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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 19 juillet 2023 23 min

Aurélien Pradié : "La seule alternative au macronisme ne peut pas être entre deux extrêmes"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il a été l'une des figures marquantes de cette année parlementaire qui s'achève un combat contre la réforme des retraites et contre une partie des siens. Pour quel résultat ? Il est aujourd'hui isolé, CHLR démite ses fonctions à la direction mais continue de jouer sa propre partition très anti-Macron au sein d'un parti de droite toujours aussi fracturé. Bonjour Aurélien Pradié, député Les Républicains du Lot. Elisabeth Borne va donc rester première ministre, un mini remaniement est attendu dans les heures à venir. Votre collègue de LR Olivier Marlex a mis en garde l'exécutif contre toute tentative de débauchage à droite.

Vous craignez que certains LR Macron compatibles cèdent encore aux sirènes de l'exécutif ?

0:46
Aurélien Pradié

Le président Marlex a raison de rappeler tout le monde à la prudence mais pardon, dans le grand marché politicien que nous connaissons depuis quelques temps il y a des acheteurs, Emmanuel Macron, mais il y a aussi des vendeurs. Et donc je pense que la prudence elle n'est pas à rappeler à Emmanuel Macron, elle est à rappeler à mes amis politiques en leur disant que la meilleure manière pour clarifier cette vie politique qui manque cruellement de clarification c'est de ne pas aller se vendre, tout simplement. Et vous savez j'ai toujours eu des mots très durs et je les assume à l'égard de ceux qui sont allés pour un plat de lentilles se vendre aux uns et aux autres.

Et je le dis parce que c'est non seulement l'avenir de la droite qui se joue mais à la limite ça pourrait ne pas être très important mais plus notre vie politique est abîmée par des trahisons, par des troubles dans les lignes que nous pouvons avoir les uns et les autres, plus on laisse la place aux extrémistes.

1:34
Présentateur

Mais en même temps en refusant toute alliance, tout accord de gouvernement avec la majorité ce n'est pas le moyen pour vous, pour la droite, ce n'est pas le meilleur moyen de peser sur l'avenir immédiat du pays.

1:45
Aurélien Pradié

Enfin c'est quand même curieux cette idée et cette ambition que certains auraient désormais à droite qui serait simplement de peser. Moi je ne me suis pas engagé dans cette famille politique pour peser.

1:53
Présentateur

De s'impliquer dans les décisions qui concernent tous les Français.

1:56
Aurélien Pradié

Bien sûr, mais il y a une manière de le faire, c'est de batailler au Parlement, c'est d'engager des bras de fer politiques. Est-ce que le refus que j'ai de m'associer à Emmanuel Macron est un refus sectaire ? Non, c'est simplement que ce n'est pas ma politique. La politique que porte Emmanuel Macron pour le pays en matière migratoire, en matière de politique à l'égard du travail, de respect des Français, ce n'est pas ma vision de la politique. Et vous savez, si demain la droite devient juste la force d'appoint de la Macronie, les seuls points de repère dans notre pays, ce sera l'extrême droite et l'extrême gauche. Et ça, je le refuse catégoriquement.

2:27
Présentateur

Alors ce qui est sûr, c'est que l'exécutif ne va pas vous appeler vous pour entrer au gouvernement. On l'aura compris, vous qui n'avez voté que quelques projets de loi depuis un an. Pas plus tard qu'hier soir, projet de loi justice largement adopté, avec une augmentation du budget, des recrutements de magistrats, 18 000 places de prison en plus, à la demande de LR on en a rajouté 3 000. Et vous, vous vous abstenez hier soir, contrairement à l'immense majorité de votre groupe. Pourquoi ?

2:50
Aurélien Pradié

Pas à l'immense majorité, nous avons été nombreux à nous abstenir au sein de nos groupes.

2:53
Présentateur

10 abstentions, 50 votes pour au sein de LR.

2:55
Aurélien Pradié

Oui, moi je suis devenu intransigeant. Et je l'assume. J'assume une forme d'intransigeance parce que nous sommes à un moment politique de notre pays, où vous le voyez bien au quotidien, les petites lâchetés, les petits arrangements ne sont plus possibles et ne sont plus permis. Si nous parlons de la question de la justice, je n'allais pas voter contre un texte qui donne des moyens supplémentaires à la justice. Mais la réalité, c'est que nous sommes très, très, très, très loin du compte. Et je ne supporte plus cette habitude que nous avons prise, parfois à droite, de nous habituer à si peu. En matière de justice, il faut absolument tout revoir. Ce n'est pas 10% d'augmentation des moyens.

Et donc vous ne soutenez pas le premier pas ? L'augmentation du budget de 1,5 milliard, les 18 000 places de prison en plus ? Je considère que désormais, s'habituer à des petits pas, c'est être lâche. Et ce qui me frappe dans notre vie politique aujourd'hui, c'est le fait qu'on s'est habitué, alors que les défis sont gigantesques, à obtenir des petites avancées. Aujourd'hui, la vraie faute politique, et je le pense profondément, c'est de ne pas tout remettre à plat. En matière de justice, nous le voyons, et nous l'avons vécu depuis quelques semaines, il faut tout revoir de fond en comble.

Tous ceux qui s'habitueraient à des petits pas, je le dis, font le jeu de la lâcheté politique, et font le jeu de ceux qui seront plus intransigeants que nous, plus radicaux peut-être, je le redis, l'extrême droite et l'extrême gauche. C'est au parti républicain, c'est à la droite républicaine d'être intransigeante. Les défis sont gigantesques devant nous. L'heure aujourd'hui, elle est au bouleversement, pas aux petits arrangements. C'est le retour du tempérament en politique, et je suis prêt à l'assumer.

4:26
Présentateur

Alors je ne sais pas si vous allez qualifier ça de petit pas, mais il y a un projet de loi très concret cette semaine au Parlement, c'est le projet de loi reconstruction après les émeutes que vous évoquiez, les émeutes du début du mois. Vous allez voter celui-là, parce qu'il y a 700 bâtiments publics à reconstruire. Ce projet de loi doit permettre de les reconstruire plus rapidement.

4:43
Aurélien Pradié

Il faut que nos auditeurs comprennent bien, nous allons pendant plus d'une journée débattre d'un texte qui est microscopique, qui va consister à régler quelques affaires réglementaires pour reconstruire des bâtiments. Tout ça est important, mais je le dis, est dérisoire. Il y a tout à reconstruire dans notre pays. Vous mesurez bien les choses à votre antenne durant 5 jours et 5 nuits. Vous avez commenté, observé la situation de quasi-guérilla que nous avons eue dans notre pays. Et on sortirait de tout ça avec quelques petites ordonnances pour reconstruire des bâtiments.

5:12
Présentateur

C'est très concret, cette reconstruction des bâtiments. Pour les gens, c'est très concret. Bien sûr que c'est très concret. Quand on a une école qui a brûlé, un magasin qui est parti.

5:19
Aurélien Pradié

Mais franchement, vous n'avez pas le sentiment qu'il y a des fondements bien plus grands à reconstruire dans le pays, je ne suis quand même pas le seul à considérer qu'il faut rebâtir juste la République, juste la laïcité, juste l'école. Bref, des chantiers gigantesques. Et moi, ce qui m'effraie aujourd'hui, c'est l'endormissement dans lequel nous sommes. Et c'est vrai que je peux avoir parfois le mauvais rôle. Mais cette intransigeance, en réalité, c'est une intransigeance républicaine. Et dans mon comportement, il y a une volonté de réveiller tout le monde en disant, désormais, il faut tout revoir.

5:50
Présentateur

Alors là, à moyen terme, pour nos quartiers, comment on sort de cet épisode très violent qu'on a connu il y a trois semaines ?

5:56
Aurélien Pradié

En rebâtissant les services publics, c'est certain. Mais il faut rétablir un mur qui, aujourd'hui, est perdu dans notre nation, qui est le mur de l'autorité. Je sais que parfois, on se dit que l'autorité, que les règles, les repères, tout ça, ce serait un problème. Moi, je crois à une société de l'autorité. Je crois que lorsqu'on est un mineur, que l'on commet une faute impardonnable, qui est de s'attaquer à un service public, à un bâtiment, à des policiers, à des gendarmes, on doit immédiatement connaître la sanction. Cette sanction, ça peut être un centre éducatif fermé. Voyez un exemple concret. Dans notre pays, nous avons un peu plus de 600 places...

6:27
Présentateur

Il y a eu énormément d'arrestations, de comparutions immédiates ces dernières semaines.

6:30
Aurélien Pradié

Précisément. Un peu plus de 600 places en centre éducatif fermé. 3 000 arrestations, dont une bonne partie des mineurs. Nous n'avons même pas, aujourd'hui, assez de place dans les centres éducatifs fermés pour que ces jeunes soient extraits de leur milieu. Moi, je pense qu'une des clés, c'est qu'un gamin de 13 ans, qui, aujourd'hui, se comporte comme un voyou, on le sorte de son environnement. Un gamin de 13 ans, quand il est dans son banlieue, c'est un caïd. Il est protégé par tout un système et une organisation. La seule clé, c'est de le sortir de là, dans un centre éducatif fermé, et de le donner une chance, une chance de s'en sortir.

Il n'y a plus, aujourd'hui, de destin commun dans notre pays. Il faut dire les choses. Voilà pourquoi ma parole est grave et peut-être un peu brutale. parce qu'aujourd'hui, dans notre pays, nous avons perdu ce qui fait que nous pouvions vivre les uns avec les autres. Tout cela, c'est à rebâtir. Et c'est ce que j'espère, en réalité, je vous le dis. Je suis un adversaire d'Emmanuel Macron et je le resterai. Parce que ce n'est pas ma politique et c'est mon droit de ne pas être associé à sa politique. Mais je souhaite que mon pays réussisse.

Et quand je secoue le cocotier comme je le fais, parfois au sein de ma famille politique aussi, c'est pour dire à tout le monde, désormais, il faut que nous soyons des révolutionnaires pour faire en sorte que la République se réinstalle partout.

7:39
Présentateur

Alors, ce bilan des émeutes de début juillet, il a donné lieu à une nouvelle passe d'armes en interne à droite vous concernant. Vous avez dénoncé les propos de Bruno Retailleau qui a parlé de régression vers les origines ethniques. Vous avez dit que c'est un dévoiement des valeurs fondamentales. Lui, il vous a répondu apôtre du déni. Qu'est-ce qui vous réunit encore dans la même famille politique aujourd'hui ?

7:59
Aurélien Pradié

Je pense que dans une famille politique, lorsqu'on est des amis politiques, pas tous les mêmes, vous savez, Charles Pasqua et Philippe Séguin ont vécu dans la même famille politique et pourtant, ils avaient des différences, parfois des divergences. Mais quand on a des amis politiques et qu'ils perdent les pédales, c'est le rôle d'un ami politique de le rappeler. Cette phrase, je ne l'ai pas acceptée, je ne l'accepte toujours pas. Non pas que le moindre déni sur la situation. Dans la même interview que j'ai donnée, j'ai dit à quel point aujourd'hui la République avait failli et qu'il y avait des zones entières de notre pays qui, notamment liées à la question de l'immigration,

8:32
Présentateur

avait divorcé.

8:35
Aurélien Pradié

Oui, parce qu'il faudrait être aveugle aujourd'hui pour le faire. Mais la seule bataille qui est à mener, c'est la bataille pour le rétablissement de la République, pour les valeurs, notamment celles de la laïcité. Pas la résurgence de la guerre des races. L'ethnie, les origines ethniques n'ont rien à voir dans le sujet. Ce qui a à voir dans le sujet, c'est le rétablissement des valeurs de la République. Vous me trouverez toujours pour batailler fermement, de manière intransigeante, pour que les valeurs, notamment de la laïcité, soient rétablies partout, au millimètre près.

Mais vous ne me trouverez pas lorsqu'il s'agira de réveiller une guerre des races parce qu'à ce moment-là, la droite devient l'idiote utile de Jean-Luc Mélenchon et je n'ai pas envie de devenir l'idiot utile de Jean-Luc Mélenchon.

9:14
Présentateur

Et vous avez dit aussi à cette occasion attention en gros à ne pas basculer côté RN. En même temps, vous vous tenez très éloigné du macronisme, c'est le moins que l'on puisse dire. Est-ce que votre position, elle existe encore finalement sur l'échiquier politique ? Est-ce qu'être de droite classique, si je puis dire, ça dit encore quelque chose aux Français aujourd'hui, finalement ?

9:33
Aurélien Pradié

Peut-être pas aujourd'hui. Demain, je l'espère. Et c'est un de mes combats. Mais dans un moment où, effectivement, la facilité pourrait, pour moi, consister à...

9:41
Présentateur

Parce que là, c'est l'avenir de votre parti qui est enceinte.

9:42
Aurélien Pradié

...aller chez les uns et chez les autres. Pas seulement l'avenir du parti, en réalité. Et c'est très au-delà de moi, parce que tout ça n'est pas une affaire personnelle, contrairement à ce que les uns et les autres peuvent dire avec facilité. Donc, ce que je sais juste de vous dire, c'est que si dans ce pays, il n'y a demain pour seule alternative au macronisme que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, alors, un jour, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon y arriveront.

Quand je me bats pour que la droite républicaine ne bascule pas dans le macronisme, c'est non seulement parce que le projet politique d'Emmanuel Macron n'est pas le mien, qu'il a échoué sur bien des sujets essentiels, mais c'est aussi parce que je sais que demain, la seule alternative ne peut pas être entre deux extrêmes qui, pour moi, feront du mal à la République et au pays que j'aime.

10:24
Présentateur

On va revenir sur la situation de la droite dans quelques instants. D'abord, un sujet d'actualité. On a aujourd'hui deux tiers des nappes phréatiques en dessous de la normale en France, les trois quarts des départements en vigilance ou en alerte sécheresse, ce dôme de chaleur en Méditerranée. Encore une fois, cet été, on subit très concrètement les conséquences du changement climatique et on n'entend toujours pas beaucoup la droite là-dessus.

10:42
Aurélien Pradié

On devrait entendre la droite sur un sujet que j'ai porté depuis quelques mois, quelques années, qui est la question de l'eau, qui est un défi environnemental de tout premier plan. C'est à la fois un défi climatique, c'est un défi technologique et je fais partie de ceux qui pensent que le défi environnemental, on le relèvera pas seulement avec ou pas avec des taxes et la punition et un discours presque haineux, mais qu'on le relèvera aussi avec l'innovation. Rendez-vous compte que dans notre pays, nous réutilisons moins d'un pour cent des eaux usées. Il y a des pays dans lesquels c'est plus de 90%.

Et souvent, ce sont les entreprises françaises qui vont expliquer à d'autres pays la technologie. Mais la question de l'eau est non seulement une question environnementale essentielle, la gestion de la ressource, dans nos territoires, les retenues d'eau dont nous avons besoin pour que notre agriculture demain puisse utiliser l'eau qui tombe du ciel lorsqu'elle en a besoin. Mais c'est aussi un enjeu migratoire et mondial. Et je souhaite que la France soit le pays qui demain mène la bataille de l'eau, peut-être même la guerre de l'eau, au niveau mondial. D'ici 2030, 700 millions de personnes seront déplacées parce que dans leur territoire, il n'y aura plus d'accès à l'eau.

Sur le continent africain, la France a une grande responsabilité qui est de s'assurer que ces espaces-là restent des espaces dans lesquels on a accès à l'eau. Parce que toutes les politiques migratoires ne freineront jamais des femmes et des hommes qui quitteront un continent parce qu'il n'est plus accessible à l'eau. Sur l'environnement,

12:00
Présentateur

on a une question au Standard. Bonjour Jacques.

12:03
Auditeur

Oui, bonjour.

12:04
Présentateur

Vous vous appelez du Val-de-Marne.

12:05
Auditeur

Oui, tout à fait. Vous avez effectivement parlé de l'eau mais en réalité, on n'entend jamais Aurélien Pradié parler d'environnement sauf pour empêcher toutes mesures contraignantes en matière d'agriculture et pour condamner les éoliennes. Alors, je voulais lui demander s'il peut faire trois propositions fondamentales, concrètes et immédiates pour la biodiversité, pour le transport des marchandises et pour l'agriculture. Merci.

12:32
Aurélien Pradié

Merci Jacques, Aurélien Pradié. Merci pour votre question. Effectivement, je parle souvent des éoliennes pour dire que c'est une absurdité environnementale.

12:37
Présentateur

La droite a voté contre le projet de loi d'accélération des renouvelables en début d'année.

12:41
Aurélien Pradié

Oui, parce que l'éolien était principalement concerné et je redis, y compris à notre auditeur, que l'éolien est une absurdité, que ce n'est pas l'énergie renouvelable que nous devons prôner dans notre pays. Et puis, je parlais à l'instant de l'eau. Voilà une énergie renouvelable que nous voulions. Figurez-vous que lorsque nous avons lancé, ou plutôt nos prédécesseurs à l'après-guerre ont lancé l'indépendance énergétique de la France, ils l'ont fait sur le nucléaire, mais ils l'ont aussi fait sur l'hydroélectricité. Qu'est-ce que nous faisons de nos barrages ? Je ne parle pas de la construction de nouveaux barrages, je parle de la rénovation de nos barrages.

Est-ce que vous entendez beaucoup la France dire à l'Europe que nous ne remettrons pas en concurrence nos barrages parce que c'est un patrimoine que nous devons conserver ? Eh bien, vous voyez, je le dis à votre auditeur, ce sont des batailles que j'ai menées, que j'ai même menées à l'époque avec des élus communistes parce que je considérais que l'eau est une ressource, est une énergie renouvelable bien plus importante que l'éolienne. Mais votre auditeur posait une question importante sur notamment les échanges de marchandises.

Je relisais il y a quelque temps un discours de Georges Pompidou de 72 ou 73 dans lequel il disait à quel point nous devions nous interroger sur la société de consommation qui pointait son nez à l'époque. Moi, je pense qu'aujourd'hui, la droite doit avoir un discours sur cette société de surconsommation, que c'est absurde, que nous allions acheter à l'autre bout du monde des produits, des textiles que nous allons porter une ou deux fois dans notre vie et qui auront traversé les océans. Cette vision de la société, cette vision de la société de la surconsommation, il ne faut pas la laisser à la gauche ou à l'extrême gauche.

Je pense que la droite a quelque chose à dire d'une souveraineté, d'une souveraineté et notamment d'une meilleure organisation de notre consommation dans notre société.

14:18
Présentateur

Mais sur l'environnement, vous parlez beaucoup de mesures d'adaptation au changement climatique. Est-ce qu'on s'attaque un jour aux racines, aux émissions de carbone ?

14:27
Aurélien Pradié

Lorsque je vous parle de la société de surconsommation, on s'attaque aux racines, profondément aux racines. Et moi-même, j'ai réfléchi sur ce sujet et j'y ai travaillé. Je fais partie d'une génération où je vois bien que cette société de surconsommation, elle nous a épuisés. On est d'ailleurs devenus des individus qui sommes plus des consommateurs que des citoyens parfois. Et cette société de surconsommation que nous connaissons aujourd'hui, absurde, qui fait qu'une fois de plus, le produit à bas coût vient de l'autre côté du monde. C'est sûrement un des sujets les plus essentiels en réalité.

14:57
Présentateur

La session parlementaire s'achève donc cette semaine. Elle restera marquée pour vous, je le disais, par l'opposition à la réforme des retraites, le vote de la censure contre le gouvernement au mois de mars. Cette réforme, elle est finalement passée, elle va s'appliquer. Et vous, qu'est-ce que vous avez gagné dans cette affaire, à part vous mettre à dos une bonne partie de vos camarades chez LR ?

15:14
Aurélien Pradié

Je ne me suis jamais senti aussi peu isolé, pour tout vous dire. Lorsque j'ai mené cette bataille, d'abord, je n'étais pas seul. Nous étions près d'un tiers du groupe Les Républicains. Ce n'est pas tout à fait anodin. On n'est plus tout à fait seul quand on est un tiers. Et si c'était à refaire, je referais exactement la même chose. Parce que nous avons été quelques-uns à tenir bon, à être cohérents de bout en bout. Et sur cette réforme, je me suis battu, non pas seulement sur la question de l'âge, je me suis battu sur les carrières longues, sur le fait que ceux qui travaillent le plus dur, qui ont commencé le plus tôt, doivent partir plus tôt.

Eh bien, figurez-vous que parce qu'on a bataillé, on a obtenu des avancées. Pas suffisantes, mais on en a obtenu. Et si c'était à refaire, je le referais exactement de la même manière. Parce que je pense qu'il est temps, lorsqu'on est à droite, que l'on tienne bon et que l'on ne transige pas. Et défendre, comme je l'ai fait, en prenant quelques coups, en assumant de perdre peut-être un petit poste pour conserver des valeurs, je pense que c'est une manière aussi de dire aux Français à droite, on peut tenir bon.

16:10
Présentateur

Alors justement, j'ai une remarque d'Alexandre sur l'appli Inter. Vous avez voté plusieurs fois contre les projets de loi du gouvernement, alors que ces mêmes lois auraient pu être portées par votre propre famille politique. Ne pensez-vous pas que cette politique politicienne est la cause justement de la désaffection de vos électeurs ?

16:24
Aurélien Pradié

De quoi parlons-nous ? Sur la réforme des retraites, je ne me suis pas battu contre Emmanuel Macron. Je me suis battu pour que ceux qui ont commencé à travailler tôt puissent partir tôt à la retraite. Cette réforme des retraites, elle fait peser tout l'effort sur ceux qui ont commencé à travailler avant 21 ans, qui ont les métiers les plus pénibles, les salaires les plus bas. Enfin, ce n'est pas un combat politicien. C'est un combat pour des centaines de milliers de Français qui sont concernés. Lorsqu'à l'Assemblée nationale, nous nous sommes battus et j'en fais partie pour faire en sorte que nous ayons des lois importantes contre les violences conjugales.

Lorsque je me bats pour la déconjugalisation de l'allocation adulte handicapé, contre l'avis du gouvernement à l'époque et qu'on obtient un gain de cause, si je ne m'étais pas battu, jamais nous n'aurions obtenu quoi que ce soit. Et puis, il faut que votre auditeur comprenne une chose, c'est que notre vie politique, elle a besoin de clarté. Nous n'avons pas demain vocation à choisir entre Le Pen, Mélenchon ou Macron. Il y a d'autres alternatives. Et je vais même vous dire, j'espère qu'il y aura d'autres alternatives à gauche parce que notre vie politique, elle a besoin d'une droite républicaine et d'une gauche républicaine.

17:24
Présentateur

Vous disiez, un tiers du groupe a voté comme vous contre la réforme à l'époque. Est-ce que ses collègues députés, ils sont encore derrière vous ? Si je puis m'exprimer ainsi, c'est quoi le projet Aurélien Pradier aujourd'hui ? C'est une aventure en solitaire au sein de LR ?

17:39
Aurélien Pradié

Quand vous avez moins de 40 ans en politique, un profil un peu particulier, vous êtes forcément un solitaire ou un ambitieux. Ce qui est très drôle, c'est que ce sont souvent ceux qui, toute leur vie politique, ont été des solitaires et qui ont fait les choses tout seuls dans leur coin qui aujourd'hui me reprochent leur propre maladie. Mais ça, ce n'est pas très grave. Je vais juste vous dire pourquoi je fais de la politique. Je fais de la politique parce que je pense qu'il n'y a pas de fatalité. Parce que je pense que les idéaux peuvent s'appliquer dans un pays. Parce que je pense qu'il y a des choses qui sont, des valeurs qui sont trop belles pour qu'on les laisse de côté.

Et parce que je pense qu'aujourd'hui, nos concitoyens se sentent abandonnés. Et que ce combat pour la dignité, ce combat pour les plus humbles, pour les travailleurs dans notre pays, c'est un combat que la droite doit mener et qui nous a toujours fait gagner. Je pense que ça peut revenir. Je pense qu'une droite populaire qui parle à tout le monde, qui parle d'écologie, qui parle de tous les sujets que nous avons évoqués, des carrières longues que j'évoquais à l'instant, c'est une droite qui peut rebâtir. Où est-ce que ça me mène, moi ? Pour tout vous dire, j'en sais rien.

18:37
Présentateur

Vous voulez construire une force de proposition à la rentrée. C'est quoi ? C'est un micro-parti au sein de LR ? Non, ce ne sera pas...

18:44
Aurélien Pradié

Vous savez, je n'ai pas tous les défauts que certains de mes aînés peuvent avoir. Donc je ne quitterai pas le parti parce que j'y suis fidèle et que la fidélité est une valeur de base à laquelle je crois. Je ne créerai pas de parti parallèle. Simplement, je veux que des femmes et des hommes qui ont envie de réfléchir se mettent ensemble. Et donc nous aurons un espace de réflexion que j'annoncerai à la rentrée pour parler d'écologie, pour parler de services publics, pour que la droite puisse respirer.

C'est quand même curieux qu'à droite, désormais, nous soyons presque condamnés à tenir le même discours que celui qui nous a fait perdre lors des deux dernières élections présidentielles et qui nous a coupés de tous les Français. Peut-être qu'aujourd'hui, c'est un peu difficile pour moi de me faire entendre, pour tout vous dire de moins en moins. En réalité, je suis absolument... Oui, et je vous remercie de m'inviter. Je suis absolument certain que demain, y compris les plus septiques dans ma famille politique se diront au fond, peut-être que c'est ce message populaire qui peut nous faire réussir.

19:35
Présentateur

Vous mettez en avant encore ce matin votre jeunesse, Aurélien Pradié. On a une question justement sur la jeunesse, la jeunesse de France avec Anna. Bonjour Anna. Oui, bonjour. Vous nous appelez de Versailles.

19:46
Auditeur

Je voulais savoir ce que vous entendiez par remettre les jeunes dans les mains des services sociaux. Vous connaissez la parole à l'achat des services sociaux, la précarité dans laquelle les travailleurs sociaux...

20:07
Présentateur

Alors, on vous entend très mal, Anna, mais on a compris le début de votre question. Qu'est-ce que vous entendez, Aurélien Pradié, par le fait de vouloir remettre les jeunes dans les mains des services sociaux, si j'ai bien entendu ?

20:17
Aurélien Pradié

Je ne crois pas avoir prononcé cette phrase, mais je vous entendais, je crois, parler des travailleurs sociaux notamment. Vous voyez, on a un défi dans notre pays qui est l'enfance. Il se trouve que depuis des décennies, la mortalité infantile des bébés notamment, la santé mentale des adolescents avait progressé. Il se trouve que depuis quelques années, elle régresse. Et notamment la mortalité infantile qui augmente. Ce qui est un défi absolument majeur. La période du Covid, on est passé très vite sur cette période-là en l'oubliant aussi vite qu'elle était arrivée, a laissé des traces profondes dans notre jeunesse.

Et je pense que la politique que nous avons d'accompagnement des plus jeunes, notamment des adolescents, de lutte contre la mortalité infantile peut être un défi gigantesque. Moi, j'ai beaucoup de respect pour ceux qui travaillent avec la jeunesse. Je le vois notamment dans les services de protection de l'enfance qui aujourd'hui sont des services presque abandonnés des autorités publiques. On parlait tout à l'heure de justice. Les juges des enfants dont nous n'avons jamais eu autant besoin aujourd'hui pour redonner une perspective et un avenir à ces jeunes qui sont perdus sont parmi les plus déshérités de notre justice.

21:21
Présentateur

Une dernière question qui n'est pas forcément d'actualité mais qui est en tout cas un débat qui revient régulièrement c'est la question de la drogue et de la dépénalisation du cannabis. Là-dessus, votre parti freine des quatre fers depuis toujours et n'évolue pas sur cette question. Est-ce que vous êtes vous aussi toujours opposé à la dépénalisation du cannabis ? Oui,

21:39
Aurélien Pradié

et de plus en plus pour tout vous dire. Parce que je pense que c'est un sujet qui va au-delà de la question de santé publique. La question de santé publique pour moi, elle est tranchée. Lorsqu'aujourd'hui, vous avez tant d'accidents mortels sur la route qui sont liés au trafic ou à la consommation de stupéfiants, je pense que vous avez répondu à la question de l'enjeu de santé publique. Mais je voudrais aller au-delà. Au fond, lorsque la parole politique se met à tout tolérer, à tout dépénaliser, y compris la consommation de cannabis, vous portez une parole publique qui consiste à effacer les repères dans notre société.

Lorsqu'on est un responsable public, je considère qu'on a des repères à poser. Que la loi, elle pose des repères au-delà même des questions de santé publique. Moi, je ne souhaite pas d'une société dans laquelle tout est permis, y compris la consommation de cannabis. Ce n'est pas les repères que je souhaite pour la venez de notre pays.

22:27
Présentateur

Merci beaucoup, Réliens Pradié, d'avoir répondu à nos questions ce matin. Bonne journée.