Philippe Mouiller : "La collecte de don d'organes, c'est un travail de tous les instants"
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.
En 2025, la France a battu son record de grèves d'organes, plus de 6 000 grèves enregistrées. Pourtant, la pénurie reste critique. Au 1er janvier 2026, plus de 23 000 patients étaient inscrits sur la liste d'attente et 1 000 malades sont décédés en 2025, faute d'avoir pu recevoir un organe à temps. Pour en parler, j'accueille sur ce plateau Philippe Mouillet. Bonjour. Bonjour. Vous êtes président de la Commission des Affaires Sociales du Sénat, sénateur Les Républicains du département des Deux-Sèvres et vous êtes l'auteur d'une proposition de loi sur la neutralité financière du don d'organes par les vivants qui va être débattu la semaine prochaine au Sénat.
Alors, d'abord, il y a un paradoxe, à la fois il y a un record de grèves d'organes réalisées dans notre pays, mais il manque toujours des donneurs.
Oui, tout à fait. On a encore un décalage qui est important. Et donc, l'idée de cette taxe de loi, c'est de faciliter, c'est d'enlever tous les freins qui limitent finalement cet acte fondamental de données. Voilà. Donc, c'est dans une logique, je dirais, d'une dynamique que l'on souhaite enclencher sur le don d'organes. Et là, on focalise sur une des difficultés, qui est notamment la neutralité financière.
Donc, c'est plutôt quand même positif, ce record battu en 2025 de grèves d'organes ?
Oui, c'est positif. Alors, à la fois, ça veut dire qu'il y a réellement un plan qui se déploie sur le territoire avec une meilleure communication, les moyens d'accès, les moyens de prise en charge également, donc ça améliore. Mais on voit qu'aujourd'hui, il y a encore quand même, vous l'avez cité, beaucoup, beaucoup de personnes qui sont en attente de grève. Et donc, on a vraiment une mobilisation de tous les instants, qui doit se jouer à tous les nouveaux, notamment à travers le texte que nous portons. Mais pas simplement, c'est vraiment un travail du quotidien des professionnels de santé, des associations, de la société tout en terre sur cet enjeu-là.
Justement, on va parler de votre texte. On va voir les explications de Steve sur cette proposition de loi qui va être débattue la semaine prochaine. Mardi, le Sénat va se pencher sur ce texte qui vise à faciliter le don d'organes. Car, on le rappelle, en France, le don d'organes est gratuit et encadré. Mais alors, pourquoi il faut légiférer ?
Parce qu'il y a une différence, Alex, entre ce que dit la loi et ce que vivent au quotidien les donneurs. Aujourd'hui, plus de 70 000 Français vivent grâce à une grève. La plupart des organes proviennent de personnes qui sont décédées. Mais certains dons sont réalisés par des personnes vivantes. C'est notamment le cas pour le Rhin. Et ces donneurs, Alex, ne sont pas censés dépenser un seul centime.
Et pourtant, certains se retrouvent quand même avec des frais.
Oui, parce que dans la vraie vie, il faut parfois prendre le train, réserver un hôtel, avancer des frais médicaux, ou s'arrêter de travailler parfois pendant plusieurs semaines. En théorie, ces dépenses sont remboursées par la sécu. Mais en pratique, les associations de patients dénoncent des procédures compliquées, variables selon les hôpitaux, avec parfois des délais très longs et des remboursements incomplets. Résultat, certains donneurs renoncent tout simplement à réclamer leur dû.
Et alors concrètement, que propose le texte ?
Une idée simple, faire en sorte que donner un organe n'ait aucune conséquence financière pour celui qui donne. D'abord, les remboursements seraient gérés directement par l'assurance maladie, plutôt que par chaque établissement de santé. Objectif, que les mêmes règles s'appliquent partout en France. Ensuite, les donneurs n'auraient plus à payer de franchise médicale et de participation financière liée au prélèvement. Et puis enfin, s'ils doivent s'arrêter de travailler après le don, ils seraient indemnisés immédiatement, sans délai de carence. Le message est simple en France. Un organe peut être donné gratuitement, mais il ne doit jamais coûter de l'argent à celui qui le donne.
C'est ce que vous appelez, M. Mouillet, la neutralité financière du don. Et je rappelle que votre proposition de loi sera examinée la semaine prochaine. Combien de personnes votre texte concerne aujourd'hui, va concerner dans les années à venir ?
On a pour l'instant environ 600 personnes qui sont concernées par le don d'organes et 2000 personnes qui sont concernées par le don de gamètes. Puisque, arrêtez, vous n'avez pas les durins, mais c'est la moelle épinière, c'est également ce qui concerne les ovocytes. Et donc, il y a un objectif d'atteindre au moins 1000 personnes. Voilà, donc on voit qu'on n'est pas sur des chiffres. Par an en plus ? Par an en plus. Voilà, donc dans la durée. Mais on voit bien qu'aujourd'hui, c'est 10% des dons, globalement, qui sont faits. Mais on souhaite vraiment lever ces éléments.
Et puis, un point important qui n'est pas dans le texte initial, qui est un apport réel du travail du rapporteur et des parlementaires, c'est qu'on crée un statut du donneur d'organes. Et notamment, ça peut servir lorsque vous savez que vous êtes amené à emprunter, notamment lorsque vous remplissez le dossier médical. nous ne serez pas tenus d'indiquer que vous êtes donneur d'organes. Ça fait partie aussi des éléments importants. C'est-à-dire, vraiment, aucun frein, aucune limite autour de ce geste fondamental. Voilà, donc on a un vrai travail des parlementaires qui a amélioré cette position.
Juste, l'objectif qu'on comprend bien, c'est d'augmenter le nombre de greffes par an en France. Il y a un objectif chiffré sur les prochaines années ?
Non, il n'y a pas d'objectif plus. C'est-à-dire que c'est une dynamique collective. Ce texte a très bien été dit. Il est né d'un constat porté par les patients, porté par les usagers, qui, à un moment donné, nous ont expliqué que, dans la liste des freins, l'aspect financier, notamment pour les classes plus populaires, pouvait être à une vraie difficulté. Donc, on répond à cette démarche. C'est une logique globale, à travers une dynamique qui est enclenchée par tous les acteurs, notamment l'agent de biomédecine, sur le fait de rendre les conditions les plus faciles pour augmenter le don.
– Si je comprends bien, avant, les remboursements étaient gérés par chaque hôpital. Maintenant, c'est l'assurance maladie qui va piloter ?
– Oui, parce que comme ça te dit… – Ça va être plus simple ? – Oui, ça sera plus simple. Parce qu'à la fois, vous aviez une diversité en fonction des hôpitaux, des départements. Vous aviez même certains hôpitaux qui mettaient un délai relativement long. Tout n'était pas pris en charge, notamment, ça concerne les frais avant, pendant et surtout l'après, le suivi. Voilà, donc on voit bien qu'il y avait une disparité. Et donc, pour des familles qui étaient amenées à financer le logement, le déplacement, qui perdaient de l'argent au regard de leurs arrêts de travail… – Ça leur coûte combien ?
– On n'a pas de chiffres, mais en tous les cas, le principe général, qui est inscrit dans la loi de biomédecine, de dire à un moment donné, la neutralité est importante. Ça fait partie des éléments essentiels. On parle d'une moyenne à peu près de plus de 400 euros, à peu près.
– Et finalement, de reste à charge pour ces familles. – C'est ça, c'est ça. – Est-ce que ça aura un coût, cette réforme, pour l'assurance maladie, nos finances publiques ?
– Non, c'est un coût qui reste limité. Parce que d'abord, il y a une partie qui est déjà prise en charge. Donc là, on parle surtout du surcoût pour les familles. D'accord ? Donc ça reste limité au regard du nombre de donneurs. On parle aujourd'hui d'un peu plus de 600, si on passe à peu près à 1 000. Donc ça reste très limité. Et je vous rappelle, le fait, par exemple, de donner un rein, le coût d'une greffe de rein, c'est environ 70 000 euros. D'accord ? Une fois. Une dialyse pour une personne qui n'a pas pu avoir une greffe de rein, c'est 70 000 euros par an.
Donc vous voyez tout de suite que le déploiement des dons, des greffes, à la fois c'est mieux pour la santé de nos concitoyens, mais c'est aussi un enjeu financier pour l'assurance maladie.
Et pourtant, on a l'impression que beaucoup de Français ignorent toutes les règles autour du don d'organes. Moi-même, en faisant cette chronique, j'ai appris plein de trucs. Bien sûr. Mais c'est vrai que ce n'est pas quelque chose de courant. Est-ce qu'il y a un manque de communication en la matière ?
Oui, c'est certain. Alors, on a plus la logique quand même du don d'organes suite au décès. D'accord ? Et puis surtout que lorsque l'événement malheureux arrive, on pose des questions, les professionnels posent des questions. Mais c'est vrai qu'il y a un manque de communication. On voit bien tous les travaux qui sont menés pour le don de molle osseuse, par exemple. On voit bien qu'aujourd'hui, il faut aller plus loin dans cet effort-là. C'est vrai pour le don du sang, c'est vrai pour le don du plasma, et c'est vrai pour le don d'organes. C'est une mobilisation citoyenne qui doit être faite.
Donc, à tous les niveaux, plus jeune âge, il faut communiquer et montrer justement l'intérêt pour notre société de participer au don.
Vous parliez du plus jeune âge, il y a une sorte de fossé intergénérationnel. Seulement un quart des 16-24 ans se sentent bien informés sur ce sujet du don d'organes.
Oui, parce que globalement, chez les jeunes, la notion de la maladie est très éloignée. On voit bien que c'est pour plus tard, c'est un ébat de plus tard. Alors qu'on a vraiment une communication. Et puis, il y a des familles. Par exemple, vous avez des donneurs de sang depuis toujours. Dans ces familles-là, les jeunes sont mobilisés. Inversement, il y a d'autres jeunes qui ont d'autres enjeux de société. Voilà, donc on voit bien qu'il y a un décalage. Il s'explique naturellement.
Alors là, on parlait des donneurs vivants. Mais la majorité des dons d'organes se font sur des personnes décédées. Et à la question du taux de refus de la part des familles, près de 4 familles sur 10 s'opposent au prélèvement d'organes au moment du décès de leurs proches. Souvent aussi par méconnaissance de la volonté du défunt. Il y a un travail à faire sur cette question des refus des familles.
Il y a un travail à faire parce qu'à la fois, il faut que tout un chacun puisse exprimer notre souhait. Soit de façon très formelle. Il y a des outils pour ça, soit de façon informelle. Et puis, il y a aussi une méconnaissance sur les techniques. On a le sentiment que lorsqu'on va donner finalement à un organe prélevé sur une personne décédée, que la personne va être mutilée. Alors qu'il y a des techniques qui font que ça pose complètement inaperçu. Voilà, donc il y a un vrai travail de communication, un vrai travail de pédagogie pour à la fois rassurer. Mais je crois que d'une façon générale, il y a quand même une progression.
On est quand même globalement dans une dynamique qui est plutôt positive, pas suffisante. Mais il faut vraiment continuer dans ce sens-là.
Par rapport à nos voisins européens, on en est où à ce niveau-là ? Est-ce qu'on a des chiffres ? Est-ce qu'on a des comparaisons ?
On a des chiffres, je ne les ai pas en tête. Mais aux dernières informations que j'avais, on était plutôt au niveau moyen du classement européen. Il y a une culture qui est différente, notamment en Europe du Nord. Mais on a quand même encore une mobilisation importante. Et puis, je vous rappelle qu'en matière de banque de greffons, il y a un travail qui est fait au niveau européen. Parfois, sur des spécificités par rapport à un patient, on peut être amené à récupérer un greffon dans un autre pays européen. Et inversement. Donc, c'est vraiment une vision qui est européenne.
Il y a une coopération européenne sur les dons d'organe.
Et donc, ça doit être poursuivi. Mais c'est une logique qui est assez fondamentale. Et dans les cultures, dans les sociétés, où, globalement, cette notion de don, d'accompagnement est importante, le prélèvement est plus élevé. Donc, c'est une logique. Donc, je crois vraiment que ce travail doit être fait dès le plus jeune âge. C'était un travail de pédagogie qui doit faire, à un moment donné, qui montre que, globalement, on peut avoir besoin. Donc, à partir de là, on doit participer. Et ça commence souvent par le don du sang.
Ça veut dire qu'aujourd'hui, en France, un Français peut se faire greffer un rein qui vient des Pays-Bas ou un cœur qui vient du Danemark ?
Oui, il peut se faire greffer. C'est vraiment à la fois parce qu'il y a des urgences qu'il faut qu'à un moment donné, vous êtes en extrême urgence. Et malheureusement, à l'instant de votre besoin, il n'y a pas forcément un greffon disponible. Et puis après, c'est lié aussi aux patients. Donc, ça peut être lié, justement, à la fois à la génétique, à la fois aux ressources en grain. On voit bien qu'il y a des spécificités. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus courant, mais ça fait partie des choses pour lesquelles on est mobilisés. Le bon exemple, c'est pour la moelle épinière. Parfois, on a besoin des donneurs avec une spécificité.
On a un patient qui a un besoin essentiel avec un calendrier qui est compté. Et malheureusement, dans la banque de données, on n'a pas le bon patient. Donc, on peut être amené à aller chercher le patient spécifique qui correspond à gérer aux besoins de la personne qui est malade.
Alors, on parle aussi de xénogreffe, de greffe d'organes animaux. On parle aussi de plus en plus de greffe d'organes artificiels. Est-ce qu'il y a une réflexion éthique qui doit être menée par toute la société, mais aussi par les parlementaires, pour faire évoluer ces greffes ?
Tout à fait. Alors, ce sujet-là est déjà venu, je dirais, plusieurs fois au Parlement, avec beaucoup de réticences, parce que c'est vrai que c'est une notion un peu spécifique, xénogreffe. Mais voilà, on se rend compte que, de nouveau, il y a une évolution globalement de notre société. Moi, j'y suis globalement favorable. Mais il faut un encadrement et des spécificités. Et puis surtout, dans quel cadre, quel objectif. Mais tout ce qu'on pourra faire pour faire en sorte de sauver la vie d'un certain nombre de Français semble essentiel. Et donc, voilà.
Mais on a vraiment besoin de l'intérêt d'une loi éthique, de façon bioéthique, de façon à ce qu'on ait un cadre spécifique, qui soit avec un protocole. Je crois que c'est un point essentiel. On ne peut pas faire n'importe quoi non plus. Donc voilà. Mais c'est un sujet d'actualité qui sera de plus en plus d'actualité.
Car aujourd'hui, en France, il y a déjà des greffes d'organes d'origine animale. Mais ça pourrait aller plus loin. Est-ce qu'on a des exemples concrets ?
Non, pour l'instant, je suis très prudent. Parce que, voilà, il y a ce sujet-là. Mais on se rend compte qu'il y a un certain nombre d'organes qui se développent, notamment sur des animaux, qui sont ensuite intégrés au corps humain. Donc voilà, il y a des essais, il y a plein de travaux autour de tout ça. Il y a même des pratiques. Aujourd'hui, il y a un certain nombre de pays. Quels animaux sont observés ? C'est surtout le cochon qui fait partie du support. Mais on se rend compte. Mais à la fois, dans mes propos, prudence, parce que les choses ne sont pas complètement définies. Ça fait partie des évolutions thérapeutiques qui peuvent être intéressantes.
Voilà, c'est toujours une histoire de balance entre le bénéfice et le risque. L'enjeu dans tous les cas, c'est avant tout, avant de parler d'une greffe, c'est une mobilisation de nos consultariens sur cet enjeu fondamental du don. Et on commence par le don du sang, don de plasma, et on peut évoluer.
Et justement, on va parler du don du sang. Philippe Mouillet, on va aller à Quimper retrouver Philippe Calvez, un conseiller municipal délégué à l'accès aux soins dans cette ville de Quimper, dans le département du Finistère. Bonjour Philippe Calvez.
Bonjour messieurs, vous m'entendez ?
On vous entend très bien. Alors votre ville a... Bonjour monsieur le sénateur.
Bonjour monsieur.
Votre ville est particulièrement mobilisée pour la journée mondiale du don du sang. Et Quimper prévoit beaucoup d'activités ludiques afin d'encourager les gens à donner leur sang.
Alors complètement, nous avons un partenariat déjà avec l'établissement La Maison du Don depuis 2009 à Quimper. Donc c'est un, je dirais, un vieux partenariat.
Mais quand on voit les enjeux, et j'écoutais attentivement monsieur le sénateur, sur les premiers dons, c'est surtout, quel que soit, moi je suis moi-même donneur, mais peu importe, et c'est surtout de soutenir nos équipes, soutenir les soignances, soutenir l'hôpital, et surtout, notre rôle d'élu, c'est d'inciter nos plus jeunes en particulier, ça a été signalé par monsieur le sénateur, les plus jeunes, on a des étudiants, on a une faculté, voilà, c'est de mettre les moyens de la collectivité dans l'accès le plus simple possible aux dons, quels qu'ils soient.
On reçoit régulièrement les associations, ça peut être, là il va y avoir encore pour les journées du don du sang, mais le don d'organes également, parce qu'on se retrouve coincé sur souvent des refus, et sur une méconnaissance. Un don du sang, un don de plasma, c'est totalement indolore, ça ne coûte rien, et on sauve des vies. C'est cette prise de conscience-là, on réagit quand on est touché soi-même ou dans sa famille, mais c'est d'avoir, plus on aura un potentiel, on a des potentiels de donneurs, plus on leur donnera les éléments et tout ça, on y arrivera.
Donc collectivement, on arrive, on a accompagné le projet d'agrandissement, hier j'étais avec monsieur le préfet du Finistère, on a doublé, plus que doublé, les capacités du centre de dons de Quimper, que ce soit en surface ou en matériel, pour atteindre d'ici deux ans, 10 000 dons, on est à 7 500 dons de plasma aujourd'hui, parce qu'il faut savoir que le plasma, et c'est une particularité, le plasma, on importe du plasma, pour les deux tiers des États-Unis.
Donc on parle de précarité énergétique, on parle de maîtrise de notre environnement et tout ça, on ne maîtrise pas aujourd'hui le plasma, et on sait que des gens, aujourd'hui, on avait le témoignage hier d'une personne qui est atteinte d'une maladie neurodégénérative, qui se parlait, qui était debout comme vous et moi, et sans ce traitement de plasma, c'est-à-dire sans ces soins, cette personne-là serait totalement invalide, ne serait plus dans la société.
– Philippe Calvez, on va faire réagir Philippe Mouillet, il y a encore des mesures à prendre pour faciliter et accroître ces dons du sang ?
– Oui, tout à fait. Alors d'abord, moi je profite de l'intervention pour saluer tout le travail qui est fait par les collectivités et les nombreuses associations. Et on a une chance en France, c'est qu'on a un maillage territorial, partout en France, d'associations, que ce soit autour du don du sang, également du don d'organes, je pense notamment à France Adote par exemple, voilà, on a cette force d'avoir des bénévoles qui à la fois accompagnent, portent la bonne parole, et sont présents sur le terrain pour porter des projets d'initiatives.
Et là, nous avons un rôle, que ce soit au niveau national, mais au niveau des collectivités territoriales, pour accompagner ces associations et démultiplier les occasions à la fois de communication, mais également de collecte, et c'est un point essentiel. Ça a très bien été dit par monsieur, c'est souvent un paramètre de connaissances, ça fait pas mal, c'est facile à faire, et on sauve des vies. Et je crois que c'est un élément essentiel. Et puis, il y a des terreaux favorables, il y a des associations spécifiques, voilà, pour lesquelles on peut mobiliser, enfin voilà.
Donc c'est vraiment un travail de tous les instants, et ça doit se faire partout en France, parce que nos besoins de collecte doivent être portés partout en France.
Merci beaucoup Philippe Calvez de nous avoir parlé de cette mobilisation pour le don du soin à Quimper. Je vous rappelle que vous êtes conseiller municipal de la ville de Quimper, délégué à l'accès aux soins. Philippe Mouillet, on finit cette interview en regardant, comme chaque jour, ce qu'il y a à la une de la presse quotidienne régionale. On a sélectionné trois unes pour vous. D'abord, la une de la dépêche du midi, qui est consacrée à l'affaire Liana, avec ce titre, affaire Liana, un scandale judiciaire. Ensuite, nous avons sélectionné la une de l'Union de Reims et le combat quotidien d'une maman aidante, une mère de deux enfants en situation de handicap.
Et à la une de Nice matin, les violences dans le périscolaire. Le déni, ça suffit. Quelle une choisissez-vous ?
Je vais prendre la deuxième, c'est plus dans mes sujets que je porte au Sénat. C'est votre sujet. Voilà. Oui, tout à fait, parce que là, on a un double message. À la fois, c'est le débat de la situation des jeunes en situation de handicap, pour lequel il faut qu'on accélère, qu'on améliore la prise en charge, qui est essentiel. Alors, on aura toujours besoin des parents, d'une maman aidante, mais aujourd'hui, ces gens ont besoin d'être accompagnés, soutenus.
Et ça renvoie le débat, notamment à un sujet qu'on a apporté ici au Sénat, du déploiement des services, du déploiement des structures, et surtout de la performance de l'accompagnement des jeunes en situation de handicap au sein du milieu scolaire. Donc, on voit bien qu'aujourd'hui, il y a des choses qui ont été faites depuis 10 ans, mais on a encore...
Le bilan d'Emmanuel Macron est bon sur ce sujet ?
Il est globalement plutôt satisfaisant, mais on est quand même en décalage entre les annonces et la réalité, et donc, il faut vraiment qu'on accélère. Et c'est souvent plus un débat d'organisation de prise en charge, de bonne connaissance des besoins du territoire, que de moyens financiers, même si c'est un point essentiel. Et puis après, il y a le débat du statut des aidants, qui est un débat essentiel. Là, c'est vrai pour le handicap, mais c'est vrai aussi pour le vieillissement. On voit que notre société vieillit, on voit que la prise en charge des personnes qui sont en souffrance est de plus en plus importante, et que le rôle des aidants est fondamental. On ne pourra jamais le remplacer.
Donc, ça veut dire quoi ? Il faut se poser la question de comment on fait évaluer le statut des aidants, comment on les accompagne dans cette période difficile, comment on trouve notamment des éléments de répit. J'ai en tête la proposition de loi qui a été votée à l'unanimité, notamment la semaine dernière, pour le fait d'améliorer, de développer, notamment, des établissements médico-sociaux autour du répit, notamment, de façon à ce qu'on puisse accompagner ces familles. C'est le débat ou c'est la reconvention professionnelle. Enfin, on se rend compte qu'il y a un gros travail de fond, à la fois côté du handicap pris en charge et à côté, notamment, du statut des aidants.
Philippe Mouillet, je voudrais qu'on évoque la loi sur la fin de vie et sur la création d'une aide active à mourir, un texte qui est débattu en ce moment au Parlement. Et cette semaine, les députés et les sénateurs n'ont pas réussi à se mettre d'accord en commission mixte paritaire sur une version commune de ce texte sur la fin de vie. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les visions des deux chambres sont si éloignées sur ce sujet de l'aide à mourir ?
Alors oui.
On rappelle que le Sénat a rejeté cette création de l'aide à mourir.
Les visions sont éloignées, mais surtout, je pense que la position des sénateurs au nom de la commission mixte paritaire a voulu refléter, finalement, la difficulté qu'on a eue même au sein du Sénat à trouver une voie de passage. Moi, à la commission, j'ai essayé de trouver une voie d'équilibre accompagnée des rapporteurs. On se rend compte que ce n'a pas été possible. On est vraiment sur deux blocs, ici, dans cette maison, parlé d'aucun sujet dans cette thématique-là. Moi, je respecte toutes les convictions. On est vraiment sur une position personnelle. Les deux blocs n'ont pas pu se dialoguer, n'ont pas pu trouver une voie de passage ici au Sénat. C'est la traduction logique.
Il n'y avait pas de mystère sur la CMP. On se rend compte qu'il y a encore un travail de fond autour de tout ça.
Le texte va revenir à l'Assemblée nationale, puis ensuite au Sénat. Est-ce que, dans cette seconde lecture, vous pensez que la droite sénatoriale, la majorité de droite et du centre du Sénat, va réussir à trouver une version de compromis sur l'aide à mourir ?
D'abord, je nuance un petit peu parce que même si c'est majoritairement la droite et le centre, cette question-là et l'interrogation et le fait que tout le monde ne soit pas sur la même ligne concernent globalement presque tous les groupes politiques. Parce que, je vous dis, c'est quand même un vote qui a été un vote individuel. Il n'y a pas de consigne de parti. C'est un... On se regarde de votre engagement, de votre expérience. Après, je ne sais pas si on pourra avancer sur le sujet. Le dialogue est nécessaire. Je trouve qu'on va très vite. Alors, même si, pour ceux qui sont à l'extérieur, il peut sembler que tout cela, c'est un long débat de nombreux mois. Arrêtez.
Le parcours parlementaire est quand même assez rapide. Et donc, voilà. Donc, je n'ai aucune vision de ce qui va se passer pour la nouvelle lecture au Sénat. On dialogue, on discute. Mais voilà.
Gérard Larcher, le président du Sénat, aimerait qu'un compromis soit trouvé à la Haute Assemblée.
Je suis extrêmement prudent parce que, je vous dis, on n'est pas sur un texte classique. On est vraiment sur un enjeu de société, sur une modification de nos visions de la société. Et donc, on se rend bien compte, ce sont des débats difficiles. On a parlé de l'éthique tout à l'heure sur un autre sujet. Bon, là, on est sur une évolution sociétale fondamentale. Donc, je peux comprendre que ce débat soit passable. Voilà. Donc, je suis extrêmement prudent sur la capacité à avoir cette voie de passage au Sénat dans les prochaines semaines.
Et on suivra ce dossier. Merci beaucoup, Philippe Mouillet, d'être venu sur ce plateau pour parler de ce sujet si important du don d'organes. Merci à vous, Steve. On se retrouve dans 20 minutes.
Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Philippe Mouiller