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interviewyoutube.com· 21 décembre 2025

Budget pour la France: l'interview d'Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Bonsoir Amélie de Montchalin, ministre du budget et des comptes publics. Vous sortez tout juste d'une réunion de Matignon, vous y retournez dans quelques minutes. Je vais tenter de résumer les derniers épisodes en quelques mots.

Après deux mois de discussion sur le budget, tout s'est mal terminé vendredi dernier puisque la commission mixte paritaire, le conclave entre les députés et les sénateurs, s'est terminé après 40 minutes. Vous repartez sur un cycle de discussion avec les principales formations politiques. On va parler du fonds, on va parler des impôts, on va parler de tous les sujets qui concernent les Français.

Mais d'abord, vous ne pensez pas que les Français en ont ras-le-bol ? Moi, je suis certaine qu'ils en ont ras-le-bol. Je pense qu'au fond, le pays, aujourd'hui, on a trois choses qu'il nous faut regarder avec beaucoup de lucidité.

D'abord, les Français en ont marre parce qu'ils voient bien que dans leur vie, plein de gens, dans leurs entreprises, dans leur mairie, dans leurs entourages, savent se mettre d'accord quand ils ne sont pas d'accord naturellement parce qu'ils savent trouver des compromis. Et nous, on a l'impression que quand on met des députés, des sénateurs à Paris dans des hémicycles, il n'y a plus de compromis possible. Deuxième chose, si vous regardez le pays aujourd'hui, les crises s'accumulent.

La crise de la dermatose, des enjeux aussi agricoles autour de la PAC, la crise, évidemment, toujours en Ukraine, les questions de défense. Vous venez d'annoncer, effectivement, que nous souhaiterions pouvoir nous armer, notamment avec ce porte-avions supplémentaire. Les crises de toute nature.

Le gouvernement est mobilisé, mais pour que nous puissions continuer à répondre aux urgences et aux crises, il nous faut un budget. Et puis, le troisième élément que je vois, c'est qu'au fond, ce débat est devenu totalement incompréhensible. Tout le monde ne fait que de parler d'arguments juridiques, constitutionnels.

Qu'est-ce qu'on fait ? 49-3, pas 49-3. Je pense qu'il est utile que je vous donne, et que je donne surtout à ceux qui nous regardent, de la clarté.

Il y a eu cette réunion de députés et de sénateurs, vendredi, qui n'ont pas pu se mettre d'accord. D'ailleurs, pour le budget de la sécurité sociale, cette même réunion avait aussi abouti à un échec. Et pourtant, il y a eu un vote positif de quelques voix, finalement.

Et pourtant, c'était quand même une grande nouvelle qu'on peut donner aux Français. Contrairement à l'année dernière, au même moment, si vous regardez à la même date, l'année dernière, il n'y avait plus de gouvernement et il n'y avait même pas de budget de la sécurité sociale. Cette année, il y a un gouvernement et il y a un budget de la sécurité sociale.

Mais il n'y a pas de budget de l'État. Effectivement, il n'y a pas de budget de l'État. Que faisons-nous ?

Nous, d'ailleurs, on entend toute la journée des gens nous dire « il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités ». Eh bien, je vous annonce que oui, demain, avec le Premier ministre, nous reprenons nos responsabilités. Et on repart pour un cycle de consultation à Matignon, où chacun vient dire « c'est la faute de l'autre ».

Non, non, non, non. Ce n'est pas une question de faute. Nous rencontrons tout le monde et nous leur disons deux choses simples.

Un, est-ce qu'on est bien d'accord que notre objectif collectif, c'est qu'entre maintenant et fin janvier, il y a un budget pour la France. Un vrai budget. Vous pensez que c'est encore possible ?

Pas un budget de service minimum. On va y revenir. La loi spéciale qui est beaucoup débattue, c'est un service minimum.

Bon, un service minimum, c'est quand il y a grève. Moi, je ne veux pas qu'on fasse grève du compromis. Donc, un, est-ce qu'on est bien d'accord contre maintenant et fin janvier ?

Il faut qu'on ait un budget. Et la deuxième chose qu'on dit à tout le monde et qu'on va dire à chaque acteur politique, c'est que pour qu'il y ait un budget, il faut qu'il y ait un compromis. Pas un compromis sur du blabla, un compromis sur un budget qui permette de répondre aux urgences, de répondre à l'essentiel et de gérer les crises.

Mais vous voyez bien que les socialistes disent… Je suis absolument certaine, et je vous le dirai très sereinement, je suis absolument certaine que si on a réussi à le faire pour la sécurité sociale, qu'est-ce qui s'est passé sur la sécurité sociale ? Tout le monde nous dit que vous avez négocié avec les socialistes. Mais pas que.

Laurent Wauquiez, quand il propose, voyez, une mesure pour que les heures supplémentaires soient pleinement défiscalisées, désocialisées, que les petites et les grandes entreprises aient un intérêt à donner des heures supplémentaires. Eh bien, tout le monde l'accepte. Quand ce même Laurent Wauquiez propose des mesures pour les pharmaciens, tout le monde l'accepte.

Quand Gabriel Attal propose une mesure… Sur le budget. Mais parce que je vous dis, et d'ailleurs ce matin encore, vous voyez, Philippe Juvin, qui est le rapporteur général, les Républicains à l'Assemblée, qui a donc le rôle de coordonner, au fond, d'animer le travail des parlementaires sur les enjeux budgétaires. Il écrit dans le journal ce matin « On y était presque ».

Donc, vous voyez, moi je ne suis pas fataliste. Vous dites la même chose « On y était presque », ça s'est joué à quelques articles près. Il faut que chacun considère bien que le moment qui est là, ce n'est pas le premier tract de la présidentielle, de je ne sais quel candidat à la présidentielle.

C'est un moment où on doit agir ici et maintenant, sortir des débats juridiques, qui ne sont pas des débats sur l'action qu'on doit mener, mais qui au fond sont des débats sur le comment. Et bien vous savez, Gabriel Attal avait dit « Avant le qui, il faut le quoi ». Et moi je vous dis qu'avant le comment, il faut le quoi aussi.

Parce que notre pays, notre pays meurt, M. Fauvel. Vous dites comme lui, on y était presque, ça s'est joué à pas grand-chose.

Si on avait continué cette commission pendant quelques heures ou quelques jours, ça aurait marché ? D'abord, vous voyez bien dans ma position, c'est pas qu'on y est… Oui, on y était presque. Je dis ça parce que je vous sens un tout petit peu agacé par la tournure des débats politiques du moment.

Je ne me trompe pas complètement. Je ne suis pas agacé. Je ne suis pas agacé.

Mais on a une responsabilité. On a la responsabilité de ne pas nous contenter d'un service minimum. Parce que qu'est-ce qui va se passer, là, dans les toutes prochaines heures ?

Les forces politiques, manifestement, ont besoin de temps. C'est en tout cas ce qu'elles nous disent pour l'instant. Peut-être qu'elles vont changer d'avis, mais pour l'instant, elles nous disent qu'on a besoin de temps.

Très bien, mais si on a besoin de temps, on ne peut pas laisser au 1er janvier 2026 la France totalement dans le vide. Et donc, pour ça, il y a ce que vous appelez la rustine, c'est-à-dire cette loi spéciale qui va reconduire en gros… En gros, à l'identique, le budget 2025 en 2026, c'est-à-dire pas de hausse de crédit, pas de baisse de crédit. Est-ce que vous pouvez d'abord rassurer les Français qui vous regardent ce soir ?

Est-ce que ça veut dire, par exemple, que les salaires des fonctionnaires seront bien versés sans problème à la fin du mois de janvier ? Et qu'est-ce que ça va changer au quotidien des Français ? Ça s'appelle la loi spéciale.

Elle est spéciale, cette loi, parce que ce n'est pas un budget. C'est un service minimum. Et donc, un service minimum, on assure trois choses.

On paye effectivement les fonctionnaires. On assure la sécurité vitale du pays. Et on paye nos créanciers.

Vous savez qu'on a quand même plus de 300 milliards quasiment maintenant de dettes. Et que quand on a de la dette, il faut payer les gens qui nous prêtent de l'argent. Donc pour le quotidien des Français, ça ne va pas changer grand-chose ?

Ça change quand même beaucoup de choses. Vous voyez, ma prime rénov', tout ce qui est de la dépense supplémentaire, tout ce qui est du soutien à l'investissement, tout ce qui est du soutien aux entreprises, tout ce qui permet d'accompagner encore mieux les agriculteurs, notamment dans cette crise de l'abattage. Ça veut dire que le fonds d'urgence de 11 millions, il est stoppé net par la loi spéciale ?

Ça veut dire qu'on peut considérer que si c'est une urgence vitale, on peut faire des avances. Mais je tiens à vous dire, on a beaucoup travaillé collectivement à l'Assemblée et au Sénat. Ça faisait d'ailleurs unanimité dans les deux chambres pour que les indemnités d'abattage, par exemple, soient défiscalisées et qu'elles n'aient pas de charge sociale.

Ce ne sera pas le cas. Tant qu'il n'y a pas de vrai budget, tant qu'il n'y a pas de vrai budget, la loi spéciale n'est pas un vrai budget, eh bien cette mesure, on l'annonce, on voudrait qu'elle se mette en œuvre, mais moi en tant que ministre des Comptes publics, le vrai moment où ça se matérialise, c'est dans un budget. La même chose pour la défense.

Vous avez montré une belle image d'un futur porte-avions. Mais on ne peut pas signer le bon de commande, on ne peut pas signer les premières études, les premiers matériels, si on n'a pas...

Si on n'augmente pas le budget des armées en même temps. Mais il faut un vrai budget. Le service minimum, ça nous dit quoi ?

Ça nous dit qu'on ne fait pas défaut. On paye les fonctionnaires, ça veut dire qu'on ne recrute personne de nouveau. Ça veut dire que...

Et vous voyez, je suis en train de vous dire que c'est les sauterelles, les cataclysmes. Je dis juste la vérité aux Français. Moi, je souhaite qu'on passe au service maximum.

C'est notre responsabilité. C'est une façon de dire aux Français et aux responsables politiques de tous bords, d'ailleurs. Il ne faut pas miser sur une loi spéciale qui durerait toute l'année 2026.

C'est ça ? C'est surtout ce que je vous dis, c'est que certains acteurs politiques, je pense à Bruno Retaillon, notamment il y a quelques semaines, disaient au fond, le budget, il ne nous plaît pas, ce n'est pas grave, on pourra vivre avec la loi spéciale toute l'année. D'abord, ce n'est pas possible parce qu'il y a plein de dépenses, plein d'urgence, plein de crise.

On ne peut pas dire aux gens, vous savez, ça va être une année en parenthèse, une année en pause. Dans la vie de tous ceux qui nous regardent, dans 15 jours, c'est l'année 2026, les enjeux de logement, les enjeux de défense, les enjeux de narcotrafic, les enjeux agricoles nécessitent qu'on ait une action adaptée, pas juste celle de l'année dernière. Première chose.

La deuxième chose, c'est qu'au fond, il y a un peu un sentiment de certains acteurs politiques qu'on pourrait se dédouaner, qu'on pourrait dire, c'est au gouvernement, par exemple, faire un 49-3, il n'a qu'à prendre ses responsabilités. Mais je le redis, le gouvernement, s'il n'a pas un texte qui fait compromis, à la fin, vous avez quoi ? Vous n'avez toujours pas de budget et vous n'avez pas de gouvernement.

Donc qu'est-ce qu'on veut proposer aux Français ? C'est d'avoir, à mon avis, un service maximum, donc pas une loi spéciale, c'est d'avoir un gouvernement qui peut répondre à l'essentiel et aux crises, et donc à la capacité d'agir, donc qui sort des débats juridiques qui n'apportent honnêtement pas de solution, qu'on réfléchisse vraiment au quoi avant de réfléchir au comment, et qu'on se mette d'accord sur un élément. Si nous ne faisons pas ça, nous, là, les partis de gouvernement, au fond, les Français vont zapper.

Ils vont passer sur une autre chaîne, c'est la chaîne des extrêmes. Les extrêmes, ils n'attendent qu'une seule chose, c'est que nous n'y arrivions pas. Ils n'ont pas attendu qu'il n'y ait pas de budget.

Le projet du Rassemblement national, le projet de la France insoumise, c'est quoi ? C'est qu'il y ait des nouvelles élections. Parce que le Rassemblement national considère que les Français n'ont pas bien voté en 2024, qu'il faut une dissolution, et qu'avec les nouvelles législatives, tout va marcher mieux.

Moi, je demande au Rassemblement national, si c'est votre projet, expliquez aux Français ce qui va se passer, pour les agriculteurs, pour la défense, pour le narcotrafic, qu'est-ce qu'il y aura pour les Français, là, si, imaginez, on se lance dans les élections. Même chose pour les insoumis. Les insoumis considèrent qu'en 2022, au moment de la présidentielle, à ce moment-là, les Français n'ont pas bien voté, donc il faut refaire des présidentielles.

Même question. Qu'est-ce que ça résout dans la vie des Français, ici et maintenant, pour 2026 ? Rien.

Et donc, moi, je ne suis pas niéliste. Je suis engagée pour que, ici et maintenant, nous ne fassions pas la grève du compromis, nous ne nous contentions pas du service minimum, et je le dis avec force, vous le sentez engagée. Question pratique, Amélie Monchal, la question qui concerne des millions de Français, les contribuables qui payent l'impôt sur le revenu.

S'il n'y a pas de budget, si on est avec juste une loi spéciale début janvier ou même tout le mois de janvier, il n'y a pas non plus de revalorisation du barème de l'impôt sur le revenu. En effet. Est-ce que les Français vont payer plus d'impôt sur le revenu chaque mois sur leur feuille de paye ?

Est-ce que certains vont se mettre à le payer alors qu'ils ne le payaient pas ? Ça change le taux d'imposition au mois d'avril. Donc ça donne une très bonne raison d'expliquer pourquoi le gouvernement souhaite que le maximum du maximum, cette histoire de budget, ça soit résolu d'ici à la fin du mois de janvier.

Parce qu'effectivement...

C'est la deadline que vous vous fixez, fin janvier. Oui, parce qu'arrivera ensuite plein de choses très concrètes. J'ai vu votre sommaire.

Vous avez parlé des petits colis. Vous avez parlé des impôts. À un moment donné, les impôts, le taux normalement change au mois d'avril.

Donc jusqu'au mois d'avril, on peut encore agir. Après, on constatera des choses soit très compliquées et surtout, ça rappelle une chose. Ça rend dans la vraie vie des Français.

Ce n'est plus une question de débat dans l'hémicycle. Au 1er janvier, notre capacité à nous mettre d'accord ou non a des conséquences directes sur la vie des Français. Et moi, je ne me résous pas à me dire que la classe politique au fond donne des arguments aux extrêmes de dire qu'il faut tous nous dégager.

Moi, je pense que si les partis de gouvernement, là, dans les prochains jours, aux prochaines semaines, on n'est pas capable de se mettre d'accord sur l'essentiel pour répondre aux crises, au fond, les extrêmes qui veulent proposer autre chose, eh bien, ils auront gagné. Et moi, je ne vous souhaite pas les faire gagner par une incapacité à trouver un accord alors qu'on en a trouvé un sur le budget de la sécurité sociale. On a compris, vous dites, on a réussi sur la sécu, on va y arriver sur le budget de l'État.

On va se laisser tout le mois de janvier encore pour négocier. Non, ce n'est pas ce que je dis. Jusqu'à la fin du mois de janvier.

Ce que je dis, c'est que le gouvernement, maintenant, est très clair. Nous ne pouvons pas laisser, et c'est une des questions, et ce sera la principale, les premières questions qu'on posera avant de passer au quoi. Est-ce qu'on est quand même bien d'accord que le but, c'est qu'entre maintenant et la fin du mois de janvier, il y ait bien un vrai budget, un service maximum pour la fin ?

Pour vous, la deadline, c'est vraiment fin janvier. C'est-à-dire que s'il n'y a pas d'accord fin janvier, il se passe quoi ? Il se passe que dans ce cas-là, au fond, ce qu'on est en train de dire, c'est que notre pays s'affaiblit, c'est-à-dire que nous n'aurons pas les moyens de répondre aux crises, et que donc, il faut que toute la classe politique ait bien conscience qu'elle est en train d'emmener son propre pays dans un État où nous n'avons plus la capacité de répondre aux urgences et à l'essentiel.

C'est très important qu'on se fixe des délais, parce qu'à partir du moment où il n'y a plus de délais, on a l'impression, vous savez, que la responsabilité peut aussi se diluer. On ne va pas diluer le temps, on ne va pas non plus diluer les responsabilités, le gouvernement reprend ses responsabilités, mais rappelle à tout le monde que les outils juridiques, vous savez, dans la Constitution, il y a écrit beaucoup de choses. Enfin, il n'y a aucun article qui explique comment on fait un compromis, parce que le compromis, ça ne dépend pas de la Constitution.

Ça dépend de la volonté et du sens des responsabilités que chacun met autour de la table. Puisque vous parlez de compromis, on sait que l'un des points qui a un peu, disons, irrité les sénateurs, les républicains, c'est la volonté du Parti Socialiste d'augmenter de 10 milliards d'euros les recettes et de baisser de 10 milliards d'euros les dépenses. C'est ce qu'ont mis en avant les sénateurs et les républicains pour rejeter ces mesures-là.

Vous demandez au Parti Socialiste de revenir là-dessus ou pas ? Moi, je demande à chacun de faire un pas. Vous voyez, il y a des gens dans le débat qui vous disent « On ne veut aucune hausse d'impôts. » Ah bon, mais alors du coup, la taxe sur les petits colis sont contre ?

Puis vous avez des gens qui vous disent « On ne veut aucune économie. » Je dis « Ah bon ? » Mais du coup, on ne prend pas acte qu'on n'est plus dans la crise du Covid et qu'on n'est pas non plus dans la crise de l'énergie comme après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Donc évidemment que dans le budget, ce n'est pas un scoop, il y aura quelques hausses d'impôts. Moi, je souhaite qu'on puisse lutter contre la suroptimisation fiscale, y compris des plus fortunés. Je souhaite qu'on puisse taxer… Avec des nouvelles mesures ?

Mais bien sûr. Des mesures qui n'étaient pas pour l'instant inscrites ni à l'Assemblée ni au Sénat. La Cour des comptes rend un rapport il y a quelques jours sur la fraude fiscale.

La Cour des comptes qui dit « On n'arrive pas ni à chiffrer précisément le montant de la fraude fiscale, ce qui est un tout petit peu inquiétant. » La Cour des comptes dit qu'il y a trois personnes à Bercy qui sont chargées de ça seulement depuis des années et qui n'arrivent même pas à avoir le montant total. Et surtout, on n'arrive pas à récupérer plus d'argent que les années d'avant ce qui est très inquiétant.

Nous avons un projet de loi de lutte contre la fraude fiscale et sociale qui est probablement le plus ambitieux pour aller vraiment au bout de tout ce qu'on peut faire pour faire rentrer l'argent dans la caisse. Pas juste détecter la fraude, pas juste la mesurer, mais faire rentrer l'argent dans la caisse. Vous voyez bien que ça, c'est quand même des hausses d'impôts s'il y a des mécanismes à mettre en œuvre pour limiter la suroptimisation que tout le monde peut accepter.

Mais la même Cour des comptes dit que la dernière loi qui a été votée elle est inefficace en la matière. C'est pour ça qu'il y a en ce moment un texte de loi. Donc oui, dans le budget, scoop, il y aura quelques hausses d'impôts.

Il y en aura peut-être même qui seront nécessaires parce qu'un certain nombre de sujets nécessitent qu'il y ait des hausses d'impôts. Et puis il y aura des économies. Et vous voyez, si tout le monde rentre dans ce débat en disant en fait, surtout pour des raisons d'élection présidentielle, sur des postures, sur des choses qui au fond n'ont pas vraiment de sens dans la vie quotidienne des Français.

Vous voulez dire, les discussions seraient plus simples s'il n'y avait pas Olivier Faure d'un côté, Bruno Retailleau et leur invoquer de l'autre. Ce n'est pas ça que je...

Ah, pas du tout. C'est un petit peu ça qu'il faut comprendre. Ce n'est pas ça du tout.

Vous avez...

Et c'est ce qui s'est passé sur la sécurité sociale. C'est qu'au fond, tout le monde a considéré qu'il était plus important de donner un budget à nos hôpitaux, à nos infirmières, à nos soignants, à nos retraités, aux associations qui prennent en charge les personnes en situation de handicap que d'en rester à des postures, d'en rester à des postulats qui sont un peu des idéologies. Chacun pourra, le moment venu, présenter son programme pour la présidentielle.

Mais le programme de la présidentielle, le premier track de la présidentielle des uns et des autres, ça ne joue pas maintenant, ça joue dans 18 mois. Et donc, oui, à la fin, il y aura des hausses d'impôts qu'il faudra cibler, choisir, décider ensemble. Et puis, il y aura des économies qu'il faudra cibler, choisir et décider ensemble.

Et je pense que notre pays est tout à fait capable, tout à fait capable, et nous, nous, responsables politiques, de mettre le mot responsable au cœur de ce qu'on fait maintenant. Vous avez parlé à deux reprises depuis tout à l'heure de la fameuse taxe sur les petits colis. On sait qu'en réalité, il y a deux projets de taxes.

Un projet porté par l'Europe qui est une taxe de 3 euros par colis qui serait mise en place l'an prochain, donc très bientôt. Et dans le même temps, le gouvernement qui a également un projet. Est-ce que vous pouvez nous dire très concrètement de combien vont augmenter les petits colis l'an prochain ?

Dans les deux cas, nous travaillons avec tous les Européens et la France. Et j'y ai mis beaucoup d'énergie, Roland Descure aussi, avec mon collègue Serge Papin. Nous avons pris la tête d'une très grande mobilisation pour d'abord protéger les consommateurs, arrêter d'avoir des choses qui sont dangereuses partout dans la logistique et ensuite dans nos maisons.

Et deuxième chose, pour arrêter la concurrence illoyale. Il y a deux très grandes victoires. La première chose, c'est que nous nous sommes mis d'accord au niveau européen pour qu'il y ait une taxe pour que nous ayons les moyens de contrôler. 3 euros. 2 euros. 2 euros, pardon.

C'est ce qui a été proposé par le gouvernement français. Nous, on a dit avec la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France qu'on mettraient cette taxe de 2 euros en place dès que possible. Donc, dès le mois de janvier, c'est ce qu'on se vise tous.

S'il y a un budget. Et tous les Européens feront la même chose au 1er novembre. Ça, c'est la taxe pour contrôle.

Donc, 2 euros dès les jours qui viennent. Et toute l'Europe au mois de novembre. Et puis, il y a un deuxième sujet qui est d'ailleurs le sujet que Donald Trump avait pris en main dès son arrivée d'ailleurs au pouvoir aux États-Unis.

C'est le sujet des droits de douane. Il y avait, jusqu'à maintenant, une espèce de tolérance entrée dans l'Union européenne sans droits de douane. Il y a exactement 10 jours, c'est un Conseil des ministres des Finances européens qui a dit, ça suffit.

Il y aura là aussi des droits de douane dès le 1er euro. Et donc, ces droits de douane de 3 euros par article s'appliqueront dans toute l'Union européenne au 1er janvier. Qu'est-ce que ça dit ?

Ça dit 5 euros, si je compte bien. Tout à fait. 2 plus 3, oui.

Mais ça dit surtout une chose. Le but, ce n'est pas de cibler les consommateurs. Le but, c'est de protéger les consommateurs et de faire en sorte que la concurrence soit loyale avec nos entreprises européennes et on le fait toute l'Europe unie.

Ce n'est pas la France qui a pris son petit bâton tout seul et qui s'est lancé dans une aventure. C'est la France qui a pris son flambeau, qui a mis d'accord les Européens, qui commence à faire ce que toute l'Europe fera au mois de juillet avec les droits de douane et au mois de novembre avec les frais de contrôle, la taxe pour contrôle, pour que dans quelques mois, quand vous faites une commande en ligne sur une plateforme, quelle qu'elle soit, ce ne soit pas dangereux et que ça ne tue pas le petit commerce de centre-ville, nos artisans, nos entreprises, nos industries. Et si je résume, c'est donc 5 euros à partir du mois de janvier, donc dans quelques jours ?

Non, les 5 euros que vous citez, c'est à partir du moment où les deux mécanismes se mettent en place. Je rappelle, un mécanisme pour contrôle en France dès le mois de janvier qui deviendra européen en novembre et les droits de douane c'est au mois de juillet. Donc ça c'est important parce qu'on nous dit souvent qu'il faut avoir du protectionnisme.

Il faut qu'on ne soit pas ouvert à tous les vents du commerce mondial et qu'au fond les éléments de concurrence ne soient pas respectés. C'est une très grande avancée parce que cet élément de droit de douane dès le premier euro et pas cette tolérance à 150 euros, ça fait des années, des années que la France se bat et nous avons remporté cette victoire la semaine dernière. Il y a un autre chiffre qui a fait beaucoup parler les Français de ces derniers jours, c'est la hausse des mutuelles prévues l'an prochain, hausse prévue de 4 à 5% l'an prochain en moyenne sur les tarifs des mutuelles.

Est-ce que pour vous c'est justifié ou est-ce que d'une façon ou d'une autre les mutuelles sont en train de faire payer aux Français la taxe que les parlementaires ont votée d'un milliard d'euros dans le cadre du budget de la Sécu ? En un mot. Oui.

Justifié ou pas ? Ce n'est pas justifié puisque le milliard d'euros qui a été décidé et voté dans le cadre du budget de la Sécurité sociale n'est que le rattrapage de ce qui s'était passé suite à la censure du gouvernement de Michel Barnier où les mutuelles devaient prendre en charge un milliard d'euros de plus de frais de santé et il avait été décidé que finalement c'est la Sécurité sociale qui prendra à sa charge de milliards d'euros et elles avaient déjà à l'époque augmenté les tarifs donc je pense que sur ce sujet ma collègue Stéphanie Ries ministre de la Santé a lancé un travail avec les mutuelles pour que nous ayons une pratique différente on ne peut pas infiniment augmenter les tarifs alors que de l'autre côté c'est la Sécurité sociale qui continue de payer les frais Mais en attendant les tarifs ils augmentent dans du jour ? Nous avons dans la loi mis en place des outils de suivi et je peux vous dire que le gouvernement sera très mobilisé parce que ce n'est pas aux Français de prendre à sa charge des choses qui sont en fait les conséquences en l'occurrence de la censure et qui avaient été largement discutées avec les mutuelles Mais voyez Est-ce que vous avez les moyens de leur faire changer leur grille de tarifs ?

C'est ça la question D'abord on a les moyens d'abord on a des discussions et surtout elles prennent à leur charge une partie des dépenses de santé la question c'est de bien contrôler avec elles lesquelles et que nous travaillons ensemble et que ça ne coûte pas deux fois aux Français une fois par les impôts une fois par les mutuelles Mais ce que vous me dites et ça montre une chose et je reviens et je vais devoir malheureusement reprendre les travaux c'est que vous voyez les débats dans les hémicycles les débats budgétaires les débats politiques à un moment ils ont des conséquences dans la vie des Français et moi ce qui m'occupe là vous voyez avec beaucoup d'énergie c'est que nous ne perdions pas de vue que ce compromis qu'on cherche c'est pas un compromis entre forces politiques pour les forces politiques c'est un compromis pour que l'essentiel de la vie des Français que les urgences que les crises que ce que nous devons à nos agriculteurs ce que nous devons à nos militaires ce que nous devons à nos policiers engagés contre le narcotrafic ce que nous devons à nos enseignants ce que nous devons à nos juges ce que nous devons à nos agents pénitentiaires nous ayons les moyens de les faire entrer non pas dans nos discours non pas dans nos mots mais dans la vraie vie et donc c'est ça qui nous occupe et les Français la hausse des mutuelles elle est injustifiée et pourtant elle aura lieu dans quelques jours et c'est pour ça que je vous dis que nous engageons un travail très renforcé de très grand suivi pour que cette hausse n'ait pas lieu et que cette hausse surtout soit corrélée à une prise en charge effective de plus de plus de dépenses de santé donc vous allez tordre le bras aux mutuelles pour qu'elles prennent en charge davantage de choses c'est ça l'idée ? exactement on pourrait se demander comment les mutuelles prennent en charge plus de dépenses de prévention comment elles accompagnent mieux les Français vers la vaccination comment elles accompagnent mieux les Français qui par exemple sont en situation de dépendance bref il faut qu'il y ait du donnant-donnant parce que les Français ne peuvent pas payer deux fois et je peux vous dire que nous sommes sur ce sujet elles ont rendez-vous au ministère de la Santé il y a un travail qui est lancé Stéphanie Riste pourra vous en parler c'est son travail évidemment avec moi évidemment parce que je le redis la ministre de la Santé dans la vie des Français nos débats politiques ont des conséquences et je vous donne un autre exemple pour finir vous voyez dans le budget de la sécurité sociale il y a une mesure qui a été votée et qui est une très bonne mesure et qui va rentrer dans la vraie vie des Français et j'en suis fier c'est que le calcul de la retraite des femmes va enfin prendre en compte les conséquences que tout le monde connaît que quand on a des enfants et bien aujourd'hui en fait on est pénalisé et ce sera pour les femmes fonctionnaires et pour les femmes actives du secteur privé cette mesure là heureusement qu'à un moment donné il y a eu un vote et heureusement qu'à un moment donné on a été au terme du processus pour que ça rentre dans la vraie vie des Français qui nous regardent et qui disent voilà une bonne mesure c'est pour ça qu'on fait des compromis pour que les budgets soient meilleurs pour que la vie des Français soit meilleure pas parce qu'on veut juste donner les apparences de la vie politique c'est pour ça que je m'engage et je pense que les Français nous attendent et c'est pour ça que vous voyez avec le Premier ministre demain on reprend nos responsabilités on remet tout le monde sur la table et on dit en fait à un moment donné c'est pas dans deux mois trois mois cinq mois six mois mais très vite on doit être capable de donner un budget qui n'est pas un service minimum parce que nous devons le maximum aux Français Merci beaucoup Amélie de Montchalin d'être venue sur ce plateau ce soir il faut un budget avant la fin du mois de janvier c'est ce que vous nous avez dit tout à l'heure avant de lancer un appel à toutes les formations politiques je retiens également ce que vous avez dit sur les mutuelles hausses injustifiées des mutuelles l'an prochain et on va négocier avec elles pour voir si on peut soit revenir sur cette hausse soit ajouter des choses dans le panier de soins des mutuelles je crois que tous les Français qui nous regardent ce soir et qui ont vu reçu ces derniers jours leur tarif de mutuelles pour 2026 ont retenu cette annonce ce soir merci beaucoup vous voyez qui ce soir à Matignon ? Nous voyons tous ceux que nous devons voir C'est secret je ne le saurais pas Et le principe c'est pas que c'est secret pour être secret à un moment donné il faut créer de la confiance et il faut créer surtout de l'action et la confiance c'est entre nous mais l'action c'est pour les Français

Budget pour la France: l'interview d'Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics — Amélie de Montchalin · Pourquijevote