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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 12 septembre 2024 10 min

Prix de l’électricité, budget, candidats problématiques… Jean-Philippe Tanguy est l’invité du 12 septembre

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bienvenue dans Les 4V, Jean-Philippe Tanguy. Alors ce matin, bonne nouvelle pour les consommateurs puisque le prix de l'électricité va baisser d'au moins 10% en février. C'est ce qu'annonce ce matin dans le Figaro la présidente de la commission de régulation de l'énergie. Est-ce que ça vous satisfait ?

0:24
Jean-Philippe Tanguy

Écoutez, c'est toujours bon à prendre, mais les Françaises et les Français doivent savoir que la baisse pourrait être beaucoup plus importante si notre pays récupérait la maîtrise de son marché de l'électricité, de sa production. L'électricité française est beaucoup moins chère que l'électricité dans d'autres pays européens. Et le marché européen de l'électricité que Jordan Bardella avait proposé de largement modifier et de sortir de ses règles absurdes coûte encore très cher aux Français. La baisse pourrait être au moins de 25% avec les règles que Jordan Bardella avait proposées. Donc oui à la baisse, mais cette baisse pourrait être beaucoup plus importante et surtout pour être immédiate.

Il n'y avait aucune raison d'attendre février. D'ailleurs, on a aussi appris qu'il y aurait une petite hausse avant la baisse. Bon bref, donc plus personne ne comprend grand-chose à cette modulation des prix, mais l'énergie est beaucoup trop chère en France. Et j'espère que Michel Barnier entendra d'ailleurs pour le budget notre proposition de baisser la TVA sur les énergies de 20 à 5,5% parce que ça reste quand même un bien de première nécessité.

1:22
Présentateur

Alors justement, ce sera le premier gros dossier de Michel Barnier. Ce sera cette question du budget. Et quelles seront les lignes rouges du Rassemblement national sur ce dossier-là ?

1:30
Jean-Philippe Tanguy

Mais c'est très simple. On ne veut pas d'augmentation d'impôts. La France a déjà le record d'impôts en Europe et même dans tous les pays développés. Et on ne va pas alimenter le tonneau des danaïdes.

1:41
Présentateur

Plus de justice fiscale, disent-ils. Absolument.

1:43
Jean-Philippe Tanguy

Vous y êtes opposé ? Non. Tout le sens du programme de Marine Le Pen, c'était rééquilibrer l'effort fiscal, je l'ai dit avec la TVA, soulager les classes populaires et toutes les classes moyennes qui paient beaucoup les promesses faites à M. Macron. Mais pas de hausse d'impôts. Plus privilégiée, mais pas de hausse d'impôts en général. Ce qu'il faut, c'est une réforme de l'État, de la bureaucratie française, maîtriser enfin l'immigration, revoir nos relations financières avec l'Union européenne. Il y a beaucoup d'endroits, les grands tabous des 30 dernières années qui ont coûté si cher aux Français et que seul le Rassemblement National a dénoncé depuis 30 ans.

Si on fait les réformes, là, on fera des vraies économies.

2:18
Présentateur

S'il y a hausse d'impôts, ça veut dire quoi ? Que les députés du Rassemblement National voteront une motion de censure ?

2:23
Jean-Philippe Tanguy

Oui, hors de question. De toute façon, je pense que ça a déjà été compris, j'espère, par Michel Barnier, qu'on augmente les impôts. De toute façon, il paraît que même les Républicains l'ont dit à leurs propres membres, à savoir Michel Barnier. On est habitués à être trahis par les Républicains sur les impôts, mais enfin là, j'espère qu'ils respecteront pour une fois leurs promesses. Si vous êtes entendu, vous pourriez voter ce budget ? Tout est possible. Nous, nos lignes rouges, c'est la défense des Français, c'est la défense de l'intérêt général. Ce n'est pas la politique politicienne comme la gauche. Donc nous, on n'a pas d'interdiction en général.

Mais il faut que ce budget rompe avec deux dérives des 50 dernières années, c'est-à-dire tout ce contre quoi le Rassemblement National s'est battu 50 ans de déficit. Ça fait 50 ans que tous les gouvernements, qu'ils soient de gauche, de droite, du centre, ont voté des budgets en déficit. Il faut une trajectoire de redressement sérieuse des finances publiques, une baisse de la pression fiscale sur les classes populaires et les classes moyennes, et relever les grands défis de demain, le contrôle de l'immigration, relever l'éducation. Mais toutes ces réformes ne demandent pas de dépenser de l'argent.

C'est-à-dire aussi, depuis 50 ans, les gouvernements successifs pensent que dépenser de l'argent, c'est agir. Non, n'importe quelle personne est capable de faire des chèques à tout le monde. Ce qu'il faut, c'est mieux utiliser l'argent public.

3:36
Présentateur

Vous parlez d'un rang de l'immigration, le retour d'un ministère de l'immigration. Question courte, réponse courte, ça sert à quelque chose ou pas ?

3:42
Jean-Philippe Tanguy

Non, il y a un ministère de l'Intérieur, il est en charge de la lutte contre l'immigration et le contrôle des frontières. Il n'y a pas besoin d'un gadget.

3:47
Présentateur

Alors le ministre de l'Économie et des Finances de ces sept dernières années, Bruno Le Maire, va quitter Bercy. Il a annoncé qu'il ne veut pas être dans la nouvelle équipe, il fait une sorte de discours d'adieu ce matin au ministère de l'Économie et des Finances. Comment vous jugez son bilan ? Est-ce qu'il a fait des bonnes choses en sept ans ?

4:03
Jean-Philippe Tanguy

Non, sincèrement, je ne vois pas de bonnes mesures prises par Bruno Le Maire en sept ans, que ce soit sur la souveraineté économique. On est en triple déficit. C'est-à-dire qu'on a toujours un déficit commercial extrêmement lourd. On a un déficit de la balance des paiements, c'est-à-dire qu'il y a plus d'argent qui sort de France que d'argent qui rentre. Et on a le pire déficit budgétaire de l'histoire, sans aucune raison. Nous ne sommes plus en crise. Avant, il y avait l'excuse du Covid, il y avait un certain nombre de problèmes structurels. Là, c'est juste qu'ils n'ont pas bien géré les comptes de la France. Et c'est un mensonge permanent.

C'est-à-dire que le déficit aujourd'hui est deux fois plus important que ce qu'il aurait dû être dans les propres prévisions que le gouvernement a fait voter par le Parlement l'année dernière.

4:44
Présentateur

Mais par exemple, selon Bercy, la France comptait 500 usines de plus en 2023, qu'en 2016, le chômage est à 7,5%. Vous ne lui créditez pas cela, Bruno Le Maire ?

4:53
Jean-Philippe Tanguy

Non, tous ces chiffres sont très critiquables. Ça ne sert à rien de compter en nombre d'usines. Si vous avez d'un côté une usine de 5 000 employés, comme une usine automobile qui ferme, et de l'autre côté une usine de 5 employés qui ouvre, ça n'a ni que ni tête. Le seul indicateur qui vaille, c'est la production industrielle. La production industrielle en France est toujours inférieure à celle de son niveau avant le Covid. D'ailleurs, on le voit avec le déficit de la balance extérieure. Il y a beaucoup de communication avec M. Le Maire. D'ailleurs, il fait encore un pot de départ. Tout à fait. Qu'est-ce que vous lui souhaitez pour son départ ? Il devra faire un départ plutôt discret.

Comment ? Qu'est-ce que vous lui souhaitez pour son départ ? Je lui souhaite continuer à être un écrivain de talent parce que, par exemple, c'est un bon écrivain. Il a un très bon style. D'ailleurs, il est publié dans une édition prestigieuse. Je le dis sans ironie. Vous savez, moi, je n'ai pas le talent littéraire de M. Le Maire, mais je ose espérer qu'à l'économie, j'aurai un meilleur résultat.

5:43
Présentateur

Alors, le Rassemblement National, justement, vous avez décidé de faire une sorte de grand ménage post-élection législative pour revoir un petit peu les candidats qui avaient posé problème, ce qui vous a peut-être coûté Matignon ou Jordan Bardella se voyait encore il y a quelques semaines. Vous avez les journées parlementaires à Paris ce week-end. C'est quoi la priorité de ce grand ménage au Rassemblement National ?

6:03
Jean-Philippe Tanguy

Mais c'est tout simplement d'être à la hauteur des attentes des Français. Jordan Bardella a reconnu que nous avions fait un certain nombre d'erreurs. Nous les regrettons tous collectivement. D'ailleurs, c'est la faute de l'ensemble des responsables du Rassemblement National. Nous aurions dû être plus attentifs aux candidats que nous présensions. Donc, nous avons reconnu cette erreur. Nous allons avancer. Nous allons nous améliorer. Nous allons aussi dire la vérité aux Françaises et aux Français, à savoir que ces erreurs étaient quand même marginales. Elles nous étaient beaucoup reprochées. Il faut être irréprochable.

Mais si le système avait été aussi dur avec les candidats de la Macronie, des Républicains et de la gauche, je peux vous dire qu'on aurait eu de sacrées perles dans tous les partis politiques. On s'occupe de nous, on avance et on essaie d'être meilleurs. Est-ce que ça veut dire que malgré ce que dit le Rassemblement National, vous n'êtes pas prêts à gouverner ? Oui, on est prêts parce que les problèmes qu'il y a eu dans des circonscriptions qu'on ne pouvait pas gagner. Mais ce n'est pas une raison. Par ailleurs, ce qui compte pour les Françaises et les Français, je pense, c'est les propositions qu'on fait et la réalité de nos diagnostics. Vous avez parlé de l'électricité.

Ça fait 15 ans que Marine Le Pen dénonce le marché européen de l'électricité, son surcoût pour les Français, l'absurdité de la politique nucléaire, anti-nucléaire, pardon, d'Emmanuel Macron, mais aussi par exemple sur l'hydroélectricité, les barrages, l'électricité la moins chère du monde, la moins chère de France, qui a été abîmée, paralysée depuis 20 ans dans l'indifférent général.

Donc les propositions du gouvernement du Rassemblement National, non seulement étaient de bonnes propositions, mais plus le temps passe, plus on se rend compte qu'elles étaient pertinentes et qu'elles auraient permis d'éviter des catastrophes comme la hausse des factures contraintes des Françaises et des Français. Mais on pourrait parler aussi du niveau des salaires, de la sécurité.

7:35
Présentateur

Et de leur formation, il y en a quand même encore qui ont un certain problème, puisque selon le site d'investigation par exemple Mediapart, vous avez une députée de 69 ans qui depuis juin 2002 avait consacré en deux ans de mandat plus de 10 000 euros d'argent public à des dépenses personnelles. Alors il y avait frais de garde de ses deux chiens, abonnement mensuel à un site de rencontre, des frais d'obsèques, des dépenses qu'elle affirme avoir remboursées à l'Assemblée Nationale. Est-ce que quand même ça ne fait pas tâche quelque chose comme ça ?

7:58
Jean-Philippe Tanguy

Elle a reconnu elle-même que c'était une erreur, elle a remboursé avant que ça sorte dans la presse. Donc vous avez des forces politiques en dehors du Rassemblement National qui attendent toujours d'être débusquées par la presse pour agir. Nous on a agi avant, Mme Angrand a remboursé les erreurs qu'elle a pu commettre. Elle a eu des circonstances particulières, notamment des deuils qui ont fait qu'elle était sans doute moins disponible que d'autres pour faire attention à cela. Ça n'enlève rien à l'erreur, elle a immédiatement remboursé. Donc il n'y a aucun enrichissement personnel et elle n'a pas contesté son erreur. Mais bon, vous savez, M.

Cambadélis qui dirigeait le Parti Socialiste la semaine dernière a été condamné à de lourdes peines et à de lourdes amendes pour lui avoir dépensé pendant des années ses frais de mandat, le savoir et n'avoir pas corrigé ce qui a entraîné des poursuites et une condamnation. Puis il dirigeait le Parti Socialiste. Donc entre une nouvelle députée qui n'avait pas compris certaines règles et qui a amendé son erreur et le dirigeant du Parti Socialiste qui a dépensé sans compter, y compris pour payer ses cotisations, au PS, je pense que vraiment on n'est pas dans la même catégorie.

8:59
Présentateur

Jean-Philippe Tanguy, aujourd'hui, Edouard Philippe va accueillir Emmanuel Macron pour commémorer les 80 ans de la libération de cette ville. Edouard Philippe, qui est déjà candidat à la prochaine élection présidentielle, est-ce qu'il trouve davantage grâce à vos yeux qu'Emmanuel Macron, Edouard Philippe ?

9:14
Jean-Philippe Tanguy

Non, il était pire. Sincèrement, ce n'est pas sans doute populaire de dire ça, mais M. Philippe était pire que M. Macron. C'est à cause de M. Philippe qu'on a eu la hausse complètement aberrante des taxes sur le carburant, le fuel et le gaz, le bois même, c'est-à-dire les énergies utilisées dans le monde rural et par les plus fragiles d'entre nous, qui avaient mené à la crise des gilets jaunes. C'est lui qui avait imposé les 80 km heure sur les routes sans aucune concertation. Bref, il veut faire travailler les gens jusqu'à 67 ans. Bref, c'est le pire du macronisme, c'est Edouard Philippe.

Les gens vont s'en rappeler sans doute en découvrant ce qu'il a à dire ou ce qu'il n'a pas à dire, puisqu'il est quand même déclaré sa candidature à la présidentielle en disant qu'il n'avait pas de programme. Ça lui fait un point commun avec l'Emmanuel Macron de 2017. Merci Jean-Philippe Tanguy de vous de ce matin dans Les 4V.

9:57
Présentateur

C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.