Assemblée Nationale , qui au perchoir ? Aurélien Pradié est l'invité du 18 juillet 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
Bonjour Aurélien Pradié. Bonjour. Et bienvenue dans les 4V. Cet après-midi, les députés nouvellement élus ou réélus comme vous devront élire le président ou la présidente de l'Assemblée nationale. Et c'est un peu une première étape importante avant la constitution, un jour, d'une majorité. Quelle stratégie doit avoir la droite, Aurélien Pradié ? Est-ce que la droite doit faire figuration, tenter de garder son indépendance ou bien de constituer une majorité autre que la gauche, peut-être avec le bloc central ?
Depuis plusieurs jours, au-delà même de l'Assemblée nationale, le grand spectacle, c'est celui des marchandages. Je pense que la situation démocratique est tellement exceptionnelle que se vautrer dans les marchandages, comme on le constate depuis plusieurs jours, est insupportable. Ça vaut y compris pour l'Assemblée nationale. Moi, le candidat ou la candidate que je soutiendrai, je ne le sais pas encore parce que je ne sais même pas qui sera candidat jusqu'au 3e tour. Il y a 3 tours, il faut que les téléspectateurs le connaissent. Oui, qui ne seront pas nécessairement ceux du second, et d'autres peuvent intervenir au 3e tour.
Mais pour moi, la ligne conductrice dans ce grand moment de trouble, c'est la liberté. Je pense que le bon ou la bonne présidente de l'Assemblée nationale, demain, doit être une parole libre, une parole qui ne se sera pas soumise au marchandage des uns et des autres.
Mais ça veut dire quoi, une parole libre ? C'est forcément quelqu'un qui vient d'un bloc ou de l'autre. Il y a 3 grandes forces aujourd'hui à l'Assemblée nationale.
Il n'y en a même plus que cela encore. En réalité, personne n'a de majorité absolue. Il faut simplement que les discussions soient claires. Toutes les discussions de couloir, elles ne sont pas à la hauteur de la situation. Et d'ailleurs, vous le voyez, on se focalise aujourd'hui beaucoup sur la présidence de l'Assemblée nationale, et c'est tout à fait normal. Mais il va falloir nommer un gouvernement. Et l'acte démocratique qui a eu lieu après la dissolution, je le crois, est un acte démocratique extrêmement fort. Les Français ont participé massivement à ces élections. Ils n'ont voulu confier le pouvoir à personne.
Et ils ont dit aux responsables politiques, nous ne faisons confiance à aucun de ces blocs-là. Gage à nous de trouver une solution exceptionnelle à la situation exceptionnelle.
Mais donc, vous parlez de marchandage, il va quand même falloir discuter pour tenter de trouver une autre, une majorité, quelle qu'elle soit. Et dès cet après-midi, ça va être un bon exemple, le président de l'Assemblée nationale.
Cet après-midi, ce dont il est question, ce n'est pas du projet pour la France. Ce dont il est question, c'est de l'échange de postes. Et je le dis assez brutalement, mais parce que c'est la vérité. Depuis dix jours, nous parlons de tout, de tout le monde, sauf de la France et des Français. Le vrai sujet, c'est comment nous rebâtissons ce pays. Et ça ne va pas se faire par des échanges de postes. Ça va se faire par des projets. Que faisons-nous de notre école ? Que faisons-nous du mur de la dette ? Que faisons-nous de la question migratoire ? Que faisons-nous de la santé ? C'est ce sujet-là, ces sujets qui sont essentiels.
Et donc quelqu'un comme vous, Aurélien Pradi, aujourd'hui, avec qui vous pouvez vous retrouver pour essayer justement de travailler ? Personne ne peut travailler seul dans son coin, personne n'a la majorité. Vous, avec qui, quelle sensibilité vous pourriez travailler et monter une coalition où vous dites une cohabitation ?
Oui, une cohabitation, parce qu'il y a d'abord un principe clair. Les Français n'ont pas voulu confier de majorité absolue à Emmanuel Macron. Et donc le président de la République doit... Et il n'y a personne d'autre ? Évidemment. Il doit acter d'abord qu'il sera en cohabitation. Pour le reste, j'ai fait une proposition qui, je sais, paraît sûrement peu idéaliste ou iconoclaste, mais laquelle je crois profondément. Il faut désormais que la France insoumise et la gauche républicaine se séparent. Ce n'est pas mon affaire, c'est la leur.
Pour vous, le nouveau Front populaire, avec la France insoumise et le PS, par exemple, ce n'est pas possible. Ils ne peuvent pas travailler ensemble.
C'est leur problème. Mais ce que je sais, c'est que demain, il faudra mettre autour de la table tous ceux qui ont une âme gaulliste pour rebâtir ce pays. Et ça ne peut pas se faire avec la France insoumise. Le jour où la gauche aura eu la force de préférer son pays à des enjeux électoraux, à une survie électorale, alors nous pourrons discuter. Et je le dis simplement, la seule union possible pour en sortir, c'est une union sacrée, qui va des gaullistes de droite jusqu'aux gaullistes de gauche. Tous ceux qui me diront que ces missions impossibles se trompent. Parce que toutes les autres solutions seront précaires et ne tiendront pas.
La seule solution, c'est l'union sacrée pour reconstruire le pays.
C'est-à-dire clairement, disons-le, des députés LR, des députés socialistes et des députés macronistes au milieu. C'est la seule solution pour vous.
C'est ce que nous avons fait à l'après-guerre. Puisque la configuration est celle que nous connaissons, à situation exceptionnelle, il faut une réponse exceptionnelle. Et je mesure bien que je ne choisis pas une voie de confort en proposant cela. Mais il faut qu'il y ait un projet sur la table, sur la santé, sur l'école, sur la question de la dette, sur les flux migratoires, sur nos valeurs fondamentales. Et que nous fassions ce que les gaullistes ont su faire à l'après-guerre. Oui, j'entends ici ou là les commentaires qui me diront que la situation n'est pas la même. Mais elle est équivalente. Parce que si nous ne consacrons pas toutes nos forces à rebâtir ce pays, nous ne réussirons rien.
Il y a, Jean-Baptiste Marteau, un grand danger. C'est qu'aujourd'hui, beaucoup de responsables politiques parient sur la destruction du pays. Beaucoup se disent qu'il faudrait attendre que le pays s'effondre, que la situation soit pire encore pour peut-être espérer tirer les marrons du fond en 2027. Ça ne sera jamais mon cas parce que mon âme de patriote est supérieure à mes réflexes tactiques.
Et concrètement, comment vous proposez de fonctionner, Aurélien Pradié ? Est-ce qu'il faut se mettre autour de la table avec toutes les personnes que vous venez de citer pour essayer de se mettre d'accord sur quoi ? Quatre ou cinq idées fortes pour un contrat de coalition, de gouvernement ?
Le pacte est un pacte national. Depuis l'après-guerre, nous n'avons pas renouvelé notre pacte national. Et nous voyons bien qu'au fond, d'année en année, tout cela s'affaiblit. À l'après-guerre, le pacte national était clair. La question de la santé, et c'est à l'époque la sécurité sociale qui est fondée. La question de la santé est aujourd'hui fondamentale. La question de l'éducation, de nos valeurs essentielles, de la dette, parce que c'est une perte de souveraineté, de la réindustrialisation du pays, et la question écologique. Je propose que nous posions tout cela sur la table. Il n'y a aucune espèce de raison. Donc des thèmes plutôt consensuels sur lesquels on peut trouver une majorité.
Des thèmes fondateurs, où il faudra sûrement que chacun fasse un effort. Il faudra que chacun se sépare des extrémismes pour pouvoir se parler. Mais je ne suis pas en train d'évoquer une recomposition électorale. Je suis en train de dire qu'il faut que nous ayons un gouvernement de reconstruction du pays. Et qu'ensuite, chacun reprenne ses habitudes électorales. Je resterai un homme de droite, et d'autres seront des hommes ou des femmes de gauche. Et avant 2027, un an avant, il faut que ce gouvernement cesse son activité, et que les affaires électorales reprennent. C'est toute la difficulté.
Emmanuel Macron a souvent confondu la recomposition électorale, de la recomposition de la construction du pays. Et je le répète, je ne choisis pas la voie de confort. Y compris en restant député non inscrit. Mais si j'ai fait ce choix-là, c'est parce que je ne me retrouve pas aujourd'hui dans aucun des choix et des propositions qui sont celles des groupes politiques à l'Assemblée nationale.
Regardons celles que propose justement votre ancien parti, LR, que vous avez quitté. En tout cas, vous vous êtes éloigné il y a quelques semaines. Laurent Wauquiez parle d'un pacte législatif sans rentrer au gouvernement pour autant. Donc c'est une espèce d'entre-deux. Comment vous jugez cette approche pour l'instant ?
C'est une première approche, sûrement positive. Mais c'est au fond ce que nous avons fait depuis deux ans. Et est-ce que vous avez vraiment le sentiment que ça a changé les choses ? Pas vraiment. On a même eu des tractations permanentes. Moi, ce que je ne veux pas, c'est que durant deux années, nous soyons toujours en train de négocier le bout de grâce. Sur chaque texte. Nous n'en sommes plus là. Et peut-être que je vois trop grand, mais je pense qu'on ne voit jamais trop grand pour son pays. Il y a aujourd'hui beaucoup d'esprits qui sont obsédés par 2027, qui sont même, j'allais dire, anesthésiés par 2027. Moi, ça ne m'anesthésie pas 2027.
Et je ne voudrais pas que les uns et les autres parient sur cet effondrement du pays en se disant au fond, on se tient loin des affaires nationales, on laisse les autres faire. Moi, je ne laisserai jamais les autres faire pour mon pays.
Pour arriver à cette union sacrée dont vous parlez, il faudrait effectivement que le nouveau Front populaire, qui tente toujours de trouver un accord, un candidat pour Matignon, explose, enfin acte en tout cas la fin, et qu'il n'y a pas d'accord. C'est ça. Il faut d'abord qu'ils se décident entre eux.
C'est une des conditions fondamentales. Mais parce qu'il faut que tout le monde redevienne patriote. Au fond, qu'est-ce qui obsède aujourd'hui les uns et les autres, y compris la gauche qui se vote dans un spectacle pathétique depuis 10 jours ? C'est la survie électorale. Mais est-ce que la survie électorale, ça vaut plus que la survie du pays ? C'est ça la question fondamentale. Et quand cette gauche aura compris qu'elle ne peut pas reconstruire ce pays si elle ne se sépare pas de l'extrémisme mélanchoniste, de ce poison-là, nous n'y arriverons pas. Mais je vous le dis, c'est la seule solution, et cela arrivera.
Mon objectif, c'est de fixer un horizon, de donner un espoir aux Français, même si je parais un peu isolé dans un premier temps. Je suis certain que c'est le seul chemin qui nous amènera à rebâtir ce pays.
Donc vous lancez par exemple un appel aux socialistes en leur disant arrêtez d'essayer de travailler avec la France insoumise, venez essayer de construire autre chose.
Je le fais aux socialistes, je le fais à tous ceux qui ont une âme gaulliste, y compris au centre de ce pays, sans aucune compromission, mais parce que même des électeurs qui, comme moi, ou des engagés politiques qui, comme moi, n'ont jamais eu aucune sympathie pour Emmanuel Macron, doivent savoir aujourd'hui que si on ne reconstruit pas ce pays, ce sera le chaos. Nous avons un mur de la dette qui nous attend, qui est face à nous. Comment allons-nous faire si demain nous perdons la souveraineté de cette nation ? Et puis, moi, je choisis ma liberté.
Pas ma liberté individuelle, mais une liberté pour avoir une parole qui, peut-être, dans ces moments-là, ouvre des perspectives qui sont plus difficiles à ouvrir pour d'autres.
C'est-à-dire qu'à titre personnel, vous resterez un député non inscrit à l'Assemblée nationale ? Oui, et ce n'est pas grave. Vous ne voulez pas essayer de constituer un autre groupe, je ne sais pas, avec la droite, avec Gérald Darmanin, Edouard Philippe ou d'autres ? Vous savez, la situation actuelle, elle est très fragile.
Et j'ai une double conviction. Dans ce moment, il vaut mieux parfois céder un peu de son confort personnel, et c'est ce que je fais, ce n'est pas très simple pour moi.
Oui, il y aura moins de temps de parole, moins de moyens.
Mais ce n'est pas grave, parce que ma parole sera sûrement plus forte. Et puis, dites-vous une chose, ce qui vaut aujourd'hui ne vaudra pas demain. Les groupes politiques d'aujourd'hui ne seront pas ceux de demain. Et je fais un pari devant vous, qui est un pari positif pour mon pays. Il y aura de bonnes nouvelles dans les temps qui viennent, parce que ceux qui, aujourd'hui, paraissent un peu plus audacieux que les autres seront peut-être ceux qui participeront le mieux à la reconstruction du pays.
L'appel d'Aurélien Pradié ce matin dans les 4V à une union sacrée, comme vous dites, regroupant tous les gaullistes. Je reprends vos mots. Merci beaucoup, Aurélien Pradié. Merci à vous. Belle journée.
C'était les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Aurélien Pradié