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interviewyoutube.com· 5 décembre 2021 46 min

Valérie Pécresse, Marine Le Pen, Immigration : l'entretien en toute vérité de Marion Maréchal

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

En toute vérité, 11h30 sur Sud Radio, Alexandre Devecchio. En toute vérité, chaque dimanche, entre 11h30 sur Sud Radio, sécurité, économie, numérique, immigration, écologie. En cette année d'élection présidentielle, pendant une heure chaque semaine, nous débattons sans tabou des grands enjeux pour la France d'aujourd'hui et de demain. Ce dimanche, j'ai le plaisir de recevoir Marion Maréchal. À droite, beaucoup la voyaient candidate à l'élection présidentielle. Celle qui fut la plus jeune députée de France a préféré se consacrer à la métapolitique, notamment à travers l'ICEP, l'école de sciences politiques dont elle est la fondatrice et directrice.

Marion Maréchal n'en demeure pas moins une observatrice engagée. Elle évoquera avec nous la victoire de Valérie Pégresse au congrès LR. À quelques heures du premier grand meeting d'Éric Zemmour à Villepinte, elle nous dira si elle a fait son choix entre l'ancien journaliste et Marine Le Pen. Mais Marion Maréchal viendra également nous parler d'une note consacrée à la question de l'immigration que son école vient de publier. La question migratoire sera-t-elle le principal enjeu de l'élection ? Réformer la Constitution peut-il suffire à maîtriser l'immigration ? Que peut-on utiliser immédiatement en France comme outil pour réguler les flux sans être bloqué par l'Europe ?

Tout de suite, les réponses de Marion Maréchal en toute vérité. Marion Maréchal, bonjour. Bonjour. Commençons par quelques questions liées à l'actualité politique. Je sais que vous êtes venu pour parler de votre note qui est d'ailleurs passionnante sur la question de l'immigration. Mais on a quand même envie de vous entendre dans un premier temps sur d'autres sujets. Le congrès des Républicains a livré son verdict et c'est Valérie Pégresse qui sera investie candidate. Mais Éric Ciotti, sur une ligne plus à droite, notamment sur les questions de sécurité et d'immigration dont on va parler, a tout de même réuni près de 40% des suffrages des militants.

Qu'est-ce que cela vous inspire sur le paysage politique ?

1:50
Marion Maréchal

Alors moi je ne suis pas adhérente des Républicains, mais sans vous surprendre, évidemment je me sentais plus proche d'Éric Ciotti. Donc je regrette finalement qu'il n'ait pas été désigné. Néanmoins, ça dit quand même quelque chose de la base, parce que malgré le fait que l'intégralité des non qualifiés est appelée à voter Valérie Pégresse, on est dans un rapport de force 60-40 au deuxième tour, donc ce n'est quand même pas une vague Valérie Pégresse. C'est vrai que sur ce que ça m'inspire, disons que le parcours de Valérie Pégresse est un parcours qui me semble refléter une forme d'incohérence et d'inconsistance.

Alors c'est vrai que là, elle avait comme directeur de cabinet un certain Patrick Stéphanini, qu'on sait par le passé assez proche de Nicolas Sarkozy, assez à droite. Donc je pense qu'il a correctement orienté sa campagne. Mais quand on revient un peu sur le passé, Valérie Pégresse, c'est une femme qui a notamment co-signé une tribune avec Roqueille Adialo et Madame Taubira, qui s'intitulait quand même, ça vaut le détour, pour une France multiculturelle et post-raciale. C'est une femme qui allait rompre le jeûne avec des associations musulmanes à la mosquée, si je ne m'abuse, de Pantin, qui s'était notamment, comment dire, distinguée au moment de l'affaire Samuel Paty.

C'est une femme dont le bilan est quand même ambigu au conseil régional, qui finance un certain nombre d'associations pro-immigration, dont l'association Equalis, souvenez-vous, celle qui a fait parler d'elle, parce que son président avait versé un salaire mirobolant et de très nombreux avantages. Voilà. Et puis c'est une femme surtout qui, à l'époque, avait appelé sans scrupule à voter Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, qui le refera ce coup-ci dans la seconde. Donc c'est vrai que c'est indéniablement, au-delà du discours de campagne et des positions économiques qui peuvent être intéressantes, ou du durcissement sur le discours d'immigration, en qui on a une confiance relative.

3:35
Présentateur

Parlons aussi un peu d'Éric Ciotti. Est-ce que son score, 40%, finalement, est-ce que c'est une bonne nouvelle pour le camp national ? Et est-ce que vous, si un jour vous refaisiez de la politique, vous pourriez travailler avec quelqu'un comme Éric Ciotti ?

3:49
Marion Maréchal

En tout cas, ce qui est certain, oui, c'est que ça dit quelque chose de l'état d'esprit, de l'électorat, y compris des Républicains. Je vais même aller au-delà de ça. Vous savez que j'ai été de celles qui, depuis quelques semaines, appellent à une candidature unique du camp national, parce que quand je vois le bloc que ça représente, près de 30% potentiel des électeurs, et quand je vois le risque d'une non-qualification au second tour de l'élection présidentielle, parce que le seuil est très bas, j'en appelle à la prudence et je souhaiterais qu'il y ait cette unité pour des raisons d'efficacité.

Et si Éric Ciotti avait été le candidat investi des Républicains, j'aurais pu élargir cet appel à la candidature unique, à Éric Ciotti. Parce que d'une certaine manière, même si évidemment les stratégies diffèrent, les postures diffèrent, chacun est un peu prisonnier parfois des logiques de son parti, la réalité, c'est que sur le fond des idées, quand on regarde sur le moyen long terme, il n'y a rien d'inconciliable, il n'y a rien d'incohérent. Et je crois que l'impératif, qui est celui aujourd'hui de battre Emmanuel Macron et de ne pas avoir 10 ans de mandature macroniste, devrait nous appeler à bouleverser le paysage politique.

Malheureusement, il n'en sera pas ainsi, mais ce sera intéressant de voir comment se comportent ces électeurs qui ont fait confiance à Éric Ciotti, même si c'est une petite base électorale, puisque c'est les adhérents, probablement reflètent quand même une grande partie de l'état d'esprit de l'électorat LR.

5:10
Présentateur

On parlait d'Éric Ciotti, dans quelques heures, Éric Zemmour fera son premier grand meeting de campagne à Villepinte, devant 19 000 personnes. Est-ce que vous avez été invitée ?

5:21
Marion Maréchal

Ah non, je n'ai pas été formellement invitée, mais probablement parce qu'Éric sait que je ne m'y serais pas rendue. Non pas que je n'ai pas de sympathie et d'amitié pour Éric, mais parce que me rendre à son meeting, c'est évidemment mécaniquement marquer un soutien, rentrer dans une campagne, et c'est vrai qu'aujourd'hui, je ne souhaite pas donner des bons points, distribuer des bons points, m'engager pour l'un ou l'autre. Ce que je souhaite, je vous l'ai dit à l'instant, c'est une candidature unique pour le mieux placée, et aujourd'hui, on n'en est pas là.

5:53
Présentateur

Stanislas Rigaud, le président de Génération Z, était l'invité de notre matinale. Il nous a demandé de vous faire passer un message. Il espère que vous allez le rejoindre, un de ces quatre. Est-ce que c'est totalement exclu ?

6:05
Marion Maréchal

À l'heure où on parle, je vous le dis, je suis dans une situation un peu délicate, je pense que tout le monde peut le comprendre. J'ai de la sympathie pour Éric, on peut avoir des divergences sur certaines choses, mais j'ai aussi, en parallèle, ça n'aura échappé à personne, une personne de ma famille qui est candidate à l'élection présidentielle, à la tête d'un mouvement auquel j'ai participé, auprès duquel j'ai encore des amitiés. Et c'est pour ça que je pense que l'efficacité devrait nous appeler à dépasser des divergences que je pense un peu artificielles pour être plus efficaces. La question maintenant, ça va être de savoir comment départager le mieux placé.

6:39
Présentateur

Et est-ce que Marine Le Pen, aujourd'hui, n'a pas prouvé qu'elle était finalement la plus solide ?

6:45
Marion Maréchal

En tout cas, ce qui est sûr, c'est que, vous voyez dans les sondages, aujourd'hui, Marine Le Pen indéniablement creuse un décart de 2, 3, parfois, voire 4 points dans les sondages. Mais la réalité, c'est que la campagne, elle commence aujourd'hui. On a désigné, enfin, le candidat LR a été désigné hier, Éric Zemmour a officiellement annoncé sa candidature il y a seulement 3 jours.

Donc c'est maintenant, d'une certaine manière, que les rapports de force vont véritablement se dégager, et que les Français vont rentrer dans la campagne électorale et qu'on pourra y voir un petit peu plus clair sur cette espèce de primaire indirecte, si je puis dire, du camp national qui est en train d'être mise à l'œuvre à travers la candidature d'Éric Zemmour.

7:22
Présentateur

Après, on va parler de votre note, la note que votre école publie sur la question de l'immigration, c'est promis. Mais une dernière question, est-ce que finalement, ça ne peut pas être un atout d'avoir deux candidats pour le camp national ? Est-ce que c'est un atout ? Est-ce que ça risque de le diviser ? Est-ce que vous craignez une non-qualification au second tour ? Ou est-ce que ça peut faire une réserve de voix pour celui qui sera arrivé en tête ?

7:45
Marion Maréchal

On peut imaginer, et d'ailleurs c'est comme ça que se rassure d'une certaine manière le Rassemblement national, en se disant, c'est pas grave si Éric Zemmour est candidat, puisque de toute façon ça fera une réserve de voix au second tour. On peut raisonner de cette manière-là, en effet. On peut aussi raisonner en se disant que ces deux candidatures peuvent se risquer potentiellement de se concircuiter. Sauf si l'une arrive à faire un écart important avec l'autre, et donc s'assure une qualification. À l'heure où on parle, c'est quand même pas tout à fait certain. Une fois de plus, le ticket d'entrée au second tour est bas.

Rappelons quand même la fois dernière, alors même si les circonstances sont différentes, que Marine Le Pen se qualifie à un point seulement de François Fillon, à un point et demi de Jean-Luc Mélenchon. Donc on est encore deux, trois semaines de campagne, on ne sait pas ce qu'il aurait pu advenir. Là, la campagne va être très courte. Et c'est vrai qu'une fois de plus, moi je suis tellement animée par cet impératif de ne pas laisser une fois de plus la France pendant cinq ans supplémentaires dans les mains de la Macronie, que je pense que dès le premier tour, il faudrait pouvoir s'allier.

Ce qui est sûr, c'est que certains disent « Oui, Éric Zemmour faute parce qu'il est candidat, il divise le camp national ». Mais c'est à mon avis une mauvaise manière de raisonner. C'est-à-dire que si Éric Zemmour est candidat, c'est qu'il y avait manifestement un vide. Ça plaît, ça déplaît, mais en tout cas c'est comme ça que les électeurs le ressentaient. Et c'est si vrai que très rapidement, il est monté quasiment jusqu'à 17%. Aujourd'hui, il semble se stabiliser autour de 15%. Donc c'est manifestement une envie et un besoin d'une partie d'électeurs qui aujourd'hui ne se retrouvent ni dans Marine Le Pen, ni dans Les Républicains, ni ailleurs.

Donc je pense qu'il ne faut pas faire ce type de procès. La nature a horreur du vide et c'est encore plus vrai en politique. Donc maintenant, c'est au camp national, au sens large, de réfléchir à la manière de concilier ça et de comprendre pourquoi ce vide n'est pas rempli et comment les gens peuvent travailler ensemble.

9:39
Présentateur

On a commencé par parler de Valérie Pécresse. Est-ce que vous excluez totalement ? Vous nous avez dit ce que vous en pensiez sur le plan idéologique. Est-ce que vous excluez totalement qu'elle puisse être au second tour ?

9:52
Marion Maréchal

Moi, je n'exclus absolument rien. Je pense que rien n'est écrit politiquement. Les LR, pour un certain nombre de raisons, ont encore du ressort. N'oublions pas que c'est quand même un mouvement qui tient aujourd'hui le Sénat, qui est le premier parti d'opposition à l'Assemblée, qui a majoritaire en local sur le plan des départements, des régions, beaucoup de villes. Donc c'est un parti de cadres et d'élus, mais qui a indéniablement encore un certain nombre de forces. Vu que le seuil de qualification, une fois de plus, est très bas, il ne faut absolument rien exclure. Et on a quand même un gros inconnu dans cette élection, qui est celui du niveau d'abstention.

On voit bien que depuis les dernières élections présidentielles, l'abstention s'aggrave de séquence en séquence électorale. On est quelque chose de structurel. Et donc, s'il y a beaucoup d'abstentions, on risque d'avoir de bonnes ou de mauvaises surprises, plutôt au premier tour de l'élection notamment.

10:39
Présentateur

Merci Marion Maréchal. Vous restez avec nous sur Sud Radio. En toute vérité, on se retrouve après une courte pause. Nous parlerons d'immigration. Est-ce l'enjeu principal de la campagne qui s'annonce ? Les réponses de Marion Maréchal après la pause. Nous sommes de retour sur Sud Radio avec Marion Maréchal dans En toute vérité. Marion Maréchal, vous êtes ici comme observatrice de la vie politique. On en a parlé tout à l'heure. Mais aussi comme directrice de l'ICEP, l'Institut de sciences sociales, économiques et politiques de Lyon. Vous êtes la fondatrice et directrice. L'ICEP, justement, publie une note dont nous allons parler en détail concernant l'immigration.

Mais d'abord, plus largement, comment expliquez-vous que le thème de l'immigration, presque absent de la campagne de 2017, finalement, revienne aujourd'hui en force ? Est-ce que c'est le retour du refoulé ?

11:31
Marion Maréchal

Je ne sais pas si le thème était totalement absent aux dernières élections. Je ne crois pas. En tout cas dans les débats. Ce qui est vrai, c'est qu'il y avait probablement davantage de sujets autour de la question de l'Union européenne. Probablement parce qu'à l'époque, il y avait encore cette épée de Damoclès de la politique de rigueur voulue par la Commission qui imposait des réductions drastiques dans les budgets. Et que depuis, il y a eu une inflexion de la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Il y a eu la crise Covid qui est passée par là.

Et que finalement, on a ouvert les vannes des dépenses et qu'il n'est plus question aujourd'hui de contraindre budgétairement et drastiquement la France notamment dans ses choix. Et de ce fait-là, c'est probablement quelque chose qui est moins présent, probablement à tort d'ailleurs. Parce que, notamment sur l'immigration, ça reste un vrai sujet, la question de l'Union européenne. On va en parler d'ailleurs. Et puis la réalité, c'est que la situation s'aggrave d'année en année.

On a aujourd'hui un record, en 2019, un record d'entrées légales autour de 469 000 entre les titres de séjour accordés, entre les demandeurs d'asile qui ont été enregistrés, entre autres choses, et qui révèlent, si vous voulez, un véritable basculement qui se voit au quotidien, qui a des conséquences à la fois sur le plan économique, social, culturel et sécuritaire. Et qu'aujourd'hui, c'est une réalité pour l'ensemble des Français, quel que soit finalement leur vote et leur position politique.

12:56
Présentateur

Les sondages indiquent cependant que le pouvoir d'achat reste la préoccupation principale des Français. Donc, qu'est-ce que vous en pensez ? Quel est l'enjeu majeur dans cette élection ? Vous continuez à penser que c'est les questions migratoires ? Ou il faut articuler les deux ?

13:11
Marion Maréchal

De toute façon, ce serait une erreur, et je pense que personne ne pense ça, que de concentrer l'intégralité d'une campagne sur la question migratoire. Le pouvoir d'achat est évidemment une problématique absolument centrale et absolument vitale. La question de l'immigration, c'est juste qu'elle s'accroche à d'autres sujets, notamment économiques, et donc elle est corrélée à plein d'autres choses, et elle aggrave plein d'autres sujets, notamment sur le plan budgétaire, sur le plan économique, et donc du pouvoir d'achat. Parce que qui dit pouvoir d'achat dit impôts, dit taxes, voilà.

Mais néanmoins, c'est quand même à tempérer, parce que ce qui est intéressant, c'est que notamment dans l'électorat de droite, en particulier chez les LR et ORN, c'est un sujet qui arrive en quatrième position, derrière la question de l'immigration, de la sécurité, du terrorisme notamment, mais pas seulement d'ailleurs dans l'électorat, contrairement à ce qu'on peut penser, de droite au sens large, mais aussi chez l'électorat de LREM, par exemple, ça n'est pas la première préoccupation, et ça ne l'est même pas d'ailleurs chez l'électorat du Parti Socialiste.

Donc c'est assez intéressant de voir, ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas en parler, qu'en moyenne, chez les Français, c'est le premier sujet, mais quand on va dans le détail des électorats, on se rend compte quand même que la question identitaire au sens large est une préoccupation absolument majeure. Et j'en veux pour preuve, et je recoupe avec un autre sondage très intéressant qui a été fait par Harris, un peu polémique, parce qu'il a trait à cette question du grand remplacement. On en a beaucoup parlé. Vous savez, ces fameux 66% des Français qui pensent que le grand remplacement va avoir lieu, aura lieu, et 61% qui en sont inquiets.

Sauf que, ce qui est intéressant, c'est que quand on regarde en détail pareil ce sondage, on se rend compte que dans La République En Marche, les électeurs de La République En Marche, il y a aussi une majorité de ces électeurs qui pensent que ce grand remplacement va arriver, et une majorité également qui en sont inquiets. Donc c'est quand même assez intéressant de voir que derrière ce terme, en réalité, il y a aujourd'hui une unanimité, quels que soient les électorats. Justement,

15:14
Présentateur

j'allais vous poser la question. Qu'est-ce que vous pensez de ce terme ? Est-ce que le concept de grand remplacement, c'est quelque chose que vous reprenez à votre compte ?

15:24
Marion Maréchal

Oui, parce que pour moi, c'est un débat qui est verbal qui n'a pas lieu d'être. Je ne crois pas du tout que le grand remplacement soit un complot. C'est les personnes qui sont pro-immigration et pro-société multiculturelle qui disent ça. Mais quand on lit cet auteur, quand on regarde dans le détail ce qu'il dit, il n'y a pas de dimension complotiste. Ce n'est pas un complot, c'est un constat. En réalité, certains utilisent ce terme comme un espèce de totem, comme un moyen de se distinguer d'une certaine manière. Mais moi, je crois qu'il est extrêmement parlant et c'est pour ça qu'il est efficace. Et l'auteur, ce fameux auteur Renaud Camus, il le décrit de deux manières.

Il dit qu'il y a une dimension quantitative, c'est-à-dire le nombre de personnes qui rentrent chaque année sur le territoire avec pour conséquence une dimension qualitative, c'est-à-dire une mutation finalement sur le plan culturel des mœurs, des modes de vie sur une partie du territoire.

16:16
Présentateur

Pourquoi ne pas parler de bouleversement démographique à ce moment-là ? Ça permettrait d'éviter justement les accusations de complotisme, etc.

16:25
Marion Maréchal

Alors, la première chose, parce que déjà, je pense qu'il faut que la droite en général, mais les Français en général et le monde politique en général arrivent à raisonner en dehors du cadre moral qui est déterminé par la gauche. Et ce n'est pas parce que la gauche dit le grand remplacement c'est mal et qu'il faut s'interdire de l'utiliser, d'une part. La deuxième chose, c'est parce que je ne pense pas que les Français se sentent grands ou bouleversés, parce qu'ils se sentent plus grands remplacés. Et quand vous vous baladez à Barbès, vous ne dites pas « Diantre, je suis bouleversée ».

Vous dites « Diantre, ma culture française est remplacée par d'autres cultures étrangères importées, est devenue dominante ». Et puis « bouleversement », ça ne veut rien dire. Ça peut être quoi ? Un bouleversement de la pyramide des âges ?

17:02
Présentateur

Un bouleversement démographique ? C'est quand même assez précis.

17:08
Marion Maréchal

Ça peut être une pyramide des âges, par exemple. C'est vrai que je pense que si ce terme a eu ce succès, c'est tout simplement parce qu'il a tout de suite été extrêmement parlant et surtout, il s'appuie sur des réalités statistiques. Quand vous voyez, j'avais récupéré quelques chiffres, quand vous voyez qu'il y a 31% des enfants qui sont nés en France en 2018 qui ont au moins un parent né à l'étranger, on voit bien qu'il y a quand même une mécanique à l'œuvre très importante de basculement démographique puisque c'est plus 63% depuis 1998, ce phénomène.

Donc quand vous voyez, ça c'est les chiffres pareils de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en 2018, vous avez aujourd'hui un quart de la population qui est d'origine immigrée. Vous prenez les chiffres...

17:48
Présentateur

Dans certaines villes, est-ce que c'est un phénomène global ?

17:51
Marion Maréchal

Alors ça c'est national. Ça c'est les chiffres nationaux. Et encore, là vous avez raison, c'est une récente étude de France Stratégie, tout ça c'est des chiffres officiels qui révèlent que dans de très nombreuses parties du territoire français, aussi bien à Rennes qu'à Limoges, évidemment qu'en Seine-Saint-Denis, vous avez des quartiers voire parfois même des villes entières où là on est face à une majorité de jeunes de moins de 18 ans qui sont de régime de régime extrépéenne.

18:12
Présentateur

Est-ce si grave s'il n'y avait pas de problème d'intégration ? Est-ce que le problème ce n'est pas un problème d'intégration ?

18:18
Marion Maréchal

Oui, le souci c'est qu'il y a un problème d'intégration. Moi je viens raisonner dans l'absolu. C'est évidemment grave en ce sens que précisément le nombre empêche l'efficacité de la politique d'immigration puisque mécaniquement quand vous avez une majorité de personnes d'origine étrangère avec une culture différente qui arrive sur un territoire, elle n'a plus les moyens, la capacité et la volonté de s'assimiler puisqu'elle n'est plus en contact avec précisément la population de référence à laquelle elle est censée s'assimiler et donc à la culture de référence.

Sans parler évidemment de l'absence de volonté de la part des politiques publiques parce qu'il faut quand même rappeler ça me paraît important qu'entre 1982 et 2019 il y a 4 millions d'étrangers qui ont obtenu la nationalité française. 4 millions d'étrangers qui mécaniquement ne rentrent plus dans les statistiques en tant qu'étrangers mais qui révèlent quand même la politique extrêmement laxiste des gouvernements français en matière de délivrance de cette nationalité française et qui manifestement n'est plus aussi exigeante qu'elle devrait l'être précisément sur cette condition d'intégration. Pour que vous ayez 4 millions de personnes qui soient devenues français c'est quand même un délivre.

19:31
Présentateur

Certes, moi je vous suis à la question des flux vous expliquez que pour réussir l'intégration c'est plus simple s'il y a moins de flux et s'il n'y a pas une concentration de population d'une culture homogène dans certains quartiers mais le fait est que ça existe déjà donc au-delà de limiter les flux voire de les arrêter qu'est-ce que vous proposez pour ceux qui sont déjà là et pour résoudre justement ce problème d'intégration en France ?

19:58
Marion Maréchal

Alors déjà on pourrait se battre sur la question intégration-assimilation intégration c'est le simple respect de la loi française.

20:05
Présentateur

J'emploie les deux de manière indifférente

20:06
Marion Maréchal

Je pense qu'on devrait davantage parler d'assimilation parce qu'il ne suffit pas de respecter le code civil ou le code pénal je pense que ça va au-delà de ça être français s'assimiler à une culture en effet et à des modes de vie et vous avez raison je ne crois pas au principe de la remigration des personnes de nationalité française ça me paraît un peu utopique remigration volontaire ça pourrait arriver peut-être pour une infime minorité mais je crois qu'il y a tellement d'avantages à vivre en France plutôt que dans un certain nombre de pays autres notamment au Maghreb en termes de liberté en termes de prise en charge sociale que je ne crois pas à cela en revanche c'est vrai qu'il y a indéniablement le levier de la délinquance qui devrait être un levier peut-être d'extension de déchéance de la nationalité parce qu'aujourd'hui il y a beaucoup de naturalisés français qui le deviennent alors même qu'ils ont parfois un CV comment dire pénal ou criminel long comme le bras donc on pourrait se poser cette question-là il y a aussi beaucoup de jeunes étrangers qui deviennent français automatiquement quasiment automatiquement à 18 ans alors même pareil qu'ils ont des CV criminels longs comme le bras donc ça pourrait aussi être un levier puis évidemment il y a la question à un moment donné de l'impératif éducatif et culturel encore pour cela faut-il que les gouvernements assument de défendre l'identité française alors je vous rappelle qu'on a un président qui lui-même pendant sa campagne disait qu'il n'y avait pas de culture française donc partant de là ça risque d'être un peu compliqué d'aller expliquer à ces jeunes qu'il faut aimer la culture française et s'en imprégner

21:32
Présentateur

Merci Marion Maréchal vous restez avec nous sur Sud Radio dans Toute Vérité réformer la constitution peut-il suffire à maîtriser l'immigration l'Europe nous empêche t-elle vraiment d'agir vos réponses après la pause en Toute Vérité Toute Vérité 11h midi sur Sud Radio Alexandre Devecchio Nous sommes de retour sur Sud Radio dans Toute Vérité avec notre invité ce dimanche Marion Maréchal Marion Maréchal Valérie Pécresse mais aussi Marine Le Pen et Éric Zemmour proposent de modifier la constitution pour faire tomber un certain nombre d'obstacles juridiques notamment européens à une meilleure gestion des flux migratoires la note que vous publiez avec votre école et qui est rédigée par un haut fonctionnaire Jean Girache montre pourtant que la réforme de la constitution ne suffit pas à maîtriser l'immigration pourquoi ?

22:21
Marion Maréchal

Alors oui c'est intéressant parce qu'il y a une espèce de frénésie réformiste constitutionnelle qui s'est emparée de l'ensemble du spectre de la droite et pas que d'ailleurs je crois que même Arnaud Montebourg a proposé une réforme alors déjà d'une chose première chose c'est que je ne dis pas que la réforme constitutionnelle est inutile en soi indéniablement faire une réforme constitutionnelle aura des conséquences sur le droit interne français et notamment sur les jurisprudences des juridictions ordinaires ou suprêmes françaises par exemple sur la jurisprudence de la cour de cassation ou du conseil d'état c'est vrai qu'ils sont particulièrement laxistes en matière migratoire et qui très souvent interprètent les textes de telle manière que on va plutôt vers des politiques pro-immigration donc ça de ce point de vue là ça peut être intéressant là où je suis un petit peu plus dubitative c'est par rapport à la question du droit international ou du droit européen pourquoi ?

parce que la France a pris un certain nombre d'engagement auprès de l'Union Européenne bien sûr mais aussi la convention de Genève qui a trait aux réfugiés la Cour Européenne des Droits de l'Homme ou encore la convention relative aux droits de l'enfant toutes ces normes européennes ou internationales ont des contraintes en matière juridique sur le plan migratoire et il y a deux choses à mon avis qui ne sont pas extrêmement claires ou qui ne sont pas anticipées en parlant de réformes constitutionnelles qu'est-ce que disent la plupart de ces candidats ils disent en gros on est contraint par ce droit international donc on va intégrer dans la constitution un principe de souveraineté migratoire ça veut dire on va dire aujourd'hui la France fait ce qu'elle veut en matière migratoire et aucune norme internationale ou européenne ne peut aller à l'encontre de cela bon déjà deux limites la première je suis désolé je rentre un peu dans la technique juridique mais c'est important

23:55
Présentateur

c'est intéressant

23:55
Marion Maréchal

c'est qu'il existe en France ce qu'on appelle un contrôle de conventionnalité c'est quoi ? ça veut dire que ce n'est pas le conseil constitutionnel qui vérifie la conformité des lois françaises aux droits européens ou internationaux ce sont les juridictions ordinaires les juridictions de première instance ou d'appel par exemple cours de cassation conseil d'état c'est des vieilles jurisprudences ça veut dire quoi ? ça veut dire que demain concrètement si vous avez une loi qui est contraire en France aux droits européens ou aux droits internationaux les juridictions françaises écartent l'application de cette loi

24:27
Présentateur

alors je vous interromps deux questions le fait que ce soit des juges finalement et des juridictions ordinaires qui vérifient cela est-ce qu'on ne rentre pas dans une logique de gouvernement des juges comme certains l'observent et ensuite moi si je vous suis bien le retour de la souveraineté migratoire finalement passe par une forme de Frexit puisque si les juges appliquent les lois européennes et bien on n'en sort pas

24:52
Marion Maréchal

je vais juste au bout de ce raisonnement ça veut dire que demain pour aller concrètement vous réformez la constitution dans le cadre de cette réforme ensuite vous prenez une loi qui est conforme à la constitution française très bien pour réguler l'immigration mais s'il se trouve que demain cette loi est non conforme aux droits européens vous allez vous retrouver par exemple devant le conseil d'état qui va dire moi j'écarte cette loi et je ne l'applique pas et donc la constitution devient presque transparente d'une certaine manière et ça c'est dans par exemple pour vous donner une statistique ça concerne près de 20% des affaires traitées par le conseil d'état donc c'est considérable donc déjà c'est la première limite à l'exercice il y a puis alors Patrick Stéphanini justement le directeur de campagne de Valérie Pécresse pensait avoir trouvé la parade en disant oui mais il y a une vieille jurisprudence du conseil constitutionnel qui dit que s'il y a une loi de transposition des directives européennes qui est contraire à l'identité constitutionnelle de la France elle ne peut pas s'appliquer oui sauf que l'identité constitutionnelle de la France avant que le conseil constitutionnel considère que la maîtrise de l'immigration fait partie de l'identité constitutionnelle de la France je pense que vous pouvez vous lever tôt le matin voilà donc et puis bon c'est assez restrictif donc je vous rejoins sur la question du frixit ça c'est le deuxième problème posé par cette réforme constitutionnelle enfin problème moi ça ne me pose pas de problème mais il faut que les candidats en tout cas l'assument et les candidats LR en réalité ne l'ont jamais formulé comme ça quand vous prenez des engagements internationaux que vous signez des traités il y a deux manières finalement de les remettre en question c'est soit vous dénoncez le traité en question c'est-à-dire vous en sortez soit vous le renégociez or aujourd'hui qu'est-ce que disent les candidats de droite en général ils disent on s'en fiche on ne touche pas à ça on fait notre petite réforme constitutionnelle dans notre coin et puis ça nous libérera de tous nos engagements et ça suffira finalement à régler le problème sauf que c'est pas comme ça que ça marche c'est-à-dire que si demain vous mettez dans la constitution nous sommes une souveraineté migratoire enfin nous mettons en place la souveraineté migratoire et donc le droit européen s'il est contraire à nos lois et à notre constitution sur ce point ne s'applique plus vous rentrez dans une crise avec l'Union Européenne qui va entraîner un bras de fer juridique et politique très important pour aboutir forcément à une renégociation qui peut in fine finir en Brexit

26:58
Présentateur

Mais est-ce que c'est vrai dans la théorie mais je prends l'exemple polonais mais d'ailleurs ce qui est paradoxal c'est que les candidats de droite qui veulent faire la même chose ont critiqué les polonais mais qui justement ont affirmé la primauté de leur droit notamment constitutionnel sur le droit européen dans les faits ça a créé des polémiques mais il semble que ça marche que c'est en train de marcher

27:19
Marion Maréchal

Alors je vais vous dire des choses déjà un première chose moi ça me pose pas de problème sur le principe qu'on engage mais je commence même que c'est souhaitable je dis juste qu'il faut que les candidats le disent clairement ça veut dire que ça peut aboutir à ça Ce qui est marrant et ce qu'on n'a jamais d'ailleurs vraiment relevé c'est qu'en réalité il y a une divergence entre les cours constitutionnels nationales et le droit européen Pourquoi ?

Parce que globalement toutes les cours constitutionnels françaises, polonaises c'est ce qu'a rappelé la Polonaise disent le droit comment dire constitutionnel national prime sur le droit européen et l'Union Européenne dit exactement l'inverse ça veut dire que ce soit la Cour de justice de l'Union Européenne que ce soit la Commission Européenne ou que ce soit les traités qu'on a ratifiés ils disent non le droit européen est supérieur non seulement en loi mais aussi à la constitution donc déjà il y a une divergence qui n'est pas réglée de ce point de vue là et globalement comment on fait ?

c'est à dire que de manière générale pour éviter que cette divergence n'aboutisse à un drame il y a une espèce de dialogue des juges on se débrouille toujours pour que finalement la constitution soit réformée et s'applique donc les Polonais ils disent ça ils confirment finalement quelque chose qui existe depuis longtemps sauf que l'Union Européenne est extrêmement dure avec eux et ne lâche pas parce qu'ils savent qu'en réalité la Pologne ne sortira jamais de l'Union Européenne et donc au final elle finira forcément par céder s'il y a conflit parce qu'à la fin des fins il n'y aura pas de renégociation parce que si vous ne comment dire vous n'assumez pas potentiellement qu'en cas de refus de négociation des traités et bien vous ne sortez pas bon bah sans cela en réalité vous n'avez pas vraiment la force d'eux donc une fois de plus moi je n'ai pas de problème je ne pense pas qu'il faille faire du Frexit à tout prix un interdit absolu

28:47
Présentateur

mais si vous vous étiez aux manettes vous assumeriez le risque de sortir de l'Union Européenne

28:52
Marion Maréchal

alors moi je ne suis pas pour aujourd'hui une sortie de l'Union Européenne je crois qu'il y a des possibilités intermédiaires qui n'ont pas été utilisées notamment justement précisément ce bras de fer parce que je crois que contrairement à la Pologne l'Union Européenne ne peut pas se passer de la France et qu'il y aurait des conséquences notamment sur le plan budgétaire et monétaire qui seraient probablement lourds vu l'état actuel de nos finances publiques et donc il y aura probablement des réformes internes à faire avant d'envisager cela néanmoins dire aujourd'hui aux Français on va faire un bras de fer avec l'Union Européenne tout en s'interdisant absolument de pouvoir utiliser cet argument du Frexit c'est de fait mentir aux Français sur l'efficacité d'une telle négociation

29:30
Présentateur

parce que la Commission

29:31
Marion Maréchal

ne lâchera jamais vous voyez ce que je veux dire

29:33
Présentateur

mais vous tensez notamment les candidats à droite Valérie Pécresse avec Patrick Stéphanini propose justement d'inscrire dans la loi fondamentale donc dans la Constitution que la République limite le nombre de ressortissants étrangers autorisés à séjourner en France vous nous expliquez que sans la menace d'un Frexit finalement c'est un peu des paroles en l'air mais aujourd'hui quand j'écoute Marine Le Pen ou même Éric Zemmour plus personne ne parle de Frexit ou de menace du Frexit ils sont un peu dans la même logique que la droite où la droite les a rejoints c'est selon

30:01
Marion Maréchal

je ne dis pas qu'ils le souhaitent je dis juste qu'ils ne sont pas tout à fait au clair quand ils parlent de cette réforme constitutionnelle sur les conséquences que ça peut induire

30:08
Présentateur

y compris le camp national pour le coup

30:10
Marion Maréchal

oui y compris le camp national je suis tout à fait d'accord avec vous ça veut dire que moi j'ai une fois de plus j'ai aucun problème avec ça je pense qu'il faut avoir un bras de fer avec l'Union Européenne je dis juste qu'il ne faut pas imaginer que simplement en faisant notre petite réforme constitutionnelle dans notre coin on va pouvoir d'un coup ne plus appliquer le droit de l'Union Européenne puisque le cœur nucléaire de notre engagement auprès de l'Union Européenne c'est précisément la supériorité du droit européen sur le droit national et je vous donne un exemple qui est quand même révélateur même les Etats-Unis ne font pas dans leur coin ne décident pas dans leur coin de faire ce qu'ils veulent sur l'accord de Paris par exemple Trump quand il décide de sortir de l'accord de Paris sur vous savez qui régulait notamment les émissions carbone il ne dit pas j'applique plus du jour au lendemain et je me casse d'une certaine manière il a respecté scrupuleusement la procédure de sortie qui mettait trois ans minimum et au bout de trois ans il est sorti parce que quand vous prenez un engagement international vous engagez quand même la parole de la France et en l'occurrence le système européen est tellement intégré que ça ne peut pas ne pas avoir de conséquences

31:04
Présentateur

donc il y a un peu de démagogie et de manque de réalistes y compris dans les candidats que vous soutenez plus tôt

31:10
Marion Maréchal

en tout cas non alors je n'irai pas jusque là parce que je pense qu'il y a en tout cas une facilité qui veut qu'on ne dise pas tout à fait les conséquences que ça peut induire notamment chez LR parce que pour le coup le coût de la renégociation des traités c'est quelque chose qui est assumé par Marine Le Pen par Éric Zemmour depuis longtemps je pense que c'est un peu moins clair chez les républicains et en effet il y a une forme d'ambiguïté parce que la réalité c'est que le sujet européen c'est un sujet atomique qui fait peur et que rien que ce mot Frexit est un espèce de tabou qui met en place des réflexes pavloviens et donc on ne va surtout pas rentrer dans ce débat or à un moment donné il faudra l'avoir

31:51
Présentateur

il y a un argument qui est donné à peu près par tous les candidats qui veulent réformer la constitution c'est aussi celui du référendum et c'est peut-être le plus important c'est peut-être plus que la question européenne c'est la question du référendum c'est quand même un moyen de redonner la parole aux français sur cette question de l'immigration et on peut imaginer que si les français ont un vote clair ça aura une influence quand même politique au-delà de la France et une influence directe sur les juges ce qui n'est pas primordial quoi qu'il arrive d'interroger les français sur la question de l'immigration

32:21
Marion Maréchal

je suis tout à fait d'accord il y a probablement une clarification à avoir dans la constitution sur la possibilité d'interroger les français sur la question migratoire par le référendum parce qu'aujourd'hui ça n'est pas quelque chose de très très clair néanmoins et on y reviendra peut-être il y a des choses très concrètes qui peuvent être faites tout de suite en France pour maîtriser l'immigration on va y revenir sans passer par une réforme constitutionnelle ce sera le sujet

32:44
Présentateur

de la dernière partie dans toute vérité merci Marion Amaréchal vous restez avec nous sur Sud Radio et vous nous expliquerez après comment on peut effectivement agir sur l'immigration tout de suite selon vous sans passer par de grandes réformes constitutionnelles et européennes merci à tout de suite Sudridol.fr en toute vérité 11h midi sur Sud Radio Alexandre Devecchio nous sommes de retour dans toute vérité sur Sud Radio avec Marion Amaréchal nous débattons ce dimanche de la question de l'immigration Marion Amaréchal vous nous expliquiez qu'une réforme constitutionnelle impliquait des enjeux importants comme de rentrer dans un rapport de force avec l'Europe mais si on met de côté la question européenne est-ce qu'il n'y a pas déjà des leviers d'action pour les politiques pour agir contrôler contrôler réguler mieux les flux migratoires sans même bouleverser les équilibres européens

33:38
Marion Maréchal

alors que les choses soient claires je pense que si on veut être cohérent et efficace il faudra de toute façon en passer par une renégociation des traités pas que de l'Union Européenne d'ailleurs mais aussi de la Convention de Genève on en a parlé tout à l'heure la Cour Européenne des Droits de l'Homme la Convention de Comment dire de protection des enfants voilà et il faudra probablement aussi une réforme constitutionnelle pour toucher le droit interne et notamment la jurisprudence de nos juridictions à nous mais néanmoins ce que je constate c'est qu'il y a un certain nombre de leviers qu'on peut utiliser tout de suite maintenant sans avoir de problème avec la Constitution et sans avoir de problème avec l'Européen je pense notamment à tout ce qui touche par exemple aux conditions de naturalisation c'est-à-dire d'obtention de la nationalité française là la France a totalement la main là-dessus on pourrait être beaucoup plus dur sur les critères d'octroi de cette nationalité comme sur d'autres pays dans la durée et les conditions on peut penser par exemple au droit du sol aujourd'hui le droit du sol demain peut être supprimé d'un trait de plume par un changement de la loi il n'y a pas de jurisprudence du Conseil constitutionnel dessus et le droit européen n'en parle pas donc logiquement on devrait pouvoir le faire on peut penser à tout ce qui touche aux conditions d'expulsion et d'interdiction du territoire français qui pourrait être durci avec plus de moyens on peut penser même au durcissement du regroupement familial alors le droit c'est compliqué

34:51
Présentateur

le regroupement familial

34:52
Marion Maréchal

oui sauf que le droit français est plus laxiste que la directive de 2003 de l'Union Européenne ce qui est quand même génial donc on a une marge de manœuvre on ne peut pas totalement évidemment le supprimer et faire n'importe quoi

35:01
Présentateur

vous est-ce qu'il serait favorable vous à la suppression du regroupement familial ?

35:05
Marion Maréchal

je pense que sur le principe oui ça veut dire que je pense qu'il ne devrait pas y avoir d'automaticité à obtenir la nationalité française ou à pouvoir venir sur le territoire français dans les deux cas ça devrait être du cas par cas et qu'on ne soit pas sur des phénomènes de masse automatique mais ça c'est vrai que sur le regroupement familial vous avez raison ça touche à beaucoup d'engagements internationaux et le conseil constitutionnel aussi d'ailleurs malheureusement a légiféré là-dessus enfin comment dire a mis une jurisprudence dessus donc c'est extrêmement contraignant il y a aussi je pense tous les accords vous savez qu'on a des accords avec franco-algériens franco-marocains franco-tunisiens qui sont beaucoup plus laxistes en matière migratoire notamment dans l'obtention des titres de séjour qui pourraient être revus les titres de séjour les titres de séjour qui sont aujourd'hui le premier levier d'immigration clandestine c'est-à-dire je m'explique c'est-à-dire qu'en fait aujourd'hui la plupart des immigrés clandestins n'arrivent pas par bateau ou de manière spectaculaire à la frontière ils obtiennent des titres de séjour légaux donnés par le gouvernement français et ensuite ils se maintiennent illégalement sur le territoire et ça il n'y a pas à demain à réformer quoi que ce soit il y a juste le gouvernement qui a à dire je durcis les conditions pour par exemple les étudiants pour par exemple l'immigration économique pour les étrangers malades pour d'autres motifs aujourd'hui il y a un laxisme absolument total dans l'obtention des titres de séjour

36:21
Présentateur

vous avez parlé des accords passés notamment avec le Maroc Patrick Buisson il y a quelques années quand il était conseiller de Nicolas Sarkozy voulait dénoncer les accords déviants parce que justement il y avait des facilités pour les Algérias à venir s'installer en France est-ce que vous seriez favorable à cela ? On en a un peu parlé au moment où Emmanuel Macron a dit justement qu'il allait limiter les visas et qu'il a semblé rentrer dans un début de bras de fer avec le gouvernement algérien

36:49
Marion Maréchal

ça me semble absolument indispensable les accords déviants aujourd'hui sont complètement caduques d'ailleurs ils n'ont pas vraiment été respectés depuis le début du côté algérien c'est le moins qu'on puisse dire il n'y a plus de il n'y a pas de raison aujourd'hui objective à ce qu'il y ait encore ces facilités dans l'obtention des visas et dans l'octroi des visas pour les Algériens d'autant plus quand on voit le comportement aujourd'hui qui est celui du gouvernement algérien vis-à-vis de la France à la fois dans les actes et à la fois dans les paroles qui est quand même un discours extrêmement vindicatif agressif puisque finalement la France est le bouc émissaire de leur échec alors qu'ils sont quand même indépendants depuis maintenant quelques décennies mais ça pose aussi des questions indirectes c'est-à-dire qu'il y a tous ces leviers dont je viens de vous parler qui sont immédiats directs mais il y a aussi tous les appels d'air indirects à l'immigration on peut parler des prestations sociales par exemple non contributives on peut parler par exemple du niveau de prise en charge médicale tout ça c'est quand même des choses dans la politique française qui incitent à l'immigration qu'elle soit légale ou clandestine et qui pourrait être revue être durcie sur laquelle une fois de plus la France peut agir tout de suite maintenant parce qu'il n'y a pas de jurisprudence constitutionnelle il n'y a pas de droit européen qui s'exprime là-dessus

37:53
Présentateur

Est-ce que vous croyez que les aides sociales constituent une forme d'appel d'air en matière d'immigration ?

37:59
Marion Maréchal

Ah bah j'en suis absolument convaincue enfin vous savez ça c'est les chiffres de Darmanin il y a aujourd'hui sur le territoire français entre 600 000 et 700 000 clandestins Alors certes il y a le passé de la France avec un certain nombre de pays d'Afrique il y a la francophonie qui joue dans le choix mais si demain vous arriviez en France que vous n'aviez aucune aide aucune aide alimentaire aucune aide sociale aucune aide au logement aucune prise en charge il y aura probablement beaucoup moins de candidats si vous voulez à l'immigration illégale qui viendrait s'installer en France Or on voit bien que c'est manifestement quand même l'une des destinations privilégiées sur le territoire européen et ça il y a des politiques très différentes d'un pays à l'autre au sein de l'Union Européenne il n'y a pas de raison aujourd'hui que la France continue d'être aussi généreuse alors qu'elle n'en a plus les moyens

38:42
Présentateur

Mais comment vous expliquez aujourd'hui même Emmanuel Macron qui vient plutôt de la gauche semble vouloir être conscient qu'il faut limiter les flux migratoires si c'était si simple si on pouvait le faire comme ça comme vous le dites en appliquant certaines lois maintenant en France pourquoi la classe politique ne le fait pas depuis des années

39:05
Marion Maréchal

parce que je pense que ça nécessite un courage politique et puis un savoir-faire politique aujourd'hui qui est complexe prenons un seul exemple les obligations de quitter le territoire français vous savez que chaque année il y a des décisions qui sont prises pour obliger des personnes à quitter le territoire on s'est rendu compte il y a eu une polémique il n'y a pas très longtemps là-dessus qu'en réalité c'est une infime minorité qui est factuellement appliquée et là Emmanuel Macron semble le découvrir à la fin de son mandat il déclare qu'il doit y avoir 100% demain des OQTF qui doivent être appliqués le problème c'est qu'il ne suffit pas d'avoir la volonté du gouvernement français qui n'existe pas déjà il faut aussi l'accord des pays d'origine vous savez que les pays d'origine donnent un laissé-passer administratif pour faire simple

39:46
Présentateur

il a essayé de créer un rapport de force certes à la fin de son mandat mais est-ce que quelqu'un à sa place créerait un rapport de force oui mais à quel moment

39:53
Marion Maréchal

il est allé voir ses pays en disant maintenant c'est simple si vous ne délivrez plus ces autorisations pour que je puisse vous renvoyer les clandestins issus de vos pays et bien je vais vous supprimer par exemple l'aide française au développement plusieurs centaines de millions chaque année donnés à ces pays je vais durcir la politique précisément d'octroi des visas je vais geler les avoir de vos ressortissants étrangers sur le territoire français qui sont bien contents de venir se soigner en France ou d'avoir leurs économies dans des banques françaises qui sont plus sécurisées voilà à quel moment Emmanuel Macron s'est lancé là-dedans alors oui ça demande du courage politique et c'est évidemment extrêmement complexe à conduire or je pense que la facilité c'est que voilà aujourd'hui c'est de laisser pourrir la situation et de réagir une fois que la situation devient ingérable parce que c'est un peu comme les émeutes si vous voulez le problème aujourd'hui des émeutes urbaines pourquoi personne n'agit ?

parce que personne ne veut risquer d'avoir des blessés ou des morts sur la conscience ce que je comprends très bien mais le souci c'est qu'on se dit on laisse pourrir la situation on préfère avoir des dizaines de millions d'euros comment dire de dégâts matériels mais on ne veut surtout pas aller au contact parce qu'on a peur d'être considéré comme responsable comment dire d'un affrontement physique dur mais le souci c'est qu'à force de laisser pourrir la situation le jour où on aura de nouveau un embrasement type 2005 x 10 parce que la situation ne fait que s'empirer depuis en fait ça deviendra parfaitement incontrôlable et les politiques préfèrent toujours attendre le pourrissement et comment dire être pris dos au mur et répondre plutôt que de provoquer comment dire une réponse qui sert de demande du courage mais qui est dure

41:21
Présentateur

à assumer politiquement vous l'avez dit ça peut créer des drames et c'est déjà un drame l'immigration on l'a vu le mercredi 24 novembre 27 personnes tentant de rejoindre l'Angleterre dans une embarcation de fortune sont mortes dans la manche qu'est-ce qu'on peut faire concrètement maintenant pour éviter ça et est-ce que vous vous êtes favorable à dénoncer les accords du Touquet avec la Grande-Bretagne ?

41:46
Marion Maréchal

Alors vous avez raison ça entraîne des drames c'est bien le problème c'est qu'en laissant faire notamment les filières de passeurs et en étant laxistes et en ayant fait disparaître nos frontières matérielles parce qu'on n'a plus aujourd'hui de douanes on n'a plus de frontières physiques parce que le problème de Calais en fait c'est pas le problème de Calais c'est aussi le problème de la frontière italienne c'est le problème de la frontière polonaise et polonaise c'est le problème de la frontière grecque avec la Turquie voilà donc c'est un problème on va dire général quelle est la tentation ?

d'ailleurs c'est la tentation de Bertrand triste candidat Bertrand à la congrès LR c'est de dire ah bah on arrête d'être le garde frontière des anglais finalement ils se débrouillent ils sont sortis de l'Union Européenne en plus donc c'est plus notre problème le souci c'est que si on fait ça demain on aura non plus quelques milliers de migrants dans la jungle de Calais mais on aura des dizaines de jungles parce que évidemment d'un coup ça va être un appel d'air massif puisque le message va être passé de dire la France ne gère plus les frontières donc on peut aller plus facilement en Angleterre donc la première chose c'est qu'un ça aura des conséquences très directes pour les populations de ces territoires en termes de sécurité et de salubrité et la deuxième chose c'est qu'on aura sur la conscience non plus les 27 morts récents mais probablement des dizaines et des dizaines et des dizaines d'autres morts or ça n'est pas évidemment ce qu'on veut et ce qu'on souhaite puisqu'il y aura de plus en plus de tentatives comment dire malheureuses de traverser la Manche aujourd'hui à mon avis la seule chose qui doit être faite puisqu'on a déjà avec les Anglais durci le contrôle du tunnel sous la Manche durci le contrôle des ports et c'est pour ça d'ailleurs que les migrants n'arrivent plus à passer par ces voies là ils n'arrivent plus à se mettre sous les camions il y a des scans très efficaces qui ont été mis aussi pour éviter ces tentatives là et donc qu'est-ce qu'ils font ils passent par des petits bateaux de fortune et c'est comme ça qu'on se retrouve avec des drames humains donc à mon avis la meilleure chose à faire c'est un de renégocier ces accords pour faire en sorte toute française et le prennent aussi à leur charge ce qui n'est pas aujourd'hui assez fait et probablement faudrait-il associer davantage Frontex qui a des moyens mis à disposition mais encore faut-il leur demander leur aide et encore faut-il exiger d'eux non pas qu'ils récupèrent les embarcations et les renvoient en France mais qu'ils les renvoient dans les pays d'origine et donc pour cela il faut en effet discuter avec les Anglais et on a aujourd'hui des raisons de discuter avec eux parce qu'en fait on est interdépendant si vous voulez dans cette problématique et les Anglais à mon avis seraient prêts à les renégocier tout simplement parce que l'une des raisons du Brexit ça a été la question migratoire donc pour eux c'est un vrai traumatisme et ils ne veulent surtout pas d'une aggravation de la situation et que la France lâche sur ce plan-là mais en tout cas il est hors de question de faire du chantage migratoire comme le voulait Xavier Bertrand comme l'a fait finalement la Biélorussie avec la Pologne ce que tout le monde a dénoncé dans la classe politique il est hors de question que la France fasse ce chantage-là et surtout se retrouve avec le risque de la mort de dizaines de milliers de personnes en faisant ça

44:45
Présentateur

Il nous reste une minute Marion Maréchal vous avez choisi de quitter la politique pour la métapolitique mais quand je vous entends depuis une heure vous avez des propositions concrètes vous réfléchissez à la situation politique est-ce que vous ne seriez pas plus utile dans l'action finalement ?

45:04
Marion Maréchal

Moi je n'ai pas l'impression d'être dans l'inaction parce qu'avec l'ISEP on a fait le constat d'une crise universitaire et de l'enseignement supérieur à la fois sur le niveau et sur le plan des dérives idéologiques d'un véritable terrorisme intellectuel qui progresse avec notamment le wokisme et compagnie donc j'ai voulu agir à ce niveau-là en essayant de créer avec l'ISEP une alternative concrète pour des étudiants qui ne veulent pas être pris en otage par ce phénomène donc c'est une autre manière d'agir si je peux dire

45:32
Présentateur

Et est-ce que vous envisagez de revenir sur la scène politique après l'élection présidentielle ?

45:36
Marion Maréchal

En tout cas ce qui est sûr c'est que la politique me passionne ça c'est indéniable j'aime contribuer au débat public on le fait avec le centre d'analyse et de prospectif de l'école donc j'y reviendrai sûrement un jour pour être honnête mais vous dire où, quand et avec qui ça aujourd'hui je suis dans le flou

45:50
Présentateur

Merci Marion Maréchal Merci à vous Merci à tous on se retrouve la semaine prochaine pour un nouveau numéro dans Toute Vérité sur Sud Radio