TEBBOUNE FIXE SES CONDITIONS À LA FRANCE
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Le déplacement d'Alice Rufault à Sétif, puis à Palais d'El Mouradia, dépasse largement le simple cadre commémoratif. Il s'inscrit dans une tentative délicate de réouverture politique entre Algérie et France après plusieurs mois d'une crise diplomatique profonde qui a fragilisé presque tous les canaux de coopération entre les deux États. La symbolique du 8 mai 1945 reste centrale dans cette séquence. Pour l'Algérie, les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata représentent bien plus qu'un épisode colonial sanglant. Ils sont considérés comme le véritable point de départ de la conscience nationale moderne ayant conduit à la guerre de libération. Le fait qu'une représentante officielle française dépose une gerbe sur la tombe
de Saâl Bouzid constitue donc un geste hautement symbolique car pendant des décennies, les autorités françaises ont évité toute reconnaissance politique claire de cette tragédie. Cependant, Alger semble vouloir envoyer un message précis. Les gestes mémoriels sont importants, mais ils ne suffisent plus. Les déclarations du président Abdelmadjid Tebboune et du général Saïd Chengriha montrent que l'Algérie attend désormais des actes concrets et durables. Parmi les dossiers prioritaires, figure la coopération sécuritaire au Sahel, la question migratoire, les visas, les investissements économiques ainsi que la poursuite du travail sur la mémoire coloniale. La reprise annoncée de la commission mixte d'historiens algéro-française
représente d'ailleurs un enjeu stratégique majeur. Cette commission, portée notamment par l'historien Benjamin Stora, vise à dépasser les affrontements politiques permanents autour de la mémoire coloniale. Mais [grognement] le défi reste immense. En France comme en Algérie, la mémoire est devenue un sujet extrêmement sensible politiquement. Chaque avancée est immédiatement contestée par des courants opposés. Du côté français, Emmanuel Macron semble chercher à sauver ce qui peut encore l'être avant la fin de son mandat. Depuis son arrivée au pouvoir, il a tenté plusieurs initiatives mémorielles inédites, reconnaissance de l'assassinat d'Ali Boumendjel, hommage à Maurice Audin, ouverture partielle des archives ou encore reconnaissance de certaines
responsabilités françaises pendant la guerre d'Algérie. Mais [grognement] chacune de ces initiatives a provoqué une forte réaction de la droite et de l'extrême droite française. En réalité, la relation franco-algérienne est devenue un enjeu électoral majeur en France. Les questions liées à l'immigration, aux binationaux, à la mémoire coloniale ou à l'Islam occupent désormais une place centrale dans le débat politique français. Pour certains partis, maintenir une relation tendue avec Alger permet d'alimenter un discours sécuritaire et identitaire rentable électoralement. C'est pourquoi chaque tentative de rapprochement déclenche presque automatiquement des critiques violentes contre l'exécutif français. Dans ce contexte, la visite de Patrick
Martin à Alger prend aussi une dimension importante. Les milieux économiques français craignent de perdre progressivement leur influence sur le marché algérien au profit d'autres puissances comme Italie, Turquie, Allemagne ou les États-Unis. L'Algérie est aujourd'hui un acteur énergétique majeur en Méditerranée, surtout depuis les bouleversements provoqués par la guerre en Ukraine et la recomposition des approvisionnements européens en gaz. L'aspect géopolitique est donc essentiel. Paris sait qu'une rupture durable avec Alger affaiblirait considérablement sa présence en Afrique du Nord et au Sahel. La coopération sécuritaire entre les deux pays reste stratégique, notamment dans la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue et les réseaux migratoires clandestins.
Les tensions diplomatiques des dernières années avaient fortement réduit cette coordination. Le rôle de Ségolène Royal dans cette phase de rapprochement montre également que plusieurs canaux parallèles ont été activés pour éviter une rupture définitive. Diplomatie officielle, réseaux économiques, personnalités historiques et acteurs de la société civile participent tous à cette tentative de réchauffement progressif. Malgré cela, beaucoup d'observateurs restent prudents. Les crises entre Paris et Alger se répètent régulièrement depuis l'indépendance de l'Algérie en 1962. Les périodes d'apaisement alternent souvent avec des phases de tension brutale. La méfiance reste profonde En Algérie, une partie de l'opinion
considère que la France n'a jamais réellement accepté une égalité de relation. En France, certains responsables politiques continuent d'aborder l'Algérie principalement à travers le prisme migratoire ou sécuritaire. La phrase de Benjamin Stora résume parfaitement la situation. Un seul geste ne suffira pas. Pour transformer cette séquence diplomatique en véritable tournant historique, il faudra des décisions concrètes, durables et politiquement courageuses de part et d'autre. Sinon, cette tentative de dégel risque de rejoindre la longue liste des rapprochements avortés entre les deux pays.