Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewBFMTV· 8 décembre 2025 15 min

Airbags Takata: l'interview en intégralité de Philippe Tabarot, ministre des Transports

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Effectivement, beaucoup de sujets à aborder avec vous. Évidemment, les airbags Takata, les radars, mais aussi les poids lourds. Vous pouvez poser vos questions au ministre des Transports à l'adresse que vous connaissez, BFM TV et vous. Je voulais parler camion et vous savez pourquoi ? Parce qu'on voulait vous montrer cette image, avant de parler des airbags, cette image ahurissante de nos confrères du Dauphiné Libéré. Cette voiture qui a été traînée par un camion rempli de Javel, piégé dans sa voiture. Le conducteur est évidemment très choqué. Les pneus de sa voiture ont éclaté. Vous avez des informations au sujet de cette histoire ?

0:30
Philippe Tabarot

Non, je n'ai pas plus d'informations. J'ai vu vos images qui sont particulièrement choquantes. Ce que je sais, c'est que je ne regrette pas d'avoir eu la position que j'ai eue la semaine dernière à Bruxelles lors du Conseil des ministres des Transports européens, où je me suis opposé formellement et fermement à ce que les 44 tonnes puissent traverser notre pays, qui est déjà un endroit stratégique au niveau européen, et encore moins les méga camions qui étaient prévus. La position de la France a été suivie et je me réjouis parce que ça aurait posé des problèmes de sécurité, comme on peut le voir, et également au niveau de nos infrastructures.

On n'a pas les infrastructures adaptées pour recevoir de telles 44 tonnes. Et là, on voit qu'avec ce camion déjà, ces images sont assez hallucinantes.

1:16
Invité

Le conducteur du camion ne s'est aperçu de rien pendant 300 mètres. Écoutez, celui qui était dans la voiture, qui était ce matin, à quel point il est choqué ?

1:23
Auditeur

Je ne comprends pas comment on peut rouler pendant 300 mètres avec le bruit qu'il y avait et qu'on n'entendait rien, qu'on ne voyait rien. Je croyais que ça n'allait jamais s'arrêter. C'était un truc infirmable. Ma voiture, elle roulait sur les jantes, que les pneus avaient éclaté. Et je me voyais mourir parce que je croyais qu'il allait me tuer, parce que je croyais qu'il allait me rouler dessus.

1:44
Présentateur

Quand le chauffeur du camion est sorti, M. Tavaro, il était vraiment surpris. Il a dit, et c'est un témoin cité par le Dauphiné Libéré qui le raconte, il a dit qu'il ne savait pas s'il s'était endormi ou s'il était en train de regarder ses écrans pendant que ça s'est passé. Est-ce qu'on a un vrai problème sur le rythme de ces chauffeurs routiers et peut-être également sur les distractions qui peuvent animer le cockpit du camion ?

2:10
Philippe Tabarot

Il y a inévitablement une question de sécurité routière plus largement. Je sais que vous en avez parlé ce matin sur vos antennes, à travers différentes décisions qui ont été prises par mes collègues de l'intérieur, notamment sur les radars à mettre en place concernant l'utilisation du téléphone. Moi, je crois qu'au niveau de la sécurité routière, il faut multiplier dans le futur les positions et les décisions importantes sur ces sujets avec lesquels on travaille en bonne harmonie parce que les chiffres ne sont pas bons, à part ce mois-ci, je dirais, mais qui cachent un peu la forêt et nous devons nous mobiliser.

Et on sait que l'utilisation des écrans et des téléphones dans les véhicules ou dans les poids lourds sont une cause ou la cause principale des accidents. C'est un vrai fléau et nous devons agir bien.

2:54
Invité

Il y a moins d'accidents avec des poids lourds mais plus mortels. C'est les dégâts que ça provoque, surtout qu'on voit bien que la voiture ne fait pas le poids.

3:00
Philippe Tabarot

Oui, on s'aperçoit que très régulièrement, quand il y a des accidents mortels, des poids lourds sont impliqués et c'est la raison pour laquelle j'ai souhaité que la position de la France soit suivie là-dessus, qu'on adapte nos infrastructures et puis qu'on mette des restrictions de circulation, bien sûr, et des contrôles réguliers au niveau de tout ce qui peut toucher à ces questions d'utilisation d'écrans qui sont particulièrement nocifs. Est-ce qu'ils sont autant contrôlés, les camions, que les voitures ?

3:31
Présentateur

Parce que c'est évidemment plus difficile à contrôler en camion. Ils sont plus hauts. De visu, c'est plus complexe.

3:39
Philippe Tabarot

Oui, c'est plus complexe. Par contre, je dirais que très régulièrement et à chaque péage, il y a véritablement les forces de police qui opèrent des contrôles très régulièrement sur ces sujets, qui contrôlent également les chargements, qui contrôlent la durée de conduite des conducteurs, parce que, voilà, et on sait que notre pays est surtout un pays transit, que ce sont des camions qui ne sont pas des camions, des nationaux, je dirais, qui sont en transit pour aller très souvent sur le sud de l'Europe et qui traversent notre pays. Et c'est la raison pour laquelle nous devons accroître les contrôles, comme le font déjà les forces de police.

4:16
Présentateur

Autre dossier, donc les airbags. Les airbags Takata, mais c'est son fin, les airbags Takata, monsieur le ministre.

4:21
Philippe Tabarot

Malheureusement, c'est un sujet, je dirais, terrible que j'ai eu à connaître dès mon arrivée au ministère. C'est un scandale mondial, déjà, il faut le rappeler. Ce sont près de 100 millions de véhicules qui sont concernés au niveau mondial. Et puis, notre pays n'a pas été épargné avec une trentaine de constructeurs. Alors, j'ai pris des mesures très fortes. Celle de responsabiliser, je dirais, les premiers responsables qui sont les constructeurs ou les deuxièmes responsables après les fournisseurs d'airbag Takata, à travers des moyens à mettre en place pour opérer ces changements et de se mobiliser des amendes, le cas échéant, si les moyens n'étaient pas mis en place.

On a lancé des campagnes d'information très importantes. Vous les avez relayées dans vos différents médias. Merci de l'avoir fait. Et puis, j'ai pris la décision avant l'été, ce qui n'était pas une décision facile, tout en responsabilité de stopper ou de rappeler 2,5 millions de véhicules qui sont susceptibles d'être dangereux parce qu'équipés de ces airbags. Écoutez, à l'heure où je vous parle, depuis le mois de mars, il y a près de 1,2 millions d'airbags qui ont été remplacés. Et j'ai pris cette décision sur le contrôle technique de pouvoir contrôler systématiquement les airbags également parce que je souhaite qu'on aille plus loin.

Il y a eu encore un accident mortel la semaine dernière à la Réunion et je ne me résous pas à ce que la situation ne se règle pas. Je ne suis pas là pour embêter les Français, mais je suis là pour les sécuriser et notamment dans leurs véhicules.

5:55
Présentateur

Donc, ce que vous dites en suspens, Philippe Tabarro, c'est qu'il y a encore de très nombreux véhicules qui circulent et qui sont potentiellement dangereux. On est bien d'accord. Bien sûr. Combien ? Est-ce que vous savez l'évaluer ?

6:03
Philippe Tabarot

Écoutez, vous avez le différentiel en gros entre les 1,2 millions où on a eu le remplacement des airbags et les 2,5 millions que j'ai appelés soit en stop drive, soit en rappel. L'avantage de cette mesure avec le contrôle technique, c'est qu'on est obligé… Donc ça, c'est la nouveauté. Voilà. On est obligé d'y passer tous les deux ans, les uns et les autres. L'Europe d'ailleurs souhaitait le faire passer tous les ans et je me suis opposé et cette position a été suivie. Par contre, tous les deux ans, ça va permettre de pouvoir mettre un filet de sécurité… – Supplémentaire. – Je dirais, supplémentaire et de passer au tamis tous les véhicules qui sont susceptibles d'avoir ces airbags Takata.

Si c'est le cas, les véhicules iront immédiatement en contrôle technique… – En contre-visite. – C'est en contre-visite, comme il y en a près de 4 millions chaque année. – Qui va payer la contre-visite ? – Alors, de faire changer son airbag, c'est tout à fait gratuit. Ce sont les constructeurs qui… – Et la contre-visite, qui va la payer ? – Et la contre-visite, c'est un coût entre 10 et 40 euros aujourd'hui. Il y a déjà 4 millions de véhicules qui sont en contre-visite, puisque vous avez environ 22 millions de visites chaque année et donc 4 millions de contre-visites. – Donc à la charge de l'automobiliste ?

– Ce sera à la charge de l'automobiliste, mais il y aura bien sûr la possibilité de le faire faire immédiatement par le constructeur qui a l'obligation soit de mettre un véhicule de courtoisie, je le rappelle, soit de venir directement faire le remplacement de l'airbag d'effectifs.

7:32
Invité

– Mais on les a les airbags pour les remplacer, justement, parce que c'était ça le problème, c'est qu'il y avait un gros souci de stock, puisque c'est tout le monde en même temps sur toute la planète. On les a aujourd'hui pour remplacer ?

7:41
Philippe Tabarot

– Écoutez, aujourd'hui, les constructeurs ne nous ont pas fait remonter la difficulté pour fournir les airbags de remplacement au rythme qui est le leur aujourd'hui.

7:49
Invité

– Parce qu'on a de nombreux téléspectateurs qui réagissent en disant « Moi, j'ai voulu changer mon téléspectateur, mon tata, sauf que je n'ai pas pu, mon garagiste ne les a pas. »

7:58
Philippe Tabarot

– Ils ne les ont pas eus pendant une certaine période, très probablement où il y a eu cet afflux, je dirais, pendant l'été et tout au début de l'automne. Maintenant, il semble que les stocks se soient reconstitués. En tout cas, le plus important, c'est de savoir si on est concerné ou non. Vous avez la possibilité, même avant le contrôle technique, d'aller sur le site du ministère des Transports, qui est très bien fait maintenant, et vous pouvez savoir si votre véhicule est concerné ou non.

8:24
Présentateur

– Alors, pour résumer votre pensée, il y a à peu près 1,2 million de véhicules qui n'ont toujours pas modifié leurs airbags et qui sont donc potentiellement dangereux.

8:33
Philippe Tabarot

– Je dirais particulièrement sur les départements et les territoires d'outre-mer, je mets vraiment un focus, parce que c'est là qu'on a eu les accidents mortels. – En raison de la température. – Exactement, de l'humidité, et on sait que c'est là où le remplacement des airbags s'est fait moins rapidement qu'en métropole. Donc, vraiment un focus sur les départements et territoires d'outre-mer également.

8:54
Présentateur

– Alors, pour tous ces conducteurs, lorsqu'ils passeront au contrôle technique, le contrôle technique vérifiera que l'airbag n'a pas été changé. Et donc, à partir de là, le véhicule sera potentiellement immobilisé. On est d'accord ?

9:05
Philippe Tabarot

– Contre-visite, comme c'est le cas, pour 4 millions de véhicules aujourd'hui sur les 22 qui passent au TAMI. Simplement, on met cette mesure supplémentaire. Je sais que ça va être problématique pour certaines personnes, mais je ne me sens pas la responsabilité de les laisser en insécurité. J'ai pris cette décision, je l'assume pleinement. Il faut que ce sujet soit traité. On a fait 3 mesures, je l'ai rappelé. L'information, les rappels, la mise en responsabilité des constructeurs avec des astreintes financières très importantes. Maintenant, c'est la dernière étape pour qu'on puisse en 2 années régler enfin ce problème qui n'a que trop duré.

9:43
Présentateur

– Est-ce que vous ne craignez pas que du coup, eh bien, on ralentisse le contrôle technique ? C'est-à-dire que les gens se disent, je sais pertinemment que je n'ai pas changé mon airbag, je prends le risque de ne pas faire contrôler ma voiture et de ne pas passer au contrôle technique. – C'est une obligation, mais il faut prendre rendez-vous.

9:58
Philippe Tabarot

– C'est quelque chose que les Français connaissent bien, ils le font, je vous l'ai dit, il y a 24 millions de véhicules chaque année qui passent au contrôle technique. Je n'ai pas créé un contrôle technique supplémentaire, ce qui aurait pu être une contrainte supplémentaire. C'est dans le cadre du contrôle technique habituel que seront vérifiés ces airbags défectueux.

10:15
Invité

– Il y a pas mal d'inquiétudes autour de cette histoire de scandale et de gens qui ne savent pas ce qu'ils ont comme airbag. Il n'y a pas la marque forcément qui est écrite. Comment on vérifie ça ?

10:22
Philippe Tabarot

– Sites du ministère des Transports avec le type de véhicule qui est le vôtre. – Il y a la liste de tous les modèles en fait. – Il y a la liste de tous les véhicules, il y a un numéro 8 également que vous pouvez rentrer qui vous permet de savoir si votre véhicule est précisément concerné. Ça a été peut-être long à se mettre en place, je le reconnais, mais les choses maintenant se font particulièrement bien et surtout de manière transparente. Je ne veux rien cacher aux Français, aux automobilistes, je dis les choses comme elles sont.

10:50
Présentateur

– Bonjour, Maryse-Hélène Malroux, vous êtes la fondatrice du collectif Scandale Airbag Takata, forte aujourd'hui de quelques 9000 membres. Vous avez peut-être une question à poser à M. Tabarro.

11:00
Invité

– Bonjour, bonjour à tous, merci pour votre invitation. Bonjour M. le ministre. – Bonjour. – Si je peux me permettre, M. le ministre, je ne suis pas totalement d'accord en ma qualité de fondatrice du collectif Scandale Airbag Takata avec ces nouvelles dispositions que vous souhaitez mettre en place au niveau de votre ministère, à compter du 1er janvier 2026. Alors, la vraie question, c'est de se dire, comment se fait-il aujourd'hui que les dispositions qui vont être mises en place vont à l'encontre des intérêts des consommateurs ? Et je m'explique. C'est-à-dire qu'effectivement, ils vont devoir payer une contre-visite, effectivement, à leurs frais.

Donc j'engage tous les téléspectateurs à se rendre dans des centres de contrôle technique, puisque les tarifs sont fixés librement, de telle sorte à ce qu'il n'y ait pas de frais supplémentaires, parce que certains ne facturent pas. Et au-delà de ça, il va y avoir, effectivement, une nouvelle obligation qui va être un risque critique majeur de défaillance. Ça veut dire qu'effectivement, le soir même, du contrôle technique à minuit, le véhicule se devra d'être immobilisé. Vous êtes en train, M. Philippe Tabarro, M. le ministre, de pénaliser, encore une fois, malheureusement, les victimes et non pas les coupables, c'est-à-dire les constructeurs.

12:12
Philippe Tabarot

On laisse M. Tabarro répondre. On laisse M. Tabarro répondre. Mme Hadrou, les constructeurs, ils vont être pénalisés plus que jamais dans l'histoire de notre pays, avec les amendes et les astreintes qui vont leur tomber sur la tête dans quelques jours. Je m'y engage. C'est une information que vous nous donnez ? C'est une information, vous le constaterez, par rapport à ce qui avait été dit, et certains qui ont rempli leurs obligations, d'autres qui ne l'ont pas fait. Mme Hadrou, vous ne pouvez pas me reprocher de prendre cette mesure qui est pour le bien des automobilistes. Vous vous êtes battu au sein du collectif.

J'ai fait plus que personne dans cette période des 11 mois sur ce sujet, parce que j'ai pris conscience de la gravité du problème. Alors, je sais que la prise en charge des 10 à 40 euros potentiels peut poser un problème sur la contre-visite. Bien sûr que nous allons appeler les constructeurs à la responsabilité pour pouvoir participer financièrement comme ils doivent le faire depuis le début. Et nous le ferons à travers les amendes et les astreintes qui vont leur tomber dessus pour ceux qui ne respectent pas les obligations qui ont été fixées par mon ministère. Une astreinte de combien, Lourdes ?

13:15
Invité

Ce sont des astreintes qui sont lourdes,

13:18
Philippe Tabarot

qui sont prévues déjà dans le cadre d'un décret, qui seront spécifiques par rapport à la mise en place ou non de ce qu'on a préconisé. Pour les constructeurs qui ont respecté et qui ont mis en place les véhicules de courtoisie, un constructeur en a mis 40 000 par exemple, ceux qui sont venus à domicile faire les remplacements des airbags, ceux-là ne seront pas concernés. Ceux qui ne jouent pleinement pas le jeu seront sanctionnés.

13:42
Invité

Question très concrète. Est-ce qu'il faut anticiper le contrôle technique de soi-même aller demander un rendez-vous pour vérifier tout ça ?

13:48
Philippe Tabarot

Non, vous avez votre contrôle technique à partir du 1er janvier, c'est-à-dire de ne pas se rendre tous le 1er janvier dans vos centres, bien sûr, de faire selon les rendez-vous qui sont prévus. Et pour les autres, ceux qui ont clairement identifié qu'il y avait un souci de stop and drive, j'imagine qu'ils l'ont déjà fait. Si ce n'est pas le cas, il faut qu'ils le fassent. Et pas de date limite. Et pas de date limite.

14:08
Invité

Tant qu'on n'a pas remplacé son airbag, on peut y aller.

14:10
Philippe Tabarot

Un contrôle dure sur les deux années, je dirais, puisqu'on n'a pas passé le contrôle de manière annuelle. Et après ces deux années, on verra plus clair la solution. Et j'espère qu'on n'aura plus l'occasion de parler de ce scandale qui a fait déjà trop de victimes dans notre pays et qui a causé tant de problèmes à un certain nombre d'automobilistes.