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interviewRadio J — L'interview politique· 17 septembre 2025 12 min

Aurélien Pradié - L'interview Politique du 17/09/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Présentateur

L'interview politique de Radio-J avec ce matin Aurélien Pradier, député du Lot au micro de David Robodallon. Bonjour messieurs. Bonjour Aurélien Pradier. Bonjour. Alors, semaine dernière, le président a nommé son cinquième Premier ministre depuis 2022, troisième depuis la dissolution de juin 2024. On l'oublie, mais c'était il y a 15 mois seulement. Et il n'est pas du tout sûr de passer l'hiver, Sébastien Lecornu. Qu'est-ce que ça vous inspire, cette situation politique pour le moins étonnante ?

0:35
Aurélien Pradié

Tout le monde est focalisé sur l'instabilité. C'est ce qui inquiète beaucoup de nos concitoyens, nos chefs d'entreprise, en se disant qu'il y a une instabilité terrible, on change toujours de gouvernement. Moi, je pense qu'il y a un mal plus profond dans le pays qui, en fait, est une désespérance. Je vais vous dire, cette instabilité, elle m'indiffère. Elle m'indiffère assez complètement. Ce qui ne m'indiffère pas, en revanche, c'est l'état dans lequel profond est notre pays. Et je ne voudrais pas qu'à force de seulement se concentrer sur l'instabilité, qui, au fond, l'écume des jours, on oublie que, profondément, notre pays est dans un état catastrophique. Et c'est ça, le cœur du sujet.

1:08
Présentateur

Ça vous indiffère, mais le fait que le gouvernement puisse tomber dans quelques semaines risque d'aggraver encore la situation.

1:14
Aurélien Pradié

Je ne sais pas si ça aggravera la situation. En tout cas, ça ne permettra pas de la corriger. Mais le cœur du sujet, c'est quoi ? C'est qu'il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale. Et vous pouvez tourner le sujet dans tous les sens. La seule manière de trouver une majorité, c'est de faire un gouvernement d'Union nationale. Sans ça, vous n'y arrivez pas. Tout le reste, c'est du petit commerce politique. C'est des petites combinaisons qui vous permettent de passer qui d'un budget, qui d'un texte de loi, qui d'une bricole, qui d'une babiole, mais qui ne permettent pas d'avancer.

Moi, ce que je veux dire à ceux qui nous écoutent, c'est que parfois, le danger que l'on voit venir de l'instabilité n'est qu'un tout petit bout du danger. Le plus grave, c'est de voir le pays à l'arrêt, comme c'est le cas, en réalité, déjà depuis de longs mois. Puis, il y a un sujet démocratique. Un gouvernement ne peut pas tenir s'il n'est pas légitime.

1:56
Présentateur

Vous estimez que le gouvernement actuel n'est pas légitime ?

1:58
Aurélien Pradié

Pour les sens, le gouvernement n'est pas formé. Mais le précédent ne l'était pas. Pardonnez-moi, mais moi, je suis un démocrate de manière basique. Lorsqu'un gouvernement est composé essentiellement de ceux qui ont perdu les élections, même quand ça ne m'arrange pas, je ne peux pas acquiescer. De toute façon, on est toujours attrapé par la patrouille. Vous voyez bien.

2:13
Présentateur

Le gouvernement d'Union nationale, dites-vous, le problème, c'est que c'est difficile de réunir, comme on dit, les deux bouts de l'omelette. Sur le budget, par exemple, ce qu'acceptent les républicains est inacceptable pour les socialistes. Et réciproquement, comment on sort de ce casse-tête infernal, de cette équation impossible ?

2:29
Aurélien Pradié

Mais vous voyez bien qu'on est déjà dans cette blague. Mouvaise blague. Enfin, le gouvernement démissionnaire, aujourd'hui, il est composé de LR, d'ex-socialistes, notamment le ministre de l'économie et du budget, et on essaie de faire semblant que tout le monde est d'accord. La clé, et d'ailleurs, je pense que Sébastien Lecornu a raison, c'est d'abord de poser le contrat de gouvernement. Qu'est-ce qu'on fait ensemble ? Qu'est-ce que ces gens-là ont envie de faire ensemble ? À part avoir tous un gyrofare sur la bagnole. C'est le point commun qu'ils ont aujourd'hui. Qu'est-ce qu'ils font en commun ?

Et donc, cette définition du projet politique, au fond, c'est la définition même d'un gouvernement d'union nationale. Et lorsque, à l'après-guerre, ou lorsque, en 1958, on a formé des gouvernements d'union nationale, on l'a fait sur un projet politique commun. Et je trouve que Sébastien Lecornu, de ce point de vue, prend le sujet par le bon bout en disant, on va d'abord réfléchir à ce que l'on fait. Et puis, si on ne trouve pas de majorité sur un point d'accord, eh bien, il faudra sûrement en revenir aux urnes. Vous voulez dire une dissolution ? Une dissolution ? Ou le président de la République qui prend ses propres initiatives ? Mais revenir aux urnes, ça peut aussi être un référendum ?

D'accord. C'est que le président de la République a la main sur beaucoup du champ référendaire. Et de toute manière, il faut être clair, aujourd'hui, on s'illusionne de tout ça. Et c'est là que moi, je veux alerter ceux qui nous écoutent. Le plus grave dans une démocratie, c'est quand on s'engourdit, quand on roupille. Et aujourd'hui, on roupille. On accepte des situations que nous n'aurions jamais acceptées par le passé. Et notamment une situation qui est que démocratiquement, la formation des précédents gouvernements n'était pas conforme aux souhaits du peuple. Et donc ça, vous pouvez, autant que vous voulez, essayer d'échapper à cette réalité. Elle finit toujours par vous rattraper.

Et c'est ce qui fait que M. Barnier, M. Bayrou finissent par trébucher dans le tapis.

4:09
Présentateur

Alors, pour ce gouvernement d'Union sacrée, il faut y adjoindre les socialistes, enfin, au gouvernement actuel. Mais pour racheter leur soutien, si j'ose dire, il faut faire des concessions. Ça peut être quoi ? La réforme des retraites ? Je sais que vous étiez très critique, vous, par rapport à votre ancien parti Les Républicains là-dessus. On parle aussi de la fiscalité des plus riches. On parle beaucoup de taxer les plus hauts revenus. Qu'est-ce que vous envisagez en termes de pistes ?

4:32
Aurélien Pradié

Vous avez cité la réforme des retraites. Je pense que c'est un sujet intéressant. À l'époque, je me suis opposé à la réforme des retraites contre l'avis des chefs de LR. Aujourd'hui, le temps me donne raison. À moi et à d'autres de mes collègues chez LR qui nous y étions opposés. D'abord, on l'a bien vu, cette réforme-là n'a pas produit les effets qu'elle devait produire. On a menti aux Français. On leur a dit, cette réforme-là va sauver le système. Elle n'a rien sauvé du système. Pire même, elle a aggravé la situation. Et puis, une autre chose, c'est qu'elle a mis à contribution ceux qui travaillaient déjà beaucoup. Comme sur les jours fériés.

C'est cette idée selon laquelle, au fond, ceux qui bossent déjà beaucoup, plutôt la classe moyenne, on leur demande de faire des efforts supplémentaires pour les autres. Et ça, c'est insupportable. Peut-être que cette question de la réforme des retraites, sur laquelle, y compris les macronistes, conviennent aujourd'hui qu'en fait, elle a été faite avec les pieds, qu'elle n'a pas fonctionné, qu'elle ne produit pas les effets nécessaires. C'est peut-être un sujet de discussion. Mais je veux faire une invitation au Premier ministre. Les négociations, lorsqu'on veut qu'elles soient claires, il faut que les cuisines soient ouvertes.

Et donc, je pense qu'il y a un danger à négocier le bout de gras avec les différents groupes politiques dans l'ombre des groupes politiques. Ce qu'il faut, c'est prendre à témoin les Français. Que l'on sache ce qui se discute. Et que l'opinion publique, que les Françaises et les Français puissent aussi demander des comptes aux groupes politiques qui, pour l'instant, négocient le bout de gras dans leurs petits coins. La grande négociation sur un accord de gouvernement, elle doit se faire devant les Français, pas dans les antichambres des groupes politiques.

5:54
Présentateur

A ciel ouvert. Et de la fiscalité, c'est une bonne idée de taxer les plus hauts revenus. Vous en pensez quoi de la taxe Zuckman, par exemple ?

5:59
Aurélien Pradié

La taxe Zuckman, je pense qu'elle est inefficace. C'est ma conviction, d'un point de vue technique et opérationnel. Mais ce qu'on ne peut pas évacuer, c'est le fait qu'aujourd'hui, le travail dans notre pays, l'effort, est beaucoup plus taxé que la rente. C'est ça le cœur du sujet. Et une grande nation qui, aujourd'hui, appuie sa fiscalité sur ceux qui produisent moins que sur ceux qui bénéficient de la rente, est une nation qui s'éteint. C'est ce qui se passe sur notre activité économique.

Donc pour moi, le cœur du sujet, c'est comment on va chercher un effort supplémentaire sur la spéculation, que je combats pour ma part parce que je pense qu'elle est un poison pour l'économie et un poison pour l'état d'esprit d'une nation et d'une société. Et comment est-ce que l'on demande plus d'effort à la rente et moins d'effort au travail ? Mais donc vous voyez qu'il faut aller au-delà de la question de la taxation des hauts revenus. Parce que sur les hauts revenus, il y a les revenus de la rente, les revenus de la spéculation et les revenus du travail. Ce qui n'est pas du tout la même chose.

6:54
Présentateur

Vous avez lancé votre propre mouvement, Kevin le rappelait, qui s'appelle du courage. Vous estimez que nos dirigeants, notre personnel politique en ont du courage ?

7:05
Aurélien Pradié

J'ai lancé ce mouvement il y a de nombreuses années. C'était à l'occasion des élections régionales, lorsque j'étais candidat en Occitanie. Donc il prend une résonance particulière depuis que j'ai repris ma liberté. Le courage c'est quelque chose de compliqué. Parce que d'abord ça nécessite de la lucidité. Et quand vous dites les choses, vous passez souvent pour un emmerdeur. Vous savez, quand vous roupillez, il n'y a rien de pire que le type qui vous réveille. Et donc il faut accepter parfois d'avoir au moins le courage de la lucidité. Moi je pense que la situation et l'époque dans laquelle nous vivons est une époque épouvantable d'un point de vue politique. Et je ne veux pas m'y habituer.

Et je pense que le premier décourage, c'est de dire attention, on est en train de se faire ébouillanter sans être capable de s'en rendre compte. La capacité d'indignation, ce n'est pas la solution, mais c'est le début du chemin pour reconstruire ce pays. Moi je crois trop en ce pays, j'aime trop ce pays. J'ose vous dire que moi qui suis engagé depuis mes 18 ans, j'aime trop la politique pour que ça reste aussi minable.

8:07
Présentateur

Justement, vous avez été membre de l'UMP, puis des Républicains, vous avez été secrétaire général et même vice-président de LR, puis vous avez quitté le parti en juin 2024 quand Éric Ciotti est parti chercher fortune électorale avec le Rassemblement National et faire alliance avec eux. Quel regard aujourd'hui vous portez sur la droite, sur votre ancienne famille politique ?

8:27
Aurélien Pradié

D'abord c'est ma famille politique toujours, je n'ai pas passé tant d'années dans cette maison-là pour la dédaigner, j'y ai encore mes amis. J'ai voulu reprendre cette liberté parce que je ne m'y retrouvais plus. D'abord parce que j'avais vu arriver ce que M. Ciotti a fait. Vous le sentiez venir ? Bien sûr, et je l'avais dit d'ailleurs, clairement, y compris à plusieurs de mes amis politiques. Et à un moment le courage consistait aussi à ne pas fermer les yeux en se berçant d'illusions et à prendre des décisions. Et puis la deuxième chose c'est que je sentais le moment où nous allions nous confondre avec notamment le bloc central, tel qu'il est aujourd'hui, sans nous en rendre compte.

Qui aurait parié, il y a quelques années, que la droite finirait par gouverner avec une partie des socialistes aujourd'hui et une partie des macronistes sans accord de gouvernement ? Et c'est ça le cœur du sujet, c'est que moi ce que je veux c'est que les choses soient claires. Et lorsque je plaide sur l'Union nationale et un gouvernement d'Union nationale, je plaide y compris pour que nous formions un contrat sur lequel nous savons que nous allons travailler ensemble pour que les choses soient claires. Aujourd'hui tout se fait dans le non-dit. Vous savez c'est une espèce de grand malentendu. La vie politique est une espèce de grand malentendu.

Et tout le monde fait semblant de se contenter de ce malentendu. Lorsque j'ai repris ma liberté, c'était coûteux, c'était pas facile, c'était encore inconfortable. Mais je me dis aussi que ma parole peut être un peu plus utile, y compris dans la reconstruction de ce pays. J'ai appris la patience.

9:55
Présentateur

Vous avez été maire de la commune de Coeur de Causse, c'est dans Lotte donc. Une question au maire que vous avez été. Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, il a appelé à afficher le drapeau palestinien sur les mairies. Ce sera lundi prochain, jour de la reconnaissance prévue par la France de l'État palestinien à l'ONU. Il a reçu le soutien dans cette initiative de Jean-Luc Mélenchon. Qu'est-ce que vous en pensez ?

10:15
Aurélien Pradié

J'en pense deux choses. D'abord, je me demande comment un responsable politique peut porter des paroles aussi inconséquentes. Au fond, les premiers qui devraient hurler après M. Mélenchon et M. Faure, ce sont les Palestiniens. Parce qu'ils ne servent pas la cause de ce qu'ils prétendent servir et la parole qu'ils prétendent porter. On ne vient pas au soutien d'un peuple en agitant la guerre civile dans un pays.

10:49
Présentateur

Pourquoi ils font ça ? C'est quoi leur objectif d'après vous ?

10:52
Aurélien Pradié

J'imagine qu'il n'y a pas les mêmes raisons chez M. Faure que chez M. Mélenchon. Mais chez M. Mélenchon, il y a deux choses. D'abord, il y a le goût de l'affrontement, de la bataille rangée dans un pays. M. Mélenchon est un incendiaire et ça fait partie de sa stratégie qu'il l'assume. Pour le reste, je voudrais vous dire autre chose qui peut-être va vous perturber. Moi, ce qui m'inquiète, c'est que nous laissions la cause palestinienne entre les seules mains de M. Mélenchon. Et je dis y compris à ceux qui nous écoutent, on ne peut pas, on ne peut pas laisser M. Mélenchon être le seul à parler de la question palestinienne.

C'est une question fondamentale, moi qui suis attaché à la présence de deux États. Et M. Mélenchon ne doit pas être le seul à en parler.

11:35
Présentateur

Merci Aurélien Pranier, vous êtes le bienvenu sur Radio-G. Merci à vous. Merci à tous les deux. A demain. Bruno Fuchs sera votre invité. C'est le président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale pour l'invité politique.

11:50
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci. Merci.

Aurélien Pradié - L'interview Politique du 17/09/25 — Aurélien Pradié · Pourquijevote