Présidentielle : "Les socialistes ne se sont pas préparés comme ils auraient dû le faire"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 35 %Attaque 45 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 72 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse partielle
Est-ce que c'est un retraité de la politique ou un homme d'expérience qui attend qu'on le rappelle pour 2022 ?
- 1:51RelanceÉludée
Beaucoup de personnes au Parti Socialiste ont pensé à vous, ont misé sur vous, tout était prêt. Vous n'y avez pas pensé à un moment ?
- 3:26RelanceRéponse directe
Vous l'avez considéré ou ils vous l'ont dit clairement ?
- 3:51OuverteRéponse directe
Mais pourtant vous faites campagne pour Anne Hidalgo ?
- 5:20OuverteRéponse directe
Vous pensez qu'elle peut gagner, Anne Hidalgo, quand vous voyez la situation à gauche ?
- 6:13RelanceRéponse partielle
Vous dites qu'on n'a rien fait, nous les socialistes, depuis cinq ans. C'est vous exonérer du quinquennat précédent ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:36Invité politiqueFait
« nous a conduit à affronter des crises, une crise économique et financière au sein de la zone euro, j'étais ministre des Affaires européennes et ministre du budget à ce moment-là, puis une crise migratoire, une crise terroriste »
- 2:44Invité politiqueFait
« la social-démocratie comme une obligation de réalisme, de responsabilité, de sérieux sur les questions économiques et sociales »
- 3:35Invité politiqueFait
« ce que je préconisais n'est pas ce qui a été retenu comme orientation »
- 4:20Invité politiqueFait
« lorsque je lis dans les propositions des socialistes, et parfois dans certains propos de tribunes, de campagnes, qu'on pourrait sortir du nucléaire immédiatement, et qu'on pourrait se tourner vers 100% d'énergie renouvelable »
- 5:40Invité politiqueFait
« les socialistes ne se sont pas préparés comme ils auraient dû le faire à cette échéance »
- 6:46Invité politiqueFait
« supprimer 80 000 emplois dans l'éducation nationale et d'en créer 60 000, de mettre en place le dispositif plus de maîtres que de classes »
- 6:55Invité politiqueFait
« créer 13 000 emplois dans la police et d'en supprimer 13 000 sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy »
- 9:34Invité politiqueFait
« ça reste une erreur »
- 10:09Invité politiqueFait
« j'étais ministre de l'Intérieur à l'égard d'individus qui avaient proféré des menaces à l'encontre de notre pays »
- 10:21Invité politiqueFait
« ce qui me choquait, c'était le principe de sa constitutionnalisation avec les débats de fond que cela engendrait »
- 20:17Invité politiqueFait
« j'ai maintenu ce signal mais j'ai surtout créé les conditions pour que nous puissions dans les meilleures conditions accueillir ceux qui devaient l'être et qu'on les mette dans le dispositif national d'asile »
- 20:32Invité politiqueChiffre
« On a créé 570 centres d'accueil et d'orientation partout en France pour pouvoir mettre à l'abri ceux qui relevaient de l'asile en France »
- 20:44Invité politiqueChiffre
« On a multiplié par deux le nombre de places en centres d'accueil pour demandeurs d'asile, par deux »
- 23:10Invité politiqueFait
« je ne pense pas qu'il faille arrêter une politique de régularisation massive de tous les sans-papiers »
- 24:04Invité politiqueFait
« Emmanuel Macron a été confronté à une situation extrêmement difficile comme nous-mêmes avons été confrontés à une situation difficile »
- 24:30Invité politiqueFait
« le président de la République a été amené à prendre beaucoup de décisions qui ont été utiles au pays »
Temps de parole
- Bernard Cazeneuve73 %
- Invité8 %
- Présentateur8 %
- Présentateur 26 %
- ?5 %
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Bonjour Bernard Cazeneuve, vous publiez aujourd'hui chez Stock le sens de notre nation, récite votre passage au ministère de l'Intérieur, puis à Matignon, sous le quinquennat de François Hollande, vous y racontez les coulisses du pouvoir, la difficulté à gérer le pays, l'importance également de chaque décision prise au sommet de l'État, on va en parler avec vous ce matin, d'abord un mot qui est là, qui est devant nous ce matin, est-ce que c'est un retraité de la politique ou est-ce que c'est un homme d'expérience qui attend qu'on le rappelle pour 2022
?
Non, rien de tout ça, je suis un citoyen engagé, j'exerçais des responsabilités publiques que vous venez de rappeler, dans un contexte particulièrement difficile,
qui
nous a conduit à affronter des crises, une crise économique et financière au sein de la zone euro, j'étais ministre des Affaires européennes et ministre du budget à ce moment-là, puis une crise migratoire, une crise terroriste, et bien entendu dans ce contexte de tensions particuliers que nous avons eu à affronter, j'ai été amené à prendre des décisions, à participer à un processus interministériel, et parfois avec le président de la République et le Premier ministre, à affronter des événements qui avaient une dimension de tragédie, donc
bien entendu, ces événements m'ont marqué,
et ils comptent pour moi, et donc je viens devant vous, à travers ce livre, avec une expérience, et puis un regard porté sur l'actualité. Sans fourmi dans les jambes
?
Ah non, aucune, non. Aucune ? Aucune envie d'y retourner
? Non,
mais on ne fait pas de la politique en se disant à chaque instant qu'on est indispensable, ou alors sinon...
Certains se le disent, hein ?
Oui, d'accord, mais quand ils se le disent trop souvent, et d'ailleurs ils en font la démonstration quand ils l'expriment de façon trop nette, ils cessent de se poser la question de savoir comment ils peuvent être utiles. Or,
en
politique, la seule question qu'on doit se poser, c'est de savoir si on peut servir à quelque chose modestement là où on est, ce n'est pas de se projeter tous les jours devant de
la scène... Vous n'y avez pas pensé à un moment, juste avant la candidature
d'Anne Hidalgo ? Beaucoup de personnes au Parti Socialiste ont pensé à vous, ont misé sur vous, tout était prêt.
Non,
non,
non, tout était
prêt. Vous pouvez t'en lire, dans la
presse ? Oui,
oui,
d'accord, mais ça, le papier ne refuse pas l'encre, et les journalistes ne manquent pas d'imagination. A aucun moment vous n'avez songé à une candidature ? Non, vous me posez une question, je vais vous répondre. A un moment donné, j'ai pensé, c'était dans le courant d'année 2019, sentant que les choses étaient quand même très difficiles et compliquées, que je pourrais mettre cette expérience au service de mon parti dans la perspective des échéances se présentant à lui. Mais j'ai très envie de constater que la ligne sur laquelle j'étais, c'est-à-dire la République entièrement, pleinement, fermement, face au risque que représentait pour le pays
la
confrontation souhaitée par un certain nombre d'organisations radicales, et notamment à
l
'extrême droite, mais pas seulement. Deuxièmement, la social-démocratie comme une obligation de réalisme, de responsabilité, de sérieux sur les questions économiques et sociales, nous obligeons d'ailleurs à refonder la démocratie sociale, à redonner aux corps intermédiaires de la force, et puis une écologie qui soit à la fois résolue, responsable, praticable, et nous obligeons par exemple sur les questions de la politique énergétique à faire des choix équilibrés. J'ai considéré que sur ces trois orientations très précises, sur lesquelles je me suis exprimé à travers des articles... On attend la fin de la phrase.
...des articles
précis
dans
un certain nombre de revues, j'ai considéré que les socialistes pensaient que la ligne que je proposais n'était pas la leur, et donc j'en ai tiré des conclusions. Voilà. Vous
l'avez considéré ou ils vous l'ont dit clairement ?
Non,
certains me l'ont dit clairement, je l'ai senti, j'ai un peu d'intuition politique, et d'ailleurs ce qui se passe aujourd'hui, globalement à gauche, montre bien que ce que je préconisais n'est pas ce qui a été retenu comme orientation. Car le sérieux, la responsabilité, la République en partage, et l'écologie réaliste ne sont pas les orientations autour desquelles la gauche a décidé de faire campagne, me semble-t
-il.
Mais pourtant vous faites campagne pour Anne Hidalgo ?
Oui, parce que précisément Anne Hidalgo, sur ces sujets, me paraît avoir une position beaucoup plus équilibrée, beaucoup plus juste et beaucoup plus responsable que tous les autres, même si, bien entendu, il m'arrive avec Anne Hidalgo d'avoir sur un certain nombre de sujets des débats où je lui dis ce que j'ai à lui dire en confiance. Vous n'êtes pas d'accord avec tout son programme
? Non,
mais par exemple, là aussi, ce n
'est
pas la peine de tourner autour du pot. Lorsque je lis dans les propositions des socialistes, et parfois dans certains propos de tribunes, de campagnes, qu'on pourrait sortir du nucléaire immédiatement, et qu'on pourrait se tourner vers 100% d'énergie renouvelable, alors même que la population française va augmenter, que nous sommes dans une situation où il faut assurer l'indépendance énergétique de notre pays, si nous voulons assurer sa réindustrialisation, moi, je ne suis pas sur ces lignes-là. Ça, vous l'avez dit, donc, à Anne Hidalgo ? Je dis à Anne Hidalgo ce que j'ai à lui dire à chaque fois que l'occasion s'en présente.
De la même manière, je pense que la question évoquée par Anne Hidalgo de l'augmentation du SMIC, de la politique salariale, est fondamentale dans un pays au sein duquel les Français souffrent énormément, avec l'augmentation du prix de l'énergie, avec les inégalités qui se creusent, mais qu'il faut sur ces sujets-là une conférence sociale, et c'est au terme de cette conférence sociale que nous déterminons les conditions dans lesquelles nous nous engageons vers l'objectif que je partage, qui est celui de l'augmentation du SMIC et de la réduction des inégalités
salarielles. Vous pensez qu'elle
peut gagner, Anne Hidalgo, quand vous voyez la situation à gauche ? Vous pensez qu'elle peut gagner ? Vous y croyez, même si vous faites campagne pour elle
? Non,
mais je suis lucide et je pense qu'il est préférable de l'être, surtout si on veut atteindre l'objectif de crédibilité. C'est plus difficile pour Anne Hidalgo que ça ne l'a été pour d'autres candidats socialistes à d'autres époques. Pourquoi ? Parce que les socialistes ne se sont pas préparés comme ils auraient dû le faire
à
cette échéance. Pendant cinq ans,
le
travail sur le fonds qui devait être fait, de réorganisation, de projection d'un projet, de mise en évidence de talent n'a pas été fait. Et ensuite, après la phase d'impréparation, nous sommes avec le contexte que nous connaissons dans une phase d'improvisation. Et précisément, Anne Hidalgo a eu raison de sortir son projet et elle a raison désormais de faire campagne autour de son projet pour essayer d'inverser la tendance. Vous dites qu'on
n'a rien fait, nous les socialistes, depuis cinq ans. C'est vous exonérer du quinquennat précédent ? Mais
dans le quinquennat précédent, on a fait beaucoup de choses. Ce qui pour
beaucoup d'électeurs de gauche
aujourd'hui reste,
lui, les lois travail et de la déchéance
de la nationalité. Il y a un droit d
'inventaire à
faire aussi là-dessus ou pas,
Bernard
Cazin
?
Sur ce sujet, si les socialistes avaient été un peu fiers de ce qui a été fait, non seulement pendant le quinquennat de François Hollande, mais pendant tous les quinquennats et toutes les périodes où les socialistes ont gouverné, c'est-à-dire sous François Mitterrand, puis sous Lionel Jospin, s'ils avaient été fiers de ce qui a été fait sous le quinquennat de François Hollande, ce n
'est
quand même pas la même chose de supprimer 80 000 emplois dans l'éducation nationale et d'en créer 60 000, de mettre en place le dispositif plus de maîtres que de classes, de créer 13 000 emplois dans la police et d'en supprimer 13 000 sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.
Ce n'est pas pareil
que de mener la politique actuelle en matière d'environnement et de réussir la COP 21. Et je pourrais comme ça multiplier les exemples. Mais quand on prend une posture, qui est une tendance à gauche, qui l'a conduit à la situation dans laquelle elle est, qui consiste à considérer que la gauche n
'est
jamais aussi belle que lorsqu'elle commente avec le souci de sa pureté l'action de ceux qui osent affronter le réel,
sans jamais
avoir la moindre fierté de ce qui a été fait de pertinent, et bien à ce moment-là, elle se retrouve dans la situation dans laquelle elle est. Pourquoi ? Parce que quand on n'est pas capable d'expliquer ce que l'on a fait de bien quand on gouvernait, lorsqu'on prétend à gouverner de nouveau, c'est vers d'autres que l'on se tourne. C'est ce que les socialistes n'ont pas suffisamment compris au cours des cinq dernières années. Je
vais faire
quelque chose que je ne fais
jamais.
Je vais tenter de couper la parole à Salia Bracuilla pour mieux lancer le fil info à 8h40 et pour mieux vous la redonner, Salia, dans un instant, avec notre invité, ça j'en doutais pas, un instant, Bernard Cazeneuve. Lisa Guyenne pour le fil info.
Grand témoin de France Info ce matin. Le directeur de la Banque de France prévient les candidats à la présidentielle. Attention aux fausses promesses de dépenses et de baisses d'impôts. Le quoi qu'il en coûte n'est plus justifié, selon lui. La situation de la dette est inquiétante. Elle atteint aujourd'hui 115% du PIB français. Il dit regretter la symbolique de sa destination. Jean-Michel Blanquer reconnaît qu'il aurait dû choisir un autre lieu qu'Ibiza pour passer ses vacances de fin d'année. Chez les enseignants, le syndicat FO maintient son appel à manifester à Paris demain, malgré l'interdiction de la préfecture de police qui dit avoir reçu la déclaration trop tard.
Arnaud Montebourg jette l'éponge. Il abandonne la course à la présidentielle et ne rallie aucun autre candidat de gauche. L'ancien ministre du redressement productif était donné entre 0,5 et 2% des intentions de vote. Pour mieux lutter contre la pornographie et la violence sur Internet, les députés valident une proposition de loi sur le contrôle parental. Elle vise à obliger les fabricants de tablettes, de smartphones et de consoles de jeux à rendre les options de contrôle plus accessibles sur les écrans. C'est maintenant aux sénateurs d'examiner ce texte.
Le
8.30 France Info, Salia Brakia, Marc Fauvel. Toujours avec l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve dans votre livre « Le sens de notre nation » que vous publiez aujourd'hui chez Stock. Vous revenez sur l'épisode de la déchéance de nationalité sous le plan de François Hollande. Vous dites « J'ignore encore aujourd'hui qui a soufflé cette idée à François Hollande. Nous sommes tombés dans un piège que nous nous sommes tendus nous-mêmes. »
Ça
veut dire que ça reste une cicatrice chez vous
? En tout
cas, ça reste une erreur.
À
partir du moment où vous avancez une idée ou une intention qui se termine dans les conditions que l'on sait, c'est-à-dire par un échec politique, par une confusion, et puis aussi par un sentiment de malaise parmi ceux qui vous soutiennent, c'est que vous avez commis une faute.
–
Mais vous savez aujourd'hui qui lui a soufflé l'idée à François Hollande
? –
Non, je n
'ai pas… – C'est
Emmanuel Valls ?
– Non, écoutez, Emmanuel Valls avait une position sur ce sujet que l'on connaît, qu'il a réaffirmé d'ailleurs à l'occasion de la sortie de son livre sur votre plateau. Moi-même, je n'étais pas contre le principe de la déchéance de la nationalité.
J
'en avais fait lorsque j'étais ministre de l'Intérieur à l'égard d'individus qui avaient proféré des menaces à l'encontre de notre pays. Ce que je pensais, c'est qu'il n'était pas nécessaire de procéder à la constitutionnalisation de cette mesure et que l'état du droit
tel
qu'il était nous permettait de procéder à des déchéances si nous estimions qu'il était nécessaire de le faire. Et d'ailleurs, j'avais procédé à des déchéances de nationalité. Donc ce n'était pas la mesure qui me choquait. Ce qui me choquait, c'était le principe de sa constitutionnalisation avec les débats de fond que cela engendrait et qui demeurerait dans l'esprit et dans le cœur de
beaucoup
de républicains comme une blessure.
Je pense qu'il était
inutile d'engager des débats dont l'issue,
c'était ce que nous avons connu. Vous racontez que François Hollande, président, vous a demandé d'aller voir Manuel Valls pour tenter de le dissuader, de continuer à penser qu'il fallait faire la déchéance de nationalité. On a quasiment le sentiment que le vrai patron, c'était Manuel Valls. Non, le président n'arrivait pas
à lui faire changer d'avis sur ce point.
Les choses ne se passaient pas ainsi. Il y avait sur ces questions, et dans un contexte extraordinairement difficile pour le pays, qui était la question du terrorisme, du risque de fracturation que le terrorisme pouvait engendrer avec une parole publique qui n'était pas toujours à la hauteur de ce qu'elle aurait dû être, de la part d'un certain nombre d'acteurs politiques. Souvenez-vous qu'au moment de la manifestation du 11 janvier, qui était un grand moment de rassemblement et d'unité républicaine, dès le lendemain, vous avez un certain nombre d'acteurs politiques qui expliquaient que tout le monde n'avait pas manifesté, que dans le pays, il y avait des fractures,
un vieux qui ne manquerait pas exactement.
Donc, nous étions dans ce contexte-là. Et ce qui s'est passé au sein de l'État à ce moment-là, c'est une très forte unité entre le président de la République, le Premier ministre et moi-même, pour faire en sorte que cette unité ne soit jamais brisée. Effectivement, il y a eu à un moment donné des débats sur la déchéance de la nationalité. Il y
a
eu des débats entre le président de la République, le Premier ministre, la garde des Sceaux, moi-même, d'autres membres du gouvernement. Et à ce moment-là, la volonté qui était celle du président de la République, c'était de faire en sorte que cette unité gouvernementale demeura toujours. Lui-même a
fait savoir quelle était sa
doctrine.
Christiane
Taubira, qui est démissionné
à cause de ça. Vous comprenez qu'elle soit candidate aujourd'hui
? Non,
mais moi,
je
ne vais pas... Je vous l'ai dit à plusieurs reprises dans nos échanges, lorsque je suis venu sur votre plateau et à d'autres endroits, je ne
suis
pas là pour commenter l'actualité. Je ne
suis
pas un commentateur de l'actualité. J'ai des convictions politiques. Ces convictions politiques me conduisent à considérer que, si l'on veut que la gauche s'unisse, il faut qu'il
y ait
une force politique. La force pour vous, ça ne peut être... Non, la force politique, c'est une organisation, c'est un parti
qui,
autour d'un discours de responsabilité, de crédibilité et une volonté de transformation du pays, c'est-à-dire un idéal, décide de créer autour de lui un élan.
C
'est ce qu'a fait François Mitterrand en 1971, lorsqu'il a décidé de rénover le Parti Socialiste au Congrès d'Épinay. Et c'est ce travail de rassemblement et de réflexion sur le fond que nous aurions dû engager au cours des cinq dernières années. Je ne
crois qu'à cela.
C'est-à
-dire,
je crois aux corps intermédiaires, je crois aux partis, je crois à la crédibilité, je crois à la responsabilité.
Je vais vous citer, Bernard de Neufs, je préfère
les partis populaires aux primaires populaires. Et enfin, je considère que, si l'on veut avoir un rassemblement, il faut plus d'idées et moins d'égo, et qu
'on
ne peut pas à la fois vouloir le rassemblement et créer des conditions de candidature supplémentaire tous les jours. Et moi, je forme le vœu que, à gauche,
on
commence à sortir de l'égosphère pour entrer progressivement dans l'atmosphère. Ce serait vraiment utile pour nos électeurs qui sont
un peu
perdus.
Page 194, à propos justement des candidatures multiples à l'élection présidentielle. Je vous cite. Ceux qui se projettent ainsi sur le devant d'une scène déjà surpeuplée n'ont pas conscience qu'ils sont comme des statues antiques et amputées, peinant à demeurer debout au milieu d'un champ de ruines.
Un
champ de ruines, la gauche.
Non,
non, je parle de paysage politique,
là. C
'était général
? Non, parce que
si vous avez, dans le paysage politique global, un parti qui se porte bien, vous me dites lequel il est.
La majorité,
en marche ? La
majorité, non ? Non, vous avez l'impression qu'en marche,
c
'est un parti
puissant, organisé, structuré,
avec des leaders reconnus. Non. Marine Le Pen.
La
commune de laquelle Édouard Philippe vient
de sortir. Bon,
donc la confusion est partout. Pourquoi est-ce que la confusion est partout ? Parce que la politique en France se vit désormais comme une juxtaposition d'aventures individuelles. Et lorsque vous projetez au devant de la scène, dans ce champ de ruines, vous le faites généralement, on l'évoquait au début de notre émission, en expliquant que vous êtes indispensable.
Mais
sans la préoccupation de savoir comment vous pouvez être utile au pays. Et souvent, d'ailleurs, vous le faites en vous adressant à une succession de segments que vous considérez comme autant de clientèle. Et ce n
'est
pas du tout la conception que j
'ai
de la politique. Quand vous parlez aux Français et à la nation, vous avez infiniment plus d'impact que lorsque vous parlez à des catégories successives. Lorsque vous avez une vision de ce qu'est le pays, vous intériorisez le fait qu'à certains moments de son histoire, où selon les circonstances, vous pouvez être amené à vous effacer pour servir parce que la politique est une abnégation. Ce n'est pas un exercice narcissisant à l'occasion duquel des égaux se projettent au devant de la scène avec la seule et unique pensée d'eux-mêmes. Et c'est ce à quoi nous assistons aujourd'hui.
C
'est la raison pour laquelle nous sommes confrontés à cette profonde crise de confiance.
Donc vous ne savez pas pour qui vous allez voter ?
Vous n'avez pas l'air très
enthousiaste.
Non, je vous ai dit tout à l'heure pour qui j'allais voter. Et je le ferai avec la conscience de ce qu'est l'histoire de ma famille politique
et
la préoccupation de ce qu'est son avenir. Et un enthousiasme, on va dire,
mesuré. Écoutez, sur le bilan que vous venez de faire aujourd'hui, sur la situation politique en France, dans votre camp et en dehors... M. Fauvel, si vous
trouvez
des raisons d'être
enthousiaste,
c'est que vous êtes totalement inconscient. Moi, je suis lucide.
Je vois la
situation... Ben oui, la situation, elle est grave et sérieuse. Et c'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, je considère que nous devons avoir un objectif absolu de responsabilité, de crédibilité, de sérieux. Je remarque d'ailleurs que les pays dans lesquels les sociodémocrates gagnent les élections
sont
des pays dans lesquels il y a des organisations politiques structurées, des candidats qui sont dans la responsabilité,
le
sérieux. Je pense à Olaf Scholz, en Allemagne. Et des règles qui ne
sont pas les mêmes, qui sont celles d'une
coalition. Et oui, bien entendu. Et qui sont capables de faire autour d'eux des coalitions, mais qui sont capables de faire des coalitions, parce qu'avant de faire des coalitions, ils ont créé les conditions de forces politiques structurées.
Et la
démocratie, ce sont des forces politiques structurées au sein desquelles on débat, avec la volonté de porter des projets sérieux qui sont incarnés par des leaders crédibles.
Je
vous écoute depuis tout à l'heure, vous parlez de forces politiques structurées, de l'importance des partis. Ça veut dire quoi ? Que vous considérez aujourd'hui que le Parti Socialiste est mort
? Je
considère que le Parti Socialiste et la gauche sociale-démocrate doivent s'engager dans une reconstruction.
Donc il est mort
?
Je ne
vous
ai pas dit qu
'il était mort. Il est détruit ?
Non,
mais... C'est votre mot, hein ?
Non, non, mais écoutez, madame, vous pouvez faire les questions et les réponses.
Non, mais
du
coup, c
'est pas bien. Vos questions vous appartiennent, mais vos réponses ne sont pas les miennes. Je considère qu'il y a un avenir pour la social-démocratie
et
qu'il y a un espoir possible pour la gauche en France, mais que cet espoir implique responsabilité, crédibilité, sérieux et le refus de la radicalité au marge de ce qu'est le paysage politique. Parce que, à force de penser que la reconstruction se fera au marge dans la radicalité, vous faites des scores marginaux. Se placer au marge, c'est se condamner
à la marginalité du score. Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre, invité de France Info. Il est 8h51, le fil Info avec Lisa Guyenne.
Et
ce nouveau record absolu de cas positifs au Covid, 465 000 en 24 heures et plus de 300 000 en moyenne sur les 7 derniers jours. Pour autant, la pression sur les soins critiques continue de baisser avec 3900 malades du Covid en réanimation. Soupçonné d'avoir détourné 18 millions d'euros des caisses de l'assurance maladie, un pharmacien parisien est en détention provisoire pour une fraude massive au test de dépistage. De septembre à début décembre, il aurait établi de fausses factures pour des millions d'antigéniques soi-disant vendus à des médecins.
Quatre soldats français blessés, dont un gravement au Burkina Faso, victime d'une explosion sur le passage de leur voiture dans une zone fréquentée par plusieurs groupes djihadistes. Des militaires membres d'une unité de Barkhane qui était en mission de reconnaissance sur place. La France Insoumise demande à retirer Jean-Luc Mélenchon de la primaire populaire prévue à la fin du mois. Il n'a jamais donné son accord, selon son directeur de campagne qui dénonce une démarche insincère. Pour l'instant, près de 290 000 votants sont inscrits à ce scrutin d'initiative citoyenne. France
Info Le
8.30 France Info Salia Brakia, Marc Fauvel Toujours avec l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve qui publie aujourd'hui Le sens de notre nation aux éditions Stock. Eric Zemmour est à Calais aujourd'hui pour parler immigration. Sujet que vous avez dû traiter lorsque vous étiez à Beauvau sous le quinquennat de François Hollande. Les migrants à Calais 28 000 départs vers le Royaume-Uni l'an dernier. Qu'est-ce qu'il faut faire ?
Est
-ce qu'il faut les empêcher de passer
? Je
pense que la meilleure manière pour éviter que les passeurs continuent à faire leur travail funeste d'exploitation de
la
misère des migrants ils prélèvent près de 15 000 euros pour les engager sur un chemin qui est le plus souvent celui de la mort et de la tragédie. Il faut continuer à démanteler les réseaux de passeurs et envoyer très clairement le signal qu'à Calais on ne peut pas passer. Car si ce signal-là n'est pas envoyé alors c'est le travail des passeurs qu'on encourage, c'est le rassemblement des migrants qu'on organise et les difficultés humanitaires qui s'instaurent. Qu'est-ce que j'ai fait à Calais ?
Bien entendu j'ai maintenu ce signal mais j'ai surtout créé les conditions pour que nous puissions dans les meilleures conditions accueillir ceux qui devaient l'être et qu'on les mette dans le dispositif national
d'asile. Vous avez démonqué la jambe de Calais ? Oui mais
pas n'importe comment. On a créé 570 centres d'accueil et d'orientation partout en France pour pouvoir mettre à l'abri ceux qui relevaient de l'asile en France. On l'a fait avec le concours des maires, on l'a fait avec l'appui des préfets, on l'a fait avec le soutien des associations. On a multiplié par deux le nombre de places en centres d'accueil pour demandeurs d'asile, par deux. Nous avons mobilisé l'OFI et l'OFRA pour pouvoir faire en sorte que les migrants qui relevaient du statut de réfugié en France soient convaincus de quitter Calais pour aller vers ces centres d'accueil et d'orientation.
Et on a démantelé la jungle de Calais, ce qu'on appelait la jungle de Calais en 15 jours sans l'intervention d'une force de l'ordre avec le concours d'organisation non-gouvernementale pour mettre ceux qui devaient l'être à l'abri parce qu'ils relevaient du statut de réfugié en France et reconduire à la frontière fermement tous les autres.
Sauf que les
élus de l'OFRA et Valérie
Pécresse
disent qu'on ne renvoie
personne en fait finalement
dans leur pays. Non, non,
ce n'est pas vrai. A l'époque où Valérie Pécresse était au gouvernement, on disait renvoyer ceux qui devaient l'être.
En
réalité, on offrait une prime roumain aux bulgares qui étaient membres de l'Union Européenne qui rentraient chez eux et qui revenaient.
On
comptabilisait tout ça dans les reconduites à la frontière. Ce n
'est
pas du tout la politique que j'ai menée lorsque j'étais ministre de l'Intérieur. Lorsque j'étais ministre de
l
'Intérieur, j'ai mené une politique simple. Créer les conditions de l'accueil de ceux qui doivent l'être en faisant en sorte que cet accueil soit humanisé, en donnant les moyens à l'OFI et l'OFRA dont nous avons augmenté les effectifs, en créant des places en centres d'accueil pour demandeurs d'asile et en créant les conditions de l'accueil dans des communes de ceux qui relevaient du statut de réfugié par la création de centres d'accueil et d'orientation. Ceux qui n'avaient pas vocation à être accueillis étaient reconduits et c'était parfois effectivement difficile parce qu'il fallait obtenir les laissés-passés consulaires et ça impliquait
une
action diplomatique intense. Mais cette politique équilibrée a permis de régler le problème de Calais en liaison avec les élus locaux sans l'intervention des forces de l'ordre et dans un contexte qui était humanitaire.
J'aurais aimé d'ailleurs que la gauche et notamment mon parti qui ne fait jamais référence à ce qui s'est passé à cette époque puisse valoriser ce qui a été fait parce que compte tenu de ce que dit la droite compte tenu de ce que fait l'actuel gouvernement ce que j'ai fait très loin de l'esprit des circulaires prises par mes successeurs Gérard Collomb très très loin des circulaires Collomb et ce que nous avons fait a été conforme à ce qu'est la tradition d'accueil de notre pays mais en même temps extrêmement clair extrêmement ferme à l'égard de ceux qui n'avaient pas vocation à être accueillis en France parce qu'ils ne relevaient pas du statut de
réfugié. La France, la gauche, si elle arrive au pouvoir a-t-elle vocation à régulariser les sans-papiers qui se trouvent en France depuis plusieurs années sur son territoire ? Je ne pense pas
qu'il faille arrêter une politique de régularisation massive de tous les sans-papiers. Je pense que si nous faisons cela alors nous rendons l'équilibre de la politique que je viens d'indiquer comme souhaitable, illisible. En revanche, lorsque des situations humanitaires se présentent qui justifient que l'État prenne la décision de régularisation au cas par cas il peut bien entendu le faire en toute transparence
et
il ne le souhaite pas.
Bernard Casse-Doeuf, on arrive à la fin du quinquennat vous, vous avez connu la difficulté de gérer un pays la difficulté de gouverner est-ce que vous diriez qu'Emmanuel Macron a quand même été un bon président
? Je
crois qu'Emmanuel Macron a été confronté à une situation extrêmement difficile comme nous-mêmes avons été confrontés à une situation difficile une crise politique
d
'ailleurs parfois par
ses
propos, ses choix il avait contribué à cristalliser je pense à la crise des Gilets jaunes mais à une crise qu'il a subie sans en aucune manière s'en trouver à l'origine qui est la crise sanitaire je trouve que pendant cette crise le président de la République a été amené à prendre beaucoup de décisions qui ont été utiles au pays je pense notamment aux décisions qu'il a prises au moment de la crise sanitaire sur le plan économique pour permettre aux entreprises de faire face à une situation difficile et inédite je pense aux décisions qu'il a prises pour protéger les Français de ce virus c'est faire en sorte que nous puissions le plus rapidement possible sortir de la pandémie et vous savez que je sais être en concession à l'égard du gouvernement et du président de la République lorsque j'ai des choses à dire mais ce
n
'est pas parce que vous êtes dans l'opposition que vous devez sur tous les sujets être dans une posture de critique systématique
donc vous l'avez trouvé plutôt
bon en fait
pendant
ces 5 ans je
l'ai trouvé à certains moments tout à fait bon et efficace et pertinent sur la crise sanitaire et puis il a pris toute une série de décisions et parfois à convoquer des formules dans lesquelles je ne me suis pas reconnu et des décisions que j'ai contestées et que je combats je pense par exemple que lorsque le président de la République prend des décisions à travers une réforme de la fiscalité
notamment
sur la capitale l'ISF l'IFI la flat tax qui renforce considérablement les inégalités et donne le sentiment à tous les Français de l'injustice parce que sa politique est en faveur des très riches je ne saurais en aucun cas soutenir cette politique lorsqu'il va s'exprimer sur les universités en préconisant que la gratuité de l'accès à l'université puisse être mise en cause je ne pense pas que ce soit une bonne idée lorsque candidat à l'élection présidentielle il explique que la politique migratoire que je mène n'est pas la bonne alors qu'elle est ce que je viens de vous indiquer et qu'une fois arrivé au gouvernement il mène une politique dure parfois brutale à travers la politique menée par son ministre de
l
'Intérieur je ne suis pas d'accord lorsqu'il refuse
leur appartement si vous voulez que je vous explique les raisons pour lesquelles je suis
dans l'opposition il y en a de nombreuses mais ça ne
m
'empêche pas en même temps de reconnaître au président de la république des qualités que si je ne les reconnaissais pas je me mettrais en situation de ne pas être politiquement honnête
le sens de notre nation c'est le titre du livre d'entretien avec François Bazin que vous publiez aujourd'hui c'est chez Stock merci beaucoup Bernard Cazeneuve c
'est moi
qui vous
remercie d'être venu
ce
matin
sur le plateau de France Info et de cet échange extrêmement dynamique
Bernard Cazeneuve