Budget de la sécurité sociale, crise démocratique... Le "8h30 franceinfo" de Laurent Panifous
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Bonjour Laurent Panifousse, et merci d'être avec nous ce matin. L'heure de vérité approche pour le Premier ministre, pour le gouvernement, avec le vote en principe ce matin, en tout cas aujourd'hui, sur la partie recette du budget de la Sécurité sociale, avec quand même pas mal de mouvements ces dernières heures au niveau des mesures compromises hier soir sur une hausse moindre de la CSG sur le capital. Là, l'engagement du gouvernement ce matin à ne pas augmenter les franchises médicales, on sait que c'était une mesure urtiquante pour beaucoup de monde, et notamment vos oppositions. Vous êtes prêt à tout lâcher, là, ça y est ?
Non, pas du tout. Écoutez, ce qu'on a pu voir hier, et qui était un moment très important dans la construction de ce budget, dans la tentative qui est la nôtre de trouver un compromis, de faire en sorte que la France ait un budget pour la Sécurité sociale, c'est un compromis qui hier a été fait de l'autre côté. On parle beaucoup des compromis qui sont faits envers la gauche. Hier soir, c'était l'inverse, c'était envers la droite, avec, vous l'avez dit, une CSG qui était ciblée sur tous les revenus du patrimoine, et hier soir, la volonté qui a été celle de la droite et qui a été entendue par une majorité de députés, donc aussi par la gauche, d'épargner les petits épargnants.
Et donc, non, pas de concessions, comment dire, qui seraient déraisonnables. Une cible, on l'a dit, de 20 milliards pour vraiment qu'il y ait une réduction des déficits. Pour cela, des compromis qui sont faits sur certains sujets envers la gauche, sur d'autres sujets envers la droite.
Mais pardon de le dire comme ça, mais il ne ressemble plus vraiment à grand-chose, votre budget, là ?
Ah, je ne partage pas du tout. C'est un budget, nous avions une copie initiale qui avait une cible à 17 milliards de déficit, c'est-à-dire pour réduire le déficit prévisionnel, si nous n'avions rien fait. Il y a des concessions qui sont faites, il faut trouver des ressources. La CSG était une mesure qui avait été mise sur la table en première lecture du budget de la sécurité sociale. La droite a fait savoir qu'elle n'acceptait pas que les petits épargnants soient touchés.
Hier, le gouvernement, et ça a été son rôle, a présenté un amendement qui essayait de faire consensus entre la volonté de trouver des recettes, la proposition de la gauche qui était cette CSG sur les revenus du patrimoine et les exigences de la droite d'épargner, encore une fois, les petits épargnants. Le gouvernement a proposé cet amendement de compromis qui a été validé assez largement, si vous regardez les résultats.
Sur cette question des franchises médicales, on sait que c'était une mesure, l'une des plus inflammables de ce texte et de ce budget de la sécurité sociale. Combien ça va coûter de revenir sur le doublement des franchises médicales ? Et est-ce qu'encore une fois, ce n'est pas pour amadouer la gauche ? Vous avez besoin des voix du Parti Socialiste. Là, c'est un geste en leur direction.
Oui, clairement, il n'y a pas de doute, c'est un geste en direction de la gauche. On savait que c'était un sujet, comme vous dites, assez inflablable. Mais le gouvernement met sur la table des mesures pour atteindre cette cible de 20 milliards qui est une réduction des déficits. Alors, ce matin, je n'ai pas le chiffre exact, hier après-midi, nous en étions à 20,1 milliards. Vous voyez, on est très près de la cible. Mais à chaque heure qui passe, des amendements sont votés et le compteur du déficit bouge.
Et l'engagement qui a été le nôtre, Amélie de Montchalin l'a fait hier, elle l'a redit et elle le refera tous les jours, c'est de donner précisément l'état du déficit au regard des compromis, des amendements qui sont votés. Et sur la question des franchises, le Premier ministre l'a dit hier dans l'hémicycle devant les députés, il a dit qu'il n'y aura pas de passage en force, c'est une mesure qui pourrait relever du pouvoir réglementaire du gouvernement. Et le Premier ministre a dit très clairement, devant la représentation nationale, qu'il n'y avait pas de majorité au sein de cet hémicycle, alors il ne prendrait pas, lui, cette mesure alors qu'il pourrait le faire.
Et c'est cette méthode, c'est cette recherche de compromis, il n'y aura pas de mesure prise contre l'avis de la majorité des députés.
Mais ce que vous nous dites ce matin, c'est que malgré ce que certains pourraient appeler des renoncements, ce que vous appelez des compromis, la cible en termes de déficit reste la même. La cible est à 20 milliards, ça ne bougera pas, on ne sera pas à 15, à 14.
Non, ce n'est pas ce que je dis, ce que je dis c'est que c'est la cible qui est affichée par le gouvernement, la volonté de trouver une réelle réduction des déficits, le déficit à la fin sera celui qui sera construit par l'Assemblée nationale. Ce sont les députés qui votent. Encore une fois, il n'y aura pas de fameux 49-3, les députés votent. Nous, ce que nous nous engageons à faire, c'est de dire en toute transparence aux députés où en est l'état du déficit au regard de ce qui aura été voté.
Alors avant le vote solennel prévu mardi, il y a ce vote prévu ce matin sur la partie recette du budget de la sécurité sociale. Est-ce qu'à l'heure où on se parle, vous êtes rassuré ce matin, vous êtes confiant sur l'issue de ce vote ?
Ce sont des mots que j'essaie d'éviter, mais écoutez, hier nous avons réussi à passer cette étape qui est une étape très importante de la fiscalité sur le patrimoine, parce que là aussi un sujet irritant. Écoutez, moi depuis le début, je crois qu'il y a une volonté d'une majorité de députés, de parlementaires plus largement, de trouver une solution et de faire en sorte qu'on a un budget. Et chacun a conscience que ce budget qui va sortir de l'hémicycle sera un budget qui sera ni de droite, ni de gauche, ni du centre. Ce sera un vrai budget de compromis, c'est assez inédit, et je crois que c'est possible.
Donc oui, je réponds à votre question, je crois que la recette, la P2, ce qu'on appelle la P2, la partie recette du budget, il faut qu'elle soit votée, sinon les choses s'arrêtent, c'est aussi très clair.
Sinon c'est terminé, il n'y en aura pas de budget de la sécurité sociale si ça ne passe pas ce matin.
C'est terminé, le texte partira au Sénat, tel quel, il n'y aura pas eu de vote de l'Assemblée nationale, donc le texte partira au Sénat, et la seule issue possible alors, ce qui paraît hautement improbable, c'est que le texte du Sénat et le texte de l'Assemblée, au cours d'une navette qui peut être infinie, soient identiques. C'est comme ça, ce sont les procédures, ce qui est hautement improbable, donc on peut considérer que nous n'aurions pas de budget de la sécurité sociale.
Beaucoup de rebondissements hier dans l'hémicycle, on en a parlé, mais aussi des débats qui se sont considérablement tendus, ça a été noté, souligné. Le Premier ministre, notamment Sébastien Lecornu, durcit le ton à propos des dégâts que pourrait causer l'absence de budget.
Vous avez un risque financier à ne pas avoir de texte pris pour la sécurité sociale. Cela vous dérange, cela vous déplait, mais je vous l'ai dit, nous n'endosserons pas n'importe quoi. Et le seul fait qu'il puisse être écrit, qu'en l'absence de PLFSS, la sécurité sociale puisse être hors de contrôle, devrait au contraire créer un ressaisissement sur ses bancs et un sentiment de responsabilité. On n'est pas en train de dire qu'il y aura des invasions de sauterelles ou des météorites. Nous sommes en train de dire que par définition, l'absence de texte ne peut pas avoir les mêmes conséquences que si un texte est pris.
Oui, PLFSS, projet de loi de financement de la sécurité sociale, je précise.
Absolument, c'est bien de le préciser. Laurent Panifousse, vous qui êtes en contact permanent avec les parlementaires, est-ce que ce genre de dramatisation, est-ce que cette façon d'alerter sur les comptes publics, sur un déficit hors de contrôle en cas d'absence de vote, est-ce que c'est la meilleure stratégie pour convaincre les députés de voter ?
Je pense que le Premier ministre a fait cet exercice hier de clarification dans l'hémicycle lui-même, parce qu'il y a une petite musique que nous entendons depuis maintenant quelques jours, qui est de dire finalement ne pas voter le budget de la sécurité sociale, c'est pas si grave. Et je crois qu'il était important, en tout transparent, dans le rôle d'information qui est celui du gouvernement vis-à-vis des parlementaires, et c'est ce qu'a promis à la fois le Premier ministre et la ministre Amélie-Montchalin, c'est de donner en toute transparence les faits, et uniquement les faits.
Ne pas voter le budget de la sécurité sociale, contrairement à ce que disent certains députés responsables politiques, c'est gravissime. C'est un déficit qui serait alors de 30 milliards, mais ce seraient également des investissements arrêtés dans les hôpitaux. Dans les EHPAD, je veux parler des EHPAD, si vous me laissez juste deux secondes sur la question. Les établissements médico-sociaux, les établissements pour personnes en situation de handicap, pardon, les créations de postes, les aides aux structures en déficit, s'il n'y a pas de budget de la sécurité sociale, c'est 30 milliards de déficit,
donc on perd la maîtrise. Justement, ces 30 milliards de déficit qui ont été expliqués hier aux députés à l'Assemblée nationale comme étant le risque si le budget ne passe pas. On parle d'un déficit sur l'ensemble de l'année 2026, s'il ne devait pas y avoir de budget du tout. Les Français qui nous écoutent, qui nous regardent, peuvent se dire l'année dernière on a été dans la même configuration, et finalement, il y a eu une loi spéciale qui a duré quelques semaines, quelques mois, et après il y a eu un accord pour un budget. On pourrait se dire, peut-être qu'il y a une dramatisation qui est un peu excessive.
Alors, si vous avez écouté entièrement le Premier ministre, il a rappelé ce rôle d'information, il n'y a pas de loi spéciale sur le budget de la sécurité sociale, ça n'existe pas. La loi spéciale qui est souvent évoquée n'existe que pour le budget de l'État. Donc il n'y a pas cet outil juridique, il n'existe pas.
On a vécu cette situation il y a un an, puisque vous savez très bien, Michel Barnier, c'était pile il y a un an, tombait sur le budget de la sécurité sociale. Finalement, on en a voté un quelques semaines, quelques mois plus tard. Et qu'est-ce qui s'est passé pour les Français ? Il n'y a pas eu de changement finalement.
La carte vitale a continué à fonctionner, par exemple.
Là, je suis d'accord sur une chose, quand vous parliez de dramatisation. Moi, ce que je crois, c'est qu'il est important, c'est de dire aux Français la vérité. 30 milliards de déficit, si on n'a pas de budget de la sécurité sociale, les conséquences très difficiles pour les établissements médico-sociaux, j'en sais quelque chose, pour les hôpitaux et autres. Mais dire, comme l'a dit le Premier ministre, qu'il y aura une pluie de sauterelles, ce n'est pas vrai que les cartes vitales ne marcheront pas. Ça n'est pas vrai, il ne faut pas dire cela.
Est-ce que les députés, est-ce que le gouvernement, en janvier, en février, en mars, se remettra autour de la table pour recommencer à essayer de trouver un budget de la sécurité sociale ? Qu'est-ce qui aura changé en janvier, février ou mars ? Quels seront les bougées, les concessions supplémentaires qui pourraient être faites sans faire craquer un côté ou l'autre de l'hémicycle ? Parce que je veux rappeler quand même l'exercice que nous sommes en train de faire. Exercice, tout le monde en convient.
Il faudrait repartir de zéro si le budget n'était pas validé ?
C'est fort probable, mais il n'y a pas d'autre hypothèse pour nous. Il n'y a pas d'autre horizon pour nous que de faire en sorte que mardi, il y ait un budget de la sécurité sociale qui soit voté.
Mais quand même, cette note que vous avez faite circuler hier, la note de la direction de la sécurité sociale justement sur les conséquences de l'absence de budget, on a vu que ça avait surtout électrisé beaucoup l'hémicycle et les débats. Est-ce que ce n'était pas contre-productif finalement ?
J'ai constaté, j'étais, les conséquences de cette note. Mais cette note avait une seule ambition, c'est donner factuellement les conséquences de l'absence de vote et de couper court à ce qui pouvait se dire et au côté finalement, comment dire, pas si grave que ça, que nous n'ayons pas de budget. Non, c'est grave, c'est très grave. Il ne faut pas dire n'importe quoi. Il ne faut pas dire que plus rien ne fonctionnera. Mais en revanche, la dérive de la sécurité sociale, les grandes difficultés que vont rencontrer nos établissements médico-sociaux, mais pas seulement, nos hôpitaux également, ça, c'est une réalité. Et ça sera dès janvier.
Parce que les investissements, les recrutements dans les établissements, toutes les mesures d'accompagnement des structures en déficit, vous considérez que quelques semaines ou quelques mois, ce n'est pas grave. Croyez-moi comme ancien directeur.
C'est l'idée que certains peuvent peut-être avoir.
Et c'est pour ça que de temps en temps, il y a besoin de clarification. Et le directeur d'établissement que j'étais il n'y a finalement pas si longtemps que ça, lui regarde ça avec beaucoup d'attention.
De retour sur le plateau de France Info ce matin avec Laurent Panifousse, ministre délégué, chargé des relations avec le Parlement. Donc on l'évoquait en détail, ces rebondissements hier dans l'hémicycle, ces nouvelles mesures amendées, modifiées. Et ce vote prévu ce matin sur la partie recettes, si jamais ce vote était favorable. Il y aura un autre vote, d'autant plus décisif, mardi, un vote solennel cette fois-ci sur l'ensemble du texte. Sébastien Lecornu continue de croire qu'il y a ce qu'il appelle une voie de passage. Concrètement, quand on regarde ce qui peut se passer, il y a déjà 210 voix contre ce texte qui sont assurées, qui sont acquises.
Si on parle de la France Insoumise, du Rassemblement National, de l'UDR. Concrètement, vous comptez sur qui ? Parce que ce n'est pas les seuls macronistes ou le modem qui vont pouvoir faire le compte.
Vous avez raison. C'est pour ça que c'est un exercice qui est difficile. C'est pour ça que nous ne sommes sûrs de rien. Mais c'est aussi pour ça que le gouvernement est là. Et que moi, je me suis engagé dans ce gouvernement. C'est faire en sorte qu'on trouve une solution et d'aller chercher tout ce que vous n'avez pas cité, c'est-à-dire tous les autres. Parce que chaque député qui fait partie de cet ensemble de députés qui essaie sincèrement... Alors peut-être qu'à la fin, ils ne le feront pas. Peut-être qu'à la fin, ils ne soutiendront pas.
Mais ce que je vois, moi, comme ministre chargé des Relations avec le Parlement, c'est qu'en dehors des extrêmes, il y a des gens qui veulent trouver des solutions à condition qu'on les écoute, à condition qu'on cherche des compromis. Parfois du côté droit, parfois du côté gauche. Mais nous avons l'impérieuse nécessité d'aller discuter avec tous, les écologistes, les communistes, les socialistes. Elliot, qui est un groupe d'opposition, mais qui est un groupe important, dont j'étais président il y a quelques mois. Voilà, tous ces groupes-là ont vocation à essayer de faire en sorte de nous aider, que eux puissent adopter le budget de la sécurité sociale.
Pas pour faire plaisir au gouvernement, parce qu'eux considèrent que c'est important pour notre pays. Concernant, par exemple, le Parti Socialiste, vous dites au Parti Socialiste, votez pour ou, à minima, abstenez-vous ? Non, je dis au Parti Socialiste, bien sûr, votez pour. Et ce que je veux dire, et ce qui est particulièrement important... On sait qu'une abstention peut aussi être positive, entre guillemets. Oui, si à la fin, tout le monde s'abstient, et que vous n'avez que le bloc central qui vote pour, ça ne passera pas, parce que vous avez bien fait la démonstration qu'il y a des extrêmes qui vont faire en sorte de faire tomber.
Et ce qui est assez paradoxal, quand vous avez les voix de l'extrême gauche qui veulent aller contre la suspension de la réforme des retraites, c'est totalement contre-intuitif, mais leurs électeurs doivent l'apprécier. Quand vous avez l'extrême droite qui dit soutenir les entreprises et qui vote 30 milliards, qui sait de faire voter 30 milliards d'impôts supplémentaires dans le PLF, là aussi, les chefs d'entreprise pourront apprécier. Mais il y a quelque chose que je vais vous dire sur la conséquence ou pas quand on est d'opposition sur le fait de voter, d'accompagner ce budget.
Il y a quelque chose de tout à fait unique dans ce qu'on est en train de vivre et qui n'existait pas jusqu'à aujourd'hui. Vous avez un marqueur qui est je vote le budget, je suis dans la majorité, je vote contre le budget, je suis en opposition. Et c'est quelque chose d'extrêmement important dans l'esprit des parlementaires. Ce qui est en train de se passer aujourd'hui et dont il faut avoir vraiment conscience pour comprendre ce qui est en train de se passer, c'est qu'aujourd'hui, voter pour ce budget, ça n'est absolument pas soutenir le gouvernement. Voter ce budget, ça n'est pas participer à la majorité qui gouverne aujourd'hui. C'est quelque chose d'important.
Et c'est quelque chose d'inédit. Le Parti Socialiste et les autres peuvent le voter sans pour autant se compromettre. Voter ce budget, ça ne sera pas soutenir le gouvernement, ça sera soutenir le budget de la sécurité sociale,
ça n'est jamais arrivé. En même temps, voter ce budget, c'est aussi permettre à Sébastien Lecornu de se maintenir à Matignon, lequel Sébastien Lecornu est un très proche d'Emmanuel Macron. Et vous savez très bien que un certain nombre de partis politiques, de groupes politiques, n'ont pas particulièrement envie d'être associés à Emmanuel Macron de près ou de loin.
Je sais, c'est pour ça aussi que cet exercice est particulièrement difficile, mais c'est pour ça aussi que je viens de faire cette précision. En rien, que ce soit un député liott, un député socialiste, en rien, le fait de voter ce budget fera en sorte qu'il sera considéré comme un soutien du Président de la République, du Premier ministre, du gouvernement ou de quelconque majorité.
Vous en êtes où des comptages ce matin ? Ça va se jouer à combien de voix près, selon vos estimations ? C'est votre travail à vous, en tant que ministre chargé des relations avec le Parlement ?
Non, je ne vous donnerai pas de chiffres pour une raison simple et ce que je répète tout le temps. Mardi est un moment crucial. Mais la vérité, c'est que pour que le budget soit voté, il faut qu'il soit votable. Et pour qu'il soit votable, on peut, pardon d'être un peu grossi, on peut se planter tous les jours, toutes les heures. Vous avez vu ce qui s'est passé hier dans l'hémicycle ? Vous avez vu les tensions qu'il peut y avoir ? Et croyez-moi, ces tensions ne vont faire qu'augmenter jusqu'à mardi. Donc, faire un état des lieux à cet instant, ce n'est pas possible. À chaque vote, vous avez le chiffre que vous évoquez, théorique, qui n'existe pas. Je n'ai pas ma petite tablette là.
Mais la réalité, c'est que je crois qu'il y a une volonté, je le redis, pardon. Et donc, le chemin existe. Mais, on peut trébucher à chaque instant. Et c'est pour ça que c'est un moment de grande gravité. C'est pour ça que le Premier ministre lui-même vient au banc et passe des heures au banc. Ce n'est pas non plus habituel.
Mais pour certains, en fait, pour éviter de trébucher, justement, il faudrait en revenir au 49-3. Vous avez vu les déclarations de Gérard Larcher, mais aussi de François Nantes. Si on vous le réclame formellement, est-ce que vous pourriez avoir recours mardi au 49-3 ?
Non, le Premier ministre l'a dit. Non, ce qui permet aujourd'hui ce débat, ce qui fait qu'aujourd'hui, on envisage de peut-être pouvoir y arriver, c'est parce qu'il n'y a pas eu de 49-3. C'est pour ça que hier, dans l'hémicycle, vous aviez des députés de gauche et de droite sur proposition du gouvernement qui essaie de faire le compromis en écrivant lui-même ce qui peut être un compromis. Nous y arrivons pourquoi ? Nous y arrivons parce qu'il n'y a pas de 49-3. À partir du moment, à la seconde, où le 49-3 reviendra dans les hypothèses, ce compromis est terminé. Et vous savez quoi ? Nous n'y arriverons pas. Le Premier ministre l'a dit. Il n'y aura pas de 49-3.
Le budget de la Sécurité sociale est en train d'être construit par les députés. Et ce seront les députés qui le voteront.
Mais pourquoi certains députés, notamment de la gauche, réclament-ils ce 49-3 d'après vous ?
Parce que le confort du 49-3, une fois qu'on a pu obtenir ses gains, c'est de pouvoir dire ce budget, je ne l'ai pas voté, j'ai négocié, j'ai obtenu des gains, mais je ne me suis pas, quelque part, compromis avec le gouvernement. Mais ce que je vous dis, c'est pour ça...
Nous passons de ce défilé, c'est ce que vous nous dites.
Peut-être, mais ce que je veux dire, c'est pour ça que je vous disais tout à l'heure, le vote qui va avoir lieu mardi, et je souhaite que mardi, nous ayons ce vote avec un texte votable, c'est un vote qui ne va pas compromettre celles et ceux qui vont voter le budget de la Sécurité sociale avec le gouvernement. C'est un vote qui va permettre d'avoir un budget de la Sécurité sociale sans être affiché comme un soutien du gouvernement.
Dernière question sur le vote de ce budget, est-ce que vous espérez qu'Edouard Philippe revienne à la raison ? Il a eu des propos extrêmement clairs sur ce budget, il ne souhaite pas le voter, d'ailleurs Michel Barnier dit la même chose ce matin dans les échos, est-ce que vous appelez Edouard Philippe et ses députés à voter, à revenir à la raison ?
Edouard Philippe et M. Barnier ont dit quelque chose, c'est qu'ils ne voteraient pas en l'État. Le texte. Et comme on a pu le voir hier, le texte ne cesse d'évoluer tous les jours au fil des compromis. C'est pour ça que c'est extrêmement difficile. Il vous reste beaucoup de temps là quand même. Oui, on y est tous les jours, on y est du matin au soir jusqu'à minuit. Et pardon de vous dire que je ne peux pas connaître à ce stade la copie parce que hier matin, ce que nous avons évoqué tout à l'heure sur la CSG par exemple, nous ne connaissions pas l'issue finale. Et tout ceci se déroule en direct. Pourquoi ?
Parce qu'il n'y a pas de passage en force, parce que ce n'est pas le gouvernement qui fait une copie qui est proposée aux députés, ce sont les députés qui sont en train de travailler sur la base d'un texte du gouvernement. Donc laissons le texte faire. Les déclarations des responsables politiques, quand ils disent qu'en l'État, ils ne le votent pas, ils sont dans leur rôle. Moi, ce que je leur demande par contre à ces responsables politiques, c'est mardi. Mardi, quand nous voterons ce texte, c'est d'être à la hauteur du moment.
On va dézoomer pour terminer cette interview, mais vraiment partir très très loin de l'Assemblée nationale, parce qu'en fait, depuis le début de cette interview, on a essentiellement navigué entre les murs du Parlement pour aller voir un peu ce qu'en pensent les Français. Et il y a ces enquêtes, et notamment cette dernière du Cevipov qui est assez frappante, où un tiers des Français estiment que le problème aujourd'hui, ce n'est pas l'insécurité, ce n'est pas les déficits, c'est la vie politique. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
Je peux comprendre qu'ils pensent cela. Moi, je vois la difficulté qui est celle du Parlement à faire un budget pour le pays, un budget d'État, un budget de la sécurité sociale. Je vois que l'absence de majorité, des oppositions très difficiles provoquent une qualité des débats qui est parfois difficile. Et je me mets à la place de celles et ceux qui sont derrière leurs écrans et qui disent que ces femmes et ces hommes politiques ne sont pas à la hauteur. Mais moi, ce que je veux dire aux Françaises et les Français, ce que je dis tous les jours autour de moi, c'est qu'il ne faut pas forcément écouter celles et ceux qui crient dans cet hémicycle.
Il faut aussi voir qu'il y a des femmes et des hommes politiques au Sénat, à l'Assemblée au-delà, qui travaillent sérieusement. Et je pense qu'il faut leur donner aussi la parole à eux et pas forcément regarder ce qui crie dans l'hémicycle.
Un parti socialiste qui dit qu'on ne veut pas discuter avec Sébastien Lecornu tant qu'il n'enlève pas le 49-3 et puis qui, quelques semaines après, vient en disant « En fait, s'il y avait le 49-3, ça nous arrangerait. » Est-ce que ce n'est pas typiquement le genre de choses où les Français se disent « On n'y comprend plus rien ? »
C'est déroutant. C'est pour ça qu'il faut avoir un cap, il faut être clair pour commencer cette phase budgétaire. Le compromis qui a été accepté par le Premier ministre, j'étais de ce président du groupe Lyot qui avait demandé au Premier ministre lui-même de renoncer au 49-3 pour que le débat soit possible. Je ne vais pas moi-même, je suis rentré dans le gouvernement donc bien sûr, je le soutiens, mais je ne vais pas maintenant vous dire qu'il faut le retirer. De la cohérence, de la constance, de la clarté. Les oppositions ont demandé au Premier ministre de retirer le 49-3 pour permettre le débat et le compromis et pour que nous puissions continuer.
Le Premier ministre le fait, on ne lui demande pas un mois et demi après de revenir à sa décision, c'est incompréhensible pour les Françaises et les Français, je suis d'accord. Je veux le redire parce que c'est particulièrement important, pardon.
Il y a beaucoup
de femmes et d'hommes politiques qui font un travail sérieux, ça ne se voit pas forcément mais ils existent.
Mais vous parlez de clarté, le compromis c'est tout sauf de la clarté. On n'a jamais autant parlé de confusion dans cette Assemblée nationale, vous comprenez ce paradoxe ?
Je comprends le paradoxe mais moi ce que je dois vous dire à ma place, c'est qu'au sein de cette confusion, il y a je crois une majorité de gens qui travaillent sérieusement. Après, on ne va pas reprocher la droite de défendre des positions de droite. Il y a une grande diversité d'opinions politiques et peut-être que ça émergera à nouveau en 2027, en tout cas je le souhaite. Et vous avez des femmes et des hommes de gauche qui défendent ardemment leur position de gauche et c'est non seulement leur droit mais c'est leur devoir. Merci à vous Laurent Panifousse,
ministre des Relations avec le Parlement d'avoir été avec nous ce matin sur France Info. Merci Mathilde Siro, les informés arrivent dans quelques minutes.
Laurent Panifous