Aller au contenu
Tous les transcripts
Conférence de presseLe Média (sur YouTube)· 10 juin 2022 9 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalSolidarités & familleÉconomie & entreprises

MÉLENCHON À MATIGNON : LA FIN DE LA RÉPUBLIQUE, VRAIMENT ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 4:00RelanceRéponse directe

    Pourquoi vous acharnez-vous à parler de crise institutionnelle si votre parti perd la majorité ?

  • 6:00OuverteRéponse partielle

    En quoi une cohabitation avec Mélenchon serait intenable ?

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Du sang, des larmes, des innondations, des sauterelles, voilà ce que nous promet la Macronie si la NUPES obtenait une majorité à l’Assemblée et prenait les rênes du gouvernement. Entre les deux tours de la présidentielle, Macron draguait l’électorat de la France insoumise, désormais il la range à nouveau dans la catégorie des “extrêmes”. Ce que proposent, les uns et les autres, les deux extrêmes, de remettre en cause nos institutions, qui face au Covid comme face à la guerre ont démontré leur efficacité.

Ils proposent les uns et les autres de fragiliser l'unité du pays. À toutes ces calamités, Olivier Véran a ajouté celle de la crise institutionnelle. On a eu une crise sociale (les Gilest jaunes), une crise sanitaire, sans précédent : la pandémie, une crise géopolitique avec la guerre aux frontières de l’Europe.

N'ajoutons pas une crise institutionnelle avec un pays qui ne serait plus gouvernable. Mercredi matin, au micro de France inter, le Ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement et de la Vie démocratique, et candidat en Isère, défendait la nécessité de donner une majorité à Renaissance/ Ensemble. Et puis vous avez un candidat qui essaye de dévier la réalité de cette élection.

C'est Jean-Luc Mélenchon, qui explique aux Français à grand renfort d'affiches qu'il faudrait que les Français l'élisent Premier ministre, ce qui crée de la confusion. Mélenchon contournerait l’esprit des institutions et menacerait de les mettre en crise car elles ne supporteraient pas le grand écart entre les politiques radicales qu’il voudrait mener, et celles, bien entendu, raisonnables et intelligentes d'Emmanuel Macron. On va voir ça de plus près.

Les désaccords qui parcourent la société sont censés trouver une solution dans les institutions. On peut les trancher, voire trouver un consensus, en tout cas empêcher qu’ils ne dégénèrent en conflits violents. Mais lorsque le jeu institutionnel, le vote, la majorité, la délibération des représentants ne suffit plus, les institutions peuvent entrer en crise.

Vous savez, dans tous les pays du monde où la gauche radicale est arrivée au pouvoir et s'est assortie d'une sorte de légitimité du discours sur la violence sociale, ça s'est très mal fini et ça s'est très mal passé. Donc je dis : attention, Jean-Luc Mélenchon ne s'est pas recentré avec la NUPES. En forçant le trait, on pourrait dire qu’il explique que les institutions françaises sont faites pour la brutalisation néolibérale, et que si une majorité NUPES rompait avec cette politique, la machine institutionnelle se gripperait.

Alors parfois dans le ronron d’une matinale, il arrive qu’un auditeur soit particulièrement pertinent. William au standard que je sens légèrement agacé, bonjour. Ma question était de savoir pourquoi vous vous acharnez à parler de crise institutionnelle, si jamais votre parti perdait la majorité absolue.

Même si vous perdiez la majorité relative, il n'y aurait pas de crise institutionnelle puisque les institutions prévoient justement la possibilité d'une cohabitation. Donc je ne comprends pas pourquoi en tant que ministre, vous vous acharnez à parler de crise institutionnelle alors que tout est prévu. Ça ne provoquerait absolument pas une crise institutionnelle.

On appelle ça la cohabitation. Que répond Véran à cet auditeur ? Je vais vous donner juste un exemple William.

Imaginez qu'alors que nous avons un président de la République profondément européen, et un peuple français profondément européen, vous ayez une majorité, ou en tout cas des forces d'opposition au Parlement qui regrouperaient les différents extrêmes, eurosceptiques, et qui décideraient que dès lors qu'un texte de loi est de nature à nous maintenir dans le cadre du fonctionnement européen, il faudrait voter contre. Il serait extrêmement compliqué d'aller trouver des accords. Il donne un exemple, celui d’un désaccord entre Macron et Mélenchon sur l’Europe.

C’est un bon exemple de désaccord profond, mais on ne voit pas en quoi il permettrait de montrer qu’une cohabitation est intenable entre ces deux personnages. Si jamais Jean-Luc Mélenchon obtenait la majorité, Emmanuel Macron dit qu'il ne serait pas obligé de le nommer Premier ministre. Hier à ce micro, Jean-Luc Mélenchon a fait valoir que le président sera raisonnable et qu'il nommera celui qui sera élu, sinon on ne votera pas la confiance.

Dans les cohabitations précédentes (ces moments où la majorité à l'assemblée n’est pas du même bord que le président), les deux têtes de l’exécutif (Premier ministre et président) ont agi en bonne intelligence, et malgré les contradictions politiques, cela n'a pas débouché sur une crise institutionnelle. Bien entendu cela réclame des concessions : le président par exemple, bien qu’il puisse faire autrement, a toujours choisi comme Premier ministre celui proposé par la majorité, et a évité d’utiliser les moyens à sa disposition qui lui permettraient de gêner la politique gouvernementale. En retour, le Premier ministre a toujours accordé au président un “domaine réservé”, comme la politique internationale ou la défense, alors qu’aucun texte ne le codifie strictement.

Le président Mitterrand n'avait aucun plaisir à nommer Jacques Chirac Premier ministre. Il l'a fait, pourquoi ? Bah parce que le RPR avait gagné l'élection !

Cela relève de l’usage, de la coutume républicaine, due à l’esprit de responsabilité des grands hommes, mais aussi à l'intérêt bien compris, et aux circonstances : hormis Mitterrand à la fin de son deuxième mandat, tous se portaient candidats aux élections présidentielles suivantes, et donc cherchaient à se montrer dignes de la fonction. Selon Véran, cet échange de bons procédés n’aurait pas lieu, il s’évertue à soutenir que Mélenchon est un extrémiste. Une cohabitation avec un extrême politique n'est pas une cohabitation avec un parti de gouvernement.

Or Mélenchon a annoncé à plusieurs reprises son intention de respecter ces espèces de coutumes républicaines. Dans une tribune parue parue le 26 mai, il entend cependant introduire une nouveauté, qui irait vers plus de parlementarisme. “On m’a demandé comment serait réglée, le cas échéant, une divergence de fond entre le président de la République et le Premier ministre.

C’est une question clé. Ma réponse fonctionne comme un manifeste parlementariste. J’ai dit qu’en cas de divergence, le problème serait porté devant l’Assemblée nationale.

Le mécanisme pour le faire existe.” Mélenchon s’autorise dès lors à renverser l’accusation : la crise viendrait de Macron. Et de la même manière, monsieur Chirac n'était certainement pas enthousiaste à l'idée de nommer monsieur Jospin Premier ministre.

Mais il l'a quand même fait et Jospin a appliqué sa politique et a fait les 35 heures et le reste. Donc du calme, ça sert à rien de se payer en plus une crise institutionnelle. Mais si elle a lieu et que le président veut la déclencher, il donnera l'impression qu'il ne supporte jamais la démocratie.

Alors quel est le véritable enjeu des exagérations de Véran et de Macron ? Il est peu probable que la NUPES obtienne la majorité à l’Assemblée, et détermine la couleur du gouvernement. En revanche, il apparaît de plus en plus probable que Ensemble perde sa majorité absolue, ce qui engendrerait certes pas une crise institutionnelle, mais une situation où la Macronie ne pourrait plus faire passer ses réformes comme une lettre à la poste, car alors le nombre de députés d’opposition (s'ils faisaient bloc) excèderait le nombre de députés au sein de la majorité (relative) et donc pourraient bloquer les réformes.

Autrement dit, on verrait de plus en plus que le projet néolibéral du président est très minoritaire dans la société (le meilleur exemple étant la réforme des retraites), et qu’il ne se maintient au pouvoir que parce que le système électoral et les institutions de la 5e République permettent à une minorité de brutaliser le reste de la population. Dans cette situation on s'aperçoit que les institutions sont déjà mises en tension, que leur légitimité est déjà instable. Puisqu'elles permettent à un gouvernement de passer des réformes malgré un niveau de consentement faible, c'est-à-dire un faible pourcentage au 1er tour, et un 2e tour remporté par rejet de l’autre candidate.

De toute façon on sait très bien ce qui va se passer : au soir des élections législatives, lorsque Jean-Luc Mélenchon n'aura pas de majorité au Parlement et qu'il ne sera pas Premier ministre, il vous expliquera que maintenant c'est l'heure du 4e tour et que le 4e tour est dans la rue. Pardon mais c'est tous les 5 ans la même chose. Olivier Véran a raison de remarquer qu'il cherche toujours à relancer, car Mélenchon veut démontrer qu’aucun enjeu fondamental n’a été réglé par l’élection.

Tensions, frustrations et exaspérations sont toujours là, et à un niveau très élevé. Il est assez profondément regrettable qu'il se sente obligé de dire que ceux qui s'opposent à lui fragilisent l'unité du pays. La démocratie ne fragilise pas l'unité du pays.

De sorte que, si crise institutionnelle il y a, elle est déjà là, et elle est alimentée par la politique macroniste. En ce sens c’est la politique de la NUPES, en apparence radicale, qui serait comme un retour à une forme de tranquilité, et d’équilibre. À la semaine prochaine.