Dette : sommes-nous condamnés ? | Laurent Wauquiez
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« Notre dette a augmenté de 1 000 milliards d'euros. Les dépenses publiques ont augmenté de 300 milliards d'euros et le nombre de fonctionnaires a augmenté plus vite que les 20 années précédentes. »
- 1:04Invité politiqueFait
« La France, quand elle va devant une banque et demande de l'argent, s'endette à des conditions qui sont pires que celles de la Grèce. »
- 1:36Invité politiqueChiffre
« D'ici 2027-2028, le poids de la dette dans le budget de la France va devenir si important qu'on y consacrera plus d'argent que pour l'éducation de nos enfants. »
- 2:06Invité politiqueFait
« Les comptes en désordre sont la marque des nations qui s'abandonnent. »
- 2:35Invité politiqueFait
« On est quand même le pays au monde où vous avez un chèque de l'État pour vous rembourser la fermeture éclair de votre anorak. »
- 3:42Invité politiqueFait
« L'Italie a des excédents primaires sur son budget. Nous, non. »
- 5:52Invité politiqueFait
« On doit garder le social et on doit arrêter l'assistanat. »
- 6:21Invité politiquePromesse
« Notre proposition, c'est fusionner une seule aide sociale qui fusionne la vingtaine d'aides qui existent aujourd'hui, qui dans tous les cas de figure, ne pourra jamais excéder ce qu'on gagne en travaillant : 70% du SMIC. »
- 6:54Invité politiqueFait
« En Europe, aujourd'hui, le pays dans lequel un étranger qui ne veut pas travailler a le plus intérêt à venir c'est notre pays. »
Temps de parole
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Cela fait depuis combien de temps qu'on ne s'occupe plus du tout de dépense publique et de dette ? Historiquement, cela n'a pas toujours été le cas. Le général De Gaulle, quand il redresse le pays, commence par remettre de l'ordre dans les finances. Pompidou, Gisard d'Estaing, étaient obsédés par la question de l'équilibre de nos finances publiques. Ensuite, clairement, en 1981 il y a une rupture avec François Mitterrand. Et le dernier à avoir fait une campagne politique en France en posant ce sujet sur la table, c'est François Fillon. Depuis, plus rien. François Hollande ne fait pas sa campagne dessus. Emmanuel Macron ne fait pas sa campagne dessus.
Et c'est comme cela qu'on a donné le sentiment, en prenant un alibi sur des crises, qu'en fait, quand il y avait des crises, il fallait dépenser et quand ça allait bien, ce n'était pas la peine de s'en occuper. Et les choses ont dérivé. Alors, bien sûr, ce serait faux de dire qu'avant tout était bien géré mais ce qu'il y a de certain, c'est que là ça s'est accéléré depuis 2017. Notre dette a augmenté de 1 000 milliards d'euros. Les dépenses publiques ont augmenté de 300 milliards d'euros et le nombre de fonctionnaires a augmenté plus vite que les 20 années précédentes.
Aujourd'hui, la France, quand elle va devant une banque et demande de l'argent, s'endette à des conditions qui sont pires que celles de la Grèce. On danse au-dessus du volcan parce qu'on ne peut pas exclure aujourd'hui qu'à un moment il y ait une attaque des marchés financiers et qu'on se retrouve dans la situation qui était celle de la Grèce et là c'est : une explosion des impôts, c'est une baisse de toutes les prestations sociales, c'est un effondrement de l'économie. La dette ça ne compte pas jusqu'au moment où ça compte. Et quand ça compte, c'est gravissime. Cette dette, il faut la rembourser.
L'une des questions qui est très simple et qui est posée au budget de l'État c'est : où est-ce que vous voulez mettre votre argent ? Vous voulez le mettre pour enrichir vos créanciers ou vous voulez le mettre pour préparer l'avenir de vos enfants ? D'ici 2027- 2028, le poids de la dette dans le budget de la France va devenir si important qu'on y consacrera plus d'argent que pour l'éducation de nos enfants. C'est un énorme symbole.
Cela veut dire qu'on est en train de s'acheminer vers une situation où, alors même qu'on parle de développement durable, alors même qu'on devrait être préoccupé de ce qu'on laisse à nos enfants, on laisse un tel poids de dette qu'on mettra plus d'argent sur les charges d'intérêt de la dette que sur l'Éducation nationale et que, d'ors et déjà, c'est un budget qui pèse plus que pour celui de la défense. En fait, si on le résume, c'est la faillite comme programme. Et Pierre Mendès France, pourtant figure de gauche, qui voit cette dégradation dans l'après Seconde Guerre mondiale de la situation de la France disait "les comptes en désordre sont la marque des nations qui s'abandonnent".
Donc oui, c'est grave. Les mesures budgétaires qui sont en train d'être prises, elles ne sont pas prise de gaité de cœur, elles sont la conséquence du fait qu'a été fait n'importe quoi. Et puis il y a une idée à laquelle je voudrais tordre le cou : si on fait des économies, les services publics vont aller moins bien. Et bien, j'ai envie de vous poser une question : au cours des dernières années, Emmanuel Macron a dépensé beaucoup plus, est-ce qu'on a l'impression que la santé va mieux ? Est-ce qu'on a l'impression que l'école va mieux ? Est-ce qu'on a l'impression que la police et la gendarmerie vont mieux ? Que notre sécurité va mieux ?
Ma conviction, c'est qu'on a atteint le stade où, quand on met de la dépense publique en plus, ça ne va pas aux services publics qui sont sur le terrain, ça va juste dans la bureaucratisation, plus de normes, plus de règles, toujours plus compliqué et qu'en fait, à l'arrivée, ceux que ça écœure, c'est les agents qui sont sur le terrain, dans notre vie quotidienne ça ne change rien. Le problème, ce n'était pas le COVID mais la sortie du COVID parce que depuis le COVID rien n'a changé et on a laissé filer. On est quand même le pays au monde où vous avez un chèque de l'État pour vous rembourser la fermeture éclair de votre anorak. Cela, ça a été l'incarnation du n'importe quoi.
Tout ça, ce n'est pas très gai. Est-ce que c'est une fatalité ? Non, ce n'est pas une fatalité et même, ce que je veux partager avec vous, c'est que cela n'est pas très douloureux de corriger les choses. Cela demande du courage, ce n'est pas facile mais il faut juste être capable d'adopter des mesures de bon père de famille. D''abord, il y a des pays autour de nous qui sont capables de le faire. Vous vous souvenez de l'Espagne ? Vous vous souvenez du Portugal ? Dont on expliquait que c'était l'horreur, des pays mal gérés qui avaient fait n'importe quoi. Aujourd'hui, l'Espagne et le Portugal sont mieux gérés que la France.
Vous vous souvenez souvent du regard condescendant qu'on a pour nos voisins de l'autre côté des Alpes ? L'Italie a des excédents primaires sur son budget. Nous, non. Et donc, ces pays qui étaient en situation très difficile, qu'on traite souvent avec une petite forme de mépris en France, en réalité, ils ont fait le travail et souvent on se dit "mais nous, en France, on est comme ça on est une cigale, c'est notre tempérament". Ce n'est pas vrai. Il y a, à peine une vingtaine d'années, l'Allemagne était moins bien gérée que nous donc il n'y a aucune fatalité. On n'est pas condamnés à être un panier percé.
J'ai géré la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui est l'une des plus grandes régions de France, qui est la première région industrielle. On n'a pas augmenté une taxe. On n'a pas augmenté un impôt. Et on a débureaucratisé. On a rendu les choses plus simples. À l'arrivée, les services publics étaient meilleurs et pour autant ça nous a permis d'économiser sur la dépense publique. Alors maintenant, comment faire ? On va avoir le débat budgétaire. Michel Barnier a une mission qui est très dure parce qu'il hérite d'une situation catastrophique, laissée par ses prédécesseurs qui ont fait n'importe quoi.
Dans l'histoire de notre pays, quand il y a des crises, on laisse filer mais, au moins, quand ça allait bien on essayait de corriger. Là, ils ont laissé filer pendant le COVID et ils ont laissé filer après. Ils ont fait n'importe quoi. En plus, il a dû construire un budget en très peu de temps mais ça signifie que précisément il faut qu'on puisse améliorer ce budget. L'améliorer, cela veut dire plus d'économies, moins de dépenses, moins d'impôts. Et on a travaillé avec les députés de la Droite républicaine, avec nos amis sénateurs, pour pouvoir mettre des propositions sur la table parce que c'est trop facile sinon.
Sur les plateaux politiques, vous voyez les élus qui font des contorsions dès qu'on leur demande "mais où est-ce que vous faites des économies". Ma première réponse, c'est partout ! On peut en faire partout sans toucher aux services publics. Si on prend, par exemple, la question de nos retraites : le coût administratif de traitement des retraites en France est l'un des plus plus élevés d'Europe.
Prenons les hôpitaux, en moyenne, dans le budget d'un hôpital aujourd'hui sur les grands hôpitaux il y a entre 38 à 40% des dépenses qui sont juste des frais administratifs, pas des aides soignantes, pas des infirmiers, pas des médecins, pas de l'investissement dans le matériel, juste des frais administratifs. En Allemagne, c'est en dessous de 30%. On économise dessus, c'est de l'argent qu'on gagne sans toucher aux services. Vous avez, en France, 1500 organismes administratifs. On a des autorités sanitaires. On a un Comité national de l'eau. On a des agences de l'eau.
On a des services en préfecture, des services dans les collectivités locales, chacun fait son travail dans son coin totalement dispersé et ça coûte une fortune. Et, en plus, la deuxième conséquence c'est que, comme il y a ces organes administratifs, ils pondent de la norme et ça aboutit à rendre notre vie au quotidien encore plus compliquée. Donc débureaucratiser, ça aboutira à des services publics qui marcheront mieux, plus simples et moins de coûts. C'est la première source d'économie. La deuxième source, et qui n'est pas facile à aborder, c'est la question du social. Vous connaissez mes convictions en la matière : on doit garder le social et on doit arrêter l'assistanat.
Moi, je veux un pays dans lequel, quand on va dans un hôpital, la première chose qu'on vous demande ce n'est pas votre carte bleue, dans lequel il y a des écoles où vos enfants peuvent être élevés sans que ça vous coûte une fortune. Mais, par contre, je ne veux pas d'assistanat. Je veux qu'on arrête de fermer les yeux sur les abus parce que ça, ça aboutit à tuer notre système social et ça aboutit aussi à enfermer les gens dans un système où il y a tellement d'aides que, quand on reprend un travail, la réalité c'est qu'on perd des aides et donc on est écœuré, et donc on n'a aucun intérêt à reprendre un travail.
Notre proposition, c'est fusionner une seule aide sociale qui fusionne la vingtaine d'aides qui existent aujourd'hui, qui dans tous les cas de figure, ne pourra jamais excéder ce qu'on gagne en travaillant : 70% du SMIC. Et chaque euro qu'on économise, on le rend en baisse de charges pour la France qui travaille. Et mon ambition, c'est de refonder un contrat social dans lequel la première pierre de justice c'est que celui qui doit être reconnu, c'est celui qui se donne du mal. C'est la première justice dans un pays. Et puis, le dernier sujet, c'est l'immigration. En Europe, aujourd'hui, le pays dans lequel un étranger qui ne veut pas travailler a le plus intérêt à venir c'est notre pays.
Cela vaut pour l'AME qui est très connue mais il y a plein d'autres dispositifs, l'hébergement d'urgence, un système d'accès gratuit à notre assurance maladie qui permet de venir en France pour se faire soigner et en plus d'obtenir un titre de séjour et globalement le contrôle sur toute les fraudes qui existent. Vous ne pouvez pas demander des efforts aux Français si de l'autre côté vous augmentez l'AME. On ne peut pas donner le sentiment de dire "sur l'immigration, on ne fait aucun effort pour réduire la dépense publique et tous les efforts on les demande aux Français sous forme d'augmentation d'impôts". Cela n'est pas possible.
Notre pays est capable de se redresser très vite parce qu'on a des entreprises qui sont incroyables, parce qu'on a une agriculture qui reste une formidable image de marque, parce qu'on a quand même cette image à l'international et qu'on a vu au moment des Jeux Olympiques. Vous savez que j'adore l'histoire. Dans notre histoire, quand notre pays a voulu se redresser, ça a toujours commencé par un redressement, remettre de l'ordre dans le budget les dépenses publiques. C'est ce que Louis XI fait pour nous sortir de la Guerre de Cent ans.
Pendant la période de Napoléon, le budget de la France a toujours été à l'équilibre, même quand il est au fin fond de la Russie dans les steppes enneigées, le budget de la France est à l'équilibre. C'est ce que fait De Gaulle quand il redresse les comptes. Et cette volonté, cette exigence c'est celle qui est portée par la Droite républicaine : remettre de l'ordre dans nos finances si on veut remettre de l'ordre dans le pays. C'est possible !
Laurent Wauquiez