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interviewPublic Sénat· 24 janvier 2024 25 min

Décès dans l'Ariège : "On ne devrait jamais mourir quand on milite" regrette Yannick Jadot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:13
Yannick Jadot

Bonjour Yannick Jadot, vous êtes sénateur écologiste de Paris, nous sommes ensemble pendant une vingtaine de minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale qui est représentée aujourd'hui par Christelle Bertrand, journaliste politique au groupe La Dépêche du Midi. Bonjour Christelle, on va forcément commencer par évoquer cette grogne des agriculteurs et d'abord ce drame, une agricultrice et sa fille sont morts hier à Pamier dans un accident de voiture sur le barrage d'agriculteurs à Pamier, donc dans le département de l'Ariège. Est-ce que vous craignez que ce drame ne fasse dégénérer cette crise agricole dans le pays ?

0:50
Invité

Écoutez, je pense que tout le monde est terrifié par ce drame. On ne devrait jamais mourir quand on milite, quand on s'engage. Une femme, une jeune fille qui sont décédées, donc on est avec la famille, on est avec les proches, on est avec celles et ceux qui s'engagent pour défendre leur métier, pour défendre l'agriculture. Et évidemment, il ne faudrait pas que ce drame, au fond, ait des conséquences plus dramatiques encore ailleurs. Donc je pense que tout le monde a compris qu'on avait tous une responsabilité pour ne pas instrumentaliser ce drame à des fins politiciennes. C'est un drame absolu. Encore une fois, les écologistes disent toutes leurs condoléances à la famille et aux proches.

1:39
Présentateur

Vous voyez des gens instrumentalisés aujourd'hui dans la crise politique ?

1:42
Invité

Écoutez, on voit en permanence celles et ceux qui veulent mettre de l'huile sur le feu, qui instrumentalisent la colère des agricultrices et des agriculteurs, qui veulent en faire leur levier de conquête politique. On pense notamment à l'extrême droite, qui s'est toujours foutu des agriculteurs, qui, vous le savez, par construction, est anti-européenne.

Et donc, il faut quand même rappeler aux agricultrices et aux agriculteurs que s'ils ont pu participer à la reconstruction de l'Europe, et ça a été un élément central de la reconstruction de l'Europe, de la construction après-guerre de notre souveraineté alimentaire, c'est grâce à une politique européenne ambitieuse qui, tous les ans, transfère plus de 9 milliards d'euros vers les agricultrices et les agriculteurs.

2:32
Présentateur

– C'est le Rassemblement national, aujourd'hui, qui progresse dans les campagnes et pas les écologistes. Est-ce que vous avez raté quelque chose ?

2:41
Invité

– Écoutez, probablement, mais je pense que c'est surtout, ça fait 40 ans qu'on rate quelque chose avec l'agriculteur. On a un modèle qui, aujourd'hui, est profondément inégalitaire. 80% des aides de la politique agricole commune, dont 80% du premier budget européen vont vers 20% des agriculteurs les plus importants. Le système de la politique agricole commune, parce qu'il faut expliquer aux téléspectatrices et aux téléspectateurs, c'est plus vous produisez, plus vous avez d'hectares, plus vous touchez.

Et donc, dans ce monde, aujourd'hui, très instable, explosion du coup des intrants, marchés internationaux très instables, libéralisme, libre-échange, dans ce monde-là, vous avez le piège qui a été tendu et construit aussi, malheureusement, par la FNSEA. C'est de dire, au fond, c'est ce que certains paysans appellent le cannibalisme agricole. C'est-à-dire qu'en fait, vous ne pouvez survivre qu'en prenant la ferme d'à côté qui est en train de s'écrouler. Les petits disparaissent. 27 fermes par jour disparaissent.

3:57
Yannick Jadot

Et ça, c'est la responsabilité de la FNSEA, le principal syndicat agricole ?

4:00
Invité

La politique agricole française est construite depuis 40 ans entre les gouvernements de gauche et de droite et la FNSEA. La politique agricole commune, c'est une construction française. Parce qu'il n'y a pas une agriculture. Il y a plusieurs agricultures dans notre pays. Vous voyez bien que celles et ceux qui sont aujourd'hui piégés par l'endettement, piégés par l'explosion des coûts, piégés par l'agro-industrie qui fait des marges extraordinaires, piégés par le dérèglement climatique, ce n'est pas les mêmes qu'y compris M.

Arnaud Rousseau, patron de la FNSEA, qui vit très bien du commerce international, qui vit très bien de l'agro-industrie, et au fond, qui vit très bien des marges de l'agro-industrie qui se font sur le dos des petits agriculteurs.

4:51
Yannick Jadot

Alors sur le plan politique, cette crise agricole, c'est le baptême du feu pour le nouveau Premier ministre Gabriel Attal. Gabriel Attal qui, hier, à l'Assemblée nationale, a ciblé les oppositions et précisément les écologistes. Je le cite, il s'adressait aux écologistes. « Vos larmes pour nos agriculteurs ressemblent à des larmes de crocodiles. Vous présentez souvent les agriculteurs comme des bandits, des pollueurs de nos terres, des tortionnaires de nos animaux. Et à chaque fois que les agriculteurs ont un projet d'extension, qui s'y oppose, c'est vous. » Yannick Jadot, qu'est-ce que vous répondez à Gabriel Attal ?

5:19
Invité

– Je pense que c'est irresponsable. C'est lâche et c'est assez minable, en fait. Le Premier ministre, visiblement, continue. Ce n'est pas une nouveauté avec ce pouvoir. Malheureusement, ça fait suite à d'autres gouvernements. À une totale irresponsabilité en matière d'agriculture. Encore une fois, on a des paysannes et des paysans qui, on le sait, aujourd'hui, le monde est très instable. Tout le monde dans la société est terrifié par l'avenir. Parce qu'on voit qu'à chaque fois, les droits sociaux sont reniés. On voit les guerres, on voit l'instabilité, on voit les chocs du dérèglement climatique. Eh bien, pour les agricultrices et les agriculteurs, c'est puissance 10.

Dans les Pyrénées, d'où vous venez, je veux dire, le dérèglement climatique, c'est la catastrophe absolue. Quand il fait, vous le savez bien, quand il fait 40, 45 degrés par canicule au niveau du sol des vignes, c'est comme si vous mettiez un coup de chalumeau sur le raisin. Il n'y a plus d'eau. Mais pour pallier à ce problème... Et donc, qu'est-ce que dit le Premier ministre ? Il dit, mais tout ça, c'est la faute des écologistes. Tout ça, c'est la responsabilité. Il trouve un bouc émissaire plutôt que de travailler à des solutions.

6:25
Présentateur

Il dit, les agriculteurs veulent des méga-vacines, les agriculteurs veulent utiliser plus de produits phytosanitaires pour justement pallier à ce problème. Comment expliquez-vous qu'aujourd'hui, votre discours écologiste ne percole pas chez les agriculteurs ?

6:39
Invité

Écoutez, un, je conteste ce que vous dites. Parce que ça voudrait dire qu'en fait, c'est ignorer et mépriser les milliers d'agriculteurs qui passent à l'agroécologie, qui passent au bio, qui se disent, si je veux poursuivre mon métier, non seulement il faut que j'ai un revenu, et il faut travailler sur le revenu. La Confédération paysanne a raison de dire que c'est scandaleux quand l'aval de l'alimentation ne paye pas les prix au mieux, au coût de revient. C'est scandaleux de payer en dessous du coût de revient. Mais ce que je veux dire, c'est que ignorer, renvoyer aux écologistes la crise agricole, c'est ignorer le débat qu'il doit y avoir au sein de la profession agricole.

Dans la profession agricole, il y en a qui jouent des marchés internationaux et qui, de fait, acceptent les traités de libre-échange.

7:33
Présentateur

– Ce qu'il y a dit sur les barrages aujourd'hui, c'est qu'on coule sous les normes écologiques.

7:38
Yannick Jadot

– Mais les normes, quelle norme, madame ? – Par exemple, la hausse des taxes sur le gazole non routier.

7:41
Invité

Est-ce qu'il faut abandonner cette hausse de taxes ? – Le mot norme est utilisé aujourd'hui comme un gros mot. Vous vous rendez compte ? Mais la norme, c'est ce qui protège notre santé. Allez demander aux Bretons, ils aimeraient bien avoir des normes, pour empêcher les algues vertes.

7:55
Yannick Jadot

– La taxe sur le gazole non routier, est-ce qu'il faut revenir dessus ?

7:58
Invité

– Mais vous voyez comment, moi, on a le même débat qu'avec la taxe carbone. Nous, on s'est toujours battus pour qu'à chaque fois qu'il y ait une fiscalité écologique, elle soit reversée aux acteurs pour les aider à faire la transition. Et là, ce que dit la profession agricole, encore une fois, avec des agricultrices et des agriculteurs qui sont piégés aujourd'hui. Vous avez près de deux suicides par jour, vous avez un quart de la profession qui vit sous le seuil de pauvreté et qu'est-ce qu'on fait ? Plutôt que de résoudre cette crise-là, on dit que c'est la faute des écologistes.

Encore une fois, c'est minable parce que le dérèglement climatique, il est là, la raréfaction de l'eau, elle est là. C'est pas en inventant de l'eau dans des bassines, alors qu'il ne pleut plus et qu'on ne peut plus en consommer pour nous-mêmes, qu'on va résoudre les problèmes. – Dernière question. – Donc, encore une fois, juste là-dessus, il y a le sujet de la politique agricole commune. Si le gouvernement doit agir, c'est un, contraindre les marges de la transformation et de l'agro-industrie. Elles ont explosé au détriment des paysans.

Deux, les aides doivent aller aux unités de production, c'est-à-dire que plus vous avez de salariés, plus vous touchez, plus vous respectez la nature, plus vous touchez. C'est le contraire aujourd'hui.

9:10
Yannick Jadot

– Question de sécurité pour clore cette page sur la crise agricole, Yannick Jadot, est-ce que le gouvernement doit ordonner l'évacuation de ces barrages routiers ? Est-ce qu'il y a un deux poids deux mesures par rapport à la gestion de certains blocages des militants écologistes ?

9:22
Invité

– Il est évident, si vous voulez, vous avez Dernière Rénovation qui bloque une autoroute sur la question du climat pendant un quart d'heure, ils sont en garde à vue et les procès tombent et les sanctions tombent. Là, on est… – Là, la raison qu'on est… – Les écologistes et les écologistes feraient le millième de ce qui se passe aujourd'hui, ils seraient en prison et condamnés. Et d'ailleurs, ce n'est pas le débat d'aujourd'hui, mais c'est quand même étonnant de voir que dans notre pays, quand on défend l'intérêt général, on est immédiatement sanctionné quand on défend des intérêts corporatistes qui sont légitimes aujourd'hui. On n'a pas les mêmes réponses que la FNESOA, ça c'est évident.

Mais cette colère-là, nous on veut sortir les agriculteurs du piège dans lequel ils sont et ce n'est pas en ignorant la nature qu'on résoudra le problème.

10:04
Présentateur

– Vous dites qu'il faut lever les barrages aujourd'hui ?

10:06
Invité

– Je dis qu'il faut répondre aux agricultrices et aux agriculteurs. Moi, je fais partie des gens qui… j'ai fait de la désobéissance civile, donc je n'ai pas de problème avec les mouvements de protestation. La responsabilité du gouvernement, ce n'est pas d'ignorer la crise écologique et de servir les intérêts des plus gros dans l'agriculture, c'est enfin de répondre à la disparition des paysannes et des paysans qui sont terrifiés, qui sont malmenés, précarisés, en les accompagnant. La politique agricole dans notre pays, c'est 13 milliards d'euros par jour. Par an, pardon, une famille de 4 personnes contribue à hauteur de 800 euros pour l'agriculture par an.

On peut avoir l'exigence d'aider les paysannes et les paysans et non pas les intérêts de l'agro-industrie ou des pesticides.

10:53
Yannick Jadot

– Yannick Jadon a parlé de l'interruption volontaire de grossesse puisque aujourd'hui, l'Assemblée nationale devrait adopter, sans surprise, le projet de loi qui propose d'introduire dans la Constitution ce droit à l'IVG. Le texte doit ensuite être adopté dans les mêmes termes au Sénat et hier, le président du Sénat, Gérard Larcher, a exprimé son opposition à cette réforme constitutionnelle. Est-ce qu'il est en train d'enterrer cette réforme pour renforcer l'IVG ?

11:17
Invité

– Non, heureusement. Moi, je regrette la position du président du Sénat, mais ce n'est pas nouveau qu'il est contre. Ça n'a pas permis l'adoption d'une résolution au Sénat. Donc j'appelle les sénatrices et les sénateurs à être responsables de ce point de vue. On voit dans les différents pays, y compris qui sont en train d'être menacés ou menés par des coalitions d'extrême droite et de droite, d'extrême droite et de droite, revenir sur le droit à l'avortement.

Donc le mettre dans la Constitution, c'est protéger le droit à l'avortement, alors que, encore une fois, regardez dans le monde, quand l'extrême droite et la droite gouvernent, ils ne remettent jamais en cause la concentration des richesses, ils ne remettent jamais en cause le libéralisme, ils ne remettent jamais en cause… Donc à la fin, qu'est-ce qu'ils remettent en cause ? Ils remettent en cause les droits de la société, ils remettent en cause des droits, ils contestent la diversité de la société.

12:16
Présentateur

– Aujourd'hui, le Rassemblement national n'est pas opposé à l'avortement. Est-ce qu'il y a un risque en France pour que ce soit remis en question ?

12:21
Invité

– Oui, toujours, toujours, toujours, toujours. À partir du moment où on le voit, y compris dans certains départements, la difficulté de l'accès, pas au droit, mais à la réalité, de l'interruption volontaire de grossesse, ça dit bien que c'est jamais acquis. Ça dit bien que c'est toujours un combat. Et moi, je regrette les positions très conservatrices de certains et de certaines.

12:45
Yannick Jadot

– Alors demain, le Conseil constitutionnel va se prononcer sur la loi immigration qui a été adoptée par le Parlement en décembre dernier. Et les sages du Conseil constitutionnel pourraient censurer plusieurs durcissements du texte ajoutés par les Républicains, notamment le durcissement de l'accès aux aides sociales pour les étrangers. Finalement, le Conseil constitutionnel, c'est le dernier espoir de la gauche sur cette loi immigration ?

13:06
Invité

– C'est terrible que ce soit, qu'on considère le Conseil constitutionnel comme un espoir. D'ailleurs, le président du Conseil constitutionnel, pour le moins, a tansé le président de la République sur la responsabilité du président des législateurs. On avait Gérald Darmanin qui expliquait devant la représentation sénatoriale, « Oh ben écoutez, votez ce que vous voulez, de toute façon, ce sera sanctionné par le Conseil constitutionnel, c'est totalement irresponsable. » Moi, ce que je trouve dramatique sur ce débat, c'est ce que j'appelle la rupture trumpiste de ce quinquennat.

Non pas qu'Emmanuel Macron soit devenu Donald Trump, même si sa dernière conférence sentait un peu quand même « travail, famille, patrie ». Mais c'est une rupture trumpiste parce que pour la première fois dans notre pays, et j'ai entendu Mme Boyer parler avant, au fond, on ne débat plus de la même réalité. C'est en ça que c'est trumpiste. Trumpiste a amené dans le débat européen le fait qu'on ne parlait plus de la vérité, mais qu'il y avait des vérités, des vérités alternatives et qu'elles étaient équivalentes. Eh bien, dans le débat sur l'immigration, quand vous entendez la droite dire, après l'extrême droite, ça ruine le pays, c'est faux. Ça ne ruine pas le pays.

Au plus bas, c'est neutre sur les finances publiques, mais ça contribue plutôt à la richesse du pays. Quand on dit qu'il va y avoir des appels d'air, c'est faux. Il n'y a pas une étude, pas une enquête qui montre que régulariser des travailleurs sans papier, c'est faire un appel d'air. Au contraire, c'est participer à la prospérité, au-delà de sortir des gens de la précarité et de l'invisibilité ou de la clandestinité. Et ce texte, qui était censé être un texte sur l'immigration, sanctionne les étrangers qui travaillent parfaitement légalement dans notre pays sur les prestations sociales, ce qu'on appelle la préférence nationale.

14:54
Yannick Jadot

Et donc, c'est une rhumature trumpiste au sens où… – Ça existait déjà, il faut 5 ans de résidence régulière pour avoir le RSA.

15:00
Invité

– Non, mais ce n'est pas le même type de droit, et ce n'est pas forcément une bonne nouvelle. Mais ce que je veux dire, c'est que, par exemple, sur le débat sur les retraites, on avait des positions différentes, mais on partait du corps, on partait du même diagnostic sur l'avenir de nos retraites. Là, le président de la République, son gouvernement, sous emprise de l'extrême droite sur ce sujet, a choisi de faire une loi sur des mensonges, des contre-vérités du compétitif. – Vous vous sentez bien dans la population qui a une inquiétude,

15:29
Présentateur

justifiée ou pas, il y a une inquiétude dans la population française.

15:31
Invité

– Mais parce qu'elle est construite, cette opinion. Quand depuis des années, on dit que l'immigration est incontrôlable, quand on dit que l'aide médicale d'État, ça coûte et c'est un scandale, quand on dit qu'on est envahi, que la France fait plus que les autres… Mais tout ça, ce sont des mensonges.

15:46
Présentateur

– Mais pourquoi est-ce que c'est plus audible que ce que vous dites, vous ?

15:50
Invité

– Parce que dans une société, je le regrette, mais c'est aussi… Vous voyez le débat sur les retraites, à un moment donné, il y avait les positions des uns et des autres. Et puis il y a eu des experts, les journalistes. Vous avez fait intervenir, par exemple, quelqu'un comme Mickaël Zemmour, qui a dit la vérité sur la loi. Eh bien ça, c'est pas fait sur l'immigration. Et on n'a pas eu, dans une société inquiète, l'essentialisation de l'étranger, et là, l'essentialisation de l'immigré. C'est un ressort énorme, c'est le bouc émissaire, aussi vieux que l'humanité est vieille. Mais ça ne dit jamais qu'on va dans la bonne direction.

Ça dit qu'on va toujours vers les extrêmes droites, le repli, le rejet, la haine, et ça, c'est très dangereux. Et Emmanuel Macron a participé à ça, c'est très grave.

16:37
Yannick Jadot

– Yannick Jadot, on va parler du groupe pétrolier Total Energy, puisque demain, c'est le début des auditions. La commission d'enquête du Sénat sur le groupe Total Energy, une commission d'enquête à l'initiative des sénateurs écologistes. Vous en êtes le rapporteur. Et cette enquête, elle porte, je cite, sur le non-respect des engagements climatiques de Total Energy, pouvant alimenter des situations de corruption. À quelle situation de corruption vous faites référence ?

17:01
Invité

– Vous avez, dans beaucoup de pays, aujourd'hui, que ce soit, on le voit avec le Qatar, on le voit en Azerbaïdjan, on le voit au Mozambique, en Ouganda, en Tanzanie, on le voit dans plein de pays, où finalement, l'exploitation pétrolière conduit à des situations d'insécurité, de violations profondes des droits humains, de l'État de droit. Et nous voulons, justement, à travers cette commission d'enquête, voir si à la fois les outils de politique publique permettent, quand ça concerne le premier groupe énergéticien français, de mieux encadrer.

Mais vous avez Total, qui est le deuxième groupe au monde à aller chercher le plus de pétrole et de gaz, quand l'Agence internationale d'énergie, le GIEC, les Nations Unies disent « il faut arrêter », sinon c'est le drame absolu, c'est l'effondrement climatique, dont sont victimes en premier lieu dans leur activité, les paysannes et les paysans. Et vous avez, par exemple, quand, quelques jours avant que le président Aliyev de l'Azerbaïdjan lance l'épuration ethnique sur les Arméniens du Haut-Karabakh. Vous avez le président Pouyanné qui est en train de signer un contrat de gaz avec le président Aliyev d'Azerbaïdjan.

Reconnaissez que, officiellement, notre politique étrangère est en soutien des Arméniens ? Mais il convient quand même de s'interroger comment le premier groupe énergéticien français signe avec celles et ceux qui sont à la fois des dictateurs et sont en totale contradiction avec ce qu'on est censé défendre en matière de politique étrangère.

18:35
Yannick Jadot

Justement, la commission d'enquête souhaite auditionner le PDG de Total, Patrick Pouyanné. Est-ce qu'il a répondu à la convocation ? Si oui, quand est-ce que cette audition aura lieu ?

18:44
Invité

Écoutez, vous savez qu'une commission d'enquête a des prérogatives importantes, des compétences importantes, notamment un pouvoir de convocation. Donc je n'imagine pas que le président Pouyanné, les ministres et les anciens ministres qui devront répondre à nos questions, à notre enquête, viendront. Et ça sera évidemment à la fin de la commission d'enquête parce qu'on va s'interroger, on va s'intéresser à ce qui se passe là où intervient Total.

Encore une fois, c'est pas possible que le premier groupe d'énergie français contribue au chaos climatique, quand on sait à quel point ça remet en cause nos conditions d'existence et au fond interviennent dans des pays qui sont tellement éloignés de nos valeurs en matière de droit humain, de liberté.

19:31
Yannick Jadot

Vous souhaitez que cette audition de Patrick Pouyanné soit publique ?

19:34
Invité

Ou à huis clos ? Je n'imagine pas qu'elle ne soit pas publique. Je pense que les Françaises et les Français sont intéressés. Moi, j'aurais envie d'être fier du premier groupe d'énergie français. J'aurais envie qu'imaginer que Total, en plus de Shell, de BP, d'Exxon, mettent tout leur pouvoir économique au service de la transition énergétique. Mais on gagne la bataille du climat en 10 ans. Et au lieu de ça, parce qu'ils gagnent tellement d'argent, ils servent tellement leurs actionnaires, ils goinfrent, ils gavent leurs actionnaires de profit. Total, c'est 40 milliards l'année dernière de profit sur le dos des automobilistes comme sur le dos du climat.

J'aimerais qu'ils mettent leur pouvoir, leurs savoirs, leurs compétences au service de l'intérêt général et non pas simplement au service de leurs actionnaires.

20:18
Yannick Jadot

Le groupe Total Energy vous a attaqué pour diffamation pour vos propos sur le groupe pendant la campagne présidentielle 2022. On en est où de cette affaire judiciaire ?

20:26
Invité

Mais allez, je suis mis en examen. Parce qu'effectivement, Total a considéré que questionné le maintien de la présence de Total en Russie après l'invasion de l'Ukraine. Souvenez-vous, tous les grands groupes internationaux quittent la Russie pour ne pas être complices de l'effort de guerre de Poutine. Alors que déjà, les crimes de guerre de Poutine étaient démontrés avec les bombardements de la société civile. Et vous avez le groupe français qui reste en Russie. Et donc qui, de fait, puisque les autres sortaient pour ne pas être complices, de fait, étaient complices des activités et de l'effort de guerre de Poutine. Est-ce que c'est un débat public illégitime ?

Et vous considérez qu'il est normal qu'un groupe attaque des élus, attaque les personnes qui critiquent, encore une fois, la présence de Total en Russie alors qu'ils étaient en train de massacrer les Ukrainiens ?

21:23
Yannick Jadot

Est-ce que vous craignez que, comme vous êtes mis en examen dans une affaire avec Total, eh bien certains dénoncent et mettent en cause votre objectivité dans cette commission d'enquête parlementaire ?

21:31
Invité

– Vous savez, il est quand même, si le comité de déontologie du Sénat doit rendre sa réponse,

21:38
Yannick Jadot

ce sera quand ?

21:39
Invité

– Ce sera dans les heures qui viennent. Il serait, je trouve, dramatique, mais c'est la responsabilité du comité de déontologie que l'instrumentalisation de la justice, pour faire taire toute critique vis-à-vis du groupe Total, soit légitimité par le comité de déontologie. On verra ce qu'il dira. Mais vous savez, quand j'ai dit ça, j'ai dit ça sur des plateaux de France Télévisions. La patronne de France Télévisions a aussi été mise en examen pour diffamation. C'est-à-dire qu'il y a une volonté de Total de faire faire toute critique.

Mais vous vous rendez compte que si on valide cette instrumentalisation de la justice, qu'on appelle des procédures baillons, mais ça sera facile maintenant pour un groupe comme Lactalis qui maltraite les éleveurs laitiers en Bretagne et ailleurs. Il suffira qu'ils portent plainte pour diffamation à chaque fois qu'il y a un responsable politique qui ose une critique pour dire, c'est bien, comme ça, ils ne pourront même plus légiférer sur mon comportement vis-à-vis des éleveurs.

22:40
Yannick Jadot

– On finit par une dernière question sur les européennes.

22:42
Présentateur

– Oui, un peu de politique. La campagne des européennes a commencé. C'est Raphaël Glucksmann qui ressemble pour l'instant à avoir le vent en poupe. Il a organisé un week-end, à gauche en tous les cas, il a organisé un meeting ce week-end à Bordeaux qui s'est relativement bien passé. Pourquoi est-ce que vous ne joignez pas vos forces pour réaliser un score qui fasse poids ?

23:00
Invité

– Vous savez, il y a…

23:01
Présentateur

– Qu'est-ce qui vous oppose fondamentalement ?

23:03
Invité

– Si Emmanuel Macron devait faire… En fait, il vaut mieux qu'il arrête d'agir. Parce qu'à chaque fois qu'il agit, il agit dans le mauvais sens aujourd'hui, malheureusement. Mais s'il devait faire une chose, c'est de mettre la proportionnelle à l'Assemblée nationale. Pour qu'on sorte d'un système politique de confrontation. Pourquoi je vous dis ça ? Parce qu'au Parlement européen, c'est la proportionnelle à un tour.

Donc moi, si Raphaël Glucksmann arrive à obtenir le maximum de députés socialistes au Parlement européen, que Manon Brie arrive à rassembler le maximum son électorat pour avoir le plus de députés, que les écologistes, qui sont les derniers à défendre l'agenda écologique, qui sont les derniers à défendre l'agenda écologique, quand tout le monde le conteste, parfois de manière, je l'ai dit, asséminable, par le Premier ministre. Eh bien, c'est ça la proportionnelle à un tour. Rassemblons autour de nos spécificités, de nos différences, qui ne sont pas irrémédiables. Mais rassemblons au maximum les électeurs, ayant le maximum de députés au Parlement, c'est à ça que ça sert le Parlement européen.

24:02
Présentateur

Vous dites qu'il n'y a pas de différence fondamentale entre nous, mais c'est séparé qu'on fera les meilleurs scores finalement.

24:07
Invité

Eh bien, ça s'appelle la proportionnelle. Ça s'appelle la proportionnelle, que chacun valorise ses spécificités, ses différences. Nous ne sommes pas socialistes, ils ne sont pas écologistes, ça ne veut pas dire qu'on n'a pas un souci fort les uns et les autres de l'Europe, ce qui est la différence avec les insoumis. Mais nous sommes différents. Vous le savez, en Occitanie, comme ailleurs, on n'est pas toujours d'accord, par exemple, sur les projets autoroutiers. Eh bien, valorisons nos différences. Que Raphaël Guzmane aille défendre dans sa campagne européenne, la 69, ça permettra un débat sympathique de plateau télévisé.

24:41
Yannick Jadot

– Merci beaucoup. – Merci. – Yannick Jadot d'avoir été notre invité politique. Merci beaucoup Christelle Bertrand d'avoir représenté la presse régionale et pour le groupe La Dépêche du Midi. Tout de suite, le Club des Territoires.

Décès dans l'Ariège : "On ne devrait jamais mourir quand on milite" regrette Yannick Jadot — Yannick Jadot · Pourquijevote