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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous ! (sur Podcast)· 11 mars 2026 25 min

Hervé Marseille : « Ce qu’il se passe sur le plan international inquiète les électeurs »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Hervé Marseille, merci beaucoup d'être notre invité ce matin, sénateur union centriste des Hauts-de-Seine, président du groupe union centriste ici au Sénat et président de l'UDI, tout ça. Vous êtes avec nous pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Fabrice Vessard-Eudon du groupe Ebra, tous les journaux régionaux de l'Est de la France. Bonjour Fabrice.

0:30
Invité

C'est exact aussi. Bonjour Hervé Marseille. Oui, bonjour.

0:34
Présentateur

Hervé Marseille, vous serez cet après-midi à Matignon puisque Sébastien Lecornu reçoit les chefs de parti. Qu'est-ce que vous allez lui dire au Premier ministre ?

0:42
Hervé Marseille

D'abord, je vais l'écouter parce que c'est une réunion d'information et soit elle a lieu suivant le cas à l'Élysée puisqu'il est arrivé que ce soit le président de la République qui tienne ce genre de manifestation, soit à Matignon, ça s'est déjà fait.

0:57
Présentateur

Vous comprenez que dans le contexte actuel, ce ne soit pas Emmanuel Macron qui vous reçoit, mais Sébastien Lecornu ?

1:02
Hervé Marseille

Je pense que le président, il a beaucoup d'occupation aussi. L'essentiel, c'est qu'il y ait ce genre de réunion d'information à destination des représentants au Parlement et des partis. Bon, il est en mesure de donner des précisions. Je pense qu'il sera accompagné de responsables militaires ou du renseignement. Et en général, il y a d'abord une phase d'information sur la situation, d'estimation, d'évaluation.

1:33
Présentateur

Et là, qu'est-ce que vous en attendez ? Qu'est-ce que vous avez envie de savoir, d'entendre de la part du Premier ministre ?

1:38
Hervé Marseille

Écoutez, en vrai, on n'apprend jamais vraiment des choses formidables puisque les informations, elles sont quand même au quotidien, j'allais dire heure par heure, sur toutes les chaînes d'information. Donc, si, ce qui est important, c'est d'avoir les intentions du gouvernement, l'appréhension, la façon dont le gouvernement appréhende la situation, la perspective, notamment sur les conséquences pour le pays, c'est-à-dire en matière énergétique, les difficultés que ça peut engendrer. Et je pense qu'ensuite, dans la phase habituelle de questions, il y aura des demandes de précisions sur quand on fait le gouvernement dans tel et tel domaine.

2:20
Présentateur

Vous, c'est quoi les questions, les précisions que vous attendez ?

2:24
Hervé Marseille

Bon, écoutez, il y a la phase militaire, c'est-à-dire où est-ce qu'on en est sur le terrain,

2:28
Présentateur

la nature de l'engagement des Français. Mais par exemple, est-ce que vous comprenez la nature de l'engagement de la France ? Vous avez Emmanuel Macron qui dit qu'on est dans une pause surdéfensive, on n'est pas engagé dans cette guerre. Et dans le même temps, il envoie le Charles de Gaulle, c'est pas rien, huit frégates, des élus de terre amphibie. Est-ce qu'on n'est pas un peu sur une ligne de crête ?

2:44
Hervé Marseille

Bien sûr, on est sur une ligne de crête, d'autant que nous avons des accords avec les Émirats et nous avons des bases dans la région. Et donc, c'est vrai qu'en l'état actuel des choses, notre position, elle est défensive, elle est d'attente, elle est d'accompagnement. Et le Président a dit qu'il faut essayer de libérer.

3:03
Présentateur

– Mais elle est que défensive et d'attente, on ne fait pas rien quand même dans la zone.

3:06
Hervé Marseille

– Oui, mais on n'est pas offensif, on n'envoie pas des missiles sur l'Iran, on n'a pas de troupes, on n'a pas… – Voilà, on est dans une phase où on sait qu'il peut y avoir des intérêts français qui sont touchés ou de gens avec lesquels nous avons des coopérations et des conventions internationales. – Cette posture actuelle vous convient ? – Écoutez, oui, en l'état actuel des choses, on n'est pas engagé dans le conflit, on est présent et on marque notre présence, je crois que c'est tout à fait normal, et puis ensuite, on va voir comment la situation évolue. Ceux qui sont offensifs, on les connaît, ce sont les États-Unis, Israël, dans la région.

3:46
Présentateur

– Mais c'est-à-dire que la posture défensive, elle pourrait être amenée à évoluer selon l'évolution du conflit ?

3:50
Hervé Marseille

– Ce n'est pas souhaitable, mais je ne sais pas comment le conflit va évoluer. En l'état actuel des choses, la position de la France, je la respecte et je l'approuve, c'est une position défensive, d'attente, d'accompagnement des intérêts de la France dans la région, et ma foi, j'espère qu'on ne sera pas amené à aller plus loin.

4:11
Présentateur

– Emmanuel, Sébastien Lecornu vous reçoit cet après-midi, il est chef de parti, est-ce que là, il faut aller plus loin ? Est-ce que vous demandez un débat au Parlement, devant la représentation nationale ?

4:21
Hervé Marseille

– Écoutez, on va voir comment tout ça se passe. Aujourd'hui, le Parlement ne fonctionne pas en raison des élections municipales, si c'était nécessaire. Bien entendu, le gouvernement peut toujours demander qu'il y ait un débat.

4:34
Présentateur

– Mais là, ce n'est pas nécessaire à l'heure actuelle, ça peut attendre la fin des municipales ?

4:37
Hervé Marseille

– Ça peut attendre, ça peut attendre, parce qu'on va faire un débat, on va passer une journée à s'exprimer, ça sera la même chose.

4:45
Présentateur

– Et à la fin des municipales, vous allez le demander, vous en avez déjà parlé avec Gérard Larcher par exemple ?

4:49
Hervé Marseille

– Non, on n'en a pas encore parlé, on va voir comment évolue le conflit, mais à n'en pas douter, il y aura une demande certainement, dès la fin mars, à moins qu'avant, il y a des événements malheureux qui obligent à se saisir du sujet,

5:05
Invité

mais je pense qu'on sera amené à en parler, oui. – La position européenne, on parle de la position française, la position européenne dans ce conflit, vous l'analysez comment ? Elle est suffisante ?

5:13
Hervé Marseille

– Non, moi qui suis très pro-européen, je suis toujours malheureux de voir l'état de l'Europe. – Et de l'Europe de la défense ? – Oui, on est très en retard, l'Europe est en morceaux, si je puis dire. Et donc, il y a des intérêts très divergents, on le voit bien, quand il s'agit de travailler avec les États-Unis. Bon, les initiatives qui ont été prises par la France me semblent très positives quand même en matière de défense. D'ailleurs, quand le président s'est exprimé, il y a de ça une dizaine de jours, l'ensemble de l'arc politique français a globalement approuvé la position équilibrée qui était celle qu'il a exprimée.

Donc, je pense que la position de la France, elle est juste, de la façon dont elle a été exprimée par le président, et que les efforts qu'il déploie avec les Anglais, avec les Allemands, les Italiens en particulier, et quelques autres, pour entamer, amorcer, une défense à caractère européen, sont positives.

6:23
Présentateur

Ils peuvent suivre, il y a notamment la question du déblocage du détroit d'Hormuz, il peut être suivi là-dessus. Vous étiez en Italie, vous, il y a quelques jours, alors c'était juste avant le déclenchement du conflit, mais quand même, c'est un pays que vous connaissez bien, vous présidez ici le groupe d'amitié France-Italie. Est-ce que les Italiens, par exemple, ils peuvent suivre Emmanuel Macron ?

6:41
Hervé Marseille

– Les Italiens, ils sont européens, ils sont dans l'Europe, mais ils ont toujours un œil à Washington, et puis, en ce moment, ils regardent quand même aussi du côté des Allemands. Alors, ils sont très pro-français dans le travail qu'on peut faire entre industriels, et c'est important, parce qu'il y a une industrie italienne importante en matière d'armement, Leonardo, par exemple, et on a des intérêts convergents, mais en même temps, bon, voilà, ils ont quand même toujours un regard vers Washington, et puis, les Allemands développent une intense démarche de réarmement. L'année dernière, c'était 100 milliards, cette année, ils vont mettre 200 milliards.

7:26
Présentateur

– Mais est-ce que là, Emmanuel Macron, il ne tente pas un peu de se poser comme leader de la défense européenne, à défaut de pouvoir peser réellement sur le conflit en cours au Moyen-Orient ?

7:33
Hervé Marseille

– La France a un rôle majeur, « Nous sommes avec les Anglais ceux qui détenons l'arme atomique ». Bon, par définition, nous avons un rôle différent, un rôle majeur. Bon, aujourd'hui, il faut réarmer ce qu'on n'a pas fait. On est en train de payer ce qu'on n'a pas fait pendant des décennies. Pendant des décennies, on a dormi tranquillement à l'ombre de l'OTAN, en pensant que s'il se passait quelque chose, les Américains seraient là. Bon, aujourd'hui, on tombe sur un M. Trump qui dit « Vous êtes très gentils, mais enfin, assumez votre propre défense ». Nous, on sera là, mais commencez par investir.

Donc, il va falloir faire, au moment où on n'a pas d'argent, les efforts qu'on n'a pas faits pendant des années. Pendant des années. Bon, effort avec nos voisins pour essayer d'avoir quelque chose de cohérent en matière de défense, puisque, en gros, chacun avait ses industries ou achetait Américains, ou continue d'acheter Américains. Et donc, voilà, il faut déjà avoir de la cohérence. C'est pour ça que je suis un peu triste quand je vois que l'Europe ne parle pas d'une seule voix. Et donc, on a un vrai sujet. Et je pense que dans les quelques années qui viennent, il va falloir passer la surmultiplier pour donner à l'Europe une gouvernance qui soit beaucoup plus efficace.

8:52
Invité

Est-ce que Trump n'est pas une chance pour l'Europe ?

8:55
Hervé Marseille

On peut le dire comme ça, oui. Il a réveillé l'Europe. Il a réveillé l'Europe. C'est souvent avec les épreuves qu'on voit nos propres faiblesses. Et je pense que de ce point de vue-là, la façon dont M. Trump a chahuté l'Europe et les pays qui la composent, avec les droits de douane, avec des remontades régulières, là, maintenant, c'est les médicaments, voilà. Quelque part, il met le doigt sur nos faiblesses. Et il nous oblige à prendre en considération ce qu'on n'a pas fait pendant des années.

9:30
Présentateur

Un mot sur le Liban, puisque le président libanais en appelle depuis plusieurs jours à la France. Est-ce qu'on en fait assez sur la question du Liban ?

9:39
Hervé Marseille

On pourrait toujours en faire plus. Le problème, c'est qu'avec quels moyens, comment ? On sait que c'est très compliqué. On sait que c'est très compliqué. Il y a le problème du Hezbollah. Il y a le problème de tous les gens qui ont été déplacés de Syrie. Il y a le problème de la frontière avec Israël. Bon, là aussi, je pense que la position française, qui consiste à appuyer les autorités libanaises et à essayer de les accompagner pour désarmer le Hezbollah, ce n'est pas une mince affaire, d'aller demander gentiment au Hezbollah ce que vous pouvez rendre vos armes, s'il vous plaît. Ce n'est pas le genre de la maison.

Donc, je veux dire, on sait très bien que derrière les mots, il y a des réalités qui sont très compliquées. Tout le monde sait que le Hezbollah sont les proxys de l'Iran qui cherchent à rouvrir un front pour desserrer le front iranien. Bon, voilà, il va falloir augmenter la pression.

10:31
Présentateur

De quelle manière ?

10:32
Hervé Marseille

La pression, elle va être militaire. C'est ce que fait Israël et c'est ce que font les Américains.

10:37
Présentateur

Le conflit au Moyen-Orient qui a des conséquences économiques, inquiétude autour des hausses des prix à la pompe. Est-ce qu'il faut que le gouvernement prenne des mesures pour limiter ces hausses ?

10:45
Hervé Marseille

Je ne crois pas. C'est toujours facile, surtout en période électorale, de dire, ne vous inquiétez pas, dormez tranquille, on va vous faire des chèques, on va diminuer les prix. Tout ça, c'est fini. Je veux dire, on a payé beaucoup, beaucoup, beaucoup. Je crois qu'entre 2022 et 2024, on a dû dépenser 26 milliards pour des chèques.

11:09
Présentateur

Mais là, vous entendez, la France insoumise demande un blocage des prix. Il y a une proposition de loi. Le RN demande une baisse des taxes. Vous ne demandez rien de tout ça, vous ?

11:16
Hervé Marseille

La France insoumise, je veux dire, il faudrait que tout soit gratuit. Je veux bien, je veux dire, mais ça n'existe pas, gratuit. Il y a toujours quelqu'un qui paye. Bon, si ce n'est pas le consommateur, c'est le contribuable. En l'occurrence, c'est les deux, c'est le consommateur et le contribuable. Oui, mais on ne va pas recommencer à distribuer des chèques. D'abord, on n'a pas l'argent, on ne va pas emprunter pour distribuer. On est à 3 500 milliards de dettes. On est à 160 milliards de dettes. Il faudrait 20 milliards à peu près, là. Oui, on peut se dire au point où on en est.

11:47
Présentateur

Donc là-dessus, cet après-midi, à Sébastien Lecornu, l'UDI ne va faire aucune proposition pour baisser les prix.

11:56
Hervé Marseille

On va écouter ce que va nous dire le Premier ministre et éventuellement les ministres qui l'accompagnent. Je crois que l'idée qui consiste à déstocker ce qu'on appelle les réserves stratégiques est quelque chose qui est partagé dans beaucoup de pays européens et dans le monde. Bon, c'est d'ailleurs été fait pour ça, les réserves stratégiques.

12:16
Présentateur

Mais il faut agir sur les réserves stratégiques. Vous n'allez pas demander d'aide, de baisse de taxes, d'aide publique ?

12:22
Hervé Marseille

On n'a pas les moyens. Je veux dire, on serait dans l'opulence. On pourrait dire, écoutez, on peut faire un geste. Bon, mais on n'arrive déjà pas à faire un budget. Vous avez vu, il faut des mois de tractation pour faire un budget où on espère atteindre les 5 % déficit du PIB. Il faudrait qu'on soit à 3 en 2029.

12:42
Invité

Ce que vous dites, c'est qu'il ne faut pas relâcher l'effort. On ne peut pas. La question que se posent les Françaises et les Français, c'est combien de temps tout ça, ça va durer ? Bien sûr. Parce que cette guerre en Iran, quelle analyse vous en faites ? Vous pensez que ça peut durer longtemps ? Oui. Que Trump, oui, vous pensez ?

12:59
Hervé Marseille

Je pense que le régime iranien est un régime dictatorial, chacun le sait, mais qui joue sa peau, si je peux me permettre l'expression. Il y a des centaines de milliers de gardiens de la Révolution qui savent très bien qu'un changement de régime signifierait la fin du système et peut-être même leur disparition personnelle. Parce que c'est par quartier que ça se passe. Ces gens-là ont tué pendant des années leurs concitoyens. On a encore rappelé hier que tous ceux qui manifesteraient seraient considérés comme des agents de l'étranger. Et les malheureuses qui ont refusé de chanter l'hymne iranien aujourd'hui sont menacées.

Donc on voit bien qu'on est dans un régime de terreur, un régime qui tue ses propres ressortissants. Donc ils savent très bien, ceux qui gouvernent ce système, que s'ils relâchent quoi que ce soit, c'est eux qui sautent avec le dispositif. Donc ils doivent tenir coûte que coûte. C'est pour ça que ça ne va pas être facile d'éradiquer le dispositif.

14:09
Présentateur

On va parler de la campagne des municipales. Est-ce qu'elle est un peu éclipsée par ce conflit au Moyen-Orient ? Vous ressentez ça vous sur le terrain ?

14:17
Hervé Marseille

Écoutez, sur le terrain, d'abord en région parisienne, les gens étaient en vacances la semaine dernière. Donc il y avait une espèce de faux plat. Et puis maintenant que les gens reviennent, petit à petit, ils s'intéressent à leur actualité, c'est-à-dire ce qui va se passer le week-end prochain, un peu, voilà, ils commencent à être dans l'affaire électorale. Mais il est clair que ce qui se passe au plan international les préoccupe et les inquiète. C'est-à-dire qu'il y a des guerres, des conflits. – Ça juste sur la campagne ? – Sur la campagne, pas directement. Le petit, c'est qu'une estimation.

Ce qu'on peut peut-être imaginer, c'est que quand il se passe des événements internationaux, il y a ce qu'on pourrait appeler l'effet drapeau. Il y a toujours un resserrement autour de ceux qui sont en place. Gouvernement, comme au plan local, au moins on sait qui on a. Ça ne prédispose pas à, j'allais dire, avoir des votes de changement, des votes éclatés. On a tendance à se rassurer, en disant, écoutez, ça ne va pas bien, le pays n'est pas en bon état, l'international ne va pas du tout, il y a de la guerre, c'est dangereux. Donc il y a un effet un peu de conservatisme. Bon, après, j'en sais strictement rien, on verra bien. Pareil pour la participation.

15:35
Présentateur

– Justement, sur la participation, il y a la question internationale, mais il y a aussi un nouveau mode de scrutin, notamment dans les petites communes. Il n'y a plus de panachage possible. Il y a 68% des communes où il n'y a qu'une seule liste. Est-ce qu'une seule liste et pas de panachage, ça va favoriser l'abstention ?

15:51
Hervé Marseille

– On va voir. Vous savez, la dernière fois, on avait la Covid, 2020, on ne s'en souvient pas. Ce n'était pas si loin que ça, mais c'était très particulier. Moi, je m'en souviens bien. On avait appris quelques heures avant le premier tour que le pays allait être confiné. Bon, c'était quasiment la veille que le Premier ministre, Édouard Philippe, à l'époque, a annoncé le confinement. Après, il a fallu attendre plusieurs mois avant d'avoir le deuxième tour.

16:22
Présentateur

– Mais là, est-ce que ce nouveau mode de scrutin, ces nouvelles modalités, risque de favoriser l'abstention, selon vous ?

16:27
Hervé Marseille

– C'est possible. On va voir dans les villages comment ça se passe. Et de la même façon, dans les grandes villes, Paris-Lyon-Marseille, il y a un nouveau mode de scrutin. On va voir comment c'est ressenti, quel est le niveau de participation. La dernière fois, avec la Covid, les personnes les plus âgées ne s'étaient pas déplacées. C'était plutôt les jeunes qui étaient allés en masse voter. Les personnes âgées avaient craigné l'ambiance Covid. Bon, on va voir cette fois-ci.

16:52
Invité

– Cette fois, il n'y a pas de pandémie. Et comme vous le relevait Orianne, 68% des communes ne bénéficient qu'une seule liste. Ça veut dire que les électeurs n'ont pas le choix et ne peuvent même pas panacher. Ça révèle quand même, ça dit quelque chose, de la crise d'évocation aussi en politique locale. Quelle est la première mesure, selon vous, qu'il faudrait prendre demain, dès aujourd'hui, pour endiguer cette crise d'évocation ?

17:16
Hervé Marseille

– Je crois que la crise de l'engagement, elle date déjà de plusieurs années, en particulier depuis la Covid. Elle touche les partis politiques qui formaient, j'allais dire, les candidats, qui les détectaient, qui les proposaient et qui les formaient. Mais c'est la même chose dans les associations et c'est la même chose dans les syndicats. Et on voit bien aujourd'hui qu'il y a un problème de l'engagement parce qu'il y a un problème de l'attirance. Pourquoi vous vous engagez ? Parce que vous avez envie de donner de votre temps, de dire je veux changer ma commune, je veux changer mon pays, je m'engage personnellement ou dans les syndicats. Bon, on voit bien que les gens, aujourd'hui,

17:59
Invité

sont très frideux, ils ne veulent plus. – Il y a une mesure, vous, en tant qu'élu, vous connaissez bien le terrain, vous êtes élu par les maires d'ailleurs. Quelle est la mesure ? Françoise Gattel a quand même proposé pas mal de choses. Vous avez suivi le dossier. – Oui, mais c'est pour ceux qui sont déjà engagés,

18:12
Hervé Marseille

c'est le statut des élus. – Oui, et pour les autres ? – Moi, je pense, ce n'est pas une raison suffisante, mais je pense que le non-cumul a tué beaucoup de choses, aujourd'hui, il faudrait revenir quand même sur la possibilité pour les élus d'avoir plusieurs mandats.

18:30
Présentateur

– Vous allez tenter de le refaire après les municipales ? Vous avez déjà essayé, mais vous allez…

18:34
Hervé Marseille

– Mais je pense… – Retenter après les municipales ? – Oui, parce que je pense que ceux qui étaient contre, ils ont fini par avoir des… vous prenez les verres, ils étaient radicalement contre, certains le resteront, mais j'en vois beaucoup avec lesquels j'échange, qui me disent, ah oui, finalement, parce que, ben oui, ils ont été maires, ils sont devenus maires adjoints de villes importantes, etc., ils se disent, c'est quand même un peu stupide, on ne peut pas… – Donc ça peut marcher, la deuxième tentative peut être la bonne. – Je crois qu'on peut revenir sur quelque chose comme ça.

19:04
Présentateur

– Sur le plan politique, il y a des divisions, alors la division la plus symbolique, elle est à Paris, Rachida Dati, puis Arif Bournazel, vous êtes pour qui vous ?

19:11
Hervé Marseille

– Dati.

19:13
Présentateur

– Dati, est-ce que vous croyez à une union dans l'entre-deux-tours ?

19:18
Hervé Marseille

– Je ne crois pas, je pense qu'il est indispensable, je veux dire, le premier tour a été mal préparé, pourquoi ? Parce qu'il y avait le budget, il y avait eu le 5 octobre, le premier gouvernement de Sébastien Lecornu, qui avait donné lieu au départ de Bruno Retailleau, enfin il y a eu…

19:37
Présentateur

– Il a été mal préparé à Paris ou ailleurs aussi ?

19:39
Hervé Marseille

– Par les états-majors politiques.

19:42
Présentateur

– Mais que à Paris ou ailleurs aussi ?

19:43
Hervé Marseille

– Non, globalement, il n'y a pas eu…

19:46
Présentateur

– Vous n'êtes pas réunis, il n'y a pas eu de réunion où vous, Bruno Retailleau, Gabriel Attal, Édouard Philippe, vous n'êtes jamais réunis pour parler des investitures ?

19:52
Hervé Marseille

– Le seul endroit où il y a eu des réunions de ce type, c'est dans le bureau de Gérard Larcher. Et le seul qui a pu réunir ? Avec les gens dont vous parlez.

20:01
Présentateur

– Tous ? Il y avait Gabriel Attal, il y avait Édouard Philippe ?

20:02
Hervé Marseille

– Oui, et donc il est le seul à avoir pu réunir les uns et les autres pour parler des municipales à plusieurs reprises. Bon, les appareils ne se sont pas parlés, pas suffisamment. Il y a eu des B2B comme on dit, voilà, les uns ont appelé les autres, mais il n'y a pas eu de réunion collective et on n'a pas pu trancher collectivement. Donc il y a eu un tas de listes qui sont parties sur le terrain. Je ne parle pas dans les départements, les communes de moins de 10 000 habitants, c'est 97% des communes. Donc voilà, ça se passe localement. Mais dans les communes phares, chefs-lieux, on est, je ne sais pas moi, à Lille, Strasbourg, Mulhouse, Tours, Besançon, Paris, etc., etc., Nîmes.

Bon, il y a eu des listes qui sont rentrées en compétition. Ça crée des fractures. Si vous voulez réduire ces fractures, aujourd'hui, il est impératif de trouver les conditions du rassemblement pour le deuxième tour.

21:00
Présentateur

– Et ça, vous pensez qu'il y a point de trouver ?

21:02
Hervé Marseille

– Oui.

21:02
Présentateur

– Vous croyez au rassemblement de la RAT et du centre pour le second tour ?

21:05
Invité

– Oui, de tous ceux qui ne sont pas sur les mêmes listes. – Et qu'est-ce que vous faites des électeurs de Saraknafo ? Est-ce qu'ils sont dans un rassemblement ?

21:14
Hervé Marseille

– À ma connaissance, ils ne sont pas dans le bloc central. Moi, je vous parle du bloc central, dans lequel j'inclus les Républicains, ceux qui soutiennent le gouvernement. Bon, je ne parle pas de ceux qui sont dans la droite radicale.

21:32
Invité

– Donc, ce n'est pas envisageable de travailler avec Saraknafo ?

21:35
Hervé Marseille

– À ma connaissance, ce n'est pas envisageable. Mme Knafo est tout à fait respectable, elle dit des choses. Bon, elle a son électorat. Bon, voilà. Mais je ne vois pas comment on pourrait faire une alliance de ce type. Ce n'est pas concevable. La seule alliance concevable à Paris, c'est avec M. Bournazel. – Ça va suffire ? – Comment ? – Ça va suffire ? – Il y a deux listes, ça peut créer une dynamique de deuxième tour, on verra le total des voix, voilà. Le problème, c'est de savoir si on veut gagner ou pas, c'est tout.

22:10
Présentateur

– Il y a une ville où, pour le coup, le socle commun est unie, c'est à Nice, sauf qu'en face, il y a Éric Ciotti, l'ancien président des Républicains, qui est maintenant allié au Rassemblement National. Est-ce que s'il gagne, ça va valider sa stratégie de l'union de la droite et ça risque de faire exploser la droite et le centre ?

22:26
Hervé Marseille

– On n'en est pas là, je pense déjà, on va voir les résultats dimanche. C'est sûr qu'il y a une poussée sur l'arc méditerranéen très fort du RN et de l'UDR, on le voit, mais c'est vrai à Menton, c'est vrai à Cagnes-sur-Mer, c'est vrai à Toulon, c'est vrai même à Marseille.

22:41
Présentateur

– Il y a des divisions de la droite à Toulon.

22:43
Hervé Marseille

– Oui, mais là je parle de la poussée, indépendamment des divisions, il y a une poussée, y compris à Marseille, quand vous voyez le score du RN à Marseille. Donc à l'évidence, il y a une dynamique RN-UDR dans ces régions-là, il faut la prendre en considération, j'espère qu'elle sera contenue, mais elle est évidente.

23:06
Présentateur

– Et en septembre, il y a des sénatoriales, est-ce que vous qui connaissez bien la carte électorale et le Sénat, pour vous c'est inéluctable, il y aura un groupe RN ici au Sénat en septembre ?

23:14
Hervé Marseille

– En fonction des résultats municipaux, à l'évidence, les conséquences immédiates, c'est des élus RN. J'espère que ça ne sera pas le cas.

23:23
Présentateur

– Mais là, vous parlez vous-même de la poussée, notamment dans le sud de la France.

23:26
Hervé Marseille

– Oui, mais la poussée, ça ne veut pas dire le succès. Je veux dire, on verra bien dimanche soir. Quand vous voyez les sondages, par exemple, à Toulon, il est imaginé quand même que c'est moins terrible qu'on ne l'imaginait. Tout le monde donnait Toulon comme une ville qui allait changer de mer et où le RN était fort bien positionné. – Il y a des projections qui donnent la mer sortante de droite gagnant en face à Laure-la-Vallée. – Bon, et donc évidemment, ça a des conséquences immédiates sur le Sénat.

Et j'allais dire que dans d'autres départements, il y a ce qu'on ne voit pas, il y a ce qu'on ne voit pas, c'est-à-dire dans les villages, dans les petites communes, l'imprégnation, si je puis dire. Ici, nous avons un sénateur de Seine-et-Marne élu RN. Bon, il est de Seine-et-Marne, il n'y a pas un seul maire RN en Seine-et-Marne. Donc, il y a ce qu'on voit et puis il y a ce qu'on ne voit pas.

24:19
Présentateur

– Merci beaucoup, merci Hervé Marseille. On viendrait après ces élections, évidemment, pour nous analyser tout ça et on pourra réellement se projeter sur les sénatoriales et la présidentielle. Merci d'avoir été avec nous. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage Société Radio-Canada