Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLCP (sur YouTube)· 15 avril 2023 13 min

Danielle Simonnet, députée "La France insoumise" de Paris | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Elle aime faire de la politique en chantant, en dansant, et parfois même en criant dans le métro. Mon invitée a le sens du spectacle et elle le met au service de l'action collective. Générique ...

Bonjour, Danielle Simonnet. Alors, dans votre famille politique, il y a le style Mélenchon, qui est fait d'éloquence, d'érudition et de discours, et le style Danielle Simonnet, plus terre-à-terre, au contact des gens, avec un petit côté saltimbanque de la politique, comme on va le voir ici. *-Bonjour, c'est le Front de gauche. *-Jusque dans le métro parisien, *le Front de gauche mène campagne contre la loi *sur l'emploi. *-Il y en a parmi vous qui vont au travail, ce matin ? *Ca fait pas lourd !

Forcément, c'est la crise. *On peut s'opposer à cette loi, refusez que les députés l'adoptent. -Ca, c'est une criée dans le métro.

Vous avez inventé le concept, on peut le dire. Ca représente assez bien votre façon de faire de la politique. Je voulais commencer en vous demandant de définir votre façon de faire de la politique. -C'est de vouloir impliquer le plus grand nombre pour que...

Si on souhaite changer nos conditions de vie et si on veut radicalement changer la société, il faut que le plus grand nombre s'en mêle, puisque aujourd'hui, les politiques sont souvent faites par une petite poignée. Nous critiquons beaucoup la Ve République, sa logique oligarchique. On souhaite que le peuple s'approprie son destin, puisse écrire la Constitution et que les lois cessent d'être faites contre le peuple. -Donc, c'est déclencher une implication. -Oui, une implication collective. -Vous avez dit dans un article que votre conception de l'engagement, c'était de mettre vos tripes sur la table.

On le sent, on le voit, dans cette archive. Cette façon de faire peut aussi déranger et agacer. Dans le métro, vous rentrez de force dans la vie des passagers en criant, en essayant de les faire réagir.

Vous comprenez que ça puisse un peu agacer ? -En fait, à chaque fois, j'ai des réactions des citoyens, des citoyennes, majoritairement contents, parce qu'on se prend pas au sérieux et on fait passer un message extrêmement sérieux. Cette façon de casser les codes...

C'est pas parce qu'on est élu, qu'on a un mandat, qu'on est au-dessus des autres. On est attachés à "liberté, égalité, fraternité". Il faut, je pense, assumer de casser les codes pour permettre à tous de se sentir légitimes pour s'engager dans la bataille politique. -On ne va pas faire la liste de vos happenings politiques, mais vous avez fait défiler un faux chameau à Paris Plages pour dénoncer la fermeture de lits à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu.

Vous avez aussi mis en scène des poulets géants plongeant dans une piscine pour dénoncer l'importation de poulets au chlore américains. -Le grand marché transatlantique. -Un accord de libre-échange. -Aucun média n'en parlait.

On fait cette action, cet happening, on se marre beaucoup, ça fait un vrai buzz, et on obtient ce qu'on voulait, c'est-à-dire un article pleine page du Monde, qui va, par cette entrée, aborder sérieusement comme on voulait les conséquences terribles des accords de libre-échange. -Vous avez répondu à ma question avant que je la pose. Il y a un côté drôle, amusant, ça fait sourire, mais... -C'est Mathilde Panot. -Oui, Mathilde Panot, on l'a reconnue.

Toute jeune sur les images. Est-ce que c'est efficace, ce n'est pas de la politique spectacle ? -On est dans une société du spectacle où on veut nous divertir, ne pas faire en sorte que les citoyens se préoccupent de la politique en les divertissant.

Nous, on tord ça et je fais l'inverse. Par la mise en spectacle, j'intéresse tout le monde à un sujet extrêmement important. Par une image, par l'humour, par le décalage. -Dans un registre différent, vous avez monté votre propre spectacle, un seule en scène, très personnel et politique.

Le titre, c'était "Uber, les salauds et mes ovaires". Ca répondait à quel besoin, chez vous ? -Le besoin d'abord de raconter ce que j'avais découvert en soutenant de manière un peu accidentelle la lutte des taxis.

Je réalisais à quel point l'ubérisation était un suicide social collectif contre le Code du travail, le système de protection social et nos services publics par le biais de l'évasion fiscale. J'avais aussi envie de parler de la bataille féministe et à quel point c'était important, quand on est une femme en politique, d'assumer de mener ce combat-là. -Pourquoi ce mode d'expression, la scène ? -En fait, la scène libère complètement et permet aussi de casser les codes.

Et puis, vous savez, c'est pas tout le monde qui va ouvrir la porte pour aller à un meeting politique. Par contre, à un spectacle, vous invitez vos amis, vos voisins, vos proches et donc, le spectacle permet d'aborder la question politique. J'aime beaucoup cette démarche d'éducation populaire. -Quand on voit votre façon de faire de la politique, je fais le lien avec votre environnement familial, vos parents, qui sont artistes, sculpteurs.

On les voit sur ces images. Vous assumez une forme d'héritage familial ? -Ah bah, bien sûr !

Je suis très fière... -L'art est présent en vous. -De façon différente.

Je suis très fière de mes parents. -C'est vous, enfant. -Oui, en train de sautiller devant une grande chaise de mes parents, qui a été exposée d'ailleurs au Grand Palais.

C'est vrai que mes parents ont une vie professionnelle d'engagement à travers l'engagement artistique, d'assumer de créer un langage, de créer des formes, de créer de l'art dans la rue, pour que tout le monde puisse se l'approprier et vivre avec. Ils ont fait à la fois du jeu et de la sculpture monumentale et c'est vrai que le fait d'assumer ces transgressions esthétiques, je pense que ça m'a accompagnée. Ils avaient aussi des engagements militants et on aimait beaucoup débattre.

On aime toujours débattre. Cette éducation... -Elle vous a influencée. -Elle m'a construite. -En me penchant sur votre histoire, j'ai découvert que vous étiez croyante, catholique pratiquante jusqu'à l'âge de 18 ans.

Vous vouliez même devenir mère Teresa, c'est vrai ? -Quand j'étais toute petite, c'était vraiment...

L'injustice, ne pas supporter que des enfants meurent de faim. Je ne manquais de rien. Je me suis rendu compte après que mes parents étaient fauchés, au début de leur vie.

Ils disaient : "Ce qui est dur, quand on est artiste, "ce sont les 60 premières années professionnelles." Mais cette figure où on s'engage toute sa vie pour les autres et contre l'injustice, le fait que des enfants meurent de faim, ça m'avait marquée. -Cette éducation catholique vous a un peu forgée ou a éveillé votre conscience sociale ? -Je pense que cette exigence d'engagement pour autrui m'a marquée, même si...

Mes parents avaient des contradictions, on allait à la messe et quand on rentrait à la maison, c'était Léo Ferré avec "Ni Dieu ni maître". Après, j'ai gardé le "Ni Dieu ni maître", mais j'ai du respect pour les spiritualités. Je suis laïque et attachée à la liberté de conscience, mais je garde de cette éducation la nécessité de la solidarité, de prendre conscience de notre interdépendance. -Au collège, vous vous engagez dans la lutte contre le racisme et au lycée, vous avez mis votre lycée en grève contre la loi Devaquet.

Vous dites : "J'ai découvert le pouvoir de l'action collective." On revient à ça. Quand vous avez réalisé cela, ce n'est pas ce qui a déterminé tout le reste de l'engagement ? -Si vous participez à la grève, à des manifestations, et que vous n'êtes pas isolé dans votre lycée de la Seine-et-Marne, vous réalisez que dans les médias, ce mouvement va changer le cours de l'histoire, il va faire tomber un gouvernement et nous allons gagner.

Je prends conscience de cela et je souhaite aller à l'université pour m'engager pleinement. Je veux faire de ma vie un engagement politique et participer à changer le cours de l'histoire. -C'est là que vous rejoignez le syndicat de l'Unef et que vous vous mobilisez contre le CIP, le Contrat d'insertion professionnelle.

C'était en 1994. *Ils chantent. *-AVEZ-VOUS VU PASSER LE DEFUNT CIP ? *-Depuis le début, ici, à Créteil, Danielle écrit les chansons. *-C'est des chansons spécifiques pour la manifestation, pour dire *qu'on a gagné.

On voulait pas nous écouter, on est venus dans la rue pendant un mois. *On a fait grève, on a gagné. -Quelle surprise !

Vous écriviez les chansons. -J'ai jamais revu ces images. Oh, c'est génial. -Vous écriviez déjà les chansons. -C'est important, la joie. -Et l'énergie, d'où votre surnom, "Danette la mitraillette".

On comprend pourquoi. L'Unef vous a amenée au Parti socialiste, c'était la pouponnière du PS, à l'époque. Au PS, au moment de la guerre du Golfe, vous vous rapprochez de Jean-Luc Mélenchon.

En 2000, vous rejoignez son cabinet au ministère de l'Enseignement. Vous dites que la politique façon techno, c'est pas votre truc. Vous avez été heureuse au cabinet ? -C'était une expérience extrêmement enrichissante, mais dure, en même temps.

C'est important de comprendre comment ça se passe, mais c'était pas évident. -On vous voit très sérieuse sur le perron du ministère. -J'étais conseillère d'orientation-psychologue.

J'avais un an d'exercice professionnel et je me retrouve dans le cabinet de Jean-Luc Mélenchon pour travailler les questions d'orientation. C'est très difficile, mais en même temps, c'est fondamental. A un moment, il va falloir désacraliser les institutions et se dire que notre objectif, c'est la prise du pouvoir pour pouvoir instaurer une autre politique. -Vous avez suivi Jean-Luc Mélenchon au Parti de gauche.

Vous vous êtes battue pour les pauvres, en occupant un logement de la Ville de Paris avec un loyer qui était sous les prix du marché. Vous étiez pas en situation illégale, mais vos adversaires vous ont reproché un manque d'exemplarité sur ce sujet-là. Pourquoi avoir attendu d'être députée pour rendre ce logement ? -Autour de moi, dans le 20e, on me disait rien.

J'y étais avec les droits. Avec mes revenus, je ne serais pas élue, j'y aurais droit, il n'y avait aucun abus. -C'était pas un HLM sous conditions de ressources, mais le loyer... -Le premier jour où j'entre dans ce logement, il est pas en dessous du marché à ce moment-là, en 2003. -Pourquoi l'avoir rendu en devenant députée ? -J'ai pas envie que ça revienne.

Les médias veulent attaquer LFI. Et les revenus des députés sont différents. Je déménage.

Enfin, j'ai déménagé. -On va conclure par notre quiz, à présent. Le principe est assez simple.

Je commence une phrase et vous allez la compléter. On y va ? "Avant d'être députée, "je pensais que l'Assemblée..." -Ce serait très difficile de pouvoir s'exprimer dans une plénière aussi intimidante. -"Le meilleur happening à l'Assemblée serait..." -Le fait qu'on ait chanté La Marseillaise au moment du 49.3 en brandissant nos pancartes "démocratie", "retrait du texte de loi", est extrêmement important.

J'ai pas eu l'idée, mais je la trouve excellente, car il est important de rappeler d'où on vient, de la Révolution française. Ce mépris démocratique du 49.3 montre qu'on a au moins 49,3 bonnes raisons de vouloir une VIe République. -"Quand quelqu'un me confond "avec Marine Le Pen..." J'ai lu dans un portrait que ça vous arrivait, dans la rue, parfois. -Oui.

En même temps, il faut en rire. Il y a eu des quiproquos, des gens désagréables avec moi. Dans le 20e arrondissement, l'extrême droite est pas appréciée.

Oui, écoutez, c'est la preuve qu'il y a peu de femmes en politique et qu'on va confondre une blonde avec une autre. Eh bien, non. Je n'ai rien à voir avec Marine Le Pen et je suis très attachée au partage des richesses, à la bataille écologique, à la VIe République et à l'antiracisme. -Ce sera le mot de la fin.

Merci beaucoup d'être venue. SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA Générique ...