Eva Sas, la radicale-réaliste de l’écologie
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Questions et réponses
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- 0:26OuverteRéponse directe
Après le bac, vous avez fait une licence de philo et l'ESSEC. Pourquoi cette école ?
- 0:42OuverteRéponse directe
Ça veut dire quoi une perspective subversive par entrisme ?
- 1:12OuverteRéponse directe
Vous vouliez changer le système sans engagement politique ?
- 1:38ComplaisanteRéponse directe
Vous avez un côté méthodique et rigoureux. Ça vous a valu des fonctions importantes.
- 2:01OuverteRéponse directe
On peut faire cohabiter radicalité et réalisme ?
- 2:37OuverteRéponse directe
Votre premier engagement politique en 1997 était pour la semaine de 4 jours.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:43Invité politiqueFait
« Mon père est d'une famille ouvrière polonaise, des Ardennes, et j'ai constaté que les ouvriers étaient quand même soumis. »
- 0:51Invité politiqueFait
« Et qu'il fallait leur donner les clés pour pouvoir gagner leur autonomie, se défendre. »
- 3:00Invité politiqueFait
« Moi je sors de mes études en 1993, c'est un pic dans le chômage des jeunes. »
- 3:14Invité politiqueFait
« Je tombe sur cette tribune dans Le Monde, je crois, qui défend la semaine de 4 jours et le partage du temps de travail. »
- 3:20Invité politiqueFait
« Je me dis que ça c'est la solution, ça c'est à la fois pragmatique et ça change vraiment les choses. »
- 3:42Invité politiqueChiffre
« Oui c'est ça, je crois 0,86, c'est vraiment une candidature de témoignages. »
- 3:51Invité politiqueFait
« C'était d'ailleurs dans l'air du temps, puisque peu de temps après sont passées les 35 heures. »
- 4:45Invité politiqueFait
« C'est évidemment le partage du temps de travail, la société du temps libéré, c'est autonomie, responsabilité, solidarité, les valeurs des Verts. »
- 5:31Invité politiqueFait
« Je suis experte auprès des représentants du personnel, experte auprès des CSE. »
- 5:42Invité politiqueFait
« Ne pas dépendre de la politique pour gagner sa vie, ça nous donne une liberté très importante. »
- 7:14Invité politiqueFait
« Il est temps que nos institutions évoluent pour prendre en compte la féminisation progressive de nos assemblées. »
- 7:20Invité politiqueFait
« Actuellement, comme vous le savez, rien n'est prévu en cas de congé maternité d'une élue. »
- 7:24Invité politiqueFait
« Et je vous demande un peu plus honnêtement peut-être ce soir, monsieur le rapporteur et chers collègues, d'envoyer tout particulièrement un message aux femmes pour leur dire qu'elles ont toute leur place dans la vie politique et dans cette assemblée. »
- 8:13Invité politiqueFait
« D'abord, la Constitution a été écrite par des hommes et pour des hommes. »
Temps de parole
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- Présentateur33 %
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Mon invitée est devenue verte sans être écolo à ses débuts. Elle se définit à la fois comme utopiste et réaliste, ce qui est plutôt rare dans notre paysage politique. Bonjour Eva Sass. Bonjour. Alors après le bac, vous avez fait une licence de philo mais aussi l'ESSEC, une des grandes écoles de commerce française. Sauf que ce n'était pas du tout pour devenir une femme d'affaires que vous avez fait cette école. Vous l'avez fait, je cite, dans une perspective subversive, un peu par entrisme. Ça veut dire quoi ?
Mon père est d'une famille ouvrière polonaise, des Ardennes, et j'ai constaté que les ouvriers étaient quand même soumis. Et qu'il fallait leur donner les clés pour pouvoir gagner leur autonomie, se défendre. Et c'est dans ce sens-là aussi que moi j'ai voulu connaître le monde de l'entreprise, connaître les clés, les réflexions des actionnaires. De façon à pouvoir les donner finalement à ceux qui en ont le plus besoin, les salariés, ceux qui dans le rapport de force en fait sont la partie faible.
Donc vous étiez dans une perspective politique, sauf que vous vouliez changer le système en quelque sorte, sauf que ça ne passait pas par l'engagement politique.
Moi j'étais comme beaucoup de gens de cette génération, et peut-être encore les jeunes aujourd'hui d'ailleurs, très méfiante des partis politiques. J'avais l'impression que ce n'était pas comme ça qu'on pouvait changer le monde, et qu'il fallait être dans l'action, au plus près du monde du travail, des salariés, pour rééquilibrer les rapports de force.
Vous avez un côté très méthodique, un peu rigoureux, assez rigoureux même. Vous êtes venue avec votre petit cahier aujourd'hui par exemple. Vous avez cette méthode, cette rigueur, ça vous a valu d'être trésorière de votre propre parti pendant longtemps, d'être vice-présidente de la commission des finances à l'Assemblée aussi. Et ça ne vous empêche pas de vous revendiquer de ce que vous appelez l'utopie concrète, ou encore la radicalité réaliste. On peut faire cohabiter ces notions-là sans les dénaturer ?
Oui, moi je pense que la radicalité et le réalisme, pour être vraiment radical, il faut être réaliste, il faut savoir comment on va changer les choses. Il ne s'agit pas de faire des grandes déclarations, mais d'être justement dans le concret, de détailler les choses, de maîtriser les outils. Et c'est ce que j'essaye de faire, effectivement, j'ai plutôt un modèle de cerveau d'expert, en quelque sorte. J'aime décortiquer vraiment les sujets au plus profond pour maîtriser les outils et changer réellement les choses. Pas être dans la déclamation, c'est pour ça que pour moi ça ne s'oppose pas du tout, bien au contraire. Pour être radical, il faut être réaliste.
Alors ce côté un peu utopique, on le retrouve dans votre premier engagement que vous avez évoqué là d'un mot, votre premier engagement politique, parce que vous êtes présenté aux législatives en 1997, pas sur l'écologie, c'était pour défendre la semaine de 4 jours, aux côtés de Pierre Larouturou. Votre rêve, c'était en fait de travailler moins, en quelque sorte. C'est un peu le chômage qui a déclenché votre engagement, c'est ça l'idée ?
C'est exactement ça, oui. Moi je sors de mes études en 1993, c'est un pic dans le chômage des jeunes. Je me rends compte que toute une génération est un peu laissée de côté, je cherche vraiment des solutions au chômage. Et je tombe sur cette tribune dans Le Monde, je crois, qui défend la semaine de 4 jours et le partage du temps de travail. Je me dis que ça c'est la solution, ça c'est à la fois pragmatique et ça change vraiment les choses. Et je m'engage dans un mouvement qui est associatif en fait à la base, qui s'appelait Le Nouvel Équilibre, ou la semaine de 4 jours. Et on se présente aux élections, en l'occurrence aux législatives européennes, mais c'est pour défendre nos idées.
C'est des candidatures de témoignages en quelque sorte.
Vous avez fait 0,8% ?
Oui c'est ça, je crois 0,86, c'est vraiment une candidature de témoignages. Mais on se servait de cette tribune que sont les législatives pour défendre le partage du temps de travail. C'était d'ailleurs dans l'air du temps, puisque peu de temps après sont passées les 35 heures.
Alors c'est de fil en aiguille, à travers ce premier engagement, que vous avez fini par découvrir et rejoindre les Verts, c'était en l'an 2000. Mais à l'époque, ce qui a déclenché votre engagement au sein des Verts, ce n'est pas forcément la dimension écologique de leur programme.
Alors vous dites écologique, ce n'est pas forcément la dimension environnementale de leur programme. Et moi, effectivement, les Verts organisent à ce moment-là les états généraux de l'écologie politique. Et je rejoins ces états généraux et je découvre le programme des Verts. Et je le dis souvent, j'étais écolo sans le savoir, parce que je croyais naïvement, et je pense qu'il y a encore beaucoup de gens qui le croient encore aujourd'hui, que les Verts, c'était uniquement l'environnement. Et donc moi, j'avais donné priorité à l'époque, plutôt aux questions sociales. Et je découvre dans ces états généraux que le programme des Verts, c'est bien autre chose que ça.
C'est évidemment le partage du temps de travail, la société du temps libéré, c'est autonomie, responsabilité, solidarité, les valeurs des Verts. C'est un projet de société globale qui donne d'ailleurs cette autonomie à l'individu, qui fait en sorte que chacun soit maître de son destin. Donc je me retrouve complètement, en fait, dans ces valeurs. et je découvre que le programme social et le programme démocratique des Verts est très étoffé, que c'est un projet de société globale. Et je m'engage pleinement jusqu'à aujourd'hui.
Alors par la suite, vous avez occupé des fonctions importantes chez les Verts. Vous avez aussi été élue municipale, députée à deux reprises. Mais pendant longtemps, vous avez refusé de vous consacrer entièrement à la politique. Pour vous, il était important de garder un métier, un vrai métier. Pourquoi ?
Oui, j'ai un métier. Je suis fière de l'avoir. Je suis experte auprès des représentants du personnel, experte auprès des CSE. Et pour moi, c'était d'abord et avant tout le gage de l'indépendance en politique. Ne pas dépendre de la politique pour gagner sa vie, ça nous donne une liberté très importante. J'avais constaté dans mes premiers engagements que certains élus changeaient de parti pour garder leur mandat. J'avais trouvé ça très triste et je ne voulais jamais me retrouver dans cette situation-là.
C'est une forme de compromission sur les idées pour pouvoir garder son gagne-pain.
Absolument. Et puis vous savez, quand on s'engage chez les Verts, ce n'est pas pour faire carrière en politique. C'est très aléatoire chez les écologistes. Donc mieux vaut avoir un métier. C'est un métier passion en plus, un métier que j'aime énormément, auquel je reviendrai si c'est nécessaire.
Et ce qui m'intéresse, c'est que vous l'avez dit, vous étiez dans un cabinet d'expertise qui accompagne les syndicats. Il s'appelle Secafi. Et c'est le slogan de ce cabinet qui a attiré un peu votre regard, réconcilié l'économique et le social. Quand j'ai vu ça, je me suis dit que c'est un programme politique, ce slogan. C'est vrai. Vous avez fait de la politique à travers votre métier.
Absolument. C'est un métier qui est en tout cas engagé, qui vise à donner justement à la partie faible, aux salariés, aux représentants du personnel, les outils pour se défendre. Non pas à les défendre à leur place, et c'est ça que j'ai trouvé bien aussi dans ce métier, mais à leur donner toutes les clés pour qu'ils puissent se défendre et être à armes égales, avec le même niveau d'information que les représentants des actionnaires, les patrons.
Il y a un fil rouge aussi dans votre engagement politique, c'est votre combat pour les droits des femmes. En 2013, durant votre premier mandat, vous êtes tombée enceinte. Et là, vous avez pris conscience que la situation des femmes députées n'était pas tout à fait normale. On va réécouter votre prise de parole à ce moment-là.
Il est temps que nos institutions évoluent pour prendre en compte la féminisation progressive de nos assemblées. Actuellement, comme vous le savez, rien n'est prévu en cas de congé maternité d'une élue. Et je vous demande un peu plus honnêtement peut-être ce soir, monsieur le rapporteur et chers collègues, d'envoyer tout particulièrement un message aux femmes pour leur dire qu'elles ont toute leur place dans la vie politique et dans cette assemblée.
Alors, pour bien comprendre votre prise de parole de l'époque, il faut savoir qu'une femme députée qui est enceinte peut partir en congé maternité, sauf qu'en fait, elle ne sera pas remplacée.
Absolument. Donc, ça veut dire laisser son siège vide. C'est une responsabilité, une culpabilité, j'ai envie de dire, pour la femme qui est en congé maternité, parce qu'elle a l'impression de ne pas remplir son mandat. Moi, ce que je proposais, c'est qu'elle puisse être remplacée par son suppléant ou sa suppléante afin de concilier finalement ce qui est le quotidien, le normal d'une vie de femme et puis ce mandat qu'on veut remplir pleinement.
Sauf que ça n'a pas été possible, en fait.
Ça n'a pas été possible. D'abord, la Constitution a été écrite par des hommes et pour des hommes. Donc, le cas n'est même pas envisagé, en fait.
C'est-à-dire qu'en fait, pour changer ça, il faudrait réviser la Constitution.
Absolument, parce que c'est un article de la Constitution, effectivement, qui prévoit les cas où on peut être remplacé par son suppléant. Ils sont extrêmement rares et le congé maternité n'en fait pas partie. C'est un combat que nous devons encore mener. Je pense que nous y arriverons parce qu'à l'époque, nous étions peu nombreuses à être enceintes dans l'hémicycle. Aujourd'hui, je constate qu'il y en a beaucoup plus grâce à la féminisation et le rajeunissement aussi de l'hémicycle. Donc, c'est devant nous, mais je pense qu'il faudrait quand même accélérer parce que cette intervention, ma fille a 9 ans, donc elle date d'il y a 9 ans.
Et on a vu récemment plusieurs cas de femmes députées enceintes, certaines avec des hautes responsabilités, comme Aurore Berger, présidente du groupe Renaissance, donc de la majorité présidentielle. Et les choses n'ont toujours pas changé.
C'est vrai que c'est un peu triste de voir le temps qu'on met pour des choses aussi évidentes dans beaucoup d'autres parlements et au Parlement européen. C'est tout à fait possible et prévu. Donc, je trouve qu'on est en retard et qu'il faut effectivement avancer un peu plus vite sur ce sujet.
Pour revenir sur le débat que vous avez déclenché à l'époque, ça a suscité pas mal de réactions. Peu de femmes politiques vous ont soutenues. Il y en a même qui ont eu des réactions plutôt hostiles, comme Michèle Alliomari. On va voir ce qu'elle a dit à l'époque. Pendant qu'on y est, pourquoi pas remplacer un homme qui se casse la jambe ?
D'abord, il y a un vrai sujet. Les longues maladies ne sont pas non plus prévues. Donc, elle met le doigt sur un autre problème.
Mais quand même, ça vous a étonné, ce genre de réaction venant de la part de femmes politiques ?
Non, ça ne m'a pas complètement étonnée parce que j'ai observé que le féminisme n'est pas partagé par toutes les femmes. Et en particulier, il faut le dire, il est moins présent chez les femmes de droite. Et qu'il y a une façon parfois, chez certaines femmes, de vouloir cacher l'aspect féminin, en l'occurrence le fait d'être enceinte, dans leur action politique. Des femmes qui veulent revenir tout de suite dans l'hémicycle, qui ne veulent pas parler de leur maternité. Je trouve ça dommage, il faut assumer entièrement, il n'y a pas à avoir honte, il n'y a pas à se sentir coupable de vivre sa vie de femme, en même temps que nous exerçons notre mandat. On me voit là, effectivement.
Alors là, on vous voit en train de prendre la parole enceinte dans l'hémicycle. Mais vous-même, vous êtes allé assez loin, si on peut dire, dans votre grossesse, en restant présente à l'Assemblée. Vous étiez tiraillé dans cette forme de conflit de loyauté, on va dire, entre vos électeurs d'un côté et votre futur bébé et votre famille de l'autre.
Oui, mais c'est exactement ça, on nous a confié un mandat. Donc, s'absenter longuement, c'est évidemment une culpabilité pour les élus que nous sommes. Et je ne souhaite pas que ça perdure, parce que nous n'avons pas à subir cela.
Alors, on va passer à notre quiz, à présent. Je vous explique le principe. Je vais commencer une phrase et ça va être à vous de la compléter. On y va ? Oui. Alors, le plus dur quand on est une femme députée, justement, c'est ?
Le regard des hommes.
Le regard des hommes.
Oui, parce qu'il y a encore énormément...
Vous parlez du regard sur quoi ? Sur votre façon de faire de la politique ?
Il y a toujours une forme de mépris et de condescendance, et on l'observe encore aujourd'hui dans l'hémicycle. Peut-être encore plus quand on est une femme écologiste. Il y a cet a priori qu'on va être moins compétente, qu'on va être plus hystérique, comme disent les hommes. Et qu'il faut toujours démontrer. Alors que chez les hommes, c'est finalement un acquis. On ne demande pas les mêmes preuves de compétence aux hommes. Et c'est encore le cas aujourd'hui, malheureusement.
Pour un député, la semaine de quatre jours, c'est... C'est inexistant ! Trop totalement utopiste, pas du tout réaliste.
Non, mais je pense qu'il y a une réflexion à avoir, effectivement, sur la charge de travail, d'ailleurs, qu'on a en tant que député. Je pense que c'est relativement inaudible comme débat aujourd'hui, et nous remplissons notre tâche entièrement. Mais le partage du temps de travail, il vaut pour tout le monde. Et que le temps libéré, la société du temps libéré à laquelle nous aspirons tous, il doit valoir aussi pour les élus. C'est une aspiration de tout un chacun. Elle vaut aussi pour nous.
Enfin, être subversif à l'Assemblée, c'est...
Là aussi, peut-être être à la Commission des finances et porter des sujets radicaux. J'ai choisi la Commission des finances aussi pour ça, parce que je ne pense que ça ne doit pas être un débat entre experts. Le changement de société que nous souhaitons voir advenir, il passe aussi par les débats de finances publiques. Donc, une fois de plus, maîtriser les outils, les maîtriser bien pour les renverser et pour vraiment avoir une société plus juste, plus écologique, plus environnementale et plus solidaire.
Merci beaucoup, Eva Sasse, d'avoir accepté notre invitation. Merci.
Eva Sas