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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 9 avril 2026 23 min

Cessez-le-feu en Iran, prix des carburants... Le "8h30 franceinfo" de Roland Lescure

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Roland Lescure. Bonjour, bonjour à tous les deux. Bonjour à tous. Bonjour Paul. Merci d'être avec nous sur France Info. Alors que le monde est suspendu à une trêve fragile entre l'Iran et les Etats-Unis, jour 2 aujourd'hui, une trêve qui, à peine annoncée, a fait chuter les cours du pétrole. Roland Lescure, est-ce que les prix des carburants vont enfin baisser ?

0:19
Roland Lescure

C'est absolument indispensable. Vous l'avez dit, les prix du pétrole ont baissé. La baisse qu'on a eue en 24 heures, c'est historique. Plus de 15 dollars le baril en une journée. En général, ça monte vite. Là aussi, sur les marchés, ça a tendance à baisser plus lentement. Et vous l'avez dit, c'est l'annonce d'un cessez-le-feu. On est passé en 24 heures de la destruction d'une civilisation à un cessez-le-feu qu'on espère durable. Et donc, évidemment, nous l'avions dit, je le répète, et aujourd'hui, on aura une réunion avec les distributeurs pour s'en assurer. C'est monter vite. Il faut que ça baisse vite.

Et donc, on s'attend à ce que les prix à la pompe baissent dans les heures, dans les jours qui viennent.

0:50
Présentateur

Vous allez leur demander quoi concrètement aux distributeurs ?

0:53
Roland Lescure

Moi, je vais leur demander d'être aussi réactifs à la baisse qu'à la hausse. On a vérifié, parce que la confiance n'exclut pas le contrôle, qu'à la hausse, il n'y avait pas d'excès sur les marges des distributeurs. Vous savez qu'on peut, en théorie, contrôler les marges des distributeurs. Et on leur a dit... Oui, en théorie. Parce qu'on ne l'a pas fait, même si, je vais vous le dire, le décret était prêt, parce qu'on a considéré, en observant la réalité, qu'il n'y avait pas d'excès sur les marges. Vous savez qu'on a multiplié les contrôles, et qu'effectivement, à part les 5% habituels d'abus qui, d'ailleurs, ont été sanctionnés, 95% des stations jouaient le jeu.

À la hausse, il n'y a pas eu d'excès. Il faut qu'à la baisse, on retrouve, je dirais, la même réactivité, et c'est ce qu'on va leur dire aujourd'hui. Je dois reconnaître que certains se sont déjà engagés. L'UFIP, qui est une organisation professionnelle annoncée hier...

1:39
Invité

Justement, ils annoncent que les prix pourraient baisser de 5 à 10 centimes. C'était Olivier Gantois, son président, hier sur France Info. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce chiffre ? 5 à 10 centimes, c'est l'objectif, c'est réaliste ?

1:48
Roland Lescure

Non mais, un, je ne donne pas d'objectif, et deux, je dirais, si on peut aller plus loin, il faudra aller plus loin. Plus de 10 centimes. Non mais, pour l'instant, on a 24 heures, le pétrole a baissé de 15%, ce qui est énorme. Si vous faites le travail, je dirais, comptable, mécanique, ça fait effectivement à peu près 5 à 10 centimes. On va voir si la baisse du pétrole se poursuit. Moi, ce que je m'attends, c'est à ce que la baisse de l'essence à la pompe, et du gasoil surtout, parce que vous savez que c'est ce qui a augmenté le plus.

2:14
Présentateur

Et 1,70€ avant la guerre pour le gasoil, il a pris 65 centimes. Il est en moyenne à 2,37€ le litre aujourd'hui. Sur un plein, ça fait 30€ de plus par plein. Quand est-ce que les Français retrouveront ce prix-là, ce prix d'avant ?

2:29
Roland Lescure

Écoutez, j'allais dire, demandez aux belligérants. Vous savez qu'on ne l'est pas, et que nous, on participe plutôt à trouver des solutions diplomatiques, y compris, une fois que le cessez-le-feu, j'espère, sera durable, pour libérer le détroit d'Armouse. Il manque aujourd'hui, dans le monde, 12 millions de barils tous les jours. Et ces 12 millions de barils tous les jours qui manquent, ils manquent essentiellement en Asie, mais ils se traduisent par une forte hausse des prix, qui nous affecte tous et tous. C'est un choc, j'ai eu l'occasion de le dire, qui affecte l'ensemble de l'économie française. Le rôle, la responsabilité du gouvernement, c'est un, de s'assurer qu'on est de l'essence.

Est-ce que je peux vous annoncer aujourd'hui ? J'ai les chiffres de 8h ce matin.

3:07
Présentateur

Vous avez les chiffres des pénuries ?

3:08
Roland Lescure

C'est que, alors c'est pas des pénuries, mais c'est qu'effectivement des stations, je dirais, qui font beaucoup de plain pour les automobilistes, ont tendance à manquer d'essence le temps qu'on les réapprovisionne. Au sortir du week-end de Pâques, on était à 20%. On est ce matin à 8h, à 13%. Donc ça baisse. Donc les mesures qu'on a prises, pour s'assurer qu'on ait de l'essence dans les stations-service, des dérogations pour que les camions puissent livrer la nuit, le week-end, le suivi au quotidien. Je vous annonce aussi qu'à partir d'aujourd'hui, on aura sur le site carburant.gouv.fr, la disponibilité des carburants, une fois par jour, dans toute la France.

Donc si vous arrivez à une station où il n'y a pas d'essence, cliquez sur le site, vous en trouvez une où il y en a. Donc premier point, information, information, information, transparence. Et deux, s'assurer que du côté des prix, quand on a de l'essence, il n'y a pas d'abus. Et trois, s'assurer que cette crise qui va nous coûter, je dirais, elle n'est pas supportée par les plus fragiles. C'est pour ça qu'on a privilégié les secteurs les plus exposés dans notre réponse.

4:03
Présentateur

Mais pardon, Roland Lascure, là vous nous dites, à court terme, ça va baisser de 5 à 10 centimes. C'est-à-dire...

4:08
Roland Lescure

J'espère qu'on ira plus loin, mais ça dépendra du prix du pétrole.

4:10
Présentateur

C'est-à-dire vraiment de pas grand-chose aujourd'hui, pour les gens qui vont faire leur plein. Vous aviez prévu de nouvelles aides ciblées que vous deviez annoncer en début de semaine. Nous sommes jeudi. Toujours pas d'aides qui se profilent. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que maintenant qu'il y a un cessez-le-feu, vous renoncez à ces nouvelles aides ciblées ?

4:24
Roland Lescure

Non, ça veut dire que cette crise, elle évolue tous les jours et que notre réponse, elle doit être flexible et adaptable.

4:29
Présentateur

Mais donc pas d'aides pour l'instant, pas de nouvelles aides pour l'instant ?

4:31
Roland Lescure

À ce stade, on attend de voir comment évolue la situation internationale dans les jours qui viennent. On est prêt à adapter notre réponse à l'évolution de la crise. Mais reconnaissons-le. Depuis 48 heures, ça va plutôt mieux. Le carburant, j'espère, va baisser.

4:46
Présentateur

5 à 10 centimes.

4:47
Roland Lescure

On verra peut-être plus.

4:48
Présentateur

Pour les infirmiers libéraux, par exemple, vous dites vous pouvez continuer comme ça. Certains posent des arrêts maladie parce que ça devient trop cher pour eux de prendre leur voiture pour aller travailler.

4:58
Roland Lescure

Non mais j'entends, mais vous savez que quand un certain nombre de pays ont mis en place des baisses de taxes importantes, des milliards d'euros, la baisse de l'essence à la pompe qui va avec, c'est aussi quelques centimes. Donc là, en 24 heures, on a l'équivalent d'une baisse de la TVA qui, oui, ne coûte rien à l'État, qui permet de donner un peu d'oxygène. On espère que ça va durer. Et si ça ne dure pas, je peux vous dire, on sera prêt à mettre en place des aides qui resteront économes du deuil public parce que c'est mon devoir, ma responsabilité, ciblés sur ceux qu'on n'en a plus besoin.

5:29
Présentateur

Vous les avez préparés déjà, ces aides ?

5:30
Roland Lescure

Mais bien sûr, on est prêts. Elles sont posées sur une étagère ? Ça pourrait être quoi ? Non, non, non, je ne vais pas rentrer dans le détail parce qu'on verra. Oui, je sais, mais je comprends. Mais aujourd'hui, moi, ce que je souhaite, c'est qu'on puisse adapter la réponse de l'État à la situation réelle sur le terrain.

5:45
Invité

J'aimerais vous interroger sur la réponse de Total qui a plafonné les prix. Habituellement, ils sont un peu plutôt au-dessus. Là, ils ont réussi à être au-dessous, à plafonner les prix. Est-ce que, dans votre réunion si importante à 15h avec le distributeur, vous allez leur demander de réfléchir à un plafonnement des prix si le détroit d'Hormuz met du temps à être débloqué ?

5:58
Roland Lescure

Non, mais depuis le début, on a décidé que le plafonnement des prix généralisé et décidé par le ministre de l'Économie, c'était une mauvaise idée. Pourquoi ? Parce que soit vous plafonnez les prix trop haut et tout le monde va s'y mettre et là, vous aurez une hausse des prix. Soit vous les plafonnez trop bas au sens où certains distributeurs intermédiaires vont perdre de l'argent en vendant l'essence à ce prix-là. Ils arrêteront de vendre de l'essence. Le plafonnement des prix généralisé et décidé par le ministre de l'Économie, c'est l'usine à pénurie. Ça, on veut l'éviter.

Ensuite, qu'il y ait des distributeurs, qu'il y ait des stratégies qui nous permettent, grâce à la concurrence qui existe en France, de baisser les prix ou de les plafonner. Tant mieux ! Et d'ailleurs, on parlait tout à l'heure des difficultés d'approvisionnement qu'on a eues dans les stations-service. C'était essentiellement chez Total. Ils étaient moins chers que tout le monde. Parce qu'ils ont plafonné les prix.

6:44
Présentateur

Mais Mathilde Panot, l'insoumise, qui était à votre place sur ce plateau et qui réclame ce plafonnement des prix, un blocage des prix, elle dit mais ça se fait ailleurs, ça se fait à la Réunion, ça ne coûterait pas un euro à l'État.

6:53
Roland Lescure

Mais bien sûr que si. Et elle dit que dans quoi ? Soit vous compensez, soit vous organisez la pénurie puisque vous vendez à perte. La raison pour laquelle on le fait dans certains départements d'outre-mer, c'est qu'il n'y a pas de concurrence là-bas. Donc effectivement, si vous libérez les prix dans ces départements, vous vous retrouvez avec des prix à la hausse. Et le préfet change,

7:10
Invité

comme on l'a appris dans le vrai foi de l'info ce matin sur France Info, le préfet varie les prix selon les prix justement. Mais bien sûr,

7:15
Roland Lescure

c'est-à-dire qu'il n'y a pas de formule magique. Si vous voulez qu'il y ait des acteurs qui distribuent de l'essence à la Réunion, à Mayotte ou ailleurs, il faut que ce soit en ligne avec les prix de marché. Comme il n'y a pas de concurrence, contrairement à la métropole, l'Hexagone, où on a vu effectivement des prix plutôt tenus, c'est le préfet qui les tient, je dirais, à la place du marché. Mais quand le pétrole augmente, les prix à la Réunion, à Mayotte ou ailleurs, ils augmentent aussi. C'est un choc extérieur qui affecte l'ensemble des pays mondiaux. Chaque pétrolier ? Les seuls pays qui y gagnent, ce sont des pays qui produisent du pétrole. On ne produit pas de pétrole.

Il faut qu'on trouve d'autres solutions et j'espère qu'on aura l'occasion de revenir.

7:50
Présentateur

Mais on a des stocks que vous avez payés moins cher. Est-ce que ça ne peut pas servir à faire baisser les prix, ça ?

7:55
Roland Lescure

Mais non, parce que les stocks stratégiques qu'on libère de manière parcimonieuse pour s'assurer qu'on a de l'essence partout en France, ils sont aujourd'hui reconstitués au prix du marché. Donc si le pétrole est à 100 dollars, il faut les reconstituer à 100 dollars. Donc c'est une... On a deux enjeux. On a un enjeu de volume. Premier objectif, très clair, s'assurer qu'on n'ait pas de choc pétrolier en France, pour reprendre votre question, et qu'on ait du volume, qu'on ait de l'essence, pour tout le monde. Et ensuite, qu'on essaye de limiter l'impact de la hausse sur l'économie française parce qu'on veut préserver la croissance.

Mais qu'on préserve aussi le déficit public parce que ça, c'est ce qu'on doit à nos enfants.

8:32
Présentateur

On vous entend, et c'est pour ça que vous dites ce matin, à court terme, pas de nouvelles aides, alors que ces nouvelles aides avaient été promises par le gouvernement ces derniers jours. Parce qu'on a une amélioration réelle

8:40
Roland Lescure

qui, j'espère, va se traduire à la pompe.

8:42
Présentateur

Alors, pardon Roland Lescure, mais vous connaissez bien la politique américaine. Vous avez été député des Français d'Amérique du Nord. Vous nous dites qu'on a une amélioration réelle. Quand on voit la versatilité de Donald Trump, que vous avez rencontré d'ailleurs, vous pensez vraiment qu'on ait tiré d'affaires avec ce cessez-le-feu ?

8:58
Roland Lescure

Non, c'est fragile. Ça reste fragile. Évidemment, ce qui se passe au Liban est absolument inacceptable. Vous le savez, la France souhaite que le Liban soit intégré au cessez-le-feu dans la région. Il n'y a pas de raison que le Liban soit une victime, j'allais presque dire expiatoire de ce qui se passe au Golfe aujourd'hui. Le Hezbollah a attaqué Israël, c'était inacceptable. La réponse aujourd'hui d'Israël est disproportionnée.

9:22
Présentateur

Vous dites qu'elle est disproportionnée ?

9:23
Roland Lescure

C'est pas moi, c'est le ministre des Affaires étrangères qui le dit, mais évidemment, je reprends c'est bon.

9:27
Invité

Des attaques israéliennes, bombardements massifs au Liban, on fait 182 morts hier. On écoute Joshua Zarka, ambassadeur d'Israël en France, invité de France Info ce matin.

9:35
Locuteur non identifié

Le gouvernement libanais fait un choix par crainte d'une guerre civile de ne pas faire l'effort de désarmer le Hezbollah. Ça fait des années que le Hezbollah a pris en otage ce pays en entier. Et le Hezbollah a fait un choix de ne pas se désarmer malgré les résolutions du Conseil de sécurité et malgré l'accord de cessez-le-feu qu'il a lui-même signé. Cette guerre au Liban ne l'avons pas demandé. Elle nous a été imposée.

9:56
Invité

Le président Macron a pourtant appelé à inclure le Liban dans le cessez-le-feu. Les Israéliens répondent que c'est complètement hors de question. Est-ce que la France est impuissante ?

10:04
Roland Lescure

Non. Non, je peux vous dire pour suivre tout ça de très près, la France n'est pas impuissante. On est dans une situation difficile où nous continuons à jouer le jeu de la diplomatie. Nous parlons à tout le monde. Je pense qu'il n'y a personne au monde aujourd'hui qui est capable de parler à tout le monde. On ne va pas tout régler tout seul. On a bien vu que le Pakistan avait joué un rôle important, que le sultanat d'Omane a joué un rôle important dans la libération des otages français.

Mais la capacité qu'a la France à la fois à montrer qu'on a des moyens, le porte-avions Charles de Gaulle, les frégans dans la région qui pourront, une fois que la désescalade sera en oeuvre, contribuer à sécuriser le détroit d'Harmouz, mais aussi une capacité à parler à tout le monde et notamment, évidemment, au Liban où c'est essentiel. Mais ce qui est vrai aujourd'hui, c'est que les Etats-Unis vont jouer un rôle très important dans les heures, dans les jours qui viennent sur la capacité du cessez-le-feu a concerné aussi le Liban.

Malgré les exactions du Hezbollah, nous demandons à ce que le Liban soit intégré dans ce cessez-le-feu et qu'on puisse aller vers un processus de paix pour l'ensemble de la région.

Pas seulement, évidemment, pour des raisons économiques, mais le ministre de l'Économie, aujourd'hui, il vous le dit, il sera à Washington la semaine prochaine, je vais présider un G7 des ministres des Finances mercredi prochain, je vous l'annonce également, parce que si on n'est pas capable aujourd'hui de se coordonner, d'échanger de l'information, d'évaluer les diagnostics et d'agir, vous savez que grâce à l'action du G7, grâce à l'action de la France, on a libéré des stocks stratégiques de manière à s'assurer qu'on donne un message au marché de volonté de s'assurer qu'il y ait du pétrole partout, même s'il y a des zones qui en manquent.

Donc, non, la France agit, mais la France n'agit pas seule, on est dans un monde multilatéral, on est dans un monde, on le sait, les Etats-Unis jouent un rôle très important, la France joue un rôle essentiel et il faut qu'on continue à le faire.

11:43
Invité

Vous nous annoncez ce matin que vous allez présider un G7 à Washington, mais vous pensez vraiment que et les Américains et les Israéliens vont vous écouter ?

11:49
Roland Lescure

Alors, les Israéliens ne sont pas membres du G7. Bien sûr, bien sûr, mais par communiqué interposé, vous voulez dire. Mais je pense que, enfin j'espère en tout cas que ça va être le cas, le rôle de la France, c'est de rappeler que le gouvernement libanais fait face à une tâche extrêmement difficile, il a encore des forces armées du Hezbollah sur son territoire qui sont très difficiles à éradiquer et qui doivent cesser leurs exactions, mais on est aux côtés du gouvernement libanais. On est aux côtés au Roland Lescure. On n'aurait sans doute pas de gouvernement libanais du tout.

Je rappelle quand même que c'est grâce à l'action de la France qu'on a pu mettre en place un gouvernement et surtout, on est aux côtés du peuple libanais.

12:25
Présentateur

Oui, mais Roland Lescure, quelques heures après qu'Emmanuel Macron, hier, a appelé à inclure le Liban dans le cessez-le-feu, il y avait des frappes massives d'Israël sur le Liban, des bombardements qui ont fait 182 morts. Donc, pour l'instant, être aux côtés des Libanais ne changent pas la réalité des Libanais sur place.

12:41
Roland Lescure

Ah, mais je peux vous dire que cette situation ne va pas se régler en 24 heures. Elle est extrêmement compliquée. Alors, elle ne va pas

12:46
Présentateur

se régler en 24 heures, elle va se régler en combien de temps ? Là, parce que vous dites que ce cessez-le-feu est fragile, la situation liban ne va pas se régler non plus. Quelles sont les perspectives aujourd'hui ? Vous pensez que ça va durer combien de temps ? Ça compte en semaine,

12:57
Roland Lescure

en mois ? À ce stade, le cessez-le-feu est annoncé pour 15 jours. À ce stade, sauf au Liban, qui se calme. On va voir si, dans les 15 jours qui viennent, on peut mettre en place les conditions pour pérenniser. Vous savez qu'il y a des conditions de négociation qui sont aujourd'hui clairement en face de négociation et on espère qu'on va pouvoir pérenniser ce cessez-le-feu. Mais la situation est fragile. C'est la raison pour laquelle nous, on suit les choses de très près. C'est la raison pour laquelle que tout ce qui est fait n'est plus à faire.

La baisse du pétrole sur les marchés doit se retrouver à la pompe et j'espère qu'on va rentrer dans un espèce de cercle vertueux qui va nous amener à une désescalade durable et à une paix durable. Mais aujourd'hui, évidemment, rien n'est acquis. On a un premier rond de soleil mais il est plutôt, je dirais, clair-obscur. On a encore beaucoup de nuages à l'horizon. Il faut qu'on arrive à aller dégager et vraiment, j'insiste là-dessus, ce n'est pas facile aujourd'hui. Mais la France joue un rôle essentiel. Soyons-en, je dis en conscient, si ce n'est fier. Le 830 France Info, Agathe Lambret, Paul Larouturou.

14:06
Présentateur

Avec Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, cette guerre dure depuis 40 jours et a des conséquences

14:15
Invité

aussi pour le porte-monnaie des Français, Paul. Monsieur le ministre, ce matin sur France Info, est-ce que vous pouvez nous dire combien cette guerre a coûté aux Français ?

14:23
Roland Lescure

Non, c'est trop tôt. Ce que je peux vous dire à ce stade, c'est qu'en termes de finances publiques, la note, si ça dure toute l'année, sera aux alentours de 4,8 milliards d'euros. C'est beaucoup d'argent.

14:37
Présentateur

Au total.

14:37
Roland Lescure

Et que sur la croissance, à ce stade, l'impact est relativement modéré, mais tout va dépendre de l'évolution du conflit. Pourquoi ? Parce qu'on est rentré dans ce conflit plutôt, je dirais, en bonne forme. On avait une croissance qui était plutôt au-dessus de ce qu'on attendait. On va avoir un ralentissement lié à cette crise. Et si ce que j'espère, cette crise s'estompe dans les semaines qui viennent, on restera sans doute en phase. On attendait 1% de croissance pour 2026. La Banque de France vient de sortir à 0,9% de prévision. L'INSEE dit si tout se passe bien à la fin du premier semestre, on aura déjà 0,9% de croissance embarquée. Donc on est à peu près en phase avec ce qu'on attendait.

Le 21 avril, on réunit ce qu'on appelle le comité d'alerte des finances publiques où on va échanger notamment avec les parlementaires pour leur donner l'état de la croissance et des finances publiques à la fin du premier trimestre. Ça avait été mis en place l'année dernière pour s'assurer qu'on arrive, là on avait prévu d'arriver. Vous savez que l'année dernière on a fait un déficit public plutôt meilleur qu'attendu. On veut rester à 5% de déficit cette année. Justement, le coût de la dette

15:40
Invité

risque d'exploser à cause de la guerre.

15:41
Roland Lescure

C'est une vraie préoccupation pour vous. 4,8 milliards dont je parlais tout à l'heure, c'est essentiellement, et là encore ça bouge tous les jours, les taux ont baissé depuis 24 heures, le niveau des taux d'intérêt qui renchérit le coût de la dette. Donc, la raison pour laquelle depuis 24 heures, je dirais, je trouve que ça va mieux, c'est évidemment le pétrole, mais aussi les taux d'intérêt qui baissent.

15:59
Présentateur

Les taux d'intérêt qui baissent, il y a l'augmentation des taux d'intérêt liés à la guerre, il y a les aides ciblées du gouvernement, il y a aussi le déploiement de la marine française en Méditerranée, notamment notre porte-avions Charles de Gaulle. Quelle est la part des dépenses militaires

16:13
Roland Lescure

pour les Français ?

16:15
Présentateur

Parce que ça coûte très cher de déployer ces moyens-là.

16:17
Roland Lescure

Alors, c'est contenu dans ce qu'on appelle le budget des opérations extérieures qui sont toujours provisionnées d'une année sur l'autre. Évidemment, on ne prévoit pas les guerres, mais on s'y prépare au cas où. Donc, elles sont, je dirais, provisionnées dans le budget. Là encore, il est trop tôt pour savoir...

16:32
Présentateur

Vous ne pouvez pas nous donner...

16:32
Roland Lescure

Non, non, je ne peux pas vous le dire. J'allais dire, même si je l'avais, je ne vous le donnerais pas parce que ce sont des sujets confidentiels. Donc, il nous arrive de rendre des comptes devant... Non, mais là, quand vous faites face à des enjeux de défense nationale, vous ne vous demandez pas si c'est bon ou si c'est mauvais. C'est soutenable. Non, mais bien sûr. On a voté une loi de programmation militaire. La ministre des Armées a présenté son actualisation hier. Et quand on programme les dépenses militaires sur les cinq ans qui viennent, in fine, on aura doublé les dépenses militaires en France de 2017 à 2027. Donc, on a investi dans nos armées.

Je dirais, malheureusement, l'avenir nous a donné raison puisqu'on fait face aujourd'hui à une conflictualité plus forte que jamais.

17:12
Présentateur

Et dans ce contexte, Roland Lassure, est-ce que le budget 2027 sera plus dur que le budget 2026 ?

17:18
Roland Lescure

Alors, il ne sera pas facile mais surtout, ça devra être un budget de priorité. La priorité à la souveraineté évidemment militaire, la priorité à la souveraineté énergétique parce qu'une fois de plus, on voit bien qu'une crise comme ça, ça doit nous forcer à accélérer comme la France l'a fait dans les années 70 avec le programme électronucléaire. Donc, la programmation pure annulée de l'énergie, forte hausse de l'électrification. On était à 90% d'hydrocarbures dans les années 70. On est à 60% aujourd'hui. Tant mieux, on est mieux protégé que d'autres face à cette crise.

Il faut qu'on continue à baisser notre dépendance aux hydrocarbures pour des raisons écologiques, pour des raisons économiques et pour des raisons géopolitiques. Donc, la programmation pure annulée de l'énergie et l'électrification. Aujourd'hui, à 11h, réunion chez le Premier ministre avec les ministres concernés, dont votre serviteur, pour accélérer le plan d'électrification. On a besoin d'une France électrice pour éviter que ce soit une France dépendante.

18:12
Invité

Et ce sera le dernier budget d'Emmanuel Macron qui plus est en pleine élection présidentielle. Donc, on aura l'occasion d'en reparler. Ça s'annonce compliqué. Une réforme des tickets restaurants qui concerne 5 millions de salariés en France. Votre gouvernement va déposer un projet de loi qui va pérenniser la possibilité d'utiliser ces tickets restos pour payer ces courses alimentaires en supermarché, ouvrir la possibilité aussi de les utiliser le dimanche. On va écouter ensemble Johnny. Johnny, c'est le patron de la Félicita à Boulogne-Biancourt et il répond à Marc Bertrand.

18:39
Locuteur non identifié

Ça s'appelle ticket restaurant. C'est destiné normalement pour les restaurants. Pas pour faire les courses dans du supermarché ou dans des boucheries. C'est une perte énorme pour nous. Les restaurateurs, déjà qu'on souffre, on est en train de ramer pour payer le personnel et tout ça. Autant que responsable, on ne prend même pas de salaire. Et je comprends. Les temps, ils sont difficiles. Les gens, ils préfèrent faire les courses avec. Mais on n'enlève pas pour certains pour soutenir d'autres. Il faut que le gouvernement trouve vraiment une solution favorable à tout le monde. Pourquoi vous prenez le risque de fragiliser les restaurateurs ?

19:05
Roland Lescure

D'abord, les restaurants, vous savez qu'ils sont pas mal aidés en France. La TVA à 5,5%. On sait que ça coûte beaucoup d'argent à l'État et que c'est un des moyens de les soutenir. Aujourd'hui, on sait, les habitudes alimentaires des Français et des Français, elles ont évolué. On ne va pas forcément au restaurant le midi manger un plat et boire un demi comme c'était le cas il y a 20 ans ou il y a 30 ans. Et aujourd'hui, de plus en plus, les déjeuners, les repas rapides sur le pouce se font par des courses au supermarché. Donc, je pense qu'on adapte les outils. Cet outil, il vise à aider les Français qui travaillent à déjeuner quand il n'y a pas de cantine. C'est ça l'objectif.

Vous n'avez pas de cantine, vous avez des tickets à un restaurant qui est en place qui vous permettent d'aller déjeuner à l'extérieur.

19:46
Présentateur

Pourquoi on ne donne pas du salaire Roland Esquil ? Ça a encore du sens de donner des tickets à un restaurant pour vous ? En fait,

19:49
Roland Lescure

ça c'est une bonne question qui je pense se pose plutôt dans le cadre je dirais d'une campagne politique. C'est, est-ce qu'on garde des aides ciblées qui permettent sur les chèques vacances, les chèques restaurants, etc., d'aider des professions ciblées ? Option A, ça a été l'option de la France depuis longtemps, le chèque énergie, etc. Soit on dit, on simplifie tout ça, ce qui aura sans doute des vertus administratives, mais conduira à des gens qui ne vont pas être très contents parce que c'est des aides ciblées. Et donc ça, je pense qu'il y a un défi un peu pour la société France de savoir comment on organise l'appui.

On a tendance à faire des trucs très ciblés qui coûtent un peu d'argent à l'État et qui ne sont peut-être pas les plus efficaces. Parlons-en. Mais en attendant, adaptons ces outils aux habitudes de consommation des Français et des Français. On ne dégêne plus de la même manière qu'il y a 10 ou 20 ans. Il faut que les outils s'adaptent.

20:36
Présentateur

Roland Lescure, comme tous les jours, c'est le moment de la question qui a retrouvé sur les réseaux sociaux. Aujourd'hui, la question qui déstabilise. Il y a un an, exactement, sur France Info, vous disiez ceci à propos de Donald Trump. Il est fou Donald Trump ou pas ? Parce que vous avez parlé de raison psychiatrique.

20:51
Roland Lescure

Moi, je pense qu'en tout cas, il y a une partie de son comportement qui est liée à un dysfonctionnement personnel, c'est sûr.

20:57
Présentateur

Est-ce que la question de la santé mentale de Donald Trump se pose, comme vous sembliez le dire à l'époque, Roland Lescure ?

21:04
Roland Lescure

Ce n'est pas au ministre de l'Économie et des Finances de la France de commenter ça.

21:08
Présentateur

Vous ne pouvez plus le dire aujourd'hui, ce que vous aviez dit ?

21:11
Roland Lescure

J'avais plutôt posé une question qu'apporté une réponse. Ce n'est pas un parlementaire d'apporter la réponse et ce n'est a fortiori pas un ministre de le faire non plus. Donc vous le pensez et vous ne pouvez pas le dire. Aujourd'hui, la question se pose. Vous me la posez et elle se pose.

21:24
Présentateur

Elle se pose aux États-Unis.

21:25
Roland Lescure

Elle se pose aux États-Unis. Il y a aux États-Unis comme ailleurs des procédures, une démocratie qui fonctionne encore malgré ses vicissitudes et parfois ses aléas. Et il y a un Congrès, il y a un Sénat et ce seront à eux d'y répondre s'ils souhaitent y répondre.

21:39
Invité

Il vous paraît rationnel pour le dire différemment ?

21:41
Roland Lescure

Il est imprévisible. Et ça, je le disais à l'époque, je le dis encore aujourd'hui. Et c'est difficile quand vous êtes un décideur public de gérer cette imprévisibilité. La France, elle souhaite rester prévisible. On a un cap. Les valeurs de la démocratie, le multilatéralisme, la diplomatie, la volonté de faire en sorte que notre économie se développe. Il y a un certain nombre de choses qui nous animent. C'est une espèce de boussole et à partir du moment que cette boussole est claire, nous, on essaie d'être prévisible.

22:11
Présentateur

Imprévisible et impoli aussi, Donald Trump.

22:14
Roland Lescure

Oui, mais ça, je pense que le président de la République a eu l'occasion de le dire. C'est déplacé et pas à la hauteur du moment qu'on vit. Le moment qu'on vit aujourd'hui, il appelle à une certaine gravité. C'est un moment grave. Il appelle à une certaine rigueur, à une vision, à une boussole et je pense que la France en a une dans ce monde où on en manque cruellement. Pour le reste, j'allais dire, c'est presque anecdotique. Personnellement, je trouve ça malheureux mais c'est anecdotique.

22:38
Présentateur

Merci beaucoup, Roland Lescure, d'avoir répondu aux questions de France Info. Merci, Paul. Merci.