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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 19 septembre 2026 17 minComplaisantActualité / polémiqueRetraitesÉconomie & entreprisesImmigration & asileInstitutions & élections

Balladur : pourquoi la gauche refuse de lui rendre hommage

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 80 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:03InvitéFait
    « C'est un homme que j'aimais beaucoup, qui ne correspondait pas à l'image extérieure, qui était sensible. »
  • 1:03Locuteur non identifiéChiffre
    « Moi, je veux rendre hommage aux millions de retraités pauvres et aux millions de travailleurs du privé dont il a participé à bousiller la vie, avec sa réforme sur l'allongement de la durée de cotisation et le passage des 10 aux 25 meilleures années qui a fait fondre les pensions. »
  • 1:10Locuteur non identifiéFait
    « Pendant que des millions de travailleurs meurent juste après avoir atteint l'âge de la retraite, ce politicien professionnel bourgeois s'est éteint à 97 ans. »
  • 1:17Locuteur non identifiéFait
    « Il laisse derrière lui un héritage de privatisation, d'austérité et d'offensive anti-ouvrière et impérialiste. »
  • 2:26PrésentateurFait
    « Édouard Balladur, c'est, pour commencer et pour reprendre la formule du maire de Saint-Denis, un héritier de l'immigration. »
  • 2:40PrésentateurFait
    « On n'est pas sur des immigrés qui sont arrivés par bateau, sans un seul sou en poche et qui ont tout construit à la sueur de leur front, bien évidemment. »
  • 3:32PrésentateurFait
    « Edouard Balladur termine ses études à la fin des années 50, non sans avoir participé à la guerre d'Algérie. »
  • 4:15PrésentateurFait
    « il participe à la négociation et à la ratification des accords de Grenelle, la réponse gouvernementale à la quasi-révolution de mai 68. »
  • 4:52PrésentateurFait
    « Edouard Balladur se retrouve à assumer de plus en plus de tâches administratives de la présidence de la République. »
  • 4:59PrésentateurFait
    « Il n'hésite pas à mentir, inventant des dizaines de prétextes différents pour éviter d'attirer l'attention sur l'état de santé catastrophique de Pompidou. »
  • 5:54PrésentateurFait
    « Il est donc profondément influencé par la nouvelle doctrine économique qui s'impose dans les milieux économiques français au début des années 70, le néolibéralisme. »
  • 8:20PrésentateurFait
    « Le premier pays à avoir mis en place le néolibéralisme à tous les niveaux, c'est la dictature d'extrême droite d'Augusto Pinochet au Chili. »
  • 9:20PrésentateurFait
    « Jacques Chirac devient Premier ministre et Balladur est rappelé au gouvernement en tant que ministre de l'économie, des finances et de la privatisation. »
  • 12:02PrésentateurFait
    « Une réforme des retraites qui allonge la durée de cotisation et provoque une forte diminution du montant des pensions versées. »

Temps de parole

  • Présentateur97 %

≈ 5,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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Locuteur

Bon,

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Présentateur

je ne

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Locuteur

vais

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pas faire durer le suspense plus longtemps, je pense que tout le monde est à peu près au courant. Édouard Balladur était encore vivant le 30 août 2026.

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Locuteur

On

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Présentateur

en apprend des choses dans cette émission. Bon, comme d'habitude, il a reçu une pluie d'hommage allant de la droite jusqu'à la gauche du style « Nous ne partageons pas les mêmes idées » mais il s'agissait quand même d'un grand républicain. Vous avez même Nicolas Sarkozy qui est revenu sur LCI pour dire tout le bien qu'il pensait d'Édouard Balladur.

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Invité

C'est un homme que j'aimais beaucoup,

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Locuteur

qui

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Invité

ne correspondait pas à l'image extérieure,

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qui

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était sensible.

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Présentateur

Après, le plus intéressant quand tout le monde dit la même chose, c'est d'écouter ceux qui restent silencieux. Et clac cette phrase ! Du côté de la gauche radicale et de l'extrême gauche, la prise de parole a été au mieux absente, au pire carrément virulente. Peut-être que vous avez vu passer les propos d'Anna Scasible, représentant du parti d'extrême gauche Révolution Permanente, qui a déclaré « Moi, je veux rendre hommage aux millions de retraités pauvres et aux millions de travailleurs du privé dont il a participé à bousiller la vie, avec sa réforme sur l'allongement de la durée de cotisation et le passage des 10 aux 25 meilleures années qui a fait fondre les pensions.

Pendant que des millions de travailleurs meurent juste après avoir atteint l'âge de la retraite, ce politicien professionnel bourgeois s'est éteint à 97 ans. Il laisse derrière lui un héritage de privatisation, d'austérité et d'offensive anti-ouvrière et impérialiste. Tout ce qu'on devra combattre pour que notre classe aussi ait le droit à une vieillesse dorée. »

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Locuteur

Au

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Présentateur

-delà de ces mots, qui sont tout de même plutôt attendus de la part d'un représentant politique ayant ces opinions-là, je trouve quand même que l'hommage a été beaucoup moins unanime qu'il n'avait pu l'être pour un Jacques Chirac, un Lionel Jospin ou encore un Jacques Delors. Pourtant, Balladur, c'est pas un politicien de second plan ou un Premier ministre vite arrivé, vite oublié. C'est au contraire l'une des personnalités politiques les plus importantes des années 60 à 90.

Son mandat en tant que Premier ministre de 1993 à 1995 a été l'occasion de réaliser des réformes assez importantes et d'une manière plus générale, il a été l'un des grands instigateurs du cap économique qui continue de gouverner la France aujourd'hui. Bref, deux ans de pouvoir effectif mais un héritage assez considérable et pas forcément pour le mieux.

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Locuteur

C

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Présentateur

'est ce qu

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Locuteur

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Présentateur

va voir. Édouard Balladur, c'est, pour commencer et pour reprendre la formule du maire de Saint-Denis, un héritier de l'immigration. Édouard Balladur est d'origine turque, il est issu de la minorité chrétienne de l'Empire ottoman et sa famille avait également la nationalité française. Alors je précise si besoin, mais on n'est pas sur des immigrés qui sont arrivés par bateau, sans un seul sou en poche et qui ont tout construit à la sueur de leur front, bien évidemment. Son père était banquier et directeur à la banque ottomane et il est issu d'une famille de marchands qui avaient des activités dans toute l'Europe.

Malgré tout, la famille Balladur n'échappe pas aux troubles sociopolitiques de la fin de l'Empire ottoman. Notamment le génocide des Arméniens, puis la guerre gréco-turque qui touche directement la ville de Smyrne où ils vivent. Pour ces raisons, la famille Balladur profite de ses liens avec la France pour en obtenir la nationalité et y émigrer. Peu de temps après la chute de l'Empire ottoman et l'établissement, sur son territoire restant, de la République de Turquie. Son statut lui permet d'avoir accès à de bonnes études dans lesquelles il obtient d'excellents résultats.

Ce qui lui permet ensuite d'intégrer Sciences Po puis l'ENA comme une bonne partie des politiciens de la seconde moitié du XXe siècle en fait. Edouard Balladur termine ses études à la fin des années 50, non sans avoir participé à la guerre d'Algérie. Sa vie professionnelle et sa vie politique commencent donc avec la Vème République. Politiquement, il est donc engagé dès ses débuts à droite et plus précisément à la droite gaulliste ultra-dominante des années 60.

Il est membre de l'Union pour la Nouvelle République qui devient ensuite l'Union pour la Défense de la République en 1967, puis le Rassemblement pour la République en 1976, l'Union pour un Mouvement Populaire en 2002 et les Républicains en 2015. S'il entre à l'UNR en 1964, c'est probablement parce que c'est à ce moment-là qu'on lui propose d'intégrer le cabinet du Premier ministre de Charles de Gaulle d'alors, Georges Pompidou. C'est notamment dans ce contexte qu'avec d'autres jeunes gaullistes, dont notamment Jacques Chirac, il participe à la négociation et à la ratification des accords de Grenelle, la réponse gouvernementale à la quasi-révolution de mai 68.

Ça fait d'Edouard Balladur l'un des hommes de confiance de Georges Pompidou, qu'il continue d'assister après que ce dernier a été élu à la présidence de la République en 1969, en devenant rapidement secrétaire général de l'Elysée. Alors que la maladie dont souffre le président de la République rend de plus en plus difficile pour lui d'exercer ses fonctions, Edouard Balladur se retrouve à assumer de plus en plus de tâches administratives de la présidence de la République. Accessoirement, c'est lui qui est chargé de garder le secret autour de la maladie extrêmement grave dont le président Georges Pompidou se sait atteint.

Il n'hésite pas à mentir, inventant des dizaines de prétextes différents pour éviter d'attirer l'attention sur l'état de santé catastrophique de Pompidou. Et c'est aussi lui qui le suit dans nombre de ses déplacements, notamment ici avec Richard Nixon, le président des États-Unis en Islande en 1973.

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Locuteur non identifié

Nixon a développé en l'accueillant des manifestations extérieures de sympathie et de cordialité qui allaient au-delà de ce qui était nécessaire et qui avaient l'effet contraire à celui

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Locuteur

dont

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Locuteur non identifié

on aurait pu souhaiter qu'il fût recherché.

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Présentateur

Après le décès de Georges Pompidou, Edouard Balladur ne participe pas aux affaires de son successeur Valéry Giscard d'Estaing. Il redevient d'abord conseiller d'État, ce qu'il était au début de sa carrière, puis part pantoufler dans le privé où il noue des liens avec les milieux d'affaires et les élites économiques françaises. Il est donc profondément influencé par la nouvelle doctrine économique qui s'impose dans les milieux économiques français au début des années 70, le néolibéralisme. Et afin que ce soit bien clair pour tout le monde, faisons un petit rappel de ce que c'est concrètement le néolibéralisme.

Dans le monde libéral de la première moitié du XXe siècle, plusieurs crises étaient venues remettre en question l'ordre économique et social établi. La première guerre mondiale, la révolution bolchevique et l'émergence de l'Union soviétique stalinienne, mais aussi la crise de 1929 et enfin la chute de la République allemande abattue par les nazis.

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Locuteur

La

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Présentateur

réponse la plus célèbre à toutes ces crises et à cette remise en question, ça a été le keynésianisme, une doctrine économique qui maintient le libéralisme, mais y ajoute une forte intervention de l'État, en augmentant les salaires, en augmentant les commandes auprès des entreprises afin qu'elles embauchent davantage et afin de garantir un taux d'emploi élevé et une augmentation du niveau de vie et donc de la consommation qui fait prospérer l'économie libérale. Je résume très grossièrement bien sûr.

Alors qu'au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le collectivisme, la planification et la régulation de la finance avaient le vent en poupe et avaient permis de construire des États sociaux d'une puissance et d'une efficacité jamais égalées dans les pays capitalistes développés, une nouvelle école de pensée émerge et se développe, menée notamment par l'économiste Frédéric Chayek. Pour cette doctrine, l'État ne doit pas intervenir directement dans l'économie, la planifier ou contrôler la finance.

Il doit au contraire intervenir mais pour garantir la libre concurrence, la compétitivité et l'indépendance des entreprises et du monde économique vis-à-vis du pouvoir politique et ce, au nom de la liberté d'entreprendre. Je résume là aussi très grossièrement. Cette idéologie passe donc par une réduction considérable du rôle de l'État, notamment une réduction voire une déconstruction de l'État social de l'après-guerre, en remplaçant autant que possible les services jusqu'ici garantis par l'État par des services privés en concurrence les uns avec les autres.

Cette doctrine économique, aujourd'hui on le sait, elle a de lourdes conséquences car elle avantage très largement le capital et les milieux économiques. Et pour le reste, elle affaiblit grandement l'accès de la population générale aux besoins de premières nécessités, comme l'alimentation, la santé ou encore l'éducation. Elle fait augmenter les inégalités et la précarité des conditions de travail et son contrat social ne tient que par une croissance supposément infinie. Maintenant bon, on le sait aujourd'hui ça, mais à l

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Locuteur

'époque...

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Présentateur

Eh ben on le savait déjà. Le premier pays à avoir mis en place le néolibéralisme à tous les niveaux, c'est la dictature d'extrême droite d'Augusto Pinochet au Chili. Et c'est ce qui s'est passé, l'économie est tombée entre les mains d'une élite économique ultra puissante qui n'en a jamais lâché les rênes depuis, le chômage est resté fort, la pauvreté a augmenté, mais on pardonne tout parce que les finances de l'État et la croissance étaient dans le vert. Qu'est-ce qu'une dictature sanguinaire finalement si le budget est à l'équilibre ?

L'adhésion pleine et entière d'Edouard Balladur à ses thèses explique qu'ils trahissent Jacques Chaband-Elmas, gaulliste historique, héritier de Pompidou et donc d'une tradition plutôt réfractaire au néolibéralisme, pour rejoindre Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing. Puis dans les années 80, une nouvelle génération de leaders de droite conservatrice et néolibérales émergent, avec Thatcher au Royaume-Uni et Reagan aux États-Unis, qui en sont les représentants les plus célèbres. En France, Jacques Chirac s'érige rapidement en leader de la pensée néolibérale et c'est sur cette ligne politique qu'il remporte les élections législatives de 1986.

Jacques Chirac devient Premier ministre et Balladur est rappelé au gouvernement en tant que ministre de l'économie, des finances et de la privatisation.

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Locuteur

Ouais,

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tout est dans le titre. Et c'est donc lui qui est chargé d'accélérer l'entrée de la France dans le néolibéralisme et de revenir sur toute une partie des mesures prises par les socialistes qui étaient au pouvoir juste avant ça. Notez que le néolibéralisme, ça ne commence pas avec Chirac et Balladur. Mitterrand et avant Louis Giscard avaient déjà commencé à libéraliser les marchés financiers et le contrôle de la finance par le circuit du trésor,

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'était déjà fini depuis un bon paquet d'années. Néanmoins, jusque-là, c'était compensé par un certain nombre de mesures sociales et par le maintien du contrôle de l'État sur un certain nombre de secteurs clés, comme l'économie par exemple. Avec Balladur et Chirac, par contre, la transition est nette et brutale. Privatisation massive donc, mais aussi affaiblissement du rôle de l'État et des droits des travailleurs, assouplissement du contrôle des capitaux et enfin suppression de l'autorisation administrative de licenciement pour permettre de licencier plus vite, alors que ça avait été mis en place par Chirac d'ailleurs. Les conséquences immédiates de cette politique se font sentir.

Le taux de chômage continue d'augmenter, les inégalités s'agrandissent à nouveau, les mouvements sociaux se multiplient et le gouvernement devient vite très impopulaire. Et comment on fait pour se dédouaner de toute responsabilité quand c'est la merde ? Eh ben en tapant sur les immigrés bien sûr ! Ouais, non, ça, ça n

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pas trop changé pour le coup. Du coup, vous avez aussi Jean-Marie Le Pen qui atteint ses premiers sommets électoraux en obtenant 14% des voix à la présidentielle de 1988. Pendant ce temps-là, Jacques Chirac stagna 20% alors même que les Giscardiens s'effondrent à 17%. Et François Mitterrand est réélu triomphalement, le néolibéralisme français essuie son premier gros échec. Malgré tout, il n'est pas fondamentalement remis en question par les socialistes qui mettent en place un genre de politique social-démocrate adaptée à la nouvelle donne économique.

L'objectif officiel, c'est alors de sauver l'espoir d'une société plus juste en la réalisant par l'intermédiaire d'une intégration à l'Union européenne dont beaucoup de socialistes, dont notamment le très populaire Jacques Delors, sont des soutiens. Et Édouard Balladur est aussi un fervent soutien de l'intégration européenne, comme quoi on pouvait déjà sentir la douille. Mais cette politique se heurte à des difficultés économiques et à des affaires de corruption qui conduisent la gauche à une déroute électorale totale lors des élections législatives de 1993.

Conscient de l'impopularité du néolibéralisme en France et soucieux de préserver ses chances pour la présidentielle de 1995, Jacques Chirac charge donc Édouard Balladur de diriger le gouvernement. Balladur reprend donc sa politique là où elle s'était arrêtée en 1988. Une réforme des retraites qui allonge la durée de cotisation et provoque une forte diminution du montant des pensions versées. Les salaires des fonctionnaires sont gelés, la hausse du SMIC est limitée à la hausse des prix, le remboursement des prestations médicales diminue et il privatise encore de nouvelles entreprises.

C'est aussi à Édouard Balladur qu'on doit la création du visa Balladur, particulièrement connu des habitants de Mayotte puisqu'il visait à rendre beaucoup plus difficile l'accès à Mayotte par les Comoriens. Une décision qui fait que la droite maorèse, très hostile à l'immigration, le porte nu encore aujourd'hui et que la gauche lui reproche, argant que cette décision a causé la création du deuxième cimetière marin du monde, entre Mayotte et les Comores. Toutefois, pendant ce temps-là, les médias, et particulièrement les médias privés, se sont assez largement convertis au néolibéralisme et même une partie de la société a fait un petit peu de chemin dans ce sens.

La désindustrialisation a fait baisser le nombre d'ouvriers, la chute de l'Union soviétique a fait s'effondrer la portée des discours communistes. Ça fait que la gestion de Balladur en période de crise économique et son style réputé plutôt mesuré lui permettent d'atteindre une certaine popularité et d'envisager de se présenter à l'élection présidentielle de 1995 en concurrence avec Jacques Chirac.

Et pourtant, malgré le fait que Balladur soit la cocluche des médias et des instituts de sondage, malgré le fait qu'on lui promette une victoire sur un plateau, ne serait-ce que quelques mois avant l'élection, malgré le soutien des milieux économiques qui veulent le voir poursuivre le démantèlement de l'État social et la libéralisation de l'économie, malgré tout ça, le néolibéralisme pur est de nouveau écrasé dans les urnes.

La majorité de l'électorat, attachée au système social français, place en tête de l'élection Lionel Jospin, tenant du centre-gauche et d'une forme de troisième voix, social-démocrate, et Jacques Chirac, qui se fait finalement élire sur les thèmes sociaux et la promesse d'un programme plus consensuel, non sans une dose de populisme. Balladur termine à moins de 19% des voix et son crédit politique s'effondre définitivement. Alors, le portrait que je viens de vous dresser d'Édouard Balladur peut donner l'impression d'un échec total.

Le néolibéralisme plutôt radical prôné par Édouard Balladur a conduit à l'échec de son Premier ministre en 1988, puis à son échec en tant que candidat Premier ministre en 1995. Maintenant, je dirais pas que c'était un échec, mais plutôt que le bilan de Balladur est un succès ou un échec, selon quand est-ce que tu te places. Alors, par succès ou échec, j'entends pas tellement est-ce que ce qu'il a fait était bien ou pas. Je pense que vous aurez compris que mon avis sur la question, c'est plutôt que non, carrément pas, mais plutôt est-ce que sa pratique du pouvoir et sa doctrine économique ont eu une influence sur la France et la façon dont elle est gouvernée depuis.

Le truc, c'est que le néolibéralisme a continué à se développer après Balladur et quand bien même, peu de temps après, c'est Lionel Jospin et donc la gauche socialiste qui est revenue au pouvoir sur une ligne sociale-démocrate. Le fait est qu'en 2002, c'est la droite qui gagne et qu'en 2007, Nicolas Sarkozy, héritier direct de Balladur, remporte l'élection sur une ligne très similaire. Dix ans, vingt ans après son mandat en tant que politique, la ligne Balladur est devenue la norme en France. Et d'ailleurs, Macron a lui-même été élu sur une ligne très similaire, à savoir un néolibéralisme assez radical et jamais très assumé officiellement.

Et dans les années 2000, la situation économique a pu donner l'impression que le néolibéralisme fonctionnait bien. C'est toutefois beaucoup moins vrai à long terme. En vérité, la doctrine Balladur, elle est responsable de la situation actuelle de la France. L'explosion des inégalités, de la pauvreté, l'explosion de la dette aussi, très paradoxalement, la dégradation de l'état social et des conditions de vie et de travail des gens en France, c'est l'héritage de Balladur et de tous ceux qui ont marché dans ses pas.

Et dans le même temps, nos élites politiques et économiques qui se sont directement inspirées de sa pratique du pouvoir n'ont pas particulièrement l'air d'avoir l'intention de la remettre en question.

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'est la fin de cet épisode de C'était pas mieux avant. Si vous l'avez apprécié, vous pouvez vous abonner aux différentes chaînes du Média et pourquoi pas nous soutenir financièrement. Vos dons sont la garantie de notre indépendance. À la prochaine !