjoncturel et d'un freinage très fort de la croissance, vous ayez à faire face à une augmentation importante des dépenses publiques, des dépenses de transfert et une baisse très nette des recettes qui ne seront plus portées par la croissance. Donc l'Espagne aujourd'hui doit aussi mener des réformes de ses finances publiques pour faire une vraie
consolidation structurelle et pas seulement une consolidation euh cyclique grâce à l'amélioration de la croissance. Donc ça c'est une des faiblesses de l'économie espagnole et auquel le gouvernement actuel en Espagne n'a pas pu s'attaquer parce que je rappelle que depuis 2023 en raison d'une de la faiblesse de sa majorité parlementaire, il n'a pas réussi à adopter un projet de loi de finance et très probablement alors là je m'avance un peu, he je spécule peut-être mais ça sera très difficile d'adopter un projet de loi finance pour 2027 dans la situation parlementaire dans laquelle se trouve le pays aujourd'hu Aujourd'hui, aussi on y voit en parallèle avec la situation française au final. Resous
Castillot, ce qui se passe en Espagne se passe aussi en France là cette année. Le budget encore beaucoup d'incertitude évidemment sur une possible adoption. On suivra les débats à l'Assemblée notamment. Mais euh là aussi la situation au final se retrouve entre la France et l'Espagne. Oui. Alors euh c'est vrai que si on est un politique, je pense qu'on préférerait être dans la situation espagnole parce que euh pour le moment c'est pas quelque chose qui est au cœur des des discussions et que on voit que voilà les grands indicateurs restent sur des trajectoires favorables, y compris les taux d'intérêt. Maintenant, l'Espagne empreinte sur les marchés de capitaux pour financer sa dette publique à
environ 1 % moins cher que la France. Donc ça, c'est aussi assez spectaculaire. Souvenez-vous queil y a encore euh 4 5 ans, l'Espagne payait beaucoup plus cher son endettement euh que la France qui était vu comme un pays beaucoup plus solvable que l'Espagne. Merci à vous Résous Castillot, économiste schatic 6, spécialiste de l'Europe du Sud d'avoir été avec nous sur BFM2 pour décrypter la situation économique en Espagne alors que le chef de l'État, Emmanuel Macron, est en visite d'État pour 2 jours jusque ce mercredi dans le pays. Merci d'avoir été avec nous. L'information continue sur BFM2. Yeah.