Candidature de Marine le Pen : «C'est un pari risqué et curieux» estime Jonas Haddad
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Mais tout d'abord, on revient sur l'entrée en compagne de Marine Le Pen. Après son pourvoi en cassation, un pari judiciaire assez risqué, le procureur général près de la Cour de cassation, Rémi Hedt, s'exprimait ce matin sur ce pourvoi et selon lui, tout sera fait pour statuer avant le premier tour de la présidentielle. Il était l'invité de France Inter ce matin. Devant la Cour de cassation, on ne rejuge pas complètement l'affaire. Elle va se prononcer sur l'application de la loi. Alors, sur la question du délai qui est dans le débat aujourd'hui, moi je dis les choses très clairement. Nous avons collectivement pris un certain nombre d'engagements.
La Cour d'appel, et je tiens d'ailleurs à saluer le travail qui a été fait et la façon dont le procès a été conduit, sans me prononcer sur le fond, la Cour d'appel a rendu la décision dans le délai attendu. Nous, nous avons toujours dit, le premier président de la Cour de cassation et moi-même, que la décision serait rendue avant le scrutin présidentiel. Nous sommes toujours sur cet objectif. Alors, évidemment, c'est une épée de démoclès pour la candidate du Rassemblement National. Jonas Haddad, que pensez-vous de ce pari fait par Marine Le Pen ?
Pari risqué et curieux. Risqué et curieux parce que c'est quand même curieux de se lancer juste après une condamnation. D'habitude, en France, lorsque vous avez une condamnation, c'est un peu handicapant pour une candidature à l'élection présidentielle. Là, c'est exactement l'inverse. Donc, je dirais que la fusée a décollé, mais elle a décollé un peu de travers.
Mais elle, elle se dit innocente. D'où son pourvoi, d'ailleurs ?
Alors, vous venez de passer un extrait assez juste dans lequel l'un des plus hauts magistrats français dit bien que la Cour de cassation ne va pas rejeter complètement l'affaire. L'effet, c'est terminé. On s'est prononcé sur l'effet. Et l'effet, c'est quoi ? C'est qu'il y a eu un système organisé par le Rassemblement National. Je rappelle qu'il n'y a pas que Marine Le Pen qui a été condamnée. Il y a eu une liste de tous les dirigeants quasiment du Rassemblement National qui ont été condamnés. Donc, c'est toute la direction du Rassemblement National qui a été condamnée.
Maintenant, là où moi, en revanche, je suis assez rassuré, c'est que ce ne sont pas les magistrats qui ont décidé de qui sera sur la ligne de départ pour l'élection présidentielle. Et donc, il faudra, notamment avec les Républicains, avec Bruno Retailleau, qu'on puisse affronter le Rassemblement National, mais d'un point de vue programmatique. Voilà. Et pas d'un point de vue judiciaire. Le chemin judiciaire, c'est son chemin à elle. Nous, on ne va pas être là à la sortie de chaque audience auprès du juge d'application des peines. Ce n'est pas notre sujet. C'est son sujet. Je dirais même en quelque sorte que c'est sa galère. Mais nous, on ne va pas se lancer là-dedans.
Je dis juste quand même que sur les faits, elle a été maintenant condamnée.
Mais ça vous aurait paru un peu suspect, peut-être, je ne sais pas si c'est le bon terme, que les juges l'empêchent de se présenter.
Oui. Clairement. Parce que je pense que... Et d'ailleurs, non seulement ça me ressemblait curieux, mais je vais vous dire quelque chose. Les magistrats, récemment, et ça a été évoqué dans certains attendus de la Cour de cassation, ont dit qu'il fallait maintenant, et c'est une bonne chose, de la Cour d'appel, on dit qu'il fallait une proportionnalité. C'est-à-dire qu'il ne fallait pas non plus mettre un bazooka pour tuer une mouche. Et donc, parfois, il y a des condamnations qui sont données. Mais est-ce que ça mérite de priver les personnes de pouvoir se présenter ? Là, ça a été tranché, en tout cas, que non pas pour l'instant.
Ça n'empêche que moi, je trouve quand même ça très compliqué de faire une campagne dans ces conditions pour elle. Mais encore une fois, ce n'est pas mon problème, c'est le sien.
Mais est-ce que ça veut dire que toute la campagne va tourner autour de cela ? C'est-à-dire qu'hier, lors de son premier déplacement de campagne, à la Flèche, dans la Sarthe, le bain de foule a été un peu écourté, elle a dû se réfugier à un moment. Il y a eu ce concert de casseroles, des opposants aussi qui sont venus crier. Est-ce que ça veut dire aussi que tous ces opposants vont, à longueur de débats ou d'interviews, lui rappeler sans cesse cette condamnation ? Est-ce que tout va tourner autour de cela ?
Alors, tout ne doit pas tourner autour de cela. Et ça, c'est les méthodes ridicules des petits agitateurs de LFI qui, lorsqu'elle a été rendue éligible, finalement, puisqu'elle peut se présenter, vont lui faire des casseroles. Et si elle avait été condamnée, lui aurait interdit de se présenter. Donc en fait, de toute façon, ils ne sont jamais d'accord tant que ça concerne quelqu'un de la droite ou de la dite extrême droite. Donc ça, ce n'est pas le sujet. Le vrai sujet, c'est que je ne veux pas encore qu'on ait une campagne présidentielle qui soit escamotée. La dernière fois, on avait eu l'Ukraine.
On n'avait pas pu parler des sujets de fond, de l'intelligence artificielle, de l'emploi, des faillites d'entreprises qui explosent, de l'éducation. Et là, on ne peut pas avoir encore une fois une élection présidentielle dans laquelle on ne se penche pas sur les vraies questions. Les vraies questions, pardon de le dire, ce n'est pas le bracelet de Marine Le Pen. Objectivement, je pense que les gens qui nous écoutent, on n'a pas grand-chose à faire.
Gabrielle Cluzel ? Oui, je suis un peu étonnée de votre réaction parce que vous parlez de la précédente, le coup d'avant, mais il y a le coup d'avant avant. Et là, il y avait François Fillon. Et pardon, vous étiez quand même un petit peu dans cette configuration. Donc, est-ce qu'au contraire, Marine Le Pen ne peut pas utiliser fort du reste de l'expérience François Fillon, c'est-à-dire qui a marqué les électeurs, les électeurs de droite au sens large, ne peut pas retourner cette défiance à l'endroit de l'institution judiciaire comme un atout ? D'ailleurs, on voit que les sondages... Alors, vous avez raison, il faut attendre la durée de la campagne.
Est-ce qu'on voit, en tout cas, dans un premier temps, que ça semble plutôt lui réussir que lui nuire ? Et en tout cas, LR n'avait pas jugé, s'agissant de François Fillon, que c'était un problème de continuer.
Il y a une différence fondamentale, c'est que François Fillon n'avait pas été condamné. Il était à l'époque simplement mis en examen. Et c'était ça qui était scandaleux.
Mais non plus, finalement, puisque c'est en cours de cassation.
Oui, mais la cour d'appel a tranché les faits.
Je ne sais pas, en droit de la presse, je ne sais pas comment ça se passe pour vous, mais en droit de la presse, nous sommes obligés de parler de présomption d'innocence. Sinon, on se fait condamner.
Moi, je ne parle pas de présomption d'innocence. Je vous dis qu'en cours d'appel, les faits ont été jugés. Et la cour de cassation ne rouvrira pas le dossier sur cette question-là. Alors que François Fillon avait été simplement mis en examen, c'est-à-dire qu'il y avait des indices, et dès la mise en examen, tout le monde l'avait ennuyé. Ce qui était assez scandaleux d'un point de vue démocratique. Et encore une fois, je le répète, moi, je n'empêche pas Marine Le Pen, et je serai le dernier à aller utiliser des casseroles pour pouvoir l'ennuyer. Je n'ennuie pas de parler.
Je dis simplement que la différence fondamentale pour répondre à votre question, c'est qu'il y en a une qui a été condamnée deux fois, deux fois, en première instance et en cours d'appel, et l'autre qui était simplement mise en examen.
Mais justement, est-ce que ce n'est pas un paradoxe ? Et comment est-ce que vous l'expliquez ? Finalement, François Fignon, sa simple, avec tous les guillemets de rigueur, mise en examen, lui a coûté la présidentielle. Alors que là, on le voit. Je me réfère au sondage que vous évoquiez, Gabrielle Cluzel. Deux sondages même, où elle augmente même ses scores, plus quatre points.
Je pense que fondamentalement, il y a d'abord l'effet de souffle d'une candidature à la présidentielle, parce qu'elle a déclaré sa candidature à la présidentielle. Donc là, il y a un effet de souffle qui s'opère. Et puis deuxièmement, il y a un ras-le-bol dans le pays. Ça, on ne peut pas l'enlever. Et Marine Le Pen est certainement, en plus de l'adhésion qu'elle peut susciter, je ne dis pas qu'il n'y a que du ras-le-bol, le réceptacle de ce ras-le-bol. Mais le ras-le-bol, il vient du fait que les gens trouvent que l'insécurité augmente, qu'ils sont mal payés. Et donc, ils se disent, j'ai envie de voter pour celle qui va renverser la table.
Et moi, je ne pense pas que Marine Le Pen soit la mieux placée pour renverser la table. Parce que si on rentre dans le fond du sujet, elle a une logique très collectiviste et assez proche d'un logiciel socialiste en matière d'économie. D'ailleurs, je le disais sur un autre plateau, il y avait deux lignes au RN. Il y a la ligne du RN, je dirais plutôt Hénin-Beaumont, et la ligne du RN Monaco. D'accord ? Et bien en fait, hier, on voyait la tête du RN Monaco, de Jordan Bardella, il n'avait pas l'air très heureux. Et je pense d'ailleurs aux alliés, entre guillemets, de Marine Le Pen, qui se disent libéraux.
Vous savez, tous ceux qui avaient essayé avec l'UDR de lancer des grands sommets des libertés dans lesquels ils ont libéré l'économie. Ils se retrouvent aujourd'hui avec une candidature, une candidate qui a voté les budgets avec LFI, avec des augmentations d'impôts, et le retour de la retraite à 62 ans, voire 60 ans. Alors, moi, je ne suis pas très compliqué, en fait, politiquement. Je suis un homme de droite. Voilà. Et donc, voilà, un homme de droite ne peut pas se retrouver aujourd'hui dans la candidature de Marine Le Pen.
En revanche, c'est vrai qu'il y a plein de gens qui sont mécontents, en colère dans ce pays, de droite comme de gauche, et qui peuvent se retrouver dans cette candidature, je dirais, un petit peu... Voilà, attrape-tout.
Georges Fenech. Alors, moi, ce qui m'a interpellé ce matin, c'est ce que vous venez d'annoncer, c'est-à-dire la déclaration de Rémi Hayes.
C'est pour ça que j'ai commencé avec, d'ailleurs. Parce que c'est important.
En général, c'est la Cour de cassation, qui dit que la Cour de cassation se fait fort de rendre une décision au mois d'avril, c'est-à-dire avant le premier tour de l'élection présidentielle, si j'ai bien compris, ou peut-être même entre les deux tours.
Alors, je rappelle les gars, c'est 18 avril de mai.
Moi, j'aimerais connaître les motivations profondes de cette accélération du calendrier judiciaire, parce qu'on sait très bien que devant la Cour de cassation, le délai d'audiencement et pour statuer est entre 18 mois, je parle sous le contrôle de l'avocat que vous êtes, Jonas, entre 18 mois et 2 ans, à peu près, la Cour de cassation. Pourquoi cette accélération du calendrier ? J'aurais aimé entendre. Est-ce que la raison profonde n'est pas de se dire qu'il faut que l'électeur sache si Marine Le Pen est une condamnée définitive, cette fois, ou encore présumée innocente ?
Et là, j'y vois, si c'est ça la véritable motivation, j'y vois une interférence extrêmement grave dans un processus électoral. Et là, il n'y a même plus de règles en écrite, de trèfle judiciaire pendant ces moments extrêmement sensibles de la vie démocratique dans un pays. Imaginez, une seconde, l'effet cataclysmique si la Cour de cassation dit la veille du 18 avril, le 17 avril, Marine Le Pen est condamnée définitive. Vous vous rendez compte de la déflagration ?
Mais donc, qu'est-ce qu'il faut faire ? Quel était le choix ? Qu'elle laisse courir après ?
Je pense qu'il aurait fallu laisser le débat électoral, d'ailleurs, certains l'ont dit, je préfère battre Marine Le Pen dans l'une, je pense qu'il aurait fallu laisser se dérouler le plus sereinement possible. parce que c'est déjà compliqué actuellement, au moins l'élection, et ensuite décider éventuellement, voilà.
Alors, Rémi Hedt a précisé également que la procédure était aussi à la main des partis. Il n'y a pas que lui qui décide, en gros, parce que c'est éminemment complexe sur les pourvois. Qui va se pourvoir ? Je rappelle que Marine Le Pen n'est pas le seul, et vous l'avez dit, Jonas Haddad, il y a d'autres membres du Rassemblement national qui sont dans l'arrêt de la Cour d'appel et qui sont concernés par ces condamnations. Donc, il y a encore beaucoup de scies et beaucoup de points d'interrogation sur le temps que ça prendrait.
Alors, certains disent, oui, alors moi, encore une fois, c'est un néophyte qui parle, c'est un juge et un avocat, mais certains disent que Marine Le Pen pourrait, même si elle s'en défend, jouer la montre, c'est-à-dire changer d'avocat, il y a un certain nombre de demandes des informations complémentaires. Est-ce que ça, ça peut jouer ? Parce que c'est vrai que vous avez raison. Est-ce que la justice est un jeu ? Mais on a l'impression que c'est un jeu de chat et souris, là, actuellement. Non, mais j'entends ce que vous dites. Mais c'est gravissime d'en arriver là, quoi.
À vouloir jouer avec la démocratie, avec le scrutin présidentiel, avec la justice, on est sur une corde très raide, une forme d'équilibrisme, et on peut tomber d'un côté ou de l'autre. Et le pays ne peut ne pas s'en relever. Ça fait déjà plusieurs élections présidentielles, on a été privé de débats. Donc tout cela, moi, m'inquiète beaucoup pour la démocratie. Je ne parle pas de tel ou tel candidat.
Georges Fenech, Gabriel Cuisel, et notre premier invité, Jonas Sadat, dans Europe 1 Info.
Benjamin Haddad