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interviewBFMTV — BFM Politique· 7 juin 2020 44 min

Jean-Luc Mélenchon, député des Bouches-du-Rhône et président du groupe "La France insoumise" à l'Assemblée nationale - 07/06

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

Bonjour Jean-Luc Mélenchon, soyez le bienvenu sur BFM Politique. On ne vous a pas sur ce plateau mais vous êtes en direct de Marseille où vous êtes. Vous êtes, je le rappelle, député des Bouches-du-Rhône, président du groupe La France Insoumise à l'Assemblée Nationale. Commençons d'abord par ces manifestations. Manifestations d'abord aux Etats-Unis, manifestations maintenant également en France. Il y en a eu toute la semaine et encore hier. Vous avez dessiné un parallèle entre la mort de George Floyd et celle d'Adama Traoré. Vous avez déclaré hier que George Floyd et Adama Traoré étaient morts. Je vous cite du même geste.

Est-ce que vous pouvez affirmer que lors de l'arrestation d'Adama Traoré, les policiers ont eu cette même attitude que vous avez sans doute vue dans la vidéo qui circule des 8 minutes 46 abominables où ce policier a le genou sur la nuque de George Floyd qui ne peut plus respirer et qui finit par en mourir. Est-ce qu'on peut vraiment faire un parallèle aussi net entre ces deux morts ?

1:03
Jean-Luc Mélenchon

On pourrait le faire aussi avec celle de Cédric Chouillat. Vous savez bien que je ne suis pas un enquêteur, je ne suis pas un juge, je ne suis pas un magistrat qui a suivi. Pourquoi me posez-vous cette question ? Ce que nous savons c'est qu'il y a des gestes qui tuent. Et je vous affirme, il y a des gestes qui tuent. De la même manière que le recours à certains armements tue, éborgne et mutile. Je vous le dis froidement et tranquillement. La preuve c'est que nous avons déposé, nous les insoumis, deux propositions de loi sur le sujet qui ont été défendues par la députée de Paris, Daniel Obono, et ensuite par François Ruffin à l'Assemblée nationale sans que ces lois puissent être présentées.

Je crois que nous devons nous interroger sérieusement sur ce qui se passe. Je voudrais vous faire remarquer une chose qui a une grande importance. C'est que ce sont des policiers qui en France ont dénoncé les propos racistes, sexistes et les gestes violents. Des policiers à Rouen, ceux qui ont signalé le site Facebook à un site de presse, ce sont des policiers. Ce qui veut dire que c'est de l'intérieur de l'institution. Vous avez à l'intérieur le syndicat Vigie qui lui aussi alerte sur ce qui se passe dans la police depuis des mois. Mais il y a une volonté de déni. C'est-à-dire on fait comme si ça n'existait pas. Qui est dans le déni ? Il y a une volonté de déni ?

2:28
Présentateur

Qui est dans le déni ?

2:29
Jean-Luc Mélenchon

Oui, vous par exemple. Vous par exemple. Parce que vous vous souvenez une fois, oui parce que, mais je vous comprends, parce que personne n'a envie de se dire que les choses en sont arrivées à ce point.

2:39
Présentateur

Non, non, mais je ne vous demande pas de nous comprendre, il faut être dans l'information, en effet.

2:43
Jean-Luc Mélenchon

Mais vous estimez qu'il y a un déni politique, qu'il y a un déni de tout le pays ? Oui, c'est important, oui. C'est un déni de toutes les superstructures du pays qui n'ont pas envie de voir ça. Et dans ces superstructures, il y a aussi les médias. Vous vous rappelez cette campagne qui a été menée contre moi parce que dans une conversation privée, j'avais qualifié les policiers qui ébornaient les gens ou les matraquaient au sang dans la rue de barbares. Alors on avait dit, oh, ce mot est exagéré. Aujourd'hui, plus personne ne se risque à dire que c'est exagéré. Mais je vais vous dire une chose.

L'important, bien sûr, c'est la question de la police, mais le plus important, c'est la question de l'unité de la nation. On ne peut pas accepter qu'on considère qu'il y a deux France ou trois France suivant les couleurs de peau. Et comme les couleurs de peau et les religions recoupent souvent les inégalités sociales, on a l'impression d'un système qui fait bloc contre la partie de la population la moins en état de se défendre. Ça, c'est la réalité. Et l'unité de la France, c'est accepter l'idée qu'il n'y a qu'un seul peuple français et que tout le monde doit être traité de la même manière devant la loi. En tout cas, moi, c'est ça que je défends.

3:48
Invité

Bonjour Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que, selon vous, les propos qu'on a pu découvrir justement de ce groupe Facebook doivent nous amener à nous interroger sur l'éventualité d'un problème de racisme structurel au sein de nos forces de l'ordre, dans la police, dans la gendarmerie ? Est-ce qu'il y a un sujet de formation, par exemple, des plus jeunes qui arrivent dans ces corps de service de l'État ?

4:12
Jean-Luc Mélenchon

Oui, je crois que vous mettez le doigt au bon endroit. Parce que structurel, on ne sait pas très bien... Il ne s'agit pas de dire que nous avons une police raciste ou un État raciste. Personnellement, je ne dirais pas ça. Mais je dirais très certainement que, par une sorte d'enchaînement, d'emballement, de surenchère, il y a une fraction significative de la police et peut-être de la gendarmerie, mais comme c'est l'armée, ils sont beaucoup plus sérieux et patriotes, qui a glissé dans cette attitude.

Regardez, par exemple, le syndicat des officiers de police, qui fait un visuel dans lequel il dit qu'après que l'armée française ait eu le dernier mot face à ce terroriste de l'ACMI au Mali, je crois, a fait un visuel pour dire que ceux qui participaient à la manifestation du 10 novembre dernier étaient en deuil. J'étais à cette manifestation, j'étais à cette manifestation parce qu'il y avait eu un attentat contre une mosquée et que personne ne disait rien. Eh bien, vous voyez bien que ce genre d'attitude, de provocation, est maintenant devenue courant. Un des syndicats de police le plus important menace des juges. Par conséquent, oui, on a un problème.

5:23
Présentateur

Il faut vous dire les choses. Vous pensez au syndicat Alliance, Jean-Luc Mélenchon ?

5:25
Jean-Luc Mélenchon

Oui, oui, mais il me menace. Oui, absolument, il me menace moi personnellement. Vous êtes dans un bras de fer avec eux, direct ? Non, je ne suis pas dans un bras de fer avec eux. Leur rôle est de servir et d'obéir. Et il me devrait le respect qui est dû à un parlementaire. Et il se comporte avec les juges, avec les parlementaires et même avec des journalistes puisqu'ils ont représenté les journalistes comme des chiens avec des dents écumants de rage. Et vous avez raison de dire qu'il y a un problème de formation qui est posé, d'école de police. Je vous rappelle que le ministre Pierre Jocs avait redressé tout ça de son temps.

5:57
Invité

Oui, parce que, voilà pour le constat, mais quelle solution ? Comment améliorer les choses ? Vous disiez à l'instant, la gendarmerie, ça va mieux que dans la police. À vos yeux, à vous en tout cas. Qu'est-ce qu'on peut faire pour améliorer les choses à cet égard-là ?

6:09
Jean-Luc Mélenchon

D'abord, c'est une question de formation des jeunes policiers. Ensuite, c'est une question d'intransigeance de la hiérarchie. Parce que, vous voyez, au bout du compte, c'est très facile. On se débarrasse sur le bout de la chaîne des problèmes. En effet, ce sont des policiers du rang et des officiers qu'on retrouve parmi ces 8 000 personnes qui, sur le groupe Facebook, tiennent des propos racistes, injurieux, qui sont dénoncés par leurs propres collègues. Mais, évidemment, que c'est d'abord la hiérarchie qui doit se mettre en cause, et par-dessus tout, le ministre. Si le ministre avait, dès le début, commencé par dire « Écoutez, ça, c'est pas acceptable.

» C'est une faiblesse et c'est une faillite du maintien de la sécurité que d'éborner et de crever les yeux des gens. C'est un échec de la police que quelqu'un soit mort d'un geste d'immobilisation. Les choses auraient été différentes. Car les policiers, femmes et hommes, sont des personnes comme tout le monde. Ils n'ont pas de goût particulier à la violence et au meurtre.

7:07
Présentateur

Il a une responsabilité, Christophe Castaner, de...

7:09
Jean-Luc Mélenchon

Total, mais elle est absolue, absolue, parce que c'est lui la tête de la pyramide. Selon les ordres qu'il donne et l'attitude qu'il adopte, le reste du commandement et de la hiérarchie applique, et se sent ou encouragé ou réprimé dans les mauvais comportements. Il a laissé aller à chaque étape en défendant tous les abus, jusqu'au point de nommer le préfet l'Allemand, préfet de police de Paris, qui était déjà bien connu en Gironde pour sa brutalité et sa violence. Je signale que c'est le seul préfet qui ait félicité des policiers après que ceci ait matraqué un député, le député Loïc Prudhomme.

Donc il n'y avait pas besoin d'être un grand meneur d'hommes pour comprendre qu'en désignant un tel chef, on poussait à la surenchère et à l'exagération. Donc il y a le problème de la formation des policiers et celui de la punition des mauvais chefs qui donnent par leur comportement ou par leurs ordres les mauvaises habitudes aux jeunes collègues qui arrivent et qui, bon, parce qu'ils sont jeunes, parce qu'ils regardent, parce que souvent ils ont peur, les mauvais comportements.

8:13
Présentateur

Il faut que les ordres et les décisions soient beaucoup plus claires et prennent leurs responsabilités.

8:17
Invité

Edwige Chevrillon. Bonjour Jean-Luc Mélenchon. Vous avez dit, comment se fait-il que 80% des jeunes gens qui ont la peau blanche n'ont jamais été contrôlés et que 85% de ceux qui sont de couleur de peau noire ou d'autres ethniques venues de l'extérieur, comme on dit, entre guillemets, étaient contrôlés. Est-ce que ça veut dire que vous pensez qu'il y a un délit de faciès et surtout, comment peut-on y remédier ? Est-ce que vous avez la solution ?

8:39
Jean-Luc Mélenchon

Alors, je ne sais pas si j'ai la solution. En tout cas, j'essaye de trouver une solution. Et c'est qu'il y ait une attitude préférable à ceux qui disent qu'il n'y a pas de problème. Il suffit de se promener un petit peu pour se rendre compte que oui, il y a un problème. On a déposé une proposition de loi en faveur de l'établissement d'un récipicé pour éviter, si vous voulez, que des jeunes gens soient contrôlés 3, 4, 5, 6 fois dans la journée, ce qui naturellement les pousse à bout, comme n'importe quel jeune serait poussé à bout s'il était traité de cette manière. Oui, Benoît Hamon et d'autres, vous savez, ce n'est pas nous qui avons trouvé ça.

C'est venu directement du terrain et des associations qui essayaient de trouver une solution positive. Voyez-vous ce qu'il y a de dramatique ? C'est que quand on reconnaît un problème, qu'on essaye de le régler, que l'on dénonce les responsables, au lieu d'être entrendu pour ce que l'on dit, on est caricaturé en anti-flic, en anti-horde, voire en ami de la délinquance. Tout ça est absurde. Si nous avons ce comportement, il faut bien que vous le compreniez, de ma part et de la part de beaucoup de gens. C'est d'abord par amour du pays. Il faut que vous compreniez ça. Moi, je suis un natif du Maghreb. Je suis un Maghrébin européen.

J'ai une sympathie spontanée pour ces milliers de gens avec qui je sais que nous sommes liés et dont les enfants et les petits-enfants sont totalement intégrés à la société française, ne parlent que le français et font leur carrière en France. Je ne supporte pas qu'ils soient traités comme des personnes de seconde catégorie. Je n'admets pas que la couleur de peau de quelqu'un le mette à part de la communauté française. Et je voudrais vous dire que tous ceux qui aujourd'hui se joignent à ma protestation, voyez tous ces jeunes gens, comme ils sont calmes et disciplinés dans leurs protestations, le font aussi par amour du pays.

10:22
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, justement, cette question de l'amour du pays, cette question de l'ordre, cette question, vous le disiez tout à l'heure, même de patriotisme, puisque pour vous, ça n'est pas un gros mot. Quand vous voyez ce qui s'est passé dans la manifestation de mardi, cette séquence que je voudrais qu'on réécoute, où des manifestants ont injurié un CRS de couleur noire en le traitant de vendu. Écoutez.

10:45
Auditeur

Qu'est-ce que vous en pensez,

10:58
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, de cette... Comme s'il y avait les bons et les mauvais.

11:03
Jean-Luc Mélenchon

Oui, je pense que vous faites une très mauvaise action en ce moment, en faisant ça, en donnant cette image d'une jeunesse qui, pour le reste, a chanté la Marseillaise et criait la devise de la patrie, liberté, égalité, fraternité. Vous n'arrivez pas à comprendre qu'il soit tabou. Et vous montrez ces images pour donner l'impression qu'elles représentaient la masse de ces jeunes gens. Vous ne faites pas l'effort d'essayer de comprendre ce qu'ils veulent vous dire. Et de cette manière-là, en quelque sorte, vous continuez à trier les gens. C'est odieux. Vous ne pouvez pas dire

11:31
Présentateur

que ça n'a pas existé. Je ne trie pas. On est en train de montrer aussi différentes choses qui se sont passées. Bien sûr. En fait, il y aurait des choses qu'on a le droit de dire et d'autres qu'on n'a pas le droit de dire. Donc ça, vous niez que ça se soit passé ? Cette vidéo est faite de toute pièce ?

11:43
Jean-Luc Mélenchon

Madame, non. Vous avez le droit de dire ce que vous voulez, de montrer les images que vous voulez, mais reconnaissez-moi le droit de contester le fait que vous donniez cette image. La masse de la jeunesse de ce pays est non-raciste et anti-raciste. Donc ? Et elle subit avec beaucoup, beaucoup de patience un régime d'humiliation permanent. Vous devez donc vous attendre à des réactions de cette nature. Et vous devez les comprendre, vos propres enfants. On peut comprendre qu'on dise à un CRS

12:11
Invité

qu'il est un vendu. C'est un débordement.

12:16
Jean-Luc Mélenchon

C'est que si vous ne le comprenez pas, c'est que vous ne comprenez rien au cœur humain. Vous ne comprenez rien. Vous avez besoin de faire venir des gens comme moi sur votre plateau pour quoi faire ? Pour maintenir l'ordre avec vous. Vous êtes déjà assez grand pour le faire.

12:31
Présentateur

Donc vous refusez de commenter ce... C'est simple, c'est clair. Vous refusez de commenter cette...

12:36
Jean-Luc Mélenchon

Mais si, je viens de le faire. Je viens de le faire. Je viens de vous expliquer pourquoi on en arrive à cette situation. J'essaye de vous faire comprendre. Vous ne voulez pas le comprendre, je l'admets. Après tout, je ne porte pas la vérité à moi tout seul. J'essaye de vous faire comprendre que les gens n'en peuvent plus. J'essaye de vous faire comprendre que 4, 5, 6 contrôles par jour, les gens n'en peuvent plus. Que se faire traiter de bougnoules, de négros, etc., par les gens qui sont de couleur de peau noire ou autres, les gens n'en peuvent plus. Et il arrive qu'à un moment donné, ils débordent par une expression en disant « Mais toi, qu'est-ce que tu fais là-dedans ?

Comment ça se fait que tu ne protestes pas ? » Et je vais vous dire, moi j'appelle les éléments sains de la police et de la gendarmerie à faire acte de bravoure et de courage, de se porter en avant en disant « Ça ne peut plus durer ». Comme le faisaient avant vous, les policiers et les gendarmes, ceux qui vous ont précédés dans cette carrière. Rappelez-vous du policier Bernard Delplace qui était le chef du syndicat de la police en tenue et qui disaient « Celui qui bat un homme à terre déshonore son uniforme ». Eh bien, je vous le redis, moi Mélenchon, on déshonore l'uniforme quand on ne le porte pas à la hauteur à laquelle les gens l'attendent.

Parce que la plupart des gens, ils aiment avoir une police républicaine. Et j'en ai assez qu'on les appelle les forces de l'ordre. J'appelle ça, moi, les gardiens de la paix. C'est à ça que nous aspirons. Une société de paix, de bienveillance, de fraternité, pas de haine et de racisme.

14:02
Invité

Jean-Luc Mélenchon, c'est intéressant ce qui est en train de se passer et je vous écoute attentivement. On a l'impression d'être aux Etats-Unis. Les Blancs contre les Noirs, les races contre d'autres races, c'est les Etats-Unis, ce n'est pas la France. Ce n'est pas la République française. Est-ce que vous avez le sentiment, Jean-Luc Mélenchon, qu'il y a en ce moment une tension qui est en train de monter dans notre pays avec des races qui se dressent les unes contre les autres et devant lesquelles la classe politique, mais peut-être vous y compris d'ailleurs, semble impuissante et accepter cela comme une fatalité ?

14:37
Jean-Luc Mélenchon

D'abord, je voudrais vous rappeler que les races n'existent pas. Il me paraît important de ne pas utiliser deux mots qui n'ont pas de sens. Il n'y a pas de race, ça n'existe pas. Ce sont les mots que tout le monde emploie de manière rapide. C'est vrai, vous avez raison. Des origines culturelles

14:50
Invité

ou le grand public, disons. C'est vrai, vous avez raison. Vous avez raison, Jean-Luc Mélenchon, mais des origines qui se dressent les unes contre les autres, des couleurs de peau. Est-ce que c'est ça la France aujourd'hui ?

15:02
Jean-Luc Mélenchon

Non. Écoutez-moi, je crois que vous devez faire l'effort d'analyser parce qu'après tout, tout le monde ne s'est pas penché sur ces questions. Les races n'existent pas, mais certains se sont comportés pour faire en sorte qu'on croit qu'elles existent comme un facteur naturel indépassable. Pourquoi ? Parce que nos sociétés, oui, se sont américanisées au sens où se sont devenues des sociétés libérales très inégalitaires et que les inégalités recoupaient des frontières qui étaient des frontières de couleur de peau ou d'origine parce que les pays de l'immigration sont de race noire ou d'ethnies maghrébines.

Et comme ce sont les plus pauvres au départ, eh bien alors, on a voulu faire croire que l'inégalité sociale était une inégalité naturelle. Et c'est la raison pour laquelle, en quelque sorte, les inégalités se sont recoupées les unes les autres en s'empilant. Et au dernier degré, vous avez les personnes qui sont des femmes de couleur de peau noire et de métiers extrêmement humbles. Comment ce mécanisme s'est-il mis en place ? C'est ça qu'il faut combattre. Alors vous dites la France et pas les Etats-Unis. Je l'espère bien, mais je dois regretter qu'en France, les policiers soient très rares qui se soient rendus compte et qui dénoncent les comportements inadmissibles.

Et qu'on voit le système médiatique, comme vous êtes en train de le faire, dire qu'il y a des races qui s'affrontent. Non ! Si vous êtes allé dans la manifestation, vous aurez vu des gens de toutes couleurs de peau et de toute religion se retrouver pour protester contre le racisme. Jean-Luc Mélenchon,

16:31
Invité

vous êtes là, je vous ai interviewé maintes fois et là, vous êtes dans le moment où vous commencez à ne pas être totalement honnête. Je n'ai jamais dit qu'il y avait des races qui s'affrontaient en France. Je dis, est-ce que la société française... Si vous voulez exactement dire ça... Non ! Mais non, j'ai précisé mon mot de la question... Mais monsieur, vous ne vous écoutez pas vous-même parler. Mais monsieur,

16:49
Jean-Luc Mélenchon

je ne vous accuse pas d'être raciste. Attendez, calmez-vous. Calmez-vous un instant. Je ne vous attaque pas, je ne vous accuse pas. J'essaye de vous montrer comment, dans les habitudes de langage, on en vient à adopter des postures et à utiliser des mots qui sont inadaptés. Je ne vous en veux pas à vous. Je ne pense pas que vous soyez raciste en seul instant. Je vous connais personnellement et vous ne l'êtes pas. Mais ce que je veux vous dire, c'est comment on en est arrivé là. J'essaye d'expliquer la situation. Pas de vous montrer du doigt, ce n'est pas mon sujet. Et c'est l'objectif d'expliquer, ce qui est important. C'est les gens qui nous écoutent.

17:21
Invité

Jean-Luc Mélenchon, est-ce que vous redoutez, malgré tout, vous parlez des Etats-Unis, de la France, est-ce que vous redoutez un embrasement en France comme ce qui se passe aux Etats-Unis où il y a un phénomène, espérons-le, où il y a vraiment quelque chose qui a changé après cet événement dramatique ?

17:36
Jean-Luc Mélenchon

Pour ma part, évidemment, je souhaite que ça fasse évoluer du bon côté les opinions. D'ailleurs, puisque j'ai dit un peu de mal de vous, je vais dire un peu de bien. Vous avez interviewé des policiers et des policières qui se sont exprimés sur votre antenne pour dire qu'en effet, il y avait des propos inadmissibles et des comportements inadmissibles. De ce point de vue, à ce moment-là, vous aidiez à la prise de conscience parce que des tas de gens n'ont pas envie de prendre position contre la police et la gendarmerie parce que c'est comme les pompiers, assez spontanément, beaucoup de gens apprécient la protection qu'ils en attendent.

Donc, il faut qu'on aide à la prise de conscience et qu'elle aille du bon côté. Et moi, j'espère, si vous voulez, rappelez-vous que les débuts des SOS Racisme, c'était aussi une vague comme ça qui était partie en masse. Eh bien là, il y a une vague de masse dans la jeunesse. Bon, je suis fier de mon pays quand je vois ça et que je les vois si mélangés, si bigarrés, tenir une position anti-raciste. Mais il faut cesser le déni. La violence policière est une réalité. Elle est maintenant dénoncée de tous côtés. Nous n'avons aucun des organismes qui nous permettent de nous mettre en sécurité. L'IGPN est une triste comédie. Les gens ne savent pas que le défenseur des droits peut recevoir leur...

Oui, systématiquement, parce que, comme tout le monde, on a envie de croire qu'il existe une instance qui rend justice. Mais ce n'est pas le cas. L'IGPN est une comédie sans consistance morale ni philosophique. Et il vaut mieux s'adresser aux défenseurs des droits dont c'est le statut, les Français ne le savent pas, de les défendre lorsque leurs droits sont violés. Est-ce que le président de la République... Il faudra créer une vraie institution.

19:08
Présentateur

Est-ce que le président de la République, est-ce qu'Emmanuel Macron, qui ne s'est pas exprimé depuis, ni sur ce qui se passe aux Etats-Unis, ni sur ce qui se passe en France, doit prendre la parole ?

19:19
Jean-Luc Mélenchon

Moi, je pense qu'il vaudrait mieux qu'il prenne la parole là-dessus que pour vendre des voitures. Il serait plus utile. Et il doit avoir une parole qui doit... Comme toujours, il faut aller à la cause du plus faible. Et le plus faible, aujourd'hui, c'est les borniers, c'est l'amputer, et c'est le jeune qui a été, comme on dit, racisé, c'est-à-dire que ça lui plaît ou pas, on l'a enfermé dans une identité raciale. Le président de la République devrait dire, voilà, quand on dit que la République est une et indivisible, on ne parle pas seulement de ses frontières, on parle d'abord de son peuple.

Et je voudrais que mes compatriotes, les Français qui, bon, vivent un peu partout, mais n'ont pas forcément le contact avec la bigarrure du pays, se rendent compte que nous sommes une nation métisse, très mélangée, et que notre force à nous Français, c'est d'être capable de trouver une sortie dans laquelle nous soyons tous unis dans le même élan, quelle que soit notre couleur de peau ou notre religion. C'est ça qui fait l'identité française. Nous ne sommes pas simplement des ghettos additionnés, nous sommes un seul peuple. En tout cas, moi, c'est ce que je défendrais jusqu'au bout.

Et comme élu de Marseille, avec peut-être plus de force qu'ailleurs, il y a 2600 ans que cette ville réussit cet exploit de faire vivre ensemble des gens qui, au bout du compte, viennent de partout dans le monde. Et ça, c'est un bonheur d'être comme ça. Il faut que les Français soient fiers d'être ce peuple, pas qu'ils en aient honte et qu'ils pensent qu'une partie de notre peuple doit être montrée du doigt parce qu'il n'a pas la religion qui convient à la majorité.

20:45
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, on marque une petite pause, on revient dans un instant à la fois sur toutes ces questions-là et puis sur la crise, la crise qui vient. A tout de suite. Jean-Luc Mélenchon, on poursuit avec vous ce BFM politique. Edwige Chevrillon.

21:06
Invité

La question qu'on peut se poser à propos de cette crise économique qui arrive, Jean-Luc Mélenchon, c'est savoir est-ce qu'il fallait confiner, confiner à ce point-là ?

21:17
Jean-Luc Mélenchon

Écoutez, ni vous ni moi, on est capable d'apporter une réponse stable là-dessus. Parce que que des mesures sanitaires aient été prises, il a semblé qu'en effet, si on ne confinait pas, le nombre des gens qui seraient en situation de détresse respiratoire ou d'infection extrême aurait débordé les capacités d'accueil des hôpitaux et on aurait eu un drame beaucoup plus important que celui qu'on a eu. Donc, ne réécrivons pas l'histoire après coup, on a fait ce qu'il fallait, on peut penser que ceux qui ont pris ces décisions le faisaient en connaissance de cause.

Mais si on commence à voir des complots et des exagérations partout, alors on ne peut plus vivre en société, il n'y a plus aucune consigne collective qui peut fonctionner. Maintenant, ce qui n'est pas raisonnable, c'est un déconfinement économique qui est fait avec les anciennes méthodes, c'est-à-dire on saupoudre de l'argent de tous les côtés en espérant que le marché spontanément va rétablir la production comme elle était auparavant. Ce qui n'est pas souhaitable à la fois compte tenu du niveau de pollution que cette production occasionnait, ni aussi parce que nous devons changer nos méthodes de production et ce que nous faisons.

Voilà pourquoi, pour ma part, je trouve que l'attitude des responsables gouvernementaux français n'est pas ce qu'elle devrait être au moment du déconfinement économique. Vous êtes consciente, comme moi, vous êtes une spécialiste de ces questions que nous allons devant des situations d'une gravité extrême. L'économie française est en grand danger, non seulement d'effondrement dans le chômage, mais aussi d'un décalage avec les économies voisines, notamment allemandes, telles que la zone euro pourrait être elle-même être menacée et explosée. Donc, il faut prendre très au sérieux le moment économique qui arrive devant nous.

22:56
Invité

On va le développer.

22:56
Jean-Luc Mélenchon

et en particulier à cette fin de mois de juin, mais on va en parler.

22:59
Invité

Oui, on va en parler. Moi, juste encore une question. Est-ce qu'on n'a pas sacrifié une génération Covid, des jeunes, tout simplement pour empêcher que le virus ne se propage au sein d'une population plus âgée ? Est-ce qu'il n'y a pas un sacrifice qui a été fait par une jeune génération ? Non. Ou qu'on a imposé à une jeune génération ?

23:15
Jean-Luc Mélenchon

Allons. Allons. Je vous en prie. Il ne faut pas parler comme ça. C'est une question que... Non, non, non, non. C'est une question de vie en société. La civilisation humaine fait que les jeunes s'occupent des plus anciens.

23:29
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, je voudrais simplement citer... Moi, je ne suis pas d'accord pour dire qu'on a sacrifié.

23:33
Jean-Luc Mélenchon

Là, vous allez trop loin. Vous avez une pensée trop étroitement économique. Jean-Luc Mélenchon, justement,

23:38
Présentateur

pas du tout étroitement économique. Et je voudrais simplement citer Patrick Boucheron, l'historien, qui a dit cette semaine cette phrase « La jeunesse a payé un prix extravagant et le payera encore aujourd'hui. Il y a eu un sacrifice générationnel. » Simplement pour soutenir les propos d'Edwis Chevrayon, Jean-Luc Mélenchon.

23:56
Jean-Luc Mélenchon

Mais je ne suis pas d'accord avec cette analyse. Parce qu'en toute hypothèse, quand bien même cela serait-il avéré, c'est-à-dire que la défense des plus faibles aura coûté aux plus jeunes, eh bien, je dirais que c'est seulement un acte de civilisation. Si vous allez au Musée de l'Homme à Paris, vous verrez la tombe d'une femme préhistorique et cette tombe, elle est avec ses ornements et on s'est aperçu que cette femme avait eu les os brisés à plusieurs reprises et qu'ils s'étaient ressoudés. C'est donc dire que depuis la nuit des temps, les êtres humains s'occupent des plus anciens, les plus jeunes s'occupent des plus anciens.

Par conséquent, il ne faut pas diviser la population par âge face au péril. Face au péril, on réagit tous ensemble au profit des plus faibles. Mais il n'est pas avéré que les plus jeunes aient payé le prix le plus extravagant. si on dirigeait ce pays avec un minimum de prospective devant soi, c'est-à-dire en prévoyant ce qu'il est indispensable de faire, on aurait de quoi employer tout le monde. Je vous signale que quoi que vous fassiez, Covid ou pas, à la rentrée de septembre prochain, vous aurez 700 000 jeunes qui arrivent sur le marché du travail parce que nous sommes une nation jeune. Faut-il regretter d'avoir eu des enfants ? Je vous pose la question.

D'un point de vue économique, c'est aberrant. Il aurait mieux valu ne pas en avoir. Est-ce que c'est ça la conclusion que nous allons tirer de notre échange ?

25:12
Invité

Jean-Luc Mélenchon, une question très concrète. On parle d'enfants. Est-ce qu'il faut maintenant, selon vous, assouplir le protocole sanitaire dans les écoles pour faciliter le retour à l'école d'ici les grandes vacances que davantage d'enfants puissent retrouver leur maîtresse et leur maître ?

25:25
Jean-Luc Mélenchon

Non, il faut avoir le protocole sanitaire convenable. C'est-à-dire celui qui est le plus précautionneux à l'égard des enfants et à l'égard des enseignants. Ce que je ne suis pas capable de vous dire, mais les mesures sanitaires ce n'est pas n'importe quel comparable à n'importe quelle autre mesure. En matière sociale ou en matière pénale ou en matière civile, vous prenez les décisions que vous voulez parce que la conséquence elle sera de type de fonctionnement de la société. Sur les questions sanitaires, il s'agit de vie et de mort. Par conséquent, les bonnes règles sont celles qui protègent la vie et font reculer la mort. Je n'en vois pas d'autres.

Ni vous ni moi ne sommes capables de dire quelle serait la règle la plus efficace à cette heure. Mais l'objectif, ça ne peut pas être simplement de dire qu'il y a le plus de gamins possibles à l'école. Non, il faut qu'il y ait le plus de gamins possibles qui restent en vie et dont les anciens ou les parents ou les professeurs restent en vie aussi. Ça, ça me paraît être une règle prioritaire.

26:17
Présentateur

Donc, on ne se trompe pas de priorité d'après vous. Il y a cette question sur la commission parlementaire.

26:21
Jean-Luc Mélenchon

Non, mais attendez, je ne sais pas et vous non plus. Je ne sais pas et vous non plus. Parce que vous n'êtes pas médecin, moi non plus. On essaye de se renseigner comme on peut. Vous, dans votre métier de journaliste, moi comme parlementaire, parce que j'ai intérêt à connaître aussi bien que possible la situation. Donc, j'échange beaucoup avec les milieux syndicalistes, salariés ou patronaux d'ailleurs. Je discute aussi avec eux pour essayer de bien comprendre la situation. Simplement, le président du conseil scientifique,

26:48
Présentateur

Jean-François Delfraissy, répète depuis deux jours que c'est désormais maîtrisé et que l'on peut largement déconfiner. Et c'était évidemment à cela que faisait référence notre question. Cette commission d'enquête...

27:01
Jean-Luc Mélenchon

Vous savez, je suis comme vous, moi. Je suis un peu sceptique aussi maintenant quand je les entends parce que j'ai entendu le même dire que les masques ne servaient à rien puis qu'ils devaient être obligatoires. Disons que ça crée un peu de trouble dans notre capacité à suivre les consuls. Mais enfin, on va continuer à les suivre.

27:18
Présentateur

Je lui poserai la question puisqu'il sera mon invité ce soir. Jean-Luc Mélenchon, je rebondirai sur vos propos. Cette commission d'enquête parlementaire, finalement, ce serait l'Élysée qui décide de créer eux-mêmes l'instance d'enquête avec des experts qu'ils disent être indépendants sur la gestion de la crise Covid. Est-ce que vous partagez l'étonnement de quelqu'un comme Gérard Larcher qui se dit très étonné ? On peut même sentir qu'il est assez furieux de ce fonctionnement.

27:49
Jean-Luc Mélenchon

Oui, ben, c'est pas acceptable. Alors, nous, comme groupe, nous avons fait notre propre commission d'enquête parce que, déjà, on n'avait pas confiance dans la conduite de celle que menait le président Richard Ferrand. Mais là, il s'agit, si vous voulez, de relations politiques à l'intérieur d'une assemblée pour éclairer le point de vue des uns et des autres. Mais là, c'est du jamais vu. Est-ce que le président de la République a entendu parler d'une chose qui s'appelle la Constitution ? Parce que dans la Constitution, l'exécutif ne se contrôle pas lui-même. Ce sont les assemblées parlementaires qui le font.

Si le président croit que la Constitution n'est pas bonne et que le Parlement ne sert à rien, il doit le dire. D'ailleurs, il l'a déjà quasiment dit. Mais là, c'est un abus de pouvoir absolu, total et anticonstitutionnel. Le contrôle de l'exécutif s'opère par le Parlement, pas par des commissions d'experts désignées par l'exécutif. Enfin, même sans être un grand professeur de droit constitutionnel, ce sont des choses qu'on arrive à comprendre. Le président de la République, maintenant, finalement, se figure qu'il est le monarque présidentiel dont nous l'accusions d'avoir le goût jusqu'à présent. Mais là, c'est incroyable.

Il n'y a que dans les régimes absolus que de telles choses ont lieu où l'exécutif se fait contrôler lui-même par des gens qu'il a choisis. Non, l'exécutif est contrôlé par des gens qu'il n'a pas choisis, mais que le peuple a choisi et ça s'appelle un Parlement.

29:04
Présentateur

Donc, il faut faire une commission véritablement indépendante. Et si c'était le cas, alors est-ce que vous accepteriez d'y participer ?

29:12
Jean-Luc Mélenchon

Mais elle existe. Il y a une commission parlementaire qui a été créée à l'Assemblée nationale et il y en a une autre qui a été créée au Sénat. Eh bien, écoutez, mais ça va très bien. Comme ça, c'est fait pour ça. Sinon, vous décidez, on décide qu'il n'y a plus de Parlement. Alors, moi, j'ai tendance à cette étape, à cette heure, à faire davantage confiance à la commission sénatoriale. Pourquoi ? Parce que les sénateurs sont dans l'opposition. Donc, ça va les rendre plus, comment dire, plus vigilants, plus... Bon, qu'à l'Assemblée nationale où la majorité est constituée de députés La République en marche.

Alors, vous me direz, comme maintenant, il y a trois groupes avec La République en marche et sans doute un autre qui va se créer, peut-être que eux-mêmes, par émulation, vont devenir plus vigilants. Mais vraiment, j'adjure qu'on comprenne que ça ne peut pas aller comme ça. Enfin, on n'est plus par-dessus tête, comme on dit vulgairement. L'exécutif se contrôle par une commission qu'il a lui-même inventée alors. Donc, les deux commissions parlementaires ne servent à rien à ses yeux. Nous sommes tous des menteurs. C'est incroyable. Je ne sais pas s'il y a un autre pays au monde où une chose pareille existe.

30:10
Invité

Et Vichurion. Jean-Luc Mélenchon, je voudrais revenir sur cette crise économique et sociale qu'on va affronter qui est devant nous, en l'occurrence. Le Président de la République a réuni les partenaires sociaux pour créer un dispositif et tenter de limiter la casse sociale. Il y a le chômage partiel. Et puis, il y a le moment où les entreprises pourront reprendre leurs salariés vraiment en CDI. Et donc, il a un dispositif qui permet de faire cette transition et de former les gens. Est-ce que vous y êtes favorable ? Est-ce que vous trouvez qu'effectivement, c'est un bon dispositif ?

30:41
Jean-Luc Mélenchon

Bon, on va voir. Je demande le temps qu'on m'accorde un peu le temps de l'étudier, de le voir avec mes amis dans le détail. Mais évidemment que tout ce qui amortit le choc, tout ce qui empêche de passer au chômage sec est bon à prendre. Et on n'a pas intérêt à laisser l'appareil productif se disloquer. Je veux dire par là qu'on ferme des entreprises, on perd les savoir-faire, les machines sont mises à rouiller, tout ça n'est pas bon pour le pays. Donc, il vaut mieux faire comme ça. Mais je voudrais vous dire qu'il ne faut pas réunir les gens que pour faire de la réparation. Il faudrait réunir les gens pour faire de la prospective. Je m'explique.

Devant le désastre qui s'avance, il nous faut une politique audacieuse, on va dire avec des grosses grimées de grands travaux. C'est-à-dire qui fasse tourner la production de la France dans une autre direction. Je vous prends un seul exemple. Vous avez entendu cent fois parler de la lutte contre les passoires thermiques, c'est-à-dire des appartements qui laissent la chaleur s'en aller. Je n'y reviens pas. Je vais vous donner un exemple plus trivial. 20% de l'eau courante de ce pays se perd dans le sol parce que les canalisations sont détruites. Il faut donc reconstruire. C'est un immense chantier pour 20%. Nous avons l'entreprise qui sait le faire.

Elle est en Meurthe-et-Moselle à Pont-à-Mousson. Ce sont des tuyaux qui ont des capacités particulières. Figurez-vous que cette entreprise est en liquidation. Figurez-vous qu'il était question de la vendre à des Chinois. Donc, nous irons demander aux Chinois non seulement des Maxon Setti mais même des tuyaux. On pourrait décider aujourd'hui à un grand chantier où on remet d'aplomb tout le réseau de distribution de l'eau du pays. L'eau va devenir demain une matière première rare.

32:16
Présentateur

C'est exactement ce que Ségolène Royal, figurez-vous, qui était notre invité il y a deux semaines, avait proposé également. Elle disait voilà le chantier prioritaire. Essayer de remplacer les canalisations pour ne pas qu'il y ait de pertes d'eau. Eh bien voilà.

32:29
Jean-Luc Mélenchon

Je pourrais vous en citer comme ça plusieurs. Vous voyez qu'il y a beaucoup de gens dans ce pays qui pensent de manière convergente, qui se sont rendus compte. Le drame, c'est que les seuls qui ne s'en sont pas rendus compte, c'est ceux qui sont au gouvernement. Parce que vous demandez aux syndicats de travailleurs, de salariés ou même aux syndicats patronaux. On pourrait avoir cette discussion avec eux. Regardez, il n'y a pas longtemps, M. Roux de Bézieux proposait qu'on mette une taxe carbone aux frontières de l'Europe. Il y a trois ans, quand je proposais ça, je me faisais traiter de sale chauvin et de nationaliste.

Donc on voit que les mentalités ont évolué, que les gens sont moins crispés sur les dogmes libéraux parce qu'ils se rendent compte qu'on est en danger. Oui, Roux de Bézieux, le président du MEDEF, ce n'est pas un gauchiste échevelé ou un ami des insoumis. Ce n'est pas son sujet. Son sujet, comme le mien, c'est comment on fait pour que le pays ne sombre pas. Donc il faut qu'il arrête lui, Roux de Bézieux et qu'il dise à ses collègues écoutez, arrêtez de vouloir réduire les salaires et les vacances des gens parce que ce n'est pas le sujet.

33:24
Présentateur

Vous avez commencé par dire à Edwige Rion que tout ce qui pouvait permettre de ne pas tomber dans un chômage sec était bon à prendre. Je vous cite. Est-ce que ça veut dire et vraiment là, soyons le plus concret possible, est-ce que ça veut dire qu'il faut accepter y compris des baisses de salaire pour, en échange, conserver les emplois ? Est-ce que vous êtes OK ? Est-ce que vous, vous seriez OK pour une baisse de salaire ?

33:48
Jean-Luc Mélenchon

Mais non, ce serait une bêtise sans nom de faire ça. Pourquoi ? Parce que c'est la consommation populaire parce que c'est la consommation populaire qui porte la moitié de la croissance. Même si on est critique à l'égard de la croissance, vous voyez bien qu'on ne va pas faire tourner le modèle économique français vers un modèle écologique en trois mois. Ça va prendre au moins trois, quatre années. Donc il faut s'y mettre dès maintenant. Mais en attendant, la moitié de la croissance de ce pays, c'est la consommation populaire. Si vous baissez les salaires, vous baissez la consommation.

Si vous réduisez les vacances, les gens n'iront pas en vacances et vous irez vous expliquer avec l'industrie touristique. Vous comprenez bien que c'est une pensée extrêmement grossière et rudimentaire de dire « Ah ben voilà, on a trouvé la solution, on va payer le travail moins cher et empêcher les gens de partir en vacances. » Mais il faut rattraper l'activité. C'est même pas une pensée économique. Oui, mais il faut rattraper les trois mois. Mais rattraper quelle activité ?

34:39
Invité

Pendant trois mois, il n'y a pas eu d'activité. Vous le voyez bien. Regardez les chiffres, Jean-Luc Mélenchon.

34:44
Jean-Luc Mélenchon

Il n'y a pas eu d'activité ?

34:45
Invité

La question qu'on peut se poser, je ne dis pas qu'elle est simple à trancher.

34:49
Jean-Luc Mélenchon

Ah bon ? Non mais écoutez, quand vous avez déjà un stock de 400 000 voitures invendues, vous croyez que la priorité absolue c'est de se mettre à en produire 600 000 ? Enfin, vous plaisantez. La priorité absolue c'est de faire redémarrer par les fondamentaux la situation générale de l'économie du pays. Et dans l'économie du pays, pardon de vous le dire, il y a d'abord des êtres humains. Vous savez comme moi que d'ores et déjà, quand on vous dit qu'il y a 4,5 millions de personnes, 1 million de plus au chômage, toute l'économie grise a sombré dans la misère et la détresse.

Tous ceux qui étaient déjà à la frontière de l'économie des CDI, les contrats précaires ou pas de contrat du tout, il ne faut pas se raconter d'histoire. Une bonne partie de la population de ce pays vit dans l'économie informelle sans contrat de travail et payée au black. Vous le savez comme moi. Tous ceux-là ont sombré dans le néant. Donc ce n'est pas le moment d'aller aggraver la pauvreté. Il faut donc au contraire par une activité relancée ici, là, en choisissant les endroits, de manière à le faire utile, redémarrer l'économie du pays. C'est comme ça que je le ferais en tout cas, si c'était moi qui m'en occupais.

35:49
Invité

Jean-Luc Mélenchon, une question de société. Maintenant, la ministre de l'égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, propose ce matin dans Le Parisien d'augmenter le congé paternité à un mois, de créer un congé lorsqu'on a un parent malade, son père, sa mère qui est malade, on a besoin de s'en occuper, elle veut créer un congé pour cela. Et aussi, la création d'un congé quand on devient grand-parent, pour avoir 2-3 jours pour pouvoir profiter de ses petits-enfants lorsqu'ils viennent. J'ai raté le bon moment, alors. Voilà. Pour vous, peut-être est-ce trop tard. Mais est-ce que vous considérez, Jean-Luc Mélenchon, que ce sont là de bonnes idées ?

36:25
Jean-Luc Mélenchon

On va les regarder, parce qu'on se méfie un peu d'eux. Quand ils ont une bonne idée, en général, ça en cache une mauvaise. Mais je crois qu'au moins, ce qu'on peut comprendre de ça, qu'on peut mettre sur la table, c'est de dire que, comme on est dans une situation de grande détresse économique, tout ce qui permet de salarier des gens pour une activité utile à la société, et bon, voilà une des idées. Alors, regardons ce que donne celle-là. Et c'est d'une manière générale. Tout à l'heure, vous disiez, il faut travailler davantage, et peut-être vous choquez, mais je pense que c'est le moment de diminuer le temps de travail.

Parce que pour produire la même masse de richesse, on a besoin de moins en moins de temps de travail, vous le savez comme moi. Alors dire, on va faire travailler les gens plus longtemps, ça n'aurait qu'un seul résultat, c'est augmenter le nombre de chômeurs. J'y reviens. Il faut donc favoriser l'activité rémunérée pour rendre, en employant les grands mots, la demande solvable. Il faut que les gens aient les moyens de vivre. Regardez, vous me parliez du moment économique. Au mois de juin, les gens vont devoir payer les impayés de loyers qu'ils n'ont pas réglés, les impayés d'eau et d'électricité. Ça, c'est pour les gens.

Pour les entreprises, vous avez le benchmarking trimestriel et semestriel, c'est-à-dire la vérification des comptes qui s'est avec les banques à la fin du mois de juin.

37:38
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, vous avez bien dit, c'est le moment de diminuer le temps de travail. Ça veut dire quoi ? Il faut arriver aux 32 heures ? Quel est l'objectif ? Comment concrètement vous feriez ?

37:46
Jean-Luc Mélenchon

Écoutez, déjà, si on était aux 35 heures en renchérissant les heures supplémentaires, ce serait très bien parce qu'on augmenterait la masse de gens nécessaires. Je peux vous proposer une autre idée. Je sais qu'elle ne sera pas forcément très populaire, y compris parmi mes propres amis. Mais rappelez-vous comment Lionel Jospin avait traité le problème du chômage massif de la jeunesse. Il avait donné des contrats de travail qu'on appelait emploi jeune pour 5 ans payés au SMIC. Et on a eu comme ça des jeunes gens qui ont trouvé 5 ans de visibilité pour organiser leur vie, leur préparation des examens, tout en se rendant utile à la société.

Voilà des solutions qui sont des solutions de détresse qu'il faut mettre en oeuvre, mais qui partent toutes de la même idée. Donnez aux gens les moyens de vivre. Donnez-leur les moyens de vivre et vous verrez qu'ils feront vivre la société.

38:32
Invité

Jean-Luc Mélenchon, une question politique. Ce matin, Christiane Taubira, ancienne ministre de la Justice de François Hollande, déclare ce gouvernement, c'est la violence tranquille. Est-ce que, selon vous, il y a quelque chose peut-être à construire avec elle, avec Christiane Taubira d'ici l'échéance de 2022 ?

38:50
Jean-Luc Mélenchon

Mais pourquoi pas ? D'une manière générale, avec toute personne qui a des préoccupations concernant l'unité de la patrie, le bien-vivre des gens, l'augmentation des salaires et surtout le changement du modèle économique dans lequel nous vivons, elle et les autres. Bon, dans un passé récent, elle n'a pas fait la preuve, comment dire, d'une grande radicalité, même verbale, comme c'est le cas aujourd'hui. Je rappelle qu'elle a été ministre du gouvernement de M. Hollande et de la loi El Khomri, quand même, ce sont des choses dont on se souvient. Celui qui est radical, c'est... Mais pourquoi pas ? Il y a une formule qui vient du christianisme qui dit à tout pécheur miséricorde.

39:29
Invité

Celui qui est radical, c'est votre collègue député François Ruffin, est-ce qu'il est envisageable que ce soit lui ou quelqu'un d'autre, d'ailleurs, qui mène la charge pour les insoumis d'ici 2022 ou bien est-ce que c'est forcément vous, Jean-Luc Mélenchon ?

39:43
Jean-Luc Mélenchon

Non, je n'ai pas la folie de me croire immortel et inatteignable par la maladie. J'aurais pu très bien mourir du Covid-19. Donc, j'ai toujours dit à mes camarades, à mes amis et aux membres du groupe La France Insoumise soyez prêts à tout moment à tenir le drapeau et à le relever s'il venait à tomber à terre. Et je suis content de voir la génération Ruffin, Corbière, Coquerel et puis les plus jeunes, Panot, Caténas, Bernalicis. Oui, les rangs insoumis proposent toute une palette de personnalités. Donc, ils sont nombreux et pas forcément seulement Ruffin pour vous ? le moment venu. Ce sera quand cette décision, Jean-Luc Mélenchon ?

Quand est-ce que vous prendrez votre décision, Jean-Luc Mélenchon ? D'abord, commençons par dire, je sais que, surtout, vous adorez les... Il faut que ça saigne, quoi. Bon, je suis au regret de vous dire que je n'ai aucune querelle avec François Ruffin parce que souvent, on évoque... J'ai même vu un titre qui disait « Suite de la guerre », mais il n'y a pas de guerre, nous sommes amis. Et j'ai pour lui la plus grande estime, comme pour les autres d'ailleurs, mais lui en particulier parce qu'en tant qu'auteur de documentaires qui ont été, en quelque sorte, notre orgueil et notre honneur collectif. Voilà. Alors, moi, j'aurais une décision à prendre. Vous m'avez demandé quand ? Je vais voir.

On va d'abord laisser... Vous savez, moi, je suis comme vous, je n'avais pas prévu le Covid-19, je n'avais pas prévu la catastrophe qui s'avance là. Je me sentais, si vous voulez, plutôt dans le rôle d'un homme qui prépare la suite, fait en sorte que les choses se passent bien. En plus, j'ai pris des coups très rudes. Mon image a été abîmée par les violences que j'ai subies. Maintenant, tout le monde comprend que ça a compté ces choses-là. Et maintenant, je me dis que je me sens une utilité nouvelle du fait de l'expérience que j'ai accumulée et du fait que les événements ne me font pas peur et que peut-être vous pourriez s'appuyer sur moi. Mais je ne suis pas fou. Non, non, ne croyez pas ça.

Monsieur, si vous saviez, je vais vous dire, les candidatures à la présidentielle, c'est une croix à porter. Ne croyez pas un seul instant que ce soit une promenade de santé. C'est épuisant. Vous prenez des coups de tous les côtés. Nous ne pensons pas cela. Et puis, je vais vous dire, la prochaine, il y a de grandes chances que ce soit un égout. Parce que quand on voit comment la précédente s'est passée, je redoute la suite.

41:54
Présentateur

Vous redoutez la suite mais vous dites au fond comment c'est à penser que peut-être il fallait prendre un peu de recul. Les événements récents vous donnent plutôt le sentiment inverse. On a bien compris. On a bien compris.

42:06
Jean-Luc Mélenchon

Mais vous êtes en train de me scruter là comme on scrute les entrailles de la volaille pour deviner. Oui, je comprends. Mais je ne veux pas vous raconter l'histoire. Je sais que j'ai une décision à prendre. Ça me coûte assez. Je dois être un des rares personnages de ce pays qui est monté dans un train dont il n'arrive plus à descendre. Alors ça, c'est un problème. Mais non, ma décision n'est pas prise et puis je vois faire mes plus jeunes camarades et ça me remplit de bonheur. Je n'ai pas envie que...

42:34
Présentateur

Vous auriez préféré pouvoir descendre ?

42:35
Jean-Luc Mélenchon

Des fois, il y a des jours, oui, je ne vous cache pas que j'aurais préféré pouvoir être tranquille, à pouvoir, bon, faire ce que j'ai à faire parce que j'ai encore beaucoup de choses à faire et notamment, j'ai des choses à écrire et l'écriture prend du temps. Pendant le confinement, j'ai dû à la fois mener mon groupe... Non, non, pas de Venise, amis, oh là là, mais plutôt la tentation de l'écriture.

Là, pendant le confinement, j'ai écrit un petit travail qui s'appelle L'engrenage, mais j'ai des choses encore à écrire et je suis très jaloux de ceux de mes collègues qui arrivent à avoir ce temps que moi, je n'ai pas parce que président de groupe, vous savez, c'est un casse-tête terrible et je suis à la tête d'un groupe de 17 têtes dures qui sont très difficiles à manier.

43:19
Présentateur

Ils ont entendu. Merci beaucoup, Jean-Luc Mélenchon, d'avoir été avec nous en direct de Marseille où vous étiez donc ce matin. L'actualité continue sur BFM TV et pour ma part, je vous retrouve à 18h tout à l'heure avec Marlène Schiappa et Philippe Martinez. A tout à l'heure.